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Full text of "Le pays de la Morava, suivant des témeignages serbes : études d'histoire et d'ethnographie"

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Book 



St. Tchilinghiroff 

lllllllllflllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllflll 



Le Pays 



de la Morava 



Suivant des témoignages serbes 



Etudes d'histoire 
et d'ethnographie 

Avec une carte hors texte 



1917 
Librairie Nouvelle de Lausanne 

Grand-Chêne, 12 



Si. Tchilinghiroff 

llllllll 



llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 



Le Pays 



~7i 



de la Morava 



Suivant des témoignages serbes 



Etudes d'histoire 
et d'ethnographie 

Avec une carie hors texte 



Berne 

Imprimerie Pochon-Jent & Bûhler 

1917 




n. *f »• 
ocî 29 1919 






Je dédie ce livre 

à la mémoire de mon frère 
Anastas 

Investigateur, plein d'espoir, des origines du 
peuple bulgare. 

St. Tchilinghiroff. 



Avant-propos 

Les rapports entre la Bulgarie et la Serbie ont une histoire très 
intéressante, malheureusement peu connue du grand public et même 
des cercles qui s'occupent de politique et de sciences. Un des buts 
du présent ouvrage est de jeter un peu de lumière sur ces rapports. 
Le principal objet en était cependant de livrer au public, surtout 
dans la presse serbe du siècle dernier, des matériaux recueillis 
qui donnent l'expression la plus fidèle des aspirations sociales et po- 
litiques des milieux dirigeants du peuple serbe et où l'on reconnaît le 
caractère bulgare de tous les territoires situés le long de la Morava. 
Les matériaux que l'on propose ici ne constituent, bien entendu, 
qu'une minime partie de la grande abondance de documents de ce 
genre, disséminés dans les revues, les journaux, les ouvrages scienti- 
fiques et les livres d'école serbes qui restent encore à découvrir. 
Toutefois ceux que nous présentons, sont suffisants, à ce que nous 
croyons, pour déterminer, par les écrits des Serbes eux-mêmes, les 
limites ainsi que la nationalité bulgare de la population du pays de 
la Morava. Nous nous plaisons à espérer qu'avec le temps d'autres 
trouveront un plus grand nombre de témoignages semblables et qu'ils 
établiront mieux que nous ne l'avons fait ici, nos droits sur les terres 
bulgares que les Serbes acquirent en 1878 et qui jusque-là, durant 
tout leur passé historique, ont fait partie intégrante de la Bulgarie. 

On donne également des aperçus succincts sur la vie, avant 1878, 
des principaux centres de ce territoire: Nisch, Pirot, Vranja et Les- 
covetz. Ces aperçus sont incomplets sous beaucoup de rapports. Cela 
est dû à la pénurie des renseignements : les Bulgares ont peu écrit là- 
dessus, comme ils ont peu écrit sur la vie de leurs autres villes, soit à 
cause du manque de journaux à cette époque-là, soit à cause du 
manque d'hommes capables de décrire la vie dans ces localités, au 



— 6 — 

moins dans ses manifestations les plus importantes. Les Serbes ont 
fait de même pour la raison que jusqu'en 1867 ils ne considéraient 
presque pas ces localités comme serbes. Et lorsque les Serbes com- 
mencèrent leur poussée de ce côté, la vie de ces villes se manifestait 
déjà dans des traits entièrement bulgares, aussi avaient-ils peu d'in- 
térêt à la présenter sous son véritable aspect. C'est pourquoi tout 
ce que les Serbes ont écrit dans leurs journaux et leurs brochures a plu- 
tôt un caractère de polémique et de propagande. Ils tâchaient de prou- 
ver à eux-mêmes et de prouver aux Bulgares de la Morava et au monde, 
la carte de l'Etat de Douschan en main, que ce territoire était une 
province serbe. 

C'est dans les années 1841 et 1842 que nous trouvons le plus de 
renseignements sur le passé récent de cette province; la population 
bulgare s'y était alors soulevée à la suite de la non-application du 
Hatti-Chérif de Gulhané. Tous ces renseignements ne parlent que de 
Bulgares et d'un important acte historique accompli par des Bulgares. 

Plus tard, lorsque les Serbes devinrent les maîtres du pays de la 
Morava, ils ne se souciaient pas d'en fouiller le passé récent: ils se 
seraient lancé les pierres sur leurs propres têtes. Les Bulgares, de 
leur côté, préoccupés des problèmes que posait devant eux leur exis- 
tence nouvelle, lassés de la lutte qu'ils avaient soutenue pour conser- 
ver ce pays à la Principauté, cessèrent d'en parler. Ainsi, tout ce qui, 
a été écrit du côté serbe, surtout au courant des dernières années sur 
ce sujet, est plutôt d'ordre géographique, ethnographique et écono- 
mique, les faits et les manifestations de la vie propre à la région de 
Morava recevant une explication favorable aux Serbes. Malgré cela, 
on y rencontre tout de même, ça et là, des indices qui plaident contre 
leurs opinions. Ce sont précisément ces indices que nous voulons 
relever dans le livre présent. 

En écrivant ces études et en recueillant les matériaux qui en 
font suite, l'auteur a cherché, autant que cela lui était possible, à ne 
puiser qu'aux sources serbes. Il a eu rarement recours aux sources 
étrangères, très nombreuses et excessivement abondantes. Il a agi de 
cette sorte, parce qu'il avait pour tâche de montrer au lecteur non 
point les conclusions des investigateurs étrangers au sujet de la na- 
tionalité du pays de la Morava, mais tout ce que les Serbes eux- 



— 7 — 

mêmes en pensaient avant d'en faire l'objet de leur convoitise. Si, 
malgré cela, les opinions des étrangers occupent une place assez con- 
sidérable dans la partie réservée aux matériaux, il ne faut pas oublier 
qu'on a choisi de préférence celles des auteurs traduits en serbe. Pour 
celui qui connaît l'habitude des Serbes de falsifier les idées d'autrui 
quand elles ne sont pas conformes à leurs vues chauvines, pour celui 
qui sait comment ils remplacent, dans la traduction des textes 
étrangers, le mot de Bulgare par celui de Slave ou de chrétien, le 
nom de Macédoine par celui de Vieille Serbie etc., il sera clair que là 
où la traduction est fidèle à l'original, il faut certainement voir l'aveu 
involontaire d'une vérité systématiquement niée depuis près de soi- 
xante ans. Enfin, on y a ajouté, bien qu'ils aient été publiés anté- 
rieurement, des documents où la population du pays de la Morava 
détermine elle-même sa nationalité, soit indépendamment des visées 
serbes, soit en lutte contre ces visées. 

La tâche proposée est-elle bien remplie ? Ce sera aux autres de 
le dire. L'auteur serait satisfait si ce livre, écrit par amour pour 
la vérité, rapprochait tant soit peu le lecteur du beau pays de la 
Morava et de la population pour la rédemption de laquelle le peuple 
bulgare a sacrifié le sang de milliers de ses enfants. 

Sofia, le 15 octobre 1916. 

St. Tchilinghiroff . 



Table des matières 



Page 

1. Tendances serbes vers le sud et vers l'est 9 

II. La propagande serbe 28 

III. Comment le pays de la Morava devint une province serbe ... 53 

IV. Nisch 77 

V. Pirot 94 

VI. Vrania 109 

VIL Leskovetz 133 

Matériaux historiques ............ 141 



Tendances serbes vers le sud et vers Test 

Appelés avant nous à la vie indépendante, les Serbes ont eu plus 
de temps à travailler non seulement à leur particularisation nationale, 
mais encore à l'élargissement des frontières de leur Etat dans des pays 
dont l'élément ethnique présentait des facilités d'assimilation, en vertu 
d'une certaine parenté de langue ou de race, ou en vertu de leur con- 
dition politique; en regard de celle-ci la domination serbe apparais- 
sait comme un mirage tentant. De telles facilités d'assimilation se 
trouvaient pour les Serbes à l'ouest en Bosnie-Herzégovine, au sud 
en Macédoine et à l'est en Bulgarie. Aux premiers temps, les Serbes 
dirigèrent leurs regards sur les provinces occidentales, la Bosnie et 
l'Herzégovine, parce que la population bosno-herzégovinienne ne dif- 
férait en rien d'eux mêmes au point de vue ethnique et aussi parce 
que les luttes pour la liberté étaient également soutenues par les 
Serbes et par les Bosno-Herzégoviniens. Néanmoins, la conquête de 
la Bosnie et de l'Herzégovine resta longtemps à un état de rêve. Ces 
deux provinces, peuplées de Serbes, ne devinrent l'objet des visées 
serbes que plus tard, lorsque la Serbie se sentit maîtresse incontestable 
de son territoire dont la délivrance était due, pour une bonne part, 
au sang de milliers de Bulgares qui voyaient dans les luttes des Serbes 
contre la domination turque l'aurore de leur propre indépendance 
politique. Voilà pourquoi c'est dans un moment de la consolidation 
de l'indépendance de l'Etat serbe qu'il faut chercher l'origine des 
visées serbes vers l'est et vers le sud. 

Peut-être sous l'influence de la science historique serbe et de l'ac- 
tivité déployée par les politiciens et les hommes d'Etat serbes on in- 
cline, en Europe, et même chez nous, à admettre que les efforts des 
Serbes pour s'affranchir de la domination turque et pour former un Etat 
indépendant, ont précédé de bien des années nos tentatives d'émanci- 
pation. Mais un examen attentif du passé suffit à nous convaincre 
que c'est là, sinon une légende, du moins une opinion arbitraire, 
qui ne tient pas ferme devant une étude objective des faits histo- 



— 10 — 

riques. Dès le jour même de leur asservissement et jusqu'à celui de 
leur délibération, les Bulgares ne cessèrent jamais de faire des tenta- 
tives pour se débarrasser du joug ottoman. Quelques-unes de ces 
tentatives prenaient de telles proportions qu'elles menaçaient sérieu- 
sement la domination turque sur la terre bulgare. Et si, malgré cela, 
les Bulgares n'obtenaient pas les résultats escomptés, ils le devaient 
à des causes extérieures et pour ainsi dire adventices plutôt qu'au 
manque de résistance des populations révoltées. Certes, le peuple 
bulgare, comparé au peuple serbe, est beaucoup plus pacifique et plus 
sédentaire. Il ne s'enflamme pas de si peu et n'a pas la vanité des 
gestes héroiques. Il lui faut du domaine et des conditions de vie pai- 
sible; il ne prend les armes que lorsque ces conditions sont sérieuse- 
ment menacées ou lorsqu'il les a perdues. Les armes sont pour le 
Bulgare un moyen auquel il ne recourt qu'à la dernière extrémité. 
Mais, une fois qu'il les a prises, il ne les dépose plus avant de s'être 
définitivement assuré qu'il est incapable de défendre ses droits jus- 
qu'au bout ou avant d'avoir reconnu chez son oppresseur les indices 
d'une disposition à lui garantir la sûreté de son bien et de son honneur. 
De là, chez le Bulgare, le manque de toute admiration pour les révo- 
lutions qui ne trouvent même pas d'accents dans ses chants natio- 
naux. A vrai dire, il chante bien les héros, les « haidouts », mais il les 
chante non pas pour célébrer leurs actes sanglants, mais plutôt pour 
mettre en relief les mobiles de leur lutte, la défense de la vie paisible 
du peuple. Et l'idée de vie paisible, de liberté individuelle étant plus 
rapprochée de l'idée d'un Etat indépendant, on peut avancer hardi- 
ment que celle-ci surgit chez nous, spontanément, beaucoup plus tôt 
que chez les autres peuples jadis subjugués par les Turcs. 

Tout autre le caractère des soulèvements serbes et le tempéra- 
ment national serbe. [Le Serbe est avant tout une nature roman- 
tique. Il se laisse séduire^ plutôt par l'idée des exploits sans songer 
aux conséquences qui pourront en résulter. Ce qui le préoccupe, ce 
n'est pas autant d'obtenir quelque chose que de manifester sa volonté 
d'y parvenir. De là le culte de la personnalité que les Serbes ont 
porté à une hauteur inaccessible. Actes personnels, exploits person- 
nels, succès ou échecs personnels, voilà le fond de leur vie. Ce trait 
de caractère a persisté chez eux jusqu'aux temps actuels. Aujourd'hui 
encore, comme au passé, ils concentrent tous les événements de leur 
existence historique sur une seule personne, que ce soit Sindjélitch, 
Kara-Georges ou Putnik, peu importe. Sans doute, un tel état d'âme 



— 11 — 

incline plus aux manifestations éclatantes que le tempérament réa- 
liste du Bulgare. Au premier cas on est enthousiasmé, prompt à 
l'action, audacieux, à l'autre lent, calme et circonspect. Une com- 
paraison permettra de nous mieux rendre compte de cette diffé- 
rence. Prenons deux soulèvements, le soulèvement serbe de Kara- 
Georges et le soulèvement bulgare de Nich. L'un est une explosion 
d'audace, une révolte provoquée par le conflit entre oppresseurs et 
opprimés, une lutte de champions audacieux contre les janissaires 
et les dahis; l'autre est un mouvement grave et réfléchi amené 
par des conflits de propriétés et de familles, l'acte d'une population 
aux instincts pacifiques mue par l'idée d'un régime gouvernemental. 

Evidemment, ces deux formes différentes de la révolution comme 
moyen de lutte et des mobiles qui déterminent le recours aux armes 
conditionnent des résultats également différents. Il est plus facile, 
en effet, de venir à bout d'une personne que d'un régime. Aussi 
le gouvernement turc trouvait-il plus commode de céder à la pre- 
mière plutôt qu'au second. Car la première lui imposait de renon- 
cer à quelques personnalités, tandis que le second lui commandait 
de se désister soi-même d'une organisation destinée à tenir dans 
l'obéissance les peuples soumis. 1 , Ensuite l'attachement à un sys- 
tème est plus fort et plus durable que l'attachement à une person- 
nalité. N'était-il par exemple pas égal à la Turquie, après tout, que 
la haute autorité à Belgrade fût entre les mains d'un Kara- Georges, 
soumis au sultan, ou d'un Békir pacha ? La population turque du 
pays ne continuait-elle donc pas à se sentir souveraine, sous un 
gouverneur général serbe? Mais appliquer le Hatt-i-chérif de Gul- 
hané, cause première de l'insurrection dans la région de la Morava, 
cela aurait signifié pour l'autorité turque de se mettre sur le même 
pied avec les conquérants et assujettis, en garantissant à ces derniers 
une indépendance civile économique et culturelle. 

Outre au caractère même de leurs soulèvements, les Serbes doivent 
encore à d'autres circonstances importantes dont les Bulgares étaient 
privés, le fait d'avoir acquis avant ceux-ci leur indépendance et 



1 Stanojévitch même le reconnaît. Voici ses propres paroles: «Aucun des Serbes 
qui prirent part à cette révolte n'avait pensé fonder un Etat indépendant; mais bien 
plutôt les Serbes, reconnaissant la légitimité de l'Etat turc et du pouvoir souverain du 
sultan, s'étaient soulevés contre les janissaires et les dahis, parce qu'ils commettaient 
des injustices et étaient les ennemis du sultan, contre lequel ils s'étaient insurgés. (His- 
toire du peuple serbe. Deuxième édition, revue et corrigée. Belgrade, 1910, p. 266.) 



— 12 — 

d'avoir été autorisés à se constituer en principauté autonome. Ces 
circonstances furent déterminées par la situation géographique des 
territoires serbes aux confins du nord-ouest de l'empire ottoman, 
dans le voisinage immédiat de l'Autriche-Hongrie. Et l'on peut dire, 
sans crainte de se tromper, que l'indépendance serbe commença 
quinze ans avant l'insurrection. En effet, elle était implicitement 
contenue dans les conditions que le gouvernement autrichien pro- 
posa après la paix de Svichtow (août 179 1) 1 lorsque, rendant aux 
Turcs le territoire serbe, y compris Belgrade, occupé par les troupes 
autrichiennes, il imposa à la Porte, entre autre, une amnistie pour 
tous les Serbes sujets turcs, qui avaient pris part à la guerre contre 
la Turquie. 2 

C'est l'époque de la renaissance austro-hongroise, connue dans 
l'histoire littéraire sous le nom de joséphisme et soutenue avec 
beaucoup de zèle par l'empereur Joseph II, ardent disciple des idées 
rationalistes qu'il introduisit résolument dans l'Eglise et dans l'Etat. 
Une des conséquences immédiates de ce courant d'idées en Autriche- 
Hongrie fut l'impulsion donnée au progrès de la culture nationale 
parmi les Serbes de Hongrie, 3 impulsion dont les répercussions se 
firent bientôt sentir parmi les Serbes de ce côté du Danube. 

Il faut y ajouter la grande influence de la dissolution com- 
mencée dans l'Empire ottoman, épuisé par des guerres fréquentes 
qui le mettaient hors d'état de tenir tête aux troubles intérieurs qui 
éclatèrent vers ce temps-là et aux convoitises de ses grands voisins 
l'Autriche et la Russie. Les troupes mêmes que la Porte envoyait 
réprimer les révoltes n'étaient pas des troupes régulières au sens 



1 Sur cette question Saint René Taillandier dit presque textuellement ceci: «L'ap- 
parition de la flotte russe dans les eaux de la mer Egée en 1770 a suscité l'insurrection 
des Grecs et l'union de l'Autriche à la Russie contre la Turquie, en 1788, celle des Serbes. » 
La Serbie au XIX e siècle (Kara-Georges et Milosch), écrit par Saint René Taillandier, 
traduit en serbe par Nicolas S. Iovanovitch. Belgrade, 1887, p. 62. — Vouk Karadjitch: 
« Quand les Autrichiens conclurent, en 1791, la dernière paix avec les Turcs, à Svich- 
tow, il fut convenu que les Turcs ne demanderaient pas compte aux Serbes pour ce qui 
s'était passé pendant la durée de la guerre; et pour que cet accord pût se maintenir, 
on s'entendit que les janissaires qui s'étaient, avant la guerre, rendus coupables de vio- 
lences en Serbie, et avaient provoqué des troubles populaires, ne retourneraient pas 
à Belgrade. » — La première année de la guerre des Serbes contre les dahis. Recueil des 
écrits historiques et ethnographiques de Vouk Stef. Karadjitch, livre premier, 1898, p. 3. — , 
Voir de même V. Karitch: La Serbie et l'alliance balkanique, trad. Z. Vichine p. 98. 

2 Histoire du peuple serbe, Belgrade, 1873, p. 139. 

3 Jovan Skerlitch: Histoire moderne des lettres serbes, p. 67 — 68. 



— 13 — 

propre du mot. Elles manquaient non seulement d'organisation et 
de discipline, mais aussi d'unité de cohésion. Dans la plupart des 
cas, ces troupes n'étaient qu'un ramassis de hordes armées, aux- 
quelles se joignaient des musulmans indigènes et des Albanais. La 
Turquie se trouvait même réduite quelquefois à implorer le secours 
des Serbes, pour se défendre contre les pachas et les janissaires ré- 
fractaires à l'autorité du sultan, dont les révoltes étaient devenues 
pour elle un mal chronique. Ces révoltes furent particulièrement 
fréquentes sous le règne de Sélim III qui, conseillé par Napoléon, 
essaya de réorganiser son armée à l'européenne, et de supprimer 
les janissaires, entreprise qu'il paya par la perte de son trône d'abord 
et ensuite de sa vie. En outre, la Turquie était financièrement com- 
plètement épuisée. La Porte était, à cette époque (1809) (note de 
l'auteur), à bout de ses ressources. C'est pourquoi elle ne pouvait pas 
entretenir une armée suffisamment forte; et celle qu'elle possédait, 
elle ne pouvait ni l'approvisionner, ni la nourrir convenablement. 1 
C'est ainsi que les Serbes prêtèrent main forte à Moustapha pacha, 
qui envoya des troupes serbes sous les ordres de son fils, Dervisch 
bey, contre Pasvan Oglou. 2 

Les insurrections serbes trouvèrent un concours précieux dans 
les rapports d'hostilité sourde entre la Russie et la Turquie, bien 
que ces deux Etats eussent conclu une alliance entre eux. Dès le 
premier soulèvement, la Serbie s'étant adressée à la Russie, celle-ci 
lui promet un appui diplomatique et une aide pécuniaire. La guerre 
serbo-turque du printemps 1809 fut une conséquence des rapports 
turco-russes de cette époque. » 3 Les attentions et l'assistance pro- 
diguées par l'Empire du Nord à la Serbie augmentèrent sensiblement, 
lorsque la France eut acquis plus d'influence auprès de la Russie. 
Ainsi, le généralissime des armées russes, général Michelson, envoie 
aux Serbes de la poudre, des cartouches pour 50,000 fusils, 
10 ou 12 canons de campagne et de l'argent. Il leur délègue égale- 
ment deux de ses officiers pour qu'ils voient de quoi les Serbes 



1 Capitaine L. P. Lioubichitch : La sixième année de l'insurrection serbe. Etude 
militaire, p. 15. Voir encore: La Serbie en Orient, revue «Radenik», t. II, n° 9, p. 44, 
feuille 3, du 26 janvier 1872, et Stojan Novacovitch: Résurrection de l'Etat serbe, 1914, 
p. 2-3. 

2 Histoire du peuple serbe, p. 140. 

3 Capitaine L. N. Lioubichitch : La sixième année de l'insurrection serbe. Etude 
militaire, p. 12. 



— 14 — 

avaient encore besoin. 1 Ce ne sont plus les luttes du peuple serbe, mais 
bien celles de la Russie contre la Turquie, plus spécialement encore 
après la paix de Bucarest, conclue le 16 mai 1812, qui posèrent 
les fondements de l'Etat serbe. Aux termes de l'art. 8 du traité 
passé entre ces deux puissances, la Serbie obtenait le droit de se 
gouverner elle-même, une amnistie générale étant d'ailleurs stipulée 
pour tous les Serbes. En outre, on accordait à la Serbie le droit 
d'adresser des demandes à la Porte concernant la liberté du culte 
et le choix des chefs religieux. On décida de lui faire restituer les 
départements enlevés par les Turcs en 1809, après la défaite des 
partisans de Kara- Georges et en même temps on défendit aux Turcs 
de s'établir sur terre serbe, en faisant exception pour les troupes 
des garnisons. 2 Territorialement, la Serbie ne comprenait alors que 
le pachalik de Belgrade qui avait une étendue de 24,000 kilomètres 
carrés. 3 La Krajna restait dans le pachalik de Vidin, Alexinetz dans 
celui de Nisch et Krouchevetz et Parakin dans celui de Leskovetz. 
Ces acquisitions, pourtant si faciles et si inattendues pour les 
Serbes, ne les contentèrent pas. Dès ce moment, ils concevaient le 
projet d'un Etat indépendant constitué sur une large étendue qui 
engloberait dans ses limites la Bosnie, l'Herzégovine, la Bulgarie, la 
Sirmie et la Croatie. 4 C'est alors (1809) que se manifeste la tendance 
de la Serbie à l'extension vers le Sud. 5 Il ne s'agissait encore là, 
bien entendu, que de rêves d'un Kara- Georges qui, s'étant mis à 
la tête d'un mouvement insurrectionnel avec des visées très mo- 
destes, voulait l'impossible en voyant arriver des succès auxquels 
il ne s'était point attendu. C'était là un de ces excès propres à 
tout homme sans culture, en présence d'une fortune inespérée où 
tombent malheureusement avec le temps une grande partie des gens du 



1 Capitaine L. P. Lioubichitch : La sixième année de l'insurrection serbe. Etude 
militaire, p. 21 — 22. — Voir « Les rapports de la Russie avec la Serbie.)) Extrait des 
œuvres de Michailowski-Danilowski, inséré dans le livre de Ranke: ((Histoire de la Ser- 
bie.)) Moscou, 1857, p. 3, et dans l'ouvrage: «La Serbie et la Turquie au XI Xe siècle)), égale- 
ment de Ranke, 1892, p. 516. 

2 Les résultats des guerres de la Russie contre la Turquie, par E. A. Bélow, publié 
dans la revue « Drevnaja i Novaja Rossia», n° 8, 1877, p. 335— 339. 

3 Dr. Jovan Zvjic: La situation géographique et culturelle de la Serbie, p. 3. 

4 G. Zanétoff : Les Bulgares le long de la Morava, p. 66. 

5 « Une députation conduite par Jovan Jougovitch ne cessait de demander au nom 
du peuple serbe, à son allié, une extension des frontières de la Serbie à réaliser avec l'aide 
de la Russie, extension nettement orientée vers le sud. » L. P. Lioubichitch : La sixième 
année de l'insurrection serbe, p. 45. 



— 15 — 

milieu populaire qui ne se distinguent pas par leur raison et leur 
sens pour les réalités. Les Serbes furent donc mécontents des sti- 
pulations que Stanojévitch considère comme « un des moments les 
plus marquants de l'histoire de la restauration de l'Etat serbe». 1 
C'est tout ce qu'il fallait aux Turcs, pour pouvoir ne pas appli- 
quer le traité et pour répondre aux représentations du gouvernement 
russe que les Serbes eux-mêmes s'y refusaient. 2 D'autre part, la 
Russie, occupée déjà à se défendre contre l'invasion napoléonienne, 
ne pouvait rien faire pour y obliger les Turcs. La Turquie se vit 
libre d'agir encore plus hardiment après les défaites que Napoléon 
infligea aux Russes et à leurs alliés d'alors à Lutzen (20 avril) et 
ensuite à Boudichin (9 mai). Elle attaqua la Serbie de trois côtés 
simultanément, de Vidin, de Nisch et de la Bosnie, et en con- 
somma la reconquête vers la fin de septembre 1813. 

La question serbe revint à l'ordre du jour en 1826, après l'ulti- 
matum que l'ambassadeur de Russie adressait au gouvernement 
turc, le 24 mars de la même année, pour demander l'application de 
l'art. 8 du traité de Bucarest. Cet ultimatum amena la convention 
d'Akermann (25 septembre 1826) à la suite de laquelle la Turquie 
reconnut à la Russie un droit de protectorat sur la Moldavie, la 
Valachie et la Serbie. L'art. 5 de cette convention confirmait les 
droits accordés à la Serbie par l'art. 8 du traité de Bucarest, soulignés 
par un Hatt-i-chérif particulier, consacrant les suppléments et les 
commentaires élaborés par une commission spéciale qui siégea à 
Constantinople avec la participation de délégués serbes. 3 La Porte 
reconnaissait en principe l'autorité de la Serbie sur les six nahiés 
(arrondissements) qui avaient pris part à l'insurrection de Kara- 
Georges, mais qui ne s'étaient pas joints à celle de Milosch, en 1815, 
non pas qu'ils fussent incorporés dans d'autres pachaliks, mais parce 
que, étant bulgares, ils ne voulaient probablement pas appuyer le 
serbisme au détriment de leur propre affranchissement. 

Les stipulations de la convention d'Akermann restèrent sans 
effet pratique, les circonstances n'ayant pas permis à la Turquie, 
dit Bélow, de les mettre à l'exécution. C'est pourquoi, lors de la con- 
clusion du traité de paix d'Andrinople (2 septembre 1829), elle 



1 Histoire du peuple serbe, p. 279. 

2 Histoire du peuple serbe, p. 280. 

3 Les résultats des guerres de la Russie contre la Turquie, par E. A. Bélow. « Drev- 
naja i Novaja Rossia», n° 8, 1877, p. 335. 



— 16 — 

consentit, par les art. 5 et 6 de ce traité, à rétrocéder les départements 
occupés et à exécuter toutes les stipulations précédentes en informant 
le gouvernement russe de ce fait 1 . La même année, la Porte, cédant 
aux instances de l'ambassadeur de Russie, promulguait un Hatt-i- 
chérif particulier, par lequel elle promettait de réaliser ses engage- 
ments contractuels à l'égard de la Serbie; un an après, en 1830, ce 
Hatt-i-chérif fut suivi d'un autre. Entre le temps, Milosch avait, par 
des moyens de corruption, réussi à se faire délivrer un Bérat, qui 
lui conférait la dignité princière avec des droits héréditaires. 2 

Cependant, la Serbie ne s'estimait pas encore satisfaite par les 
deux Hatt-i-chérifs et par le Bérat de principauté héréditaire. Et, 
profitant des embarras de la Porte, occupée avec la révolte d'Ali 
pacha d'Egypte qui menaçait Constantinople par sa marche à tra- 
vers la Syrie, elle incorpora dans ses limites la région située à l'est 
de la rivière Mlava avec les villes de Négotin, Zaitchar, Alexinetz 
(peuplées d'émigrés de Prilep, de Nisch et de ses environs, etc.) et 
Kniajevetz qui, jusqu'en 1833, avaient fait partie du pachalik de 
Vidin. La Turquie se vit obligée d'accepter le fait accompli et de 
régler cette question au profit de la Serbie, ce qu'elle fit par un 
Firman spécial de 1833 qui déterminait exactement les limites du 
territoire cédé. D'après ce document, la nouvelle frontière serbe 
suivait la rive gauche du Timok jusqu'au village de Vrajogrntzi, 
d'où elle rejoignait la rivière Vesdenitza près de la hauteur « Toupan », 
et allait en ligne droite jusqu'à Vrchka-Tchouka ; de Vrchka-Tchouka 
elle passait par les points de Zatvorena-Poliana, Ostritchéva-Poliana, 
Babin-Nos et par la montagne Kitka, où finissait le département 
de Vidin et où commençait celui de Belogradtchik (suivant la 
distribution administrative de la principauté bulgare de 1879); de 
là enfin, elle était jalonnée par Kadi-Boaz, Ressevat-Kamen, Svéti- 
Nicolas et Pissana-Boukva où elle atteignait la limite du sandjak 
de Nisch. Jamais Kara- Georges et ses sentinelles n'avaient mis le 
pied dans ces contrées. Et Milosch réussit enfin, en suivant la ligne 
de la moindre résistance, à annexer à son Etat des territoires qui 
étaient bulgares et qui comme tels avaient pris part aux insurrec- 
tions de Kara- Georges. La population de ces contrées pensait, en 



1 Les résultats des guerres de la Russie contre la Turquie, par E. A. Bélow. « Drev- 
naja i Novaja Rossia», n° 8, 1877, p. 339-340. 

2 Stanojévitch, p. 288. 



— 17 — 

coopérant à l'affranchissement de la Serbie, se rapprocher de sa 
propre délivrance. Et c'est ainsi que l'étendue du territoire de la 
principauté serbe fut accrue de 13,300 km. carr., et de 24,440 km. 
carr. elle s'éleva à 37,740 km. carr. 1 

Ayant ainsi arrondi ses frontières orientales, la Serbie, encou- 
ragée par le résultat de l'habileté avec laquelle elle avait su profiter 
de l'embarrassante situation intérieure et extérieure de la Turquie 
et par la préférance que, chose très naturelle, la population annexée 
donnait au gouvernement chrétien des Serbes plutôt qu'à l'adminis- 
tration musulmane des Turcs, — conçut le projet d'une descente le 
long de la Morava, pour s'assurer une position centrale dans la pénin- 
sule balkanique. Elle était séduite par l'idée de devenir un Etat 
moravien, en déplaçant du nord-ouest vers le sud-est le centre de 
gravité de son territoire. Mais pour y réussir, il lui fallait de nou- 
veaux troubles dans les provinces limitrophes de la Turquie, qu'elle 
exploiterait à sa guise. Le succès facile que lui avait valu l'annexion 
des territoires à l'est de la Morava, la rendait impatiente et auda- 
cieuse. Et elle se mit à travailler systématiquement à soulever la 
province de la Morava qui, en raison de l'anarchie administrative 
et financière de l'empire ottoman, se prêtait à ses intrigues. A l'insti- 
gation des agents de l'autorité serbe qui lui promettaient toute espèce 
d'assistance et même l'appui militaire de la Serbie, la population 
moravienne tenta, à plusieurs reprises, des insurrections contre la 
domination turque. Elle paya chèrement ces tentatives, dont la 
plus mémorable fut celle de 1841. En réalité, l'insurrection n'était 
pas dirigée contre le haut représentant de l'empire, mais seulement 
contre le système d'administration en vigueur. Elle était conçue 
comme une protestation pacifique plutôt que comme une lutte armée, 
désirée par les Serbes. Et si le pacha avait écouté les représentants 
de la population révoltée qui ne réclamait que l'application du Hatt- 
i-chérif de Gulhané, l'insurrection de Nisch se serait terminée sans 
une goutte de sang. Or, c'est la Serbie qui recueillit tout le profit 
de cette situation: empressée à assumer le rôle de pacificatrice, elle 
réussit à satisfaire et son suzerain, dont elle défendait les intérêts, 
et la population, dont elle se faisait la protectrice et le porte-parole 
auprès des hautes autorités turques. C'est grâce à cette conduite 
que la Serbie put, lors du changement dynastique survenu l'année 



1 Zvjic: La situation géographique et culturelle de la Serbie, p. 7. 



— 18 — 

suivante, non seulement s'assurer la non-intervention de la Porte, 
mais aussi obtenir un Bérat pour la reconnaissance d'Alexandre 
Kara- George vitch, qu'un envoyé spécial apporta à Belgrade, le 
24 août 1843. 1 

Encore plus déloyale fut la conduite de la Serbie lors de la révolte 
de Vidin de 1851 qui fut étouffée dans son germe: le plan de l'in- 
surrection fut dénoncé par le gouvernement serbe qui livra aux 
Turcs la lettre que les chefs du mouvement, les principaux maires 
des arrondissements de Vidin, Belogradtchik et Lom avaient écrite 
au prince Alexandre Kara-Georgévitch et à laquelle il avait répondu 
qu'il était prêt, si la population entière se soulevait, à l'approvi- 
sionner en poudre et en fusils. 2 

Une occasion beaucoup plus favorable se présentait bientôt à 
la Serbie de faire révolter la population bulgare des confins occi- 
dentaux de l'Empire ottoman et de l'assister, ne fût-ce qu'indirec- 
tement, dans le seul but de manifester ensuite sa correction envers 
son suzerain. En 1853, la guerre éclata entre la Russie d'une part 
et la Turquie, la France, l'Angleterre et la Sardaigne de l'autre. La 
Serbie, quoique sous protectorat russe, préféra se déclarer neutre, en 
échange de quoi la Porte promulgua (décembre de la même année) un 
Firman impérial qui promettait solennellement le respect des privi- 
lèges serbes. L'Autriche, de son côté, lui promit l'enclave de Svéti- 
Nicolas, Vidin, Lom. 3 Grâce à cette attitude elle ne fut pas oubliée 
à la paix de Paris (1856) où ses privilèges furent placés sous la garan- 
tie des puissances signataires de ce traité, qui défendait à toute espèce 
de troupes, turques ou non, d'entrer sur son territoire ou de le tra- 
verser. Ces décisions furent, comme Stanojévitch lui-même le re- 
connaît, d'une grande importance pour l'indépendance de la Serbie, 
d'abord parce qu'elles l'affranchissaient du protectorat russe et en- 
suite parce qu'elles réglaient à l'avance la question de la présence 
des garnisons turques dans les forteresses serbes. 

Les difficultés intérieures accaparèrent pour des années l'atten- 
tion de la Serbie, occupée uniquement des luttes de parti qui ame- 



1 « Srbske Novine » (Nouvelles de Serbie), n° 68 du 25 août 1843, p. 271. 

2 P. P. Karapétroff : Les rapports serbo-bulgares tels qu'ils se sont manifestés par 
les actes. Recueil d'articles, 1898, p. 289—291. — D. Micheff affirme que «le gouverne- 
ment serbe fut l'allié des Turcs dans l'affaire de l'insurrection bulgare de Pirot et de 
Nisch en 1841 et dans celle de l'insurrection de Vidin en 1851 ». La Bulgarie dans le passé, 
p. 393. 

3 D. Micheff, La Bulgarie dans le passé, p. 391. 



— 19 — 

naient toujours des changements dynastiques. Le 11 décembre 
1858, Alexandre Karageorgévitch fut forcé d'abandonner le trône 
qui fut retourné de nouveau à Milosch Obrénovitch I er , en qui le 
peuple serbe mettait tout son espoir. Mais Milosch mourut après 
deux années de règne (11 décembre 1858 — 14 septembre 1860). 
Son 'fils Michel Obrénovitch II lui succéda et reçut pour la deu- 
xième fois la dignité princière. Le court règne de Milosch ne fut 
marqué que par son conflit avec le commandant de la forteresse 
de Belgrade, Osman pacha, terminé par une protestation serbe 
fondée sur le Hatt-i-chérif de 1830. Impuissant à se tirer d'affaire 
tout seul, le gouvernement serbe requérait encore une fois l'aide de 
ses voisins. «Le gouvernement serbe ne pouvait pas opposer une 
résistance directe au pacha; mais il commença à soutenir les em- 
barras auxquels la Porte se trouvait déjà en butte en Bulgarie et 
en Bosnie. & 1 

Les efforts que Milosch fit auprès de la Porte le lendemain 
de son avènement pour amener l'exécution des affaires réglées 
en principe sur la base des Firmans antérieurs et restées sans appli- 
cation sous le prince Alexandre furent également vains. Au nombre 
de ces questions étaient celle des garnisons turques des forteresses 
et celle des musulmans établis dans les villes serbes. La Porte décli- 
nait toutes les sollicitations de Milosch et rejetait ses demandes ten- 
dant à l'application de la juridiction serbe aux Turcs de Serbie. 
La députation envoyée sous la conduite de E. Garaschanin pour 
traiter ces questions se vit obligée de remettre une protestation et de 
quitter Constantinople. 2 

Sur ces entrefaites Milosch mourut. Son fils Michel était dé- 
cidé à renouveler les tentatives de son père auprès de la Porte pour 
obtenir le départ des Turcs des villes serbes et la confirmation de 
la dignité princière héréditaire, toutefois il abandonna la politique 
des complaisances et embrassa celle des revendications nationales, 
pleine d'esprit d'indépendance et d'audace. 3 A cet effet, il envoya 
encore Elias Garaschanin à Constantinople, mais en même temps 
il convoqua à Kragoujévatz la Skoupchtina « dont les décisions 



1 Le second règne de Milosch Obrénovitch (de 1859 à 1860), par Nil Alexandrovitch- 
Popow, p. 77. Pétrograde, 1882. — L'Etat serbe et la guerre turque de 1861 à 1867, par 
le même, p. 13 — 14. Pétrograde. 

2 L'Etat serbe et la guerre turque de 1861 — 1867, p. 13. 

3 N. R. Ovsyanyi: Le Proche Orient et le Slavisme, 1913, p. 142. 



— 20 — 

tendaient à faire croire à Constantinople à une violation des droits 
du sultan et à atteindre la Turquie dans ses intérêts ». 1 Ainsi, cette 
Skoupchtina, dite de l'Epiphanie, élabora entre autres quatre lois 
qui réglementaient la constitution de la Skoupchtina et du Conseil 
d'Etat, la perception des impôts et l'organisation de l'armée natio- 
nale. La Porte vit dans les trois premières une violation flagrante 
de la Constitution qu'elle avait donnée aux Serbes et dans la der- 
nière une préparation à la lutte contre elle. Le grand vizir Ali pacha 
protesta auprès des représentants des grandes puissances, qu'il con- 
voqua en conférence, mais ne trouva aucune sympathie chez eux. 
Le but du prince Michel était de susciter des complications afin 
que la question des Balkans fût réglée par les peuples balkaniques. 
Il rêvait en même temps de s'affranchir du protectorat autrichien 
sans retomber sous le protectorat russe, ce qui n'était possible qu'avec 
une confédération danubienne dont la Hongrie et la Roumanie 
feraient également partie; la Serbie pourrait ainsi, au moment du 
démembrement de la Turquie, réunir autour d'elle comme centre 
naturel, tous les Yougo- Slaves (Slaves du Sud). 3 Il s'adressa à la 
France et à la Russie qui avaient déjà commencé à se rapprocher 
l'une de l'autre et leur demanda s'il pouvait compter sur leur appui 
moral dans le cas d'un conflit avec la Turquie, à quoi elles lui ré- 
pondirent (mars 1861) qu'en pareil cas elles resteraient neutres. 
C'est à cette époque que remontent aussi les tentatives de Michel 
de gagner à lui les révolutionnaires bulgares émigrés en Roumanie 
et en Serbie et qui, dans leur ardent désir de voir leur patrie libérée, 
se prêtèrent à ses projets tendant de chasser les Turcs des Balkans 
et de former un royaume yougo-slave où Serbes et Bulgares, Croates 
et Dalmates, etc. auraient des droits égaux et conserveraient leur 
caractère d'unités nationales différenciées. 3 Rakovsky recruta une 
légion bulgare, avec l'aide de laquelle les Serbes comptaient chasser 
les Turcs de Belgrade. Un comité se forma à Tirnovo sous la pré- 



1 L'Etat serbe et la guerre turque de 1861 à 1867, p. 14. 

2 P. Milioukow : Les rapports serbo-bulgares dans la question macédonienne. — 
Balgarski Pregled, 1899, t. V, n° 9-10, p. 54. 

3 Voir le pacte conclu entre eux dans l'article cité de Milioukow, p. 52—62, Le jour- 
nal «Srbia» détermine ainsi cette politique de la principauté serbe: «Les insensés se 
disputent pour Marco Kralévitch et ne voient pas que le peuple ne veut rien savoir de 
leur dispute, car de Constantinople à la mer Adriatique tous les peuples chantent égale- 
ment Marco Kralévitch comme leur héros. La jeune littérature serbe ne fait pas de dis- 
tinction entre celui-ci et celui-là; elle ne connaît que les Yougo- Slaves, fussent- ils Bul- 



— 21 — 

sidence de Christaki Hadji Nicoloff. Ce dernier se rendit à Bel 
grade où Rakovsky le présenta à Garaschanin avec lequel il s'enten- 
dit en vue d'une action solidaire. Deux ou trois jours avant la 
proclamation de l'insurrection, Rakovsky en informa Hadji-Nicoloff 
qui rassembla ses hommes dans le monastère de Kapina. Mais, 
cette fois encore, les Serbes se comportèrent de la même manière 
que précédemment. 

Afin d'assurer l'issue de leur révolution en la présentant non 
pas comme une mutinerie qui porte un coup aux intérêts de l'Em- 
pire ottoman, mais comme un mouvement tendant précisément à la 
conservation de ces intérêts, qui serait possible seulement après 
la suppression de toutes les causes de conflit entre la Serbie et la 
Turquie, les Serbes décident de dénoncer secrètement le plan des 
Bulgares à Tirnovo. L'insurrection bulgare fut aussitôt étouffée par 
les Turcs, tandis que les Serbes, après avoir utilisé les légionnaires de 
Rakovsky qui jouèrent un rôle important «en leur qualité de tirailleurs 
de première ligne »,* les empêchèrent de franchir la frontière, de peur 
qu'ils ne soulevassent une révolte en Turquie pour l'affranchissement 
de la Bulgarie. 2 On connaît les conséquences de ce jeu serbe: la 
conférence des représentants des puissances garantes, convoquée à 
Constantinople, décida le départ des Turcs de la ville, le déman- 
tellement des forteresses de Sokol et d'Oujitza et le maintien des 
garnisons turques dans les seules localités de Belgrade, Smédérovo, 
Schabatz et Kladovo. 



gares, Croates ou Arbanassiens (sic!). Elle les considère comme les fils d'une même nation, 
qui doit être délivrée et pour former une société libre. » (Tome premier, n° 25 du 17 juin 
1867, p. 97). Suivant la même publication, « un seul peuple slave, composé de deux 
tribus slaves — les Bulgares et les Serbes — habite dans la péninsule balkanique. Les 
Yougo- Slaves forment une seule nation; ils ont la même religion et les mêmes mœurs 
et coutumes et les mêmes joies et les mêmes peines leur sont communes». (Tome pre 
mier, n° 38 du 3 octobre 1867, article « Nos soucis », p. 151. 

1 Milioukoff, p. 56. 

2 Karapétroff, p. 291 — 293. Voici comment Naiden Ghéroff caractérise ce mo- 
ment des rapports serbo-bulgares, dans une lettre du 8 octobre 1862: 

Parlons à présent des affaires serbes. Je passe sous silence le mouvement que les 
événements de Belgrade ont produit parmi la population d'ici, parce qu'il est déjà passé; 
l'impression produite par leur résultat inattendu n'est pas en faveur des Serbes. Ici 
on est persuadé que ces derniers ne sont que des présomptueux et de plus qu'ils ne sont 
capables de rien. Il est reconnu q'ils escomptaient que lors de leur différend avec les 
Turcs, les Bulgares se soulèveraient et retiendraient les forces turques et qu'ainsi n'ayant 
contre eux que les garnisons des forts et le petit nombre de Turcs demeurant en Serbie, 
il ne leur serait point difficile d'en venir à bout; ensuite, profitant des circonstances, ils 



— 22 — 

Le prince Michel n'était pas satisfait de ce succès. Il voulait 
profiter du changement survenu dans la situation internationale, 
notamment dans la politique de l'Autriche et de la Russie, dont la 
première, sous l'influence des idées professées par le comte de Beust, 
se montrait disposée à aider la Serbie, parce qu'elle trouvait incom- 
mode de lier ses intérêts à ceux de la Turquie vouée à la déchéance, 
et dont la seconde, prenant prétexte du mécontentement des Etats 
et des peuples balkaniques, s'efforçait de prouver la nécessité d'une 
revision du traité de Paris, trop gênant pour elle-même. Le repré- 
sentant serbe à Constantinople, Iovan Ristitch, fit auprès de la 
Porte une démarche énergique, qui eut un effet très heureux. 
La Turquie dut céder, sans cependant livrer formellement ses 
forteresses à la Serbie. Une formule diplomatique fut trouvée 
par le représentant anglais; suivant cette formule la Porte confiait 
ses forteresses aux soins du prince Michel (avril 1867). Ou, comme 
le grand vizir s'exprimait dans l'alinéa 3 de sa lettre au prince Michel 
du 19 février 1867: elle lui confiait la garde des forteresses sous la 
condition « que le pavillon impérial continuerait de flotter à l'avenir 
sur leurs murailles au même rang que les pavillons serbes ». 1 C'était 
là un succès considérable et pour le prince et pour le pays, qui de- 
venait un centre d'attraction pour les chrétiens des Balkans. 2 



pourraient se proclamer libérateurs des Slaves du sud et les dominer par droit de con- 
quête; mais leur attente fut déçue. Si les Serbes, forts qu'ils étaient depuis tant d'années 
en troupes et en ressources de toutes sortes, n'espéraient point résister aux forces tur- 
ques, à plus forte raison les Bulgares, privés de tout moyen de défense, devaient craindre 
la défaite; ceux-ci ne pouvaient donc agir autrement que d'attendre que les Serbes eussent 
passé la frontière, pour se joindre à eux. Cette réserve des Bulgares, la conduite du dé- 
tachement bulgare organisé à cette occasion à Belgrade, et le bon sens de son chef, le 
fameux capitaine Ilia, inspirèrent aux Serbes la crainte que les Bulgares ne prissent 
parmi les Slaves du sud la place prépondérante que les Serbes convoitaient tant et dont 
ils se croyaient seuls dignes. L'opinion que les Bulgares avaient à l'égard des Serbes 
est due à la malveillance que le gouvernement serbe a commencé à montrer dernière- 
ment vis-à-vis de la légion bulgare et l'obstacle qu'il mettait au retour du capitaine Ilia 
en Bulgarie. On dit que les Serbes auraient été contents de l'humiliation des Monténé- 
grins, pour que lors de l'écroulement de la Turquie le peuple serbe ne soit pas divisé en 
deux principautés. 

Tu connais mon opinion sur les Serbes. Ils m'ont toujours semblé être des fanfarons, 
et rien de plus. A présent il se trouve que j'ai eu raison de douter de leurs capacités mili- 
taires et de leur sincérité envers les peuples de la même race. (Archives de Naiden Ghé- 
roff, livre 2, p. 352.) 

1 Iovan Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie dans les temps nouveaux. 
T. II, 1860-1868, p. 561. 

2 Stanojévitch, p. 306-307. 



— 23 — 

Cette fois encore les Serbes n'oublièrent pas d'exploiter l'em- 
pressement des Bulgares à mourir pour l'indépendance de leur patrie. 
La même année, deux détachements armés faisaient irruption près 
de Toutrakan et de Svichtow. Un troisième se préparait à entrer 
par la Serbie. Les deux premiers, trahis par les Serbes, furent dé- 
faits; le troisième, bien que formé en Serbie, fut reçu à la frontière 
par les autorités du prince Michel qui l'arrêtèrent et le conduisirent 
à Zaitchar. Le chef de ce détachement était l'officier Jérémie Pétroff 
Balgaroff de Lom, qui avait été au service dans l'armée serbe et 
avait été désigné par le ministre de guerre, colonel Blaznavatz, pour 
prendre le commandement des rébelles. 1 

Le même sort était réservé à la légion bulgare de Belgrade qui, 
en vertu d'un accord intervenu entre le prince Milosch d'un côté 
et Rakovsky et Karavéloff de l'autre, devait faire irruption en terri- 
toire turc dès que les Serbes auraient déclaré la guerre en prenant 
prétexte de certains pâturages occupés par les Turcs. La légion 
portait un uniforme militaire et était composée de 800 à 900 hommes. 
Mais les Serbes réglèrent leur litige par voie diplomatique et, la 
présence de la légion leur devenant superflue, ils la renvoyèrent en 
dispersant impitoyablement les légionnaires, au mois de septembre 
de la même année; ils chassèrent même les instituteurs bulgares de 
leurs écoles. 2 Peu après, Rakovsky fut expulsé. Et l'année sui- 
vante, après l'assassinat de Michel, L. Karavéloff se vit obligé de 
s'enfuir en Autriche. 3 

Le journal bulgare « Narodnost » expliquait alors que toutes 
les concessions que la Porte avait faites à la Serbie étaient la 
conséquence d'un traité conclu entre elles, au su 'de l'Autriche et 
d'autres puissances occidentales et aux termes duquel le gouverne- 
ment de Belgrade garantissait la tranquillité en Turquie en ce qui 
concernait le peuple bulgare. 4 Ce traité, dont la conclusion ne nous 
est pas prouvée par des données irréfutables, mais dont il faut dé- 
duire l'existence de tout le développement de la politique serbe, 
surtout au temps du prince Michel, marquerait un très grand succès 
pour les Serbes, non qu'il assurât la stabilité de l'indépendance de 
leur Etat, mais il consacrerait leurs visées sur les confins occidentaux 

1 Karapétroff, p. 293-296. 

2 D. Micheff, p. 398. 

3 Karapétroff, p. 296-300. 

4 La fraternité des Serbes avec les Bulgares, «Narodnost», t. I, n° 34 du 7 juillet 
1868, p. 133. 



— 24 — 

des provinces bulgares de l'Empire ottoman. La Serbie acquérait 
non seulement le droit de défendre sa suzeraineté contre les troubles 
éventuels des Bulgares, mais elle affirmait son autorité sur ces der- 
niers, ce qui équivalait à la reconnaissance d'un droit de protection. 
L'existence d'un semblable traité résultait encore du fait que 
presque immédiatement après sa conclusion présumée, l'attitude des 
Serbes à l'égard des émigrants bulgares subissait un changement 
profond. Les Serbes ne se faisaient même pas de scrupules de dissi- 
muler ce revirement, précipité par la mort du prince Michel. Il n'y 
a pas de doute que, sous Michel aussi, ce changement d'attitude se 
produirait inévitablement, puisque les projets des chefs serbes d'une 
union de la Bulgarie et de la Serbie n'étaient qu'un moyen habile- 
ment choisi d'obtenir de la Porte le maximum de concessions pour 
eux-mêmes d'une part et d'autre part, d'étendre leur main protec- 
trice sur la Bulgarie occidentale, la Macédoine et l'Albanie. Ce 
résultat acquis, toutes négociations avec les notables bulgares en 
vue de la formation d'un Etat dualiste dont les trois quarts du terri- 
toire et de la population se sentiraient bulgares, devenaient forcé- 
ment un non-sens politique, étant donné surtout les tendances im- 
périalistes du prince Michel. Sous ce rapport, Michel ne faisait que 
continuer l'œuvre de son père, qui avait presque réussi à atteindre 
la protection tacite des chrétiens des Balkans. 1 L'Omladina (asso- 
ciation de la jeunesse serbe) restait seule fidèle à l'idée de l'union, 
mais elle était trop faible pour imposer ses vues à la Serbie officielle, 
d'autant plus que celle-ci n'avait déjà pas plus besoin d'elle que 
de la collaboration bulgare. Le gouvernement serbe leur préférait 
maintenant le Monténégro et la Grèce, avec lesquels il conclut une 
alliance en septembre 1867 et la Roumanie avec laquelle elle réalisa 
une entente « quoique d'un caractère peu déterminé ». 2 En même 
temps, il envoyait des agents en Bosnie-Herzégovine, en Albanie 
et en Macédoine, qui déployaient une activité fiévreuse pour la pro- 
pagation du serbisme dans ces pays. 3 



1 Michel Obrénovitch écrit que les passeports délivrés par son père étaient respectés 
par les Turcs. Cela explique le fait que Bosniaques, Bulgares et Macédoniens s'adres- 
saient au gouvernement serbe pour en demander des passeports. — Voir: Milosch Obré- 
novitch ou aperçu de l'histoire de la Serbie de 1813 à 1S30, en réponse à G. Cyprien Robert, 
par le prince Michel M. Obrénovitch. Traduit du français par Tch., 1850, p. 111. 

2 N. R. Ovsyanyi, p. 183. 

3 Stanojévitch, p. 307. Histoire du peuple serbe à l'usage des écoles nationales, 
par L. Zrnitch, 1912, p. 241. 



— 25 — 

Les projets du prince Michel s'évanouirent à sa mort, mais ses 
disciples continuèrent à travailler par les actes et par les paroles 
dans les contrées bulgares, afin de les rallier à la race serbe ; ils tra- 
vaillèrent aussi opiniâtrement dans le monde étranger, auquel ils 
voulaient persuader à tout prix que la population de la Bulgarie 
occidentale et de la Macédoine n'était autre que serbe, bien qu'en 
1861 Garaschanin, délégué de Michel à Constantinople, eût avoué 
aux notables bulgares de la capitale — Taptchilechtoff, Tchoma- 
koff, etc. — qu'il ne savait pas jusque là que la Macédoine fût peuplée 
de « Slaves ». Il l'avait appris pour la première fois du livre de 
Vercovitch « Chansons des Bulgares macédoniens, 1860 ». 1 Michel aussi 
entendait par la Bulgarie, qui devait être un des membres du futur 
royaume yougo-slave, la Bulgarie de nos jours et la Macédoine. 
Les Bulgares commençaient bien à discerner la vraie conduite de 
la Serbie, mais tous ne la comprenaient pas encore. Beaucoup d'entre 
eux croyaient à sa sincérité et, ce qui est de plus, à son empressement 
à leur venir en aide pour la délivrance de leur terre natale. C'est 
le cas de Liouben Karavéloff qui tout bonnement adorait le peuple 
serbe et pensait encore que ce n'était qu'à Belgrade que « pouvait 
sonner l'heure de l'émancipation pour les Slaves des Balkans ». 2 
Ceux-ci volèrent au secours de la Serbie en 1876, en défendirent 
l'honneur à poitrine ouverte et lavèrent de leur sang généreusement 
versé l'humiliation de la défaite infligée par les Turcs aux troupes 
serbes, pour voir ensuite appliquer à eux-mêmes le même traitement 
qu'à leurs devanciers, les légionnaires de Rakovsky. 3 La Grèce et 
la Roumanie refusèrent d'intervenir en faveur de leur allié, tout 
comme en 1914, en dépit des stipulations explicites du traité d'alli- 
ance, — c'est, du moins, ce que disent les Serbes. Mais la guerre de 
la Russie contre la Turquie, à la suite de laquelle notre voisine de 
l'ouest reçut au congrès de Berlin presque tout ce qu'elle avait 
rêvé, la récompensa largement. Elle devint maîtresse de territoires 
absolument bulgares, qu'elle n'avait jamais possédés jusque là ou 
qui n'avaient fait partie de ses possessions que dans un passé histo- 
rique et pendant une période de temps très restreinte. 



1 Essai de topographie et d'ethnographie de la Macédoine, par S. I. Vercovitch, 
Saint-Pétersbourg, 1889, p. 9. 

2 M. Matoff, courte discussion sur l'ethnographie de la Macédoine. Périoditcheski 
Prégled (Revue Périodique) n° 38, p. 427. 

3 Karapétroff, p. 300-301. 



— 26 — 

Ayant une fois jeté l'œil sur les terres bulgares, dans l'im- 
possibilité où elle se trouvait de diriger ses efforts vers les territoires 
dont personne ne nie le caractère essentiellement serbe, uniquement 
parce que ses intérêts s'y croisaient avec ceux d'un voisin fort et 
dangereux, la Serbie ne cessait pas d'agir dans le sens de la moindre 
résistance, lorsque la Bulgarie fut devenue un Etat indépendant. 
Sous prétexte de défendre l'équilibre balkanique établi par le con- 
grès de Berlin, incitée par le soupçon que la Russie avait cédé à 
l'Autriche la Bosnie et l'Herzégovine et qu'elle réservait les terri- 
toires macédoniens pour la Bulgarie, parce qu'elle ne voulait pas 
d'une grande Serbie, celle-ci déclara la guerre à la jeune principauté 
à peine appelée à la vie politique. En cela elle fut sensiblement 
encouragée par la convention austro-serbe de 1881, qui l'engageait 
à ne pas susciter des troubles en Bosnie-Herzégovine, sous la con- 
dition qu'on ne l'empêcherait pas de s'étendre vers le sud, 1 à la 
poursuite d'un mirage qui la tentait depuis l'époque du roi Miliou- 
tine. 2 Mais avant d'envahir le territoire bulgare, la Serbie mit en 
pratique son procédé favori avec lequel elle avait presque toujours 
réussi dans ses conflits avec la Turquie; elle essaya, par la corruption et 
par toutes sortes de promesses alléchantes faites aux maires et aux 
notables bulgares indignés, de soulever contre la Bulgarie la popu- 
lation bulgare des régions limitrophes. 

La guerre serbo-bulgare (1885) fut une idée d'homme|d'Etat, conçue 
par le roi Milan, dit Slobodan Iovanovitch. Comme prétexte de sa 
déclaration on désigna l'union des deux parties de la Bulgarie, celle jdu 
Nord et celle du Sud, contraire aux stipulations du congrès de Berlin. 
Mais les vraies causes doivent en être cherchées dans la situation 
intérieure de la Serbie, ainsi que dans le désir du gouvernement 
serbe, enregistré par Pirotchanetz, d'étendre les frontières de l'Etat 
serbe vers le sud et vers l'est. 3 A la suite de la révolte du Timok, 
dirigée par Pachitch lui-même, le roi Milan fut violemment pris à 
partie par les radicaux, qui comptaient beaucoup d'adhérents parmi 



1 Slobodan Iovanovitch: Discussions politiques et juridiques, tome premier, p. 288 
à 289. 

2 Dim. S. Iovanovitch : L'extension des frontières de l'Etat de Douschan et les 
contrées qui y étaient comprises. « Glasnik» (Journal de la Société des savants serbes ) 
Livre 68, 1889, p. 77. 

3 Milioukoff, p. 94. 



— 27 — 

le peuple. Milan était convaincu que de nouveaux troubles éclate- 
raient dans son royaume dont il avait concentré en ses mains le pou- 
voir après avoir suspendu la constitution déjà abrogée de facto, 
s'il n'entreprenait rien contre le coup d'Etat de Philippople, d'autant 
plus qu'il pouvait le faire sans aucun risque pour lui-même. En 
dehors des perspectives intérieures, il escomptait de grands succès 
extérieurs en empêchant la Bulgarie de s'agrandir et en se rendant 
agréable aux grandes puissances, aux yeux desquelles il apparaîtrait 
comme un défenseur de leurs intérêts. Mais son mobile intime était 
la haine qu'il nourrissait contre la Bulgarie où les auteurs des troubles 
du Timok avaient trouvé un refuge en 1883. 1 

Les calculs de Milan étaient faux. La population de l'ouest de 
la Bulgarie refusa non seulement de se laisser prendre dans son piège, 
mais elle se prépara de sa propre initiative avant que le gouverne- 
ment bulgare eût pris quelque mesure de défense, à repousser par 
les armes le prétendu mouvement libérateur serbe 2 : elle arrêta la 
poussée serbe vers le sud-est, ferma à la Serbie les portes de la 
Macédoine et souligna ainsi brillamment que les Bulgares d'ouest 
n'étaient point des Serbes et ne pouvaient même pas tolérer l'éta- 
blissement de la domination de la race serbe sur leurs frères du 
pays de la Morava. Et la guerre, conçue par Milan comme libéra- 
trice et comme commandée par des intérêts internationaux supé- 
rieurs, apparut tout d'un coup aux yeux du monde entier sous son 
véritable aspect: une guerre de conquête et de lutte fratricide. 

Tels furent, en résumé, les rapports des deux voisines, la Bul- 
garie et la Serbie, dès le premier jour de leur renaissance comme 
unités nationales et politiques. \ Tels restèrent-ils jusqu'au dernier 
moment de la débâcle serbe: perfides du côté de la Serbie, et 
fraternels, avec tout le pardon pour les trahisons serbes, réitérées 
du côté de la Bulgarie. 



1 Correspondance diplomatique sur la guerre serbo-bulgare. Première partie, allant 
du 9 septembre au 17/29 novembre 1885. Sofia, Imprimerie Nationale, 1886. — Voir 
aussi: Slobodan Iovanovitch: Discussions politiques et juridiques, tome premier, ar- 
ticle « Le roi Milan », p. 249—278. 

2 Correspondance diplomatique sur la guerre serbo-bulgare. Première partie, allant 
du 9 septembre au 17/29 novembre 1885. Sofia, Imprimerie Nationale, 1886. Annexe 
aux documents n os 4, 6, 8, 13 et autres. 



— 28 — 
IL 

La propagande serbe 

La première moitié du XIX e siècle marque l'époque la plus 
idyllique des rapports serbo-bulgares. Il y eut des moments, où 
l'élite intellectuelle des deux peuples ne faisait presque aucune dis- 
tinction entre Serbes et Bulgares et ne donnait aucune préférence 
aux uns ou aux autres. A ses yeux impartiaux dirigés vers l'avenir 
de bien-être et de prospérité qu'ils rêvaient pour les Balkans et 
qui n'était possible qu'à la condition d'une entente absolue entre 
Bulgares et Serbes, le passé apparaissait aussi nettement que le pré- 
sent. Les événements historiques qui plus d'une fois avaient été 
une source de haine pour les uns et pour les autres, trouvaient une 
appréciation sincère et dénuée de tout parti pris. Chaque fait avait 
sa place indiquée et chaque personnalité son nom et sa nationalité. 
Le roi Samuel n'était pas Serbe, le héros légendaire Marco Kralé- 
vitch ne motivait pas des actes de chauvinisme insensé et on ne 
voyait pas en lui un descendant de Douschan. Et Douschan lui- 
même ne passait pas pour avoir régné sur Ihtiman, ni Philippople. 
La grande Schoumadia ne s'étendait alors pas jusqu'à Schoumen 
et ses environs, pas plus que la Bessarabie n'était peuplée de Serbes. 

Ces relations idylliques entre les deux peuples frères avaient 
peut-être leur raison dans une commune infortune. L'un et l'autre, 
jadis forts et indépendants, passaient par une profonde crise natio- 
nale, au-delà de laquelle ils entrevoyaient la perte définitive ou la 
résurrection à une vie nouvelle. Or, les peuples meurent difficile- 
ment, même après une longue agonie; souvent ils ressuscitent, alors 
que tout le monde les croyait enterrées et oubliés. Et la vie de la 
Bulgarie et de la Serbie n'était rien autre durant la dernière moitié 
du XVIII e siècle et la première du XIX e qu'une longue agonie 
interrompue par des soubresauts violents et instantanés. Au cours 
d'un de ces retours à la vie, les Bulgares et les Serbes avaient pro- 
bablement acquis la conviction que leur salut se trouvait dans l'union. 
C'est alors que fut fondée la fameuse « hétairie » qui comptait, on 
le croyait du moins, le nom de Kara-Georges parmi ses membres. 1 



1 La Serbie et l'alliance balkanique, par V. Karitch. Traduction bulgare de L. Vichin, 
Sofia, 1895, p. 12. 



— 29 — 

Le passé ne les troublait pas. Bon ou mauvais, il était pour eux 
tel que l'avaient fait leurs prédécesseurs; quant à l'avenir, il 
serait tel qu'ils le feraient eux-mêmes. Pour s'en convaincre — il 
suffit d'ouvrir un manuel d'histoire serbe, paru avant l'année 1860, 
ou de jeter un coup d'œil sur les chroniques de l'époque de la révo- 
lution pour se persuader qu'il s'agissait d'un mouvement tant serbe 
que bulgare. « Les nationalités serbe, bulgare et grecque, dit Schar 
Planinatz (pseudonyme de St. Novacovitch) « étaient, avant la cons- 
titution de leurs Etats actuels, beaucoup plus près de l'idéal d'éman- 
cipation. Il existait alors plus de liens et une plus grande commu- 
nauté entre leurs hommes. A cette époque, la péninsule balkanique, 
quoique se trouvant sous le joug turc, avait conscience d'une plus 
grande identité d'intérêts que de nos jours. D'un bout de la pénin- 
sule à l'autre régnaient les mêmes coutumes, conservées Dieu sait 
de quelle antiquité: toute la [presquîle menait la même vie éco- 
nomique; les principales langues balkaniques étaient, plus qu'au- 
jourd'hui, connues sur toute l'étendue de la péninsule». 1 S'il y 
avait une différence, elle n'était que dans les perspectives qui se 
dessinaient aux yeux des champions — serbes et bulgares — par 
rapport à la domination turque, les mobiles d'action restant ailleurs 
les mêmes. Les Serbes rêvaient de s'affranchir et de former un 
Etat autonome et les Bulgares de contribuer pour leur part à 
l'affranchissement de leur frère infirme, afin de se débarrasser du 
joug turc avec son concours tout comme celui-ci l'aurait fait avec 
leur aide. Il faut reconnaître que cette solidarité aboutit au succès 
en ce qui concerne la Serbie. Une des deux moitiés du programme 
d'action était réalisée : la Serbie fut délivrée. Venait ensuite le tour 
de la Bulgarie. Vain espoir. Le frère serbe sut arrêter par tous 
les moyens le développement du processus historique dès qu'il crut 
n'avoir plus intérêt à continuer la collaboration commencée. 

Bien entendu, ce revirement ne se produisit pas tout d'un 
coup. Au début, on ne niait pas la participation des Bulgares aux 
luttes pour l'affranchissement de la Serbie; on ne qualifiait pas de 
Roumain 2 d'abord et de Serbe ensuite le voyvode bulgare Haydoutt 
Velko avec ses braves compagnons de Négotine, et on ne proclamait 

1 Otatchbina (Patrie), n° 104, p. 510. Citation faite d'après la traduction bulgare 
de V. Karitch, p. 12. 

2 A. Schopoff: La nationalité et la langue des Macédoniens. Philippople, 1888, 
page 57. 



— 30 — 

pas être Serbe Konda, le conquérant de la forteresse de Belgrade, 
Ouzoun Mirtcho et le diplomate émerite de l'Etat serbe, Pétar Itchko. 
L'expression « Bulgare » se maintint longtemps devant ces noms, rap- 
pelant l'esprit de lutte et l'audace militaire du Bulgare asservi. En 
même temps, on encourageait l'espoir des Bulgares de se voir libres 
un jour ou l'autre. Mais les événements suivaient les uns après les 
autres, les années s'écoulaient au milieu des infortunes de la servi- 
tude et l'aurore de la liberté attendue ne se levait toujours pas sur 
le ciel bulgare. Néanmoins, le Bulgare ne perdait pas sa conviction, 
habilement entretenue par le gouvernement serbe, que |son avenir était 
dans une collaboration fraternelle avec la Serbie, le passé récent lui 
fournissant une preuve éloquente de l'importance capitale de l'union. 
Mais, soit que la situation politique de la jeune principauté 
serbe les empêchât de se faire une juste opinion de ses aspirations, 
soit que la grande habileté de ses chefs politiques leur dissimulât 
ses visées secrètes, toujours est-il que les Bulgares ne s'en rendaient 
pas compte et même la majorité des Serbes n'en soupçonnaient pas 
l'existence. Les deux peuples continuaient de vivre dans la plus 
grande mutualité alors que le gouvernement allongeait perfidement 
ses mains vers Nisch, Pirot, Vrania, Prokouplé, Leskovetz, et même 
vers Lom, Pleven, Ihtiman, Samokow, Kustendil, Vélès, Chtip et 
Bitolia. Ainsi, par exemple, les journaux serbes de l'époque, plus 
spécialement ceux qui reflétaient les sentiments du public et les 
feuilles officieuses pendant un certain temps — jusque vers 1850 — 
débordaient des plus grandes sympathies pour la Bulgarie et son 
peuple. Selon eux, nos frontières nationales s'étendaient « du bas 
Danube à la mer Egée et de la mer Noire à la Morava inférieure 
et au Drin Noir » et la population de ce territoire était de beaucoup 
supérieure à celle du territoire serbe extrêmement limité, — puis- 
qu'elle comptait «plus de cinq millions d'habitants » x (voir l'édition 
spéciale de 1862). La science serbe apportait une confirmation à 
ces assertions. Les Serbes racontaient même à leurs enfants que 
Nisch était la ville principale de la Bulgarie (voir l'édition spéciale 
de 1855). Il y a plus: le public serbe qui n'était pas encore envenimé 
par des tendances mégalomanes, ne trouvait pas de paroles pour 
mieux caractériser notre situation infortunée et nous témoigner sa 
vive sympathie. 



1 Vidov Dan, deuxième année, n° 38 du 29 mars 1862, p. 1. 



— 31 — 

Il est pénible d'avoir un cœur qui bat — écrit un journal serbe — 
quand on voyage en Bulgarie et qu'on entend les millions de plaintes, 
les uns des habitants pleurant la perte de leurs biens, les autres celle 
de leur honneur, d'autres encore la mort de leur parents, etc. Quand 
on pense à ces violences turques dont la cruauté et l'inhumanité 
n'épargnent rien depuis tant de siècles, on peut tout bonnement 
s'étonner que la foudre ne tombe pas du ciel pour anéantir ces 
tyrans &. 1 

Les sympathies du public serbe nous restèrent fidèles au com- 
mencement de notre campagne religieuse dont le premier résultat 
fut de déterminer nettement les limites de la nationalité bulgare. 
Les Serbes et leurs journaux croyaient que cette campagne, stricte- 
ment nationale et non slave, comme ils la proclamèrent dans la suite, 
serait d'une portée considérable pour tous les Slaves du sud. 2 Ils 
en suivaient les péripéties avec une attention fiévreuse et chaque 
succès remporté les soulevait d'enthousiasme. Le « Vidov Dan », 
qui pourtant adopta bientôt une attitude profondément hostile aux 
Bulgares, y attache tout son intérêt, prêt à s'en prendre à tous 
ceux qui auraient voulu en changer le caractère. 3 

Le peuple bulgare et ses chefs intellectuels ne pouvaient natu- 
rellement pas douter de la sincérité de ces dispositions du public 
serbe. Ils étaient même portés à y voir la manifestation d'une poli- 
tique dont le but dernier serait l'affranchissement de la Bulgarie. 
De l'a l'empressement signalé des Bulgares à accourir au premier 
appel, au premier coup de feu, pour appuyer la Serbie dans sa lutte 
contre la tutelle turque et la rendre indépendante de toute inter- 
vention étrangère. Il est vrai qu'ils furent vite déçus de la Serbie 
officielle, mais ils conservèrent encore leur foi dans le peuple serbe, 
auquel ils décernaient volontiers l'épithète de noble, la noblesse 
étant un trait caractéristique de toute la race slave. 4 Le premier 
indice des vraies intentions de la politique serbe vint en 1862, lors 

1 Lettre de Lom Palanka, en Bulgarie, du 29 mars. « Srpski Dnevnik » (Journal de 
Serbie), n° 31 du 19 avril 1856, p. 3. 

2 « Narodnost », première année, n° 29 du 18 mai 1868, p. 113; « Napredak », XVIIIe 
année, n° 49 du 24 juin 1865; Milioukow: Les rapports serbo-bulgares, etc.; « Bal- 
garski Pregled » (Revue Bulgare). T. V, n os 9 — 10, p. 82. 

3 « Vidov Dan », deuxième année, n° 38 du 29 mars 1862, p. 1. Voir aussi: « Srpski 
Dnevnik» (Journal de Serbie), t. VII, n° 35 du 4 mai 1858; t. VIII, n° 74 du 20 sep- 
tembre, p. 3; n° 79 du 8 octobre; n° 81 du 15 octobre 1851, etc. 

4 « Dounavska Zora » (Aurore du Danube), première année, n° 31 du 24 juin 1868, 
page 114. 



— 32 — 

de la dispersion et du traitement inhumain de la légion bulgare. 
On peut voir au « Discours des Serbes aux frères bulgares » quelle 
avait été l'impression causée par ce changement d'attitude à l'égard 
des Bulgares qui avaient versé leur sang dans les rues de Belgrade, 
pour sauver la capitale serbe des derniers restes de la garnison turque. 
Dans ce « discours » l'opposition parlementaire serbe exprimait ou- 
vertement la crainte d'un désappointement parmi le peuple bulgare 
qui pouvait amener celui-ci à s'en prendre au peuple serbe et elle 
se hâtait de rejeter toute responsabilité pour le procédé du gouverne- 
ment, en priant les Bulgares de n'en point garder rancune au peuple 
serbe. Ce discours était-il vraiment « sincère » et animé de bonnes 
intentions, ou n'était-il qu'un instrument de politique intérieure? 
Ne cherchons point à l'apprendre. Le fait est que, pour une raison 
ou une autre, les auteurs de ce document trahissaient une grande 
appréhension qui provenait soit du manque de tact du gouvernement 
qui avait si grossièrement découvert ses cartes au sujet du peuple 
bulgare et de ses territoires, soit de la nouvelle orientation politique 
à laquelle l'opposition n'était peut-être pas encore préparée. Que 
la première de ces deux suppositions était plus près de la vérité, 
cela ressort du passage suivant du « discours sincère » plein de re- 
proches apparents, adressés au prince Michel: «Et comment juger 
ces non-frères de Belgrade qui, au lieu de briser les chaînes des 
martyrs souffrant dans l'esclavage sous le fléau barbare du Turc, au 
lieu de sécher de leur main héroique les pleurs des peuples infor- 
tunés de leur race et de relever à la liberté leurs frères opprimés sous 
le joug étranger, maltraitent indignement et plongent au plus pro- 
fond de la mer des larmes ceux-là mêmes qui s'étaient lancés à cœur 
ouvert dans la mêlée afin de faire déposer en leurs mains la garde 
des droits de leur peuple. Comme un homme transi de froid attend 
le soleil, de même nous attendions de voir le pavillon serbe, porté 
par le prince Michel, couvrir toute la Péninsule Balkanique et Vélan 
héroique de la Serbie éveiller et relever V esprit des peuples voisins souf- 
frants; malheureusement ses ministres déshonorent aujourd'hui le pavil- 
lon de la Serbie par des procédés honteux, dénués de tout sentiment 
de fraternité. 1 

Mais ce discours sincère ne soulagea pas le cœur des patriotes 
bulgares. On peut même croire, à en juger d'après certains indices, 

1 « Narodnost », première année, n° 28 du 11 mai 1868, p. 111. 



— 33 — 

que l'effet produit par cette manifestation ne différait pas beau- 
coup de l'impression provoquée par le procédé gouvernemental. Les 
Bulgares commençaient à en avoir assez de ces sempiternels senti- 
ments de fraternité précédés ou suivis de faits qui ne laissaient au- 
cun doute sur les intentions réelles du cabinet de Belgrade. Aussi 
le « Narodnost » consacrait-il un long article à cette « fraternité » 
que l'on répétait à tout propos et hors de propos. L'auteur de l'ar- 
ticle s'arrête au passage du discours que nous avons souligné et dit: 
« Nous n'avons pas la mauvaise grâce de nous fâcher à propos de 
cette phrase; nous la citons simplement à titre d'exemple, car nous 
comprenons qu'elle s'adresse exclusivement au peuple bulgare, de 
sorte qu'on aurait pu dire, au moins pour nous flatter: «Nous atten- 
dions de voir le pavillon serbe dans une main et le drapeau bulgare 
dans Vautre .... couvrir la Péninsule Balkanique. . . . Alors le lec- 
teur le plus léger se rendrait compte qu'on parle effectivement de 
fraternité ». 1 

Cette attitude peu digne des hommes politiques serbes n'échap- 
pait pas aux observations étrangères, en dépit des calomnies de 
toute sorte lancées contre nous dans la presse européenne et notam- 
ment dans la presse russe. On en trouve la preuve dans les lignes 
qui suivent: «il est également indubitable que la politique de la 
principauté serbe, envers les Bulgares surtout, a souvent été indigne 
et non-slave. » 2 

Les chefs qui dirigeaient le peuple bulgare protestaient contre 
cette politique, en avertissant les gouvernements serbes que la voie 
périlleuse où ils s'étaient engagés aurait des conséquences néfastes 
pour les deux peuples; et ils entraient dans des polémiques ardentes 
avec la presse serbe qui donnait de plus en plus dans le chauvinisme; 
mais cela ne changea rien à la marche des affaires. La Serbie déjà 
indépendante voulait pratiquer une politique contraire à la vérité des 
choses. Or, cette politique lui commandait de se servir du Bul- 
gare comme esclave après l'avoir, dans les moments difficiles de 
sa lutte, utilisé comme champion de la liberté et de la vie autonome. 
Et la politique serbe qui avait jusque là sympathisé avec notre cam- 



1 « Narodnost», première année, n° 29 du 18 mai 1868, p. 113. 

2 Voir l'article « Slaviansko Obozrenie » de B. dans le journal russe « Goloss Moskvi » 
du 1 er décembre 1870, reproduit dans la revue bulgare « Otetchestvo » (Patrie), t. II, 
n° 69, p. 275. 



— 34 — 

pagne pour l'obtention d'une Eglise autocéphale, en devint une enne- 
mie acharnée, de peur que les Bulgares, une fois émancipés religieuse- 
ment, ne cherchassent à se soustraire aux visées serbes impérialistes. 
Voici quel était, suivant une correspondance de Belgrade au journal grec 
« Bysance », le nouveau cours politique suivi par les hommes d'Etat 
et le public serbes de ce temps, à propos de la question religieuse. 

« Vous désirez sans doute apprendre ce que pensent les Serbes 
à propos de la question religieuse bulgare. Le peuple, en général, ne 
comprend pas le caractère de cette lutte. De fait, on sympathise plus 
avec les Grecs qu'avec les Bulgares, pour la simple raison que le peuple 
serbe, tout au contraire du peuple bulgare, ne s'est jamais trouvé, dans 
le passé, en lutte prolongée avec les Grecs, lutte qui, chez les Bulgares, 
a accru ces derniers temps les sentiments de haine contre les Grecs 
et pour l'autre raison que la jeune génération serbe pense que la 
Grèce était l'alliée naturelle de la Serbie dans ses visées sur la Turquie. 

« Les classes instruites, elles, considèrent le mouvement bul- 
gare comme légitime et, dans cette question, elles se montrent plus 
favorablement disposées envers les Bulgares. Quant aux fonction- 
naires gouvernementaux et aux autres qui s'occupent de politique, 
ils ne désirent nullement la mise à l'exécution du Firman impérial 
décrétant l'indépendance de l'Eglise Bulgare, et qui, par conséquent, 
supprime l'influence serbe sur le peuple bulgare. Mais ils applau- 
diraient volontiers à la constitution d'un Exarchat Balkanique, si 
les Bulgares renonçaient à cette concession. 

« Cependant, les Serbes s'inquiètent ici de l'anathème que le 
Patriarche Oecuménique viendrait à prononcer sur tout le peuple 
bulgare. Un tel anathème arracherait, dit-on, les Bulgares à leur 
passé et alors, appuyés sur la Porte, ils arrêteraient les projets de 
conquêtes de la Serbie. 

« Mais, il y a une autre considération. Si le schisme était pro- 
noncé, la Serbie, qui fonde sa politique surtout sur le principe 
religieux, se trouverait dans l'obligation de tracer sa voie pour 
l'avenir. On se demande, maintenant, si elle devra s'unir au peuple 
jeune et épris de liberté, tel que l'est le peuple bulgare, ou si elle 
devra choisir, de préférence, l'alliance du peuple grec. Quoi qu'il 
advienne, nous croyons, quant à nous, que la Serbie se rangera aux 
côtés du peuple bulgare, comme tout son avenir dépend de là. » 1 



1 « Pravo » (Le Droit), VII e année, n° 11 du 22 mai 1872, p. 2. 



— 35 — 

Précisément pour cette dernière raison, quelques-uns des diri- 
geants de la politique serbe étaient disposés à reconnaître l'indépen- 
dance religieuse des Bulgares. « Cela se commande par nos propres 
intérêts, disait l'un d'eux, et par les intérêts d'un peuple parent, 
avec lequel nous devons vivre en accord, à cause de notre avenir 
commun. » Il fallait agir de la sorte parce que c'est seulement ainsi 
qu'on pouvait déjouer les manœuvres des ennemis qui croyaient 
qu'en pareil cas la Serbie se détacherait complètement des Bulgares. 1 
Or, les Serbes ne voulaient naturellement pas admettre pareille 
éventualité. Cela signifierait pour eux de se barrer eux-mêmes le 
chemin de la Bulgarie qu'ils s'étaient habitués à considérer comme 
une future province serbe. 2 Mais, plus tard, lorsque le gouverne- 
ment serbe eut compris qu'il ne pouvait pas compter sur un succès 
de ce genre, il prit ouvertement position contre l'Eglise Bulgare. 
Naguère disposé à voir des diocèses serbes entrer sous la juridic- 
tion de l'Exarchat bulgare, il se plaça maintenant sur le terrain 
de l'unité religieuse. Cette unité était-elle violée au profit des Bul- 
gares, ceux-ci ne devaient obtenir l'autonomie ecclésiastique que 
dans les limites de l'ancien patriarcat de Tirnovo. 3 

On peut citer nombre de faits, les uns plus probants que les 
autres, à l'appui de la thèse que notre éveil national ne trouvait 
des sympathies en Serbie que tant que les Bulgares concouraient 
inconsciemment à la réalisation des visées serbes. Nous n'en rap- 
pellerons qu'un ici, à savoir que l'origine de la propagande serbe coïn- 
cidait entièrement avec les derniers troubles sérieux qui, suscités 
à l'instigation du gouvernement du prince Milosch, ravagèrent de 
1847 à 1849 les régions occidentales de la Bulgarie et notamment 
celles de Vidin, Belogradtchik, Pirot, Nisch, etc. On sait qu'à cette 
époque et grâce à ces troubles, «la Serbie fut accrue de quatorze 



1 D. Marinoff : Comment fut créé l'Exarchat bulgare, 1898, p. 42 (on trouvera dans 
ce livre, en traduction bulgare, les documents publiés dans l'ouvrage serbe qui porte 
le même titre). 

2 Ali pacha affirmait l'existence de documents irrécusables établissant que les Serbes, 
une fois consolidés à Belgrade, se mettraient à travailler à la formation d'un nouveau 
royaume slave en étendant les limites vers la Roumélie et la Bulgarie. L. Ranke: La 
Serbie et la Turquie au XIX e siècle. Traduit par Stoyan Novacovitch, 1892, p. 482. 

3 D. Marinoff, p. 63 — 64. — Voir aussi: La conduite de la Serbie dans la question 
religieuse bulgare d'il y a vingt ans. Souvenirs d'un homme d'Etat serbe, écrits en 1874. 
« Otatchbina » (La Patrie), n° 26 de l'année 1890, p. 325-328. 



— 36 — 

départements donnés en récompense par le sultan au prince Milosch 
qui s'était joué du sort de notre peuple en excitant les insurgés à 
la résistance ». 1 Cela donna de l'envie à une partie du public 
serbe et celui-ci, à la suite d'une inspiration venant d'en haut, ou 
de son propre mouvement, constitua une société politique et posa 
les fondements de la propagande serbe. 2 Le but poursuivi par cette 
société était la création d'une grande Serbie qui embrassât la princi- 
pauté, les provinces autrichiennes peuplées de Serbes, la Dalmatie, 
la Bosnie, l'Herzégovine, la Macédoine jusqu'à la mer Adriatique 
et la Haute Bulgarie jusqu'au Balkan. Elle disposait de grandes 
sommes d'argent dès le jour de sa fondation et servait d'avant-garde 
au gouvernement. Elle employait comme agents des Serbes, des 
Dalmates, des Slovènes, des Croates, des Bosniaques, des Herzégo- 
viniens, des Monténégrins, même des Russes. Toutefois, son action 
fut d'abord très circonspecte, puisqu'elle se bornait à envoyer en 
Macédoine des livres religieux auxquels elle ajoutait de temps 
en temps quelques brochures laïques. 3 Cette action de la société 
avait plutôt le caractère d'un sondage, car pour une propagande 
elle ne trouvait pas de conditions favorables en Serbie même, où 
il y avait encore, jusque dans les premiers rangs des milieux ins- 
truits, des hommes qui n'avaient pas renoncé au rêve d'une vie 
solidaire avec une Bulgarie indépendante et qui pouvaient rappeler 
au bon sens ceux des membres de la société qui se laisseraient aller 
à la mégalomanie. Voilà pourquoi elle commence par convaincre 
ces milieux-là de la légitimité de son œuvre en se servant d'argu- 
ments et de recherches quasi scientifiques, présentés de telle sorte 
que toute opposition à ses fins prît une apparence d'hostilité à la 
patrie. Il fallait aussi plaider la même cause devant le monde étran- 
ger qui connaissait l'ethnographie des Balkans d'après les relations 
des nombreux voyageurs et d'après une série de rapports diploma- 
tiques et consulaires. Le procédé le plus commode pour la société 



1 « Pravo » (Le Droit), IV e année, n° 47 du 17 janvier 1870, p. 188. 

2 Certains Serbes, dans leur désir d'expliquer par l'influence de la propagande bul- 
gare la nationalité bulgare de la population macédonienne, rangent l'apparition de la 
propagande serbe aux environs de 1890. Voir M. Tch. M. : L'équilibre des Balkans. 
Discussion politique, Belgrade, 1913, p. 22. Drimkoloff fait également erreur en faisant 
commencer cette propagande vers l'année 1878, après le Congrès de Berlin. Les pré- 
tentions serbes sur la Bulgarie occidentale, p. 4. 

3 « Tourtzia » (La Turquie), VIII e année, n° 10 du 22 avril 1872, p. 3. 



— 37 — 

était de parler franchement d'abord des territoires serbes situés aux 
confins nord-occidentaux de la Turquie et d'en étendre petit à petit 
les frontières à l'est et au sud. Ainsi surgit le terme de Vieille Serbie 
qui, à notre avis, date depuis la veille de la formation de ladite société. 
On ne le trouve nulle part avant dans la littérature serbe. Vouk 
Karadjitch qui, dans sa description ethnographique et statistique de 
la Serbie, en 1827, examinait les territoires serbes de la Stara-Pla- 
nina au Drin et au Lim, n'emploie pas ce terme. Pour la première 
fois, on le rencontre dans la carte de la principauté de Serbie de 
Jean Bugarski, Belgrade 1845. On le rencontre aussi dans le livre 
de Jancovitch et Grouitch : Slaves du sud ou le peuple serbe avec 
les Croates et les Bulgares, Paris, 1853, p. 126. En cette même 
année 1853 le professeur C. Des jardins publiait à Belgrade une carte 
ethnographique de la Serbie où il marquait d'un trait rouge la con 
trée de la « Vieille Serbie ». Elle s'étendait hors des limites de la 
principauté alors vassale. 1 VI. Iovanovitch, chef de l'Omladina 
serbe et compagnon de L. Karavéloff, n'entendait par là que la 
région de la Métochie. 2 

Au commencement on ne mentionnait que les villes bulgares 
de Prokouplé et Leskovetz, puis on éleva des prétentions sur toutes 
les villes bulgares jadis soumises au patriarcat d'Ipek et enfin on 
revendiqua toutes les localités bulgares liées aux légendes serbes, 3 
de sorte qu'avec le temps les frontières de cette Vieille Serbie s'élar- 
girent à tel point que vers l'année 1860 elles englobaient déjà, sui- 
vant une géographie serbe, Salonique, Sredetz (Sofia), Tatar-Pa- 
zardjik et Pleven jusqu'au Danube, 4 tandis que sur la carte annexée 
au projet des revendications serbes présenté à San Stéfano, les con- 
trées suivantes étaient marquées comme faisant partie de la Vieille 
Serbie, le Sandjak de Novi-Bazar, la Macédoine septentrionale 
(Debar, Vélès, Chtip, Djoumaja) et une partie de la Bulgarie occi- 
dentale (Radomir, Kustendil, Dragoman, Belogradtchik et Vidin). 5 



1 Dr. A. Ischirkoff: Etude sur l'ethnographie des Slaves de Macédoine, p. 9 — 10. 

2 Milioukow: Les rapports serbo-bulgares, etc. « Balgarski Pregled», V e année, 
n° 9-10, p. 77. 

3 Les légendes nationales sont encore de nos jours utilisées comme argument 
décisif pour fonder les droits présumés du peuple sur nos contrées. Voir l'opuscule: 
Peut-on secourir notre peuple en Vieille Serbie? 1891, p. 53. 

4 «Dounavska Zora» (L'Aurore du Danube), première année, n° 29 juin 1868, 
page 108. 

5 Milioukow, p. 90-91. 



— 38 - 

La science géographique et historique devint un cordon élastique 
que l'on pouvait tirer comme on voulait, à tel point que, récemment, 
on en vint à embrasser toute la Bulgarie orientale et la Thrace, de 
Varna jusqu'aux murs de Constantinople. Il ne restait plus de 
place pour les Bulgares. On ne reconnaissait même pas leur passé 
historique, non qu'ils n'en eussent pas, mais parce que, d'après les 
auteurs serbes, ils n'avaient pas le sentiment serbe. Tout ce que 
la science connaît comme bulgare ne serait donc que serbe. Le 
monde aurait vécu dans un long assoupissement dont il se serait 
éveillé sous l'effet de la propagande serbe avec la conscience que les 
Bulgares étaient des Serbes et que ce dont ils s'enorgueillissaient 
n'était que d'orgueil serbe. En voulez-vous l'explication ? La voici : 
«Des Tartares firent irruption de l'Asie en Thrace, en 679, et y 
conquirent quatre petites principautés « serbes » qu'ils réunirent 
en un seul Etat auquel ils donnèrent le nom de Bulgarie. Mais les 
conquérants, étant trop peu nombreux pour imposer leur langue 
aux indigènes, durent adopter la langue des Serbes asservis, en n'y 
introduisant que des restes tartares qui s'y sont conservés jusqu'à 
nos jours de même que le nom de l'Etat. C'est pourquoi la langue 
bulgare est si inexpressive et imparfaite en comparaison aves les 
autres dialectes slaves 1 ». 

Le gouvernement serbe se dissimulait si bien derrière cette asso- 
ciation politique que des Bulgares, le croyant étranger à ses agisse- 
ments, en appelaient à lui, le priant de mettre fin à la propagande 
en Macédoine laquelle, disaient-ils, sans être d'aucun profit pour les 



1 Das kirchlich-religiôse Leben bei den Serben, von Episkop Nikanor Ruzitchitsch, 
Gôttingen, 1896, S. 16 — 17. « Zu diesen ungùnstigen inneren Verhàltnissen kam noch 
ein âusseres Unglùck, nâmlich: von Asien drângten die Tataren nach Thrazien (Jahr 679) 
und eroberten dort vier serbische kleine Fùrstentumer und vereinigten sie zu einem Staat, 
welchem sie nach ihrer Sprache den Namen Bulgarien gaben. Weil aber die Zahl der 
Eroberer viel kleiner war als die Zahl der Unterworf enen, konnten die ersteren auf letztere 
ihre tatarische Sprache nicht ûbertragen, darum erlernten sie die Sprache der unter- 
worfenen Serben und behielten mit tatarischen Resten bis auf den heutigen Tag dièse 
Sprache, nur der Name des Staates blieb und wurde mit dem von den Eroberern her- 
kommenden Worte Bulgarien bezeichnet. Deshalb ist die bulgarische Sprache heute 
noch so unbeholfen und hôchst unvollkommen neben den anderen slavischen Dialekten. » 
Partant de ce principe que tous les Slaves étaient des Serbes, il conclut que notre histoire 
n'est qu'une histoire du peuple serbe de même que l'antique culture bulgare avec tous 
ses représentants: Cyrille, Méthode, Clément, Savas, etc. Avec cette logique, on devra 
dire que la Serbie a battu la Serbie à Slivnitza et que dans la guerre actuelle c'est encore 
la Serbie qui a écrasé la Serbie. La conclusion dernière de ces fausses prémisses est pour- 
tant absolument vraie: la Serbie est elle-même coupable de ses malheurs. 



— 39 — 

Serbes, ne ferait que brouiller les rapports du peuple bulgare avec 
l'Etat serbe. 1 Les menées des propagandistes étaient également 
réprouvées par nombre de Serbes raisonnables qui discernaient bien 
l'abîme que cette propagande creusait entre les deux peuples. La 
première protestation partit de l'Omladina après la mort du prince 
Michel; elle condamnait ouvertement la politique gouvernementale 
et toutes les têtes échauffées autour du «Vidov Dan». 2 Cela four- 
nit au gouvernement un bon prétexte de malmener l'Omladina. 3 Les 
protestations élevées par les jeunes gens furent toutefois reprises par 
les plus sensés parmi les hommes âgés ainsi que par quelques savants. 
Vladan Georgévitch taxait de fous Sretchkovitch et Milosch Miloé- 
vitch qui étaient les agents les plus zélés de la propagande, tandis 
que Ad. Bogoslavlévitch la flétrissait vivement devant la Skoup- 
chtina, en 1873, comme également néfaste pour les Serbes que pour les 
Bulgares. Ses paroles furent couvertes par des applaudissements. 4 
Ristitch lui-même avouait que Miloévitch était «un peu exalté». 5 
Stojan Novacovitch et Michel Kouyoundjitch, de leur côté, exami- 
nant le recueil de chansons nationales de Milosch S. Miloévitch, s'éle- 
vaient contre ses exagérations et notaient avec une ironie indignée 
qu' « à en juger d'après l'ethnographie de ces chansons nationales, 
c'est à peine qu'il y aurait des Bulgares dans la péninsule balkanique ». 6 
Ils émettaient cette appréciation parce qu'ils étaient convaincus que 
« la langue d'un des peuples ne diffère de la langue de l'autre que 
par des particularités phonétiques ». 7 Ils s'élevaient également contre 
le chiffre que Miloévitch donnaient pour la population serbe, soit 
11,650,000 hommes. «Le beau chiffre, si seulement il était vrai!» 8 



1 « Balkan », première année, n° 1 du 24 septembre 1875, p. 6. 

2 « Makedonia », troisième année, n° 25 du 17 juin 1869, p. 2; voir aussi n° 22 du 
26 avril 1869, p. 3. 

3 « Makedonia », troisième année, n° 44 du 6 octobre 1869, p. 1 — 2. 

4 D. M. : Le litige ethnographique serbo-bulgare devant la science. Sofia, 1893, p. 5. 

5 Iovan Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie, t. III, p. 279— 280. 

6 St. Novacovitch et M. Kouyoundjitch: Rapport sur le recueil de « Sept cent qua- 
rante chants rituels avec 2450 expressions de la Vieille Serbie », par Milosch S. Miloé- 
vitch. Journal de la société des savants serbes, n° 38, p. 346. 

7 St. Novacovitch et M. Kouyoundjitch : Rapport sur le recueil de « Sept cent qua- 
rante chants rituels avec 2450 expressions de la Vieille Serbie », par Milosch S. Miloé- 
vitch. Journal de la société des savants serbes, n° 38, p. 347. 

8 St. Novacovitch et M. Kouyoundjitch: Rapport sur le recueil de « Sept cent qua- 
rante chants rituels avec 2450 expressions de la Vieille Serbie », par Milosch S. Miloé- 
vitch. Journal de la société des savants serbes, n<> 38, p. 331. 



— 40 — 

Mais les adversaires de la propagande n'étaient qu'une infime 
minorité qui, bientôt, se vit obligée de céder sous la pression du 
courant général créé en faveur d'une grande Serbie. Il n'était plus 
vrai Serbe, celui qui voyait la réalité telle qu'elle était, mais celui 
dont l'imagination hardie demandait la réunion sous le sceptre du 
prince de Serbie, de tous les territoires que seule une fantaisie mala- 
dive pouvait embrasser. Les arguments pour ou contre ces rêves 
fantastiques n'avaient aucune valeur. Personne ne se demandait 
si telle convoitise était légitime ou non, mais tout le monde pensait 
au moyen d'y atteindre. 

Ayant ainsi vaincu les scrupules des esprits pondérés en Serbie, 
la propagande se lança résolument à la conquête des territoires 
qu'elle avait inscrits à son programme. Elle ne craignait pas la résis- 
tance à l'intérieur du pays et celle qui lui viendrait de l'extérieur 
ne l'arrêterait point, parce qu'elle savait qu'elle la surmonterait grâce 
aux puissants moyens d'action mis à sa disposition. Il lui fallait 
des succès, — peu en importait le prix; l'important était d'atteindre 
quelque chose. Et pourtant, elle n'osait pas encore violer la réalité 
résistante ni s'aventurer trop loin des limites de la principauté. 
C'est pourquoi elle établit son quartier d'abord à Nisch d'où, comme 
on le sait, elle le transféra par la suite à Skopié (Uskub). Elle choisit 
Nisch d'abord, parce que cette ville était toute proche de la Serbie 
et ensuite parce qu'une série d'événements y avaient créé déjà une 
certaine communauté entre la population de la contrée et celle de 
l'autre côté de la frontière; on n'avait donc pas besoin de beaucoup 
d'efforts pour en gagner les habitants, réduits presque à l'indiffé- 
rence nationale. En même temps, la propagande instituait des comi- 
tés à Vrania, Skopié, Prizren, Prichtina, Koumanovo, Vélès, etc. 1 

Toutefois, il n'était pas possible d'arriver à grand'ehose par 
l'action isolée de quelques esprits exaltés. L'Etat leur vint à l'aide. 
Sous l'inspiration de la Régence, la propagande se constitua en une 
association de patriotes organisée à l'effet d'étudier la situation en 
Vieille Serbie et de désigner au ministère des affaires étrangères les 
localités où il fallait ouvrir des écoles ou envoyer des instituteurs, 
des livres, etc. Le comité directeur de l'association comprenait trois 
membres nommés par le gouvernement. C'étaient au début: l'archi- 
mandrite Doutchitch, Milosch Miloévitch et Panta Sretchkovitch, 



1 « Den » (Le Jour), première année, n° 24 du 21 juillet 1875, p. 2—3. 



— 41 — 

auxquels on adjoignit en 1872 un quatrième membre, choisi en la 
personne de Stojan Novacovitch. Ce comité, rien que pendant la 
durée de la Régence, ouvrit des écoles dans 61 localités et envoya 
gratuitement des livres dans 15 autres. 1 En même temps, on vit 
instituer dans les séminaires serbes des classes spéciales à l'usage 
des jeunes gens de la Vieille Serbie, de la Bosnie, de l'Herzégovine, 
du Monténégro et de la Bulgarie. A Prizren, une école de théologie 
fut fondée aux fins de « former rapidement et complètement des 
maîtres d'école et des prêtres destinés à devenir les apôtres de la 
nationalité serbe ». 2 On créa aussi, toujours à Prizren, une impri- 
merie fondée par le vali de Prizren, Savfet pacha, avec le concours 
de la Régence. Cette imprimerie fut une acquisition précieuse pour 
la propagande serbe parce qu'elle contribua à la fondation du journal 
« Prizren » qui, quoique officiel, était publié en langue serbe, cir- 
constance à laquelle Ristitch lui-même attribuait une grande impor- 
tance pour le succès du serbisme. 3 

Des agents largement payés par le gouvernement serbe 4 par- 
couraient ces régions afin d'éveiller le sentiment national de la popu- 
lation en la dotant d'instituteurs et en lui fournissant gratuitement des 
livres. Lorsqu'ils se heurtaient à la résistance — et cela leur arrivait 
souvent — ils dissimulaient leurs agissements sous le voile de l'hu- 
manitarisme, les expliquant, à l'exemple du journal « Srbia » (La Ser- 
bie), comme l'effet du désir des Serbes d'éclairer le peuple qui gisait 
dans les ténèbres sans s'occuper de savoir s'ils s'adressaient à des Serbes 
ou à des Bulgares. On comprend, à la lecture des ripostes de nos lea- 
ders nationaux dans nos journaux de l'époque, les sentiments que ce 
chantage inspirait aux Bulgares. On y disait carrément aux Serbes 
que, s'il s'agissait de lumières, ils n'avaient qu'à les porter aux pro- 
vinces serbes de Bosnie-Herzégovine plongées dans l'ignorance, et 
à laisser aux Bulgares eux-mêmes le soin de penser à l'instruction 



1 Iovan Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie, t. III, p. 280—284. 

2 Iovan Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie, t. III, p. 284— 285. 

3 Iovan Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie, t. III, p. 287—288. — Voir 
aussi: Comment fut fondé, en 1871 à Prizren, le journal turco-serbe « Prizren ». Tiré 
des mémoires de P. P. Stancovitch: « Godichnitza de Nicolas Tchoupitch », n° 8, 1893, 
p. 309-315. 

4 M. Miloévitch et Panta Sretchkovitch voyageant aux frais du gouvernement, 
firent une tournée semblable, le premier en 1871 et le second en 1873. Voir: Ristitch: 
Les relations extérieures de la Serbie, p. 286. 



— 42 — 

de leurs contrées 1 et on leur demandait ce qu'ils penseraient si les 
Bulgares se mettaient à distribuer des livres bulgares en Serbie 2 . 

La propagande s'exerçait d'abord parmi les masses populaires. 
Bientôt cependant, l'expérience montra aux agents serbes que cette 
voie n'était pas la plus sûre, ni la plus efficace. Les masses sont 
toujours un élément conservateur et lors même qu'elles sont pri- 
vées de tout sentiment national, elles acceptent difficilement les 
idées nouvelles qui leur viennent de l'étranger. Les agents serbes 
se heurtaient, de plus, à la méfiance si caractéristique du Bulgare. 
Le peuple se demandait involontairement pourquoi les Serbes met- 
taient tant d'insistance à vouloir l'instruire en une langue qu'il ne 
comprenait même pas bien, et il ne pouvait s'empêcher de se dire 
qu'ils poursuivaient par là quelque chose qui peut-être n'était pas 
mauvais, mais qui certainement profiterait plus à eux qu'à lui. 

En outre, il s'apercevait que les agents du serbisme se trou- 
vaient souvent en rapports intimes soit avec les Turcs, soit avec 
les étrangers enrichis à ses dépens. Et cela lui faisait prendre une 
attitude réservée et même hostile à l'égard de ses bienfaiteurs in- 
téressés. Mais la propagande rencontrait des difficultés encore plus 
grandes là où il y avait des gens instruits jouissant de la confiance 
de leurs connationaux. Tous les apôtres du serbisme étaient impuis- 
sants devant le prestige de ces personnalités. Il leur fallait pour 
réussir ou les écarter, ce qui les exposait aux yeux du peuple, car 
l'éloignement des Bulgares gênants ne pouvait se faire qu'au prix 
d'intrigues et de calomnies auprès des autorités, en opposition ouverte 
avec la volonté populaire, — ou travailler contre eux, ce qui ne 
pouvait donner aucun résultat. ■ 

Et s'il fut donné aux agents, en certains endroits, d'accomplir 
heureusement leur mission, ils devaient ces succès non pas à une 
inclination chez les Bulgares de tout attendre des autres, sans soucis 
ni sacrifices, mais aux conditions politiques particulières où ils se 
trouvaient alors. Abandonnés et sans défense, ils étaient souvent 
obligés de recourir à des moyens pénibles, dont les plus caractéristiques 
étaient l'union politique et la sollicitation d'une sujétion étrangère 
dans le seul but d'obtenir un appui et une protection qu'ils n'étaient 
pas en état de se procurer eux-mêmes. Le comité de propagande 



1 « Makedonia », troisième année, n° 22 du 26 avril, 1869 p. 3. 

2 «Dounavska Zora», première année, n° 34 du 15 juillet 1868, p. 1 — 2. 



— 43 — 

le savait et il tâchait d'en tirer le meilleur parti possible. « Ils (les 
agents serbes) vont parmi les Bulgares, dit le correspondant du jour- 
nal « Pravo », et tentent de les séduire en leur assurant qu'il est très 
facile pour eux de se débarrasser de toutes les peines qu'ils endurent, 
ils n'avaient qu'à dire «qu'ils sont Serbes, non Bulgares»; «alors 
le gouvernement serbe viendrait les sauver ». « Il dira aux grandes 
puissances que vous êtes des Serbes, nos frères et que, comme 
Serbes, vous devez être libres. Elles (les grandes puissances) for- 
ceront alors la Turquie à vous donner la liberté et vous vous unirez 
à la Serbie et c'est le prince de Serbie qui vous commandera. Ce- 
pendant, pour se convaincre que vous n'êtes pas Bulgares, mais 
Serbes, les grandes puissances enverront secrètement des délégués 
qui parcourront ces contrées et les examineront; pour cette raison, 
vous devez apprendre le serbe, le faire apprendre à vos enfants et 
avoir des livres serbes et si quelque Français, Anglais ou autre venait 
à passer par ici, dire que cette contrée s'appelle la Vieille Serbie! 
que ce nom vous est resté par tradition de votre grand-père et de 
votre grand'mère et que vous êtes Serbes, quoique vous parliez un 
peu comme des Bulgares, ce qui est dû à vos rapports avec les Bul- 
gares, c'est-à-dire que vous êtes des Serbes bulgarophones ». 1 
En général, la propagande serbe aboutissait à des échecs toutes 
les fois qu'elle se faisait par des Serbes de la principauté, les Bul- 
gares étant rarement disposés à croire qu'ils obtiendraient le salut 
dès qu'ils auraient changé de nom et qu'ils auraient commencé à 
apprendre le serbe et à le faire apprendre à leurs enfants. Il est 
vrai que les propagandistes réussissaient à ouvrir quelques écoles, 
par ci par là, notamment dans les localités des régions limitrophes, 
mais c'était parce que la soif de l'instruction qui distingue le peuple 
bulgare, forçait les parents à préférer l'instruction serbe à l'igno- 
rance complète, sans nullement vouloir livrer leurs enfants en proie 
du serbisme. 

Ailleurs, dans des localités qui se trouvaient loin de la sphère 
d'influence serbe, la population, manquant d'instituteurs pour ses 
écoles, en faisait venir de la Serbie et des autres pays slaves. A cette 
époque-là il y avait des maîtres d'école serbes non seulement en 
Macédoine et en Bulgarie occidentale, mais jusqu'à Schoumen. 
Beaucoup de ces instituteurs venaient d'ailleurs offrir eux-mêmes 



1 « Pravo », quatrième année, n° 47 du 17 janvier 1870, p. 188. 



— 44 — 

leurs services. 1 Ils allaient jusqu'à oublier leur nationalité et, con- 
vaincus par la réalité, ils se faisaient les défenseurs ardents de la 
nationalité bulgare au lieu de servir la propagande serbe. 2 Ce recours 
aux instituteurs serbes, Milioukow l'explique, entre autres, par le 
fait que les Bulgares de la Macédoine et de la Bulgarie voyaient en 
eux, en leur qualité de Slaves, des alliés bienvenus dans leur lutte 
contre les Grecs. 3 Ailleurs encore, l'adoption de l'enseignement 
serbe n'était que l'effet d'une réaction contre les écoles grecques 
que le peuple avait en horreur. 

Mais partout où il se trouvait des Bulgares aptes à exercer la 
profession d'instituteur, la population ouvrait des écoles bulgares, 
sans faire appel au concours étranger. Des écoles pareilles existaient 
dès avant l'année 1868 — Ristitch le reconnaît 4 — en de nom- 
breux endroits de la Macédoine et de la Bulgarie occidentale. 

On ne s'en étonne pas quand on sait qu'en ce temps-là toute 
l'instruction à l'usage du peuple — fût elle donnée indifféremment 
par des Serbes ou des Bulgares — ne consistait dans la plupart 
des cas qu'à apprendre aux enfants la lecture du psautier en langue 
slave et les quatre opérations fondamentales de l'arithmétique. Si 
la fréquentation des écoles serbes par les enfants bulgares avait 
été l'effet d'un sentiment national serbe chez leurs parents «bul- 
garophones », ceux-ci se seraient mis eux-mêmes à apprendre la 
langue serbe et à acquérir une culture serbe. Or, c'est plutôt le con- 
traire qui se produisait. Voilà pourquoi nous ne trouvons presque 
nulle part de salle de lecture serbe, bien qu'il y eût eu plus d'une ten- 
tative d'en ouvrir. Par contre, les salles de lecture bulgares appa- 
raissent partout dans le pays, là même où il existait des écoles serbes. 

Les propagandistes serbes se virent aussi obligés de changer 
de méthode. Aux environs de 1860 ils donnèrent toute leur atten- 
tion non plus à la masse du peuple, mais à ses représentants les plus 
marquants. Cela leur était plus facile et plus commode. Plus facile, 
parce que l'individu isolé apparaissait en général moins réfractaire 
aux idées nouvelles et pouvait même s'en faire un défenseur, sur- 



1 V. Kantchoff : La ville de Skopié. « Perioditchesko Spissanié» (Revue Pério- 
dique), n° 55—56. p. 148. 

2 Drimkoloff, p. 5. 

3 Milioukow: Les rapports serbo-bulgares, «Balgarski Pregled», V e année, n° 9-10, 
page 7. 

4 Iovan Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie, t. III, p. 285. 



— 45 — 

tout si l'adoption en était accompagnée d'un encouragement d'ordre 
matériel qui ne représentait pas une charge trop lourde pour le trésor 
d'Etat; plus commode, parce que le propagateur des idées désirées 
était alors un homme du pays jouissant d'une certaine autorité sur 
son milieu et exerçant une certaine influence par ses liens de parenté 
ou d'amitié et par ses relations commerciales. 

Pour commencer, la propagande cherchait à recruter des adeptes 
parmi les négociants et les artisans bulgares de Belgrade. Milosch 
Miloévitch excellait dans cette tâche, il avait une grande habileté 
à nouer des rapports avec eux. Il visitait chaque boutique et chaque 
comptoir de commerce bulgare, sans oublier les laiteries, prêchant 
partout que les Bulgares de la Macédoine et du pays de la Morava 
étaient des Serbes. 1 Belgrade devint un lieu de chasse aux Bul- 
gares. Qu'un Bulgare traversât la ville pour une affaire ou une 
autre et il se voyait aussitôt assailli par les agents serbes qui lui ex- 
pliquaient force d'arguments appropriés qu'il était Serbe et lui décri- 
vaient les belles perspectives qui s'ouvriraient pour lui, si seulement 
il voulait se rendre compte de son origine serbe. Et si le voyageur bul- 
gare se prêtait tant soit peu à ces conversations, on lui faisait toutes 
sortes de facilités durant son séjour dans la capitale et finalement 
on le conduisait chez le ministre de l'instruction publique. Celui-ci 
lui demandait des nouvelles de « chez nous, en Vieille Serbie » et le 
questionnait sur les lectures des écoliers et sur la provenance de leur 
maître. Enfin, il reprenait ce que les agents lui avaient déjà répété 
à satiété, à savoir que les Macédoniens n'étaient pas des Bulgares 
ou que les Bulgares ne possédaient pas de bons livres et qu'ils de- 
vaient en emprunter aux Serbes. Si l'instituteur ne comprenait 
pas les livres serbes, il fallait le renvoyer. Enfin, on lui donnait 
une ou deux caisses de livres et on le chargeait de mille bonnes choses 
pour « les connationaux serbes ». 2 

Voici comment un Bulgare macédonien dépeignait, dans une 
lettre adressée à ses frères de Macédoine, intitulée « Ce qui tente les 
Serbes », ce procédé de serbisation : 

«Frères, écoutez ce que je vais vous dire: 

Cette année, comme les précédentes, je suis parti pour Vienne 
arranger mes affaires commerciales et je ne sais pas pourquoi le 



1 « Makedonia », III e année, n° 22 du 26 avril 1869, p. 3. 

2 « Dounavska Zora », première année, n° 29 du 1 er juin 1868, p. 108. 



— 46 — 

bateau, au lieu de me conduire à Semlin, où chaque année je passais 
un jour à attendre un autre bateau qui me transporterait à Vienne, 
me débarqua à Belgrade. J'appris par la suite que l'agence centrale 
de la compagnie avait été transférée de Semlin à Belgrade, ce qui 
fait que les bateaux pour Vienne partent maintenant de cette der- 
nière ville. 

A peine débarqué sur le quai du port où je descendais pour la 
première fois, tandis que je regardais de côté et d'autre, voici qu'un 
inconnu s'approcha de moi et me demanda: «d'où es-tu?» Je lui 
répondis que j'étais Bulgare de Macédoine. Dès que j'eus répondu 
cela, mon interlocuteur inconnu me dit: « Quel Bulgare, il n'y a 
pas là de Bulgares, il n'y a que des Serbes, c'est la Vieille Serbie. 

— Je ne sais pas, répartis-je, cela peut être vrai, mais nous 
nous appelons Bulgares. 

— Vous n'êtes pas Bulgares, les Bulgares ne sont pas Slaves, 
ce sont des Tartares et leur nom provient de la « Boukharie ». Mais 
vous êtes Serbes et pour cela vous devez apprendre le serbe; et 
quand nous aurons ruiné l'Etat turc, vous aurez un prince, des ca- 
nons, des fusils, des soldats, etc. ». 

Comprenant bien où voulait en venir cet homme sans pudeur, 
je me mis à l'approuver afin de voir ce qu'il me raconterait encore. 

«Avez-vous un maître d'école, savez-vous d'où il est? me de- 
manda-t-il. 

— Nous en avons un, répondis-je, un homme tout jeune, mais 
il ne sait rien et nous n'entendons rien à son enseignement. 

— Oh! voyez- vous, il est Bulgare et comme vous ne parlez 
pas le bulgare, mais le serbe, vous ne pouvez pas le comprendre. 
Mais nous vous en enverrons un autre et des livres, si vous chassez 
celui-ci »... 

— Cela nous serait un bienfait, étant donné notre pauvreté. 

— Quand rentres-tu? demanda-t-il encore. 

— A mon retour de Vienne. 

— Tu t'arrêteras alors à Belgrade et je te présenterai au mi- 
nistre; on te donnera deux caisses de livres et dès qu'on verra ce 
qu'il en sera, on vous enverra l'instituteur. 

— Bon, dis- je et je le quittai. » 

Tout Bulgare de bon sens comprendra, à cette courte conver- 
sation, ce qui se fait à Belgrade. Cela, frères, si on me l'avait 
dit, je n'y aurais pas cru; et lorsque je l'eus vu de mes yeux et en- 



— 47 — 

tendu de mes oreilles, je restai stupéfait. J'ai appris par la suite 
qu'il existait une organisation spéciale chargée de cette tâche et 
qu'on attirait nos frères innocents à Belgrade où on leur donnait 
gratuitement des livres pour les expédier à leurs villages. Nous 
venons à peine de nous débarrasser des Grecs et voilà que les Serbes 
viennent prendre leur place; ils y ont pensé trop tard, ceux-là. 
Mais il nous faut être circonspects à l'égard de ceux qui viennent 
chez nous dans ces temps si dangereux, afin qu'on ne nous injurie 
pas et qu'on ne dise que nous portons des têtes lourdes et que nous 
ne savons que labourer la terre ...» 
Vienne, 1869. 

Votre frère, un Bulgare de Macédoine. 1 

Cette façon d'agir apparaît beaucoup plus efficace. Bien des 
hommes pusillanimes, flattés des attentions dont ils se voyaient 
entourés, se laissèrent lier par des engagements qui d'ailleurs leur 
rapportaient des avantages appréciables et se faisaient, à leur retour 
dans la terre natale, les serviteurs dévoués de l'impérialisme serbe. 
C'est ainsi que s'explique l'apostasie d'un St. Torovelé de Vrania 
qui, d'un ardent patriote bulgare qu'il fut au début, devint dans la 
suite un persécuteur acharné des Bulgares, puisque le ministre de 
l'instruction se fit présenter à deux reprises des négociants bulgares 
de cette ville auxquels il ne manqua pas de donner suivant son habi- 
tude plusieurs caisses de livres destinés à leurs compatriotes. 2 Il 
est à présumer que Torovelé, qui était un des négociants les plus 
considérables de Vrania et qui entretenait des rapports de commerce 
très étendus avec différentes villes de Serbie, ne fut pas oublié dans 
ces audiences. Un autre Bulgare notable que les Serbes gagnèrent 
pour leur cause fut un nommé Simo Andréeff, qui faisait un commerce 
de tabacs à Odessa et qui jouissait d'une grande considération à 
Skopié et à Vélès. Ce « bienfaiteur » envoya bien des livres serbes 
et casa bien des maîtres d'école serbes dans les villes et les villages 
de Macédoine. 3 

La propagande serbe montra une recrudescence d'activité à la 
veille de la conquête de l'indépendance religieuse des Bulgares. 
Les Serbes commençaient à voir dans l'institution de l'Exar- 



1 « Makedonia », troisième année, n° 14 du 1 er mars 1869, p. 2. 

2 Voir le numéro cité plus haut de la « Dounavska Zora ». 

3 « Makedonia », troisième année, n° 15 du 8 mars 1869, p. 3. 



— 48 — 

chat bulgare (en 1870) et dans l'éveil national qui remuait toute 
la race bulgare, l'obstacle le plus redoutable à leurs aspirations et 
ils sentaient que, pour vaincre cet obstacle, il fallait mettre en action 
tous les moyens possibles. Ils s'associèrent, pour plus de sécurité, 
à la propagande grecque, donnant tout leur appui aux agents de 
cette propagande, les évêques phanariotes. La question était tran- 
chée pour eux: les Bulgares de Macédoine et du pays de la Mo- 
rava devaient être Grecs ou Serbes, mais en aucun cas il ne pou- 
vaient rester Bulgares. Les Serbes arrivaient à la conviction que 
« la Serbie » ne gagnerait l'amitié des Bulgares que si elle renonçait 
à sa politique des « yeux doux, au risque même d'en venir aux mains », 
formule que de nos jours ils ont érigée en principe d'action, ardem- 
ment prêché par leur écrivain politique Bdin. 1 S'étant ainsi pour- 
vus, dans toute la Macédoine occidentale, d'adhérents qui avaient 
renié leur nationalité bulgare et ayant fondé ça et là quelques écoles 
d'enseignement gratuit, ils s'y lancèrent résolument, sous la protec- 
tion des autorités religieuses grecques et quelquefois même de l'ad- 
ministration turque, pour arracher de force le peuple à l'Exarchat 
bulgare. Nos journaux de l'époque sont pleins de plaintes au sujet 
de la conduite des agents serbes travaillant sous la direction de Mi- 
lojévitch. Ce dernier prêchait, selon une correspondance de Bel- 
grade, qu'il n'y avait que des Serbes partout où l'on employait l'ex- 
pression «Bojé pomozi » (Que Dieu nous soit en aide), que les Bul- 
gares étaient des Tartares, que leur langue était un dialecte serbe 
dénaturé et que les limites de la Vieille Serbie allaient jusqu'à Yam- 
bol ou, plus exactement, qu'elle englobait « toute l'étendue comprise 
entre Lom, Vratza, Philippople, Serrés, Salonique et Ochrid ». On 
rapporte même qu'il s'était rendu à Ochrid et à Strouga où il assu- 
rait la population qu'elle était serbe et lui promettait des livres et 
des instituteurs gratuits et qu'il en avait visité le monastère et em- 
porté à Belgrade tous les manuscrits qui y étaient conservés. A 
Prizren, un certain Simo avait bâti une école aux frais du gouverne- 
ment serbe. Une école analogue allait être ouverte dans le monas- 
tère Saint Naoum près d'Ochrid. 2 On se plaint de Vélès où les Serbes 
avaient déjà réussi à ouvrir une école de jeunes filles, malgré qu'il 



1 Status quo ante. Slivnitza, 1898, p. 26. 

2 « Tourtzia », sixième année, n° 39 du 14 novembre 1870, p. 3. Voici exactement 
suivant Milojévitch, quels étaient les arrondissements qui formaient la « Vraie ou la 



— 49 — 

y eut déjà une école bulgare de garçons, qu'ils déployaient une grande 
activité parmi la population de la campagne. 1 A Krouchévo, un 
instituteur serbe avait fondé une école où il enseignait gratuitement. 2 
A Prizren, «les apôtres de cette propagande pullulent comme des 
fourmis et usent de tous les moyens pour atteindre leurs buts », 
et des livres y arrivent sans cesse de Belgrade. 3 A Bitolia, les pro- 
pagandes grecque et serbe faisaient des progrès. 4 La seconde gagnait 
plus de terrain que la première: on l'explique par la parenté de race 
et de langue. Elle travaillait ouvertement. 5 Là où il n'était pas 
possible d'ouvrir des écoles, les Serbes envoyaient des cloches pour 
les églises du pays. 6 

Au commencement, les Bulgares ne faisaient presque pas atten- 
tion à cette propagande; plus tard, cependant, ces succès de plus 
en plus fréquents, bien que par apparence dans bien des cas, provo- 
quèrent des protestations isolées sans qu'on s'avisât encore de prendre 
des mesures de défense. Slavéikoff 8 lui-même n'avait que du mépris 
pour ces misérables tentatives à la nouvelle qu'une école serbe venait 
d'être fondée au village de Bogomil, arrondissement de Vélès, et 
que par l'entremise du maître d'école le ministère de l'instruction 
publique de Belgrade invitait les habitants de ce village à exhorter 
les villages environnants de suivre leur exemple. 7 Ce n'est guère 
qu'après 1870 qu'on procéda à une organisation de résistance natio- 
nale. Le soin de la lutte à soutenir contre la propagande serbe 
fut laissé entièrement à la Confrérie de bienfaisance macédonienne, 
à Constantinople. Mais que pouvait cette société qui n'avait pour 
toutes ressources que les dons volontaires et très irréguliers des 



Vieille Serbie». Elle comprenait, selon lui, les arrondissements de Kourchoumlia, Pro- 
kouplé, Prichtina, Ipek, Scutari, Djakovo, Elbassan, Prizren, Tétovo, Debar (Dibra) 
Kitchévo, Bitolia (Monastir), Kostour (Kastoria), Prilep, Vélès, Tikvesch, Kratovo, 
Kustendil, Koumanovo, Skopié (Uskub), Vrania, Leskovetz, Pirot, Nisch, Ghiliani, 
Vidin, Samokow, Sofia, Chtip, Radomir, Trin, Kotchani, Doubnitza, Ressen, Moglen, 
Vratza, Etropolé. Fragments d'histoire des Serbes et des provinces serbes-yougo-slaves 
de Turquie et d'Autriche, par M. S. Milojévitch, t. II, 1872, p. 155. 

1 « Tourtzia », VIII e année, n° 40 du 18 novembre 1872, p. 4. 

2 « Istotchno Vrémé » (Temps de l'est), première année, n° 41 du 28 novembre 1872, p. 2. 

3 « Den », première année, n° 25 du 28 juillet 1875, p. 7. 

4 « Den », première année, n° 19 du 16 juin 1875, p. 7. 

5 « Den », première année, n° 20 du 23 juin 1875, p. 7. 

6 Iov. Ristitch: Les relations extérieures de la Serbie, p. 289— 290. 

7 « Makedonia », V e année, n° 25 du 22 juin 1871, p. 3—4. 

8 Un des premiers écrivains et poètes bulgares de ce temps. 



— 50 - 

particuliers et des salles de lecture contre l'argent dépensé à flots 
par le gouvernement serbe et par sa propagande? Et si, néanmoins, 
on réussit à faire quelque chose, notamment en reprenant certaines 
localités telles que Vélès, Vrania, Tétovo où les Serbes avaient déjà 
installé des écoles et des instituteurs, ce fut surtout grâce à la viva- 
cité du sentiment national chez la population et à l'influence salu- 
taire des salles de lecture qui étaient nées spontanément dans le 
pays. L'exarchat, à cette époque, n'eut presque aucune participa- 
tion à l'œuvre de l'éducation nationale. L'organisation de l'Eglise 
nationale à peine émancipée de la tyrannie religieuse du Patriarcat 
de Phanar et déjà proclamée schismatique et le rôle politique qu'il 
eut à jouer auprès de la Porte comme unique institution légitime 
pour la défense des intérêts du peuple bulgare réclamaient tant de 
soins et d'efforts que, l'eût-il voulu, l'exarchat ne pouvait point se 
consacrer à l'œuvre scolaire et encore moins soutenir la lutte contre 
la croissante propagande serbe. Par contre, les salles de lecture 
accomplirent brillamment leur mission. Fondées par la population 
même et entretenues à ses frais, elles furent en même temps des 
écoles pour les adultes à l'usage desquels il y avait des cours du soir 
et du dimanche, et en même temps des inspectorats départementaux 
chargés d'ouvrir des écoles partout où le besoin s'en faisait sentir, 
des institutions subvenant à l'entretien de ces écoles et enfin des 
comités qui examinaient les candidats aux places d'instituteurs et 
déterminaient leur situation professionnelle. 

Cette organisation de la conscience nationale, souvent privée 
de toutes ressources matérielles et presque toujours d'hommes ins- 
truits, réussit pourtant à briser les influences grecque et serbe, les 
deux fléaux qui ravageaient les provinces bulgares. Il lui était 
d'ailleurs relativement assez facile de se tirer d'affaire avec la pre- 
mière, maintenue grâce à l'ignorance primitive du Bulgare beaucoup 
plus préparé aux distinctions confessionelles qu'aux distinctions 
nationales. Le Grec n'était point à ses yeux un homme d'une 
autre nationalité avec laquelle il ne dût identifier la sienne, mais 
un être devenu pour lui l'incarnation de l'élévation morale et de 
la noblesse d'âme. Aussi s'adressait-il naturellement à lui, dès qu'il 
se sentait en possession de force morale ou matérielle suffisante qui 
le séparait de la foule du commun. C'est dans cette tendance de la 
classe instruite de la bourgeoisie qu'il faut surtout chercher l'expli- 
cation de l'absence de propagande grecque organisée et, par suite, 



— 51 — 

de notre conservation nationale. En effet, si les Grecs qui, pendant 
toute la durée de la domination turque, eurent une situation si privi- 
légiée, avaient toujours agi suivant un plan déterminé, notre exis- 
tence comme peuple ne serait peut-être plus qu'un souvenir histo- 
rique. Il avait donc suffi à nos leaders nationaux d'appuyer sur 
la différence qu'il y a entre la religion et la nationalité pour engager 
les Bulgares dans la voie de l'éveil national. 

Il en allait tout autrement avec la propagande serbe. Et tout 
d'abord, son action était l'effet d'une organisation soutenue par 
un Etat constitué. Œuvre d'un peuple que sa langue et son passé 
historique rapprochaient du nôtre, elle possédait toutes les condi- 
tions requises pour se développer non seulement dans les classes 
bourgeoises, mais surtout dans les milieux campagnards, c'est-à-dire 
dans le centre populaire bulgare même. Et, il faut le reconnaître, 
elle exerçait son influence dans les villages beaucoup plus que dans 
les villes; le paysan ignorant ne faisant pas de différence entre la 
nationalité bulgare et la nationalité serbe, leurs langues et leur 
religion n'étaient-elles pas les mêmes? Les agitateurs serbes avaient 
donc raison de craindre l'anathème du patriarche contre le peuple 
bulgare qui pouvait le séparer du peuple serbe. 1 

Etant donné que la propagande serbe était encouragée par la 
propagande grecque et presque partout par les évêques phanariotes, 
qu'elle bénéficiait souvent de la protection de l'autorité turque et 
enfin, que la Serbie qui l'inspirait et la dirigeait effectivement se 
trouvait voisine immédiate de la terre bulgare à l'ouest et au nord- 
ouest, la lutte contre cette propagande devenait particulièrement 
difficile dans les conditions politiques réservées au peuple bulgare. 

Nous n'avions pour toute arme de combat que notre nom et 
notre ténacité bulgare. En outre, au moment où la propagande 
serbe prenait son élan, le peuple bulgare avait à résoudre les pro- 
blèmes les plus compliqués, dont le règlement s'impose à tout 
peuple: question religieuse, questions de la propriété foncière, des 
écoles, des libertés nationales, de la participation à l'adminis- 
tration et de l'indépendance politique. Et tout cela en l'absence 
d'une élite intellectuelle. Faut-il ajouter que la science historique 
et la connaissance de notre passé historique nous faisaient égale- 
ment défaut? 



1 La conduite de la Serbie dans la question religieuse bulgare d'il y a vingt ans. 
(Souvenirs d'un homme d'Etat serbe, écrits en 1874.) « Otatchbina », n° 26, p. 321 — 322. 



— 52 — 

Il n'y a rien d'étonnant, alors, que la propagande serbe ait 
pu enregistrer des succès plus ou moins considérables dans les régions 
de Nisch et de Leskovetz et en partie dans celle de Vrania. Mais 
l'histoire de son action dans cette dernière ville montre, à n'en pas 
douter, son impuissance devant une personnalité cultivée. Or, celle- 
ci n'aurait pas pu sauver la nationalité ji'une population de milliers 
et de milliers d'âmes aux conceptions nationales les plus diverses, 
si elle n'avait pas la conscience plus ou moins nette d'appartenir 
au peuple bulgare. 

Il suffit, au surplus, de jeter un coup d'œil sur le passé récent 
et de suivre la propagande serbe dans la région de Skopié où elle 
fut reprise avec une ardeur sans pareille, aux environs de l'année 
1890, pour nous convaincre une fois de plus qu'elle ne gagnait du 
terrain que là où l'on avait vu le moins d'hommes instruits. 



— 53 — 



III. 

Comment le pays de la Morava devint une 
province serbe 

La paix à peine signée, après la malheureuse campagne de 1876, 
entreprise dans l'attente d'une grande insurrection en Bulgarie, 1 
la Serbie eut l'idée de profiter d'une guerre éventuelle entre la Russie 
et l'Empire ottoman en vue d'une augmentation de son territoire par 
le déplacement de sa frontière vers le sud-est. A cet effet, le gouver- 
nement serbe délégua à Pétrograde Iovan Marinovitch, auquel il donnait 
des pouvoirs étendus, l'autorisant à négocier avec le gouvernement 
russe sur les conditions auxquelles la Serbie pourrait participer à la 
guerre. En même temps il le chargeait de porter dans la capitale 
russe un mémoire où il exposait la situation politique et financière 
de la Serbie et déclarait que l'esprit du peuple serbe se relèverait de 
nouveau dès qu'on verrait le pavillon impérial flotter sur la péninsule 
balkanique. 2 

Les instructions que le gouvernement serbe envoya à Mari- 
novitch le 16/28 novembre 1876, alors qu'il était déjà à Pétrograde, 
contenaient les trois demandes suivantes: 1) que la Russie prêtât 
en temps voulu son assistance à la Serbie afin que celle-ci pût 
se préparer à la guerre; 2) qu'elle fît connaître dans quelles limites 
la Serbie pouvait espérer un accroissement territorial et 3) que des 
mesures fussent prises immédiatement en vue de prévenir une occupa- 
tion du département serbe de la Kraina par les Turcs, pour couper 
les communications entre la Serbie et la Russie. Sur le second point 
qui seul nous intéresse ici, Marinovitch répond que la question ne 
pouvait pas être réglée, puisque la guerre n'était pas encore fixée et 
qu'on n'en savait pas les objectifs; il doutait, cependant, queles désirs 
serbes pussent être satisfaits. 3 Six jours plus tards, le 22 juin/4 juillet, 
il mande à son gouvernement que si la Serbie augmentait son terri- 

1 N. R. Ovsyanyk Le Proche Orient et le monde slave, 1913, p. 165. 

2 Iov. Ristitch: Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 3-10. 

3 Iov. Ristitch: Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 13 



— 54 — 

toire, ce ne serait que proportionnellement à ses services dans la 
guerre. Rien de déterminé n'était dit non plus dans la lettre impériale 
que Marinovitch apporta le 1/13 janvier 1877. La Serbie serait ré- 
compensée, à la conclusion de la paix, suivant sa conduite dans la 
guerre. 1 

Mais, la Serbie ne désespérait pas. A la veille de la déclaration 
de la guerre russo-turque (11/23 avril 1877), elle envoya le colonel 
Catardjiu avec la mission de faire savoir au tzar qu'elle était prête 
à prendre part à la guerre moyennant une somme de deux ou trois 
millions de roubles nécessaires pour achever ses armements, et une 
subvention d'un million de roubles pour l'entretien de l'armée pend- 
dant la durée de la guerre. Si cependant la Serbie devait rester 
passive, elle souhaitait la victoire au tzar, espérant qu'il daignerait 
se rappeler, à la conclusion de la paix, les sacrifices énormes qu'un 
petit peuple avait consentis en entrant en lutte, tout seul, contre un 
empire puissant. La lettre du prince Milan à l'empereur de Russie du 
12/24 avril 1876 2 était conçue dans le même sens. 

Le colonel Catardjiu termina vite sa mission et le 27 avril/9 mai 
il retourna à Belgrade, porteur d'une lettre du tzar et d'une autre 
du général Ignatieff au prince. Alexandre II recommandait la pru- 
dence et l'abstention de tout conflit avant que l'armée russe n'eût 
franchi le Danube et qu'elle ne fût en état de secourir la Serbie. Le 
général Ignatieff, de son coté, conseillait à la Serbie de se contenter, 
pour le moment, d'un million de roubles, qu'un autre million suivrait 
certainement et il déclarait au sujet de ses prétentions territoriales 
qu'elle ne pouvait espérer une extension de ses frontières qu'en Vieille 
Serbie et non en Bosnie, à cause de l'Autriche. Pas un mot du pays 
de la Morava. L'armée serbe opérerait sous les ordres du haut com- 
mandement russe et ses opérations se dérouleraient entre Nisch et 
Vidin dans la direction de Sofia. 

La réponse du tzar est du 19 avril/ 1 mai. Sept jours après, le 
26 avril/8 mai, le consul général de Russie à Belgrade, Kartzoff, 
recevait du prince Gortchakoff une dépêche en contradiction absolue 
avec les deux lettres citées. Elle disait textuellement: «Le désir de 
S. M. le Tzar est que la Serbie reste sur la défensive, en s'abstenant 
de tout acte de provocation et d'agression. C'est au prince de réfléchir 

1 Iov. Ristitch: Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 15 — 16. 

2 Iov. Ristitch: Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 32—35. 



— 55 — 

sur les mesures qu'il prendrait dans les limites de ses forces et sous 
sa propre responsabilité souveraine. »* Cela jeta la Serbie dans la 
perplexité et elle conçut des craintes sérieuses à l'égard de son aug- 
mentation territoriale, malgré les assurances données par le gouverne- 
ment russe à Protitch, représentant serbe à Pétrograde, que même 
dans la défensive elle pouvait compter que ses sacrifices seraient 
pris en considération et « dignement appréciés ». 2 

Tout cela ne fit pas perdre courage au gouvernement serbe. Il 
poursuivit ses pourparlers avec le gouvernement et avec le quartier 
général russes; finalement le prince Milan lui-même se rendit chez 
Alexandre II à Ploest, où, en présence des grands-ducs, des généraux 
et des ministres qui se trouvaient au quartier général, l'empereur lui 
reprocha ouvertement d'avoir, deux ans auparavant, déclaré la guerre 
à la Turquie. Néanmoins, Alexandre II promit à Milan que la Serbie 
ne serait pas oubliée. Quant à sa participation à la guerre, l'empereur 
déclara que la Serbie pouvait intervenir, si elle le voulait, après que 
l'armée russe aurait passé le Danube. « Je ne vous engage pas, dit-il, 
je ne vous force pas, mais vous pouvez, si vous voulez. » 3 Cependant, 
ces paroles ne produisirent aucun effet sur l'esprit du gouvernement 
serbe. Il voulait, à tout prix, intervenir dans la guerre, non pour 
prêter main forte aux armées russes, mais pour s'emparer de nouveaux 
territoires bulgares. Et il décida de s'en tenir non pas aux déclarations 
verbales du tzar, mais à ses assurances écrites, données précédemment 
en vue d'une toute autre orientation politique. 

Mais le gouvernement serbe n'insistait à prendre part à la guerre 
que pour la forme. En vérité, il n'avait point l'intention d'intervenir 
avant de savoir si la campagne serait gagnée par les Russes. Ce qu'il 
voulait, c'était des acquisitions territoriales et des succès faciles qu'il 
dissimulait soigneusement sous des menées diplomatiques, active- 
ment poussées derrière l'apparence de chagrin qu'il ressentait à se 
voir privé de la possibilité de coordonner les opérations présumées 
de ses troupes avec celles des troupes russes. Aussi déclina- t-il toute 
intervention lorsque, le 14/26 juillet, son représentant au quartier 
général de l'armée russe lui télégraphia de Tirnovo que le tzar avait 
dit que la Serbie devait marcher, et Ignatieff, que son avenir serait 



1 Iov. Ristitch : Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 36. 

2 Iov. Ristitch: Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 37. 

3 Iov. Ristitch : Histoire diplomatique de la Serbie, etc., livre II, 1898, p. 39. 



— 56 — 

compromis si elle ne déclarait pas la guerre; il refusa encore sa col- 
laboration après la réception d'un second télégramme, daté de Bêla, 
par lequel son représentant l'informait que le tzar avait prescrit au 
ministre des finances d'envoyer au prince Milan un million de roubles 
en argent et que la Serbie n'avait plus rien à craindre de l' Au triche- 
Hongrie. Et il maintint son attitude déclinante alors même que l'em- 
pereur lui fit dire que si elle n'intervenait pas dans un délai de 12 
jours, la Serbie irait à sa perte et compromettrait définitivement son 
avenir. 1 Il agissait ainsi parce qu'il avait peur que les Russes ne 
fussent rejetés de l'autre côté du Danube et ne laissassent la Serbie 
face à face avec la Turquie. 

La Serbie persista dans son obstination, malgré la lettre datée 
du 21 août/3 septembre que le généralissime des troupes russes lui 
faisait remettre par le colonel Bobricoff. Elle se décida seulement, 
sur les instances réitérées de ce dernier, à amasser des troupes le long 
de sa frontière du sud-est. Encore le fit-elle après de longues dé- 
marches pressantes, et dans des proportions inférieures à celles qu'on 
lui demandait : au lieu de 25 ou 30,000 hommes, elle n'en envoya que 
20,000. Elle trouvait un prétexte aux tergiversations dans le retard 
apporté au règlement de l'assistance pécuniaire qui, à son avis, se 
heurterait à des difficultés. Mais, Pleven tombe, (28 novembre/ 10 dé- 
cembre) le gouvernement serbe, à qui la résistance de cette forteresse 
inspirait des craintes les plus sérieuses au sujet de l'issue de la cam- 
pagne, ordonna immédiatement à ses troupes de franchir la frontière 
de l'Empire ottoman. Le passage eut lieu le 1/13 décembre 1877. La 
question pécuniaire ne l'arrêtait plus. Du reste, l'armée serbe n'avait 
à combattre que des contingents turcs très réduits dont l'effectif 
total ne dépassait pas 46,000 hommes, ainsi répartis: 8530 hommes à 
Vidin, Koula et Belogradtchik, 11,810 hommes aux environs de 
Pirot, Bela-Palanka et Svéti-Nicolas, 8000 hommes à Nisch, Mramor, 
Prokouplé et Kourchoumlia, et environ 12,000 hommes à Novi-Bazar, 
Sjénitza, Vichégrade et Plevlé, sans compter les Arnaoutes (Albanais) 
au nombre de 5000. Au total 45,340 hommes. 2 

Aussi insignifiantes que fussent ces contingents ennemis, nous 
n'irons pas soutenir que l'intervention serbe n'eut aucune suite; toute- 
fois il ne faut pas oublier qu'elle se produisit après la chute de la plus 



1 Ristitch, p. 60-64. 

2 Ristitch, p. 90 et 105. 



— 57 — 

importante place forte turque que Tannée ottomane défendit avec 
le plus grand acharnement et, partant à un moment où la route de 
Constantinople s'ouvrait toute grande aux armées impériales russes 
qui n'avaient plus devant elles que des troupes démoralisées et in- 
capables d'aucune résistance sérieuse. L'intervention serbe n'eut 
même pas pour effet de faciliter sensiblement la tâche aux troupes 
russes qui opéraient dans la région de Sofia, car, dès qu'elle se fut 
emparée de Nisch, Pirot, Béla-Palanka et Vrania, la Serbie envoya 
ses troupes vers la plaine de Kossovo, évacuée par les Turcs, au lieu 
de les diriger sur Sofia où elles devaient se joindre aux troupes russes. 
Aux approches de l'ouverture des négociations de paix, le gouverne- 
ment serbe se hâta de donner à son délégué auprès du quartier général 
russe les instructions nécessaires pour la défense des intérêts serbes. 
En même temps, il envoya Miloslav Protitch à Pétrograde avec la 
mission de le tenir au courant des intentions du gouvernement impé- 
rial et de soutenir énergiquement les revendications serbes. Ces reven- 
dications portaient sur les deux points suivants: 1° reconnaissance 
de l'indépendance de la Serbie et 2° annexion des vilayets de Kossovo 
et de Novi-Bazar et de la contrée de Vidin. En somme, la Serbie 
revendiquait, suivant le tracé de ses futures frontières qu'elle avait 
présenté pour appuyer ses demandes, les localités de Vichégrad, 
Fotcha, Bélo-Polé, Bérana, Débar (Dibra), Vélès, Chtip, Djoumaya, 
Kustendil, Dragoman, Konachtitza, Belogradtchik, Koula et Vidin 
avec les défilés de Ghiné et Svéti-Nicolas. Toutes ces localités se 
trouvaient à la périphérie des territoires réclamés qui comprenaient: 
1° le département de Nisch avec les arrondissements de Nisch, Pirot, 
Vrania, Leskovetz, Prokouplé, Kourchoumlia et Trin ; 2° le département 
de Prizren avec les arrondissements de Prizren, Liouma, Diakovo, 
Ipek et Tétovo; 3° le département de Skopié (Uskub) avec les arron- 
dissements de Skopié, Koumanovo, Kratovo, Kotchani, Radovicht 
et Chtip et 4° le département de Novi-Bazar avec les arrondissements 
de Novi-Bazar, Mitrovitza, Vassoévitza, Tirnovitza, Bélo-Polé, Prépolé 
Kolaschin, Sénitza, Novo-Varosch et Plévlé. 1 

Le comte Ignatieff ayant déjà engagé des pourparlers avec les 
Turcs pour attribuer Nisch à la Bulgarie et Novi-Bazar à la Serbie, 
le gouvernement serbe délégua le colonel Leschanin au quartier 
général russe porter deux lettres du prince Milan dont l'une au grand- 



1 Ristitch, p. 111-113. 



— 58 — 

duc Nicolas et l'autre au général Ignatieff. Dans ces lettres et notam- 
ment dans celle adressée au général Ignatieff les Serbes motivaient 
leurs prétentions en disant qu'ils avaient, durant de longues années, 
lutté avec les Turcs, tandis que les Bulgares en avaient porté le joug 
sans protester et que la possession de Nisch, peuplé, disaient-ils, de 
Serbes pur-sang était nécessaire à la défense de leur frontière du sud- 
est. 1 Que si le quartier général russe ne changeait pas d'avis et s'il ne 
rapportait pas l'ordre donné au colonel Bobricow de remettre aux 
Bulgares les clefs et l'administration de cette ville, le colonel Leschanin 
serait chargé de faire connaître que les Serbes se défendraient les 
armes à la main contre les Russes. Le comte Ignatieff répondit que 
les demandes serbes étaient exorbitantes, mais qu'il les examinerait. 2 
Les menées du gouvernement serbe ne furent pas mieux ac- 
cueillies à Pétrograde. Le ministre des affaires étrangères, de Giers, 
avait coupé net aux explications de Protitch, en déclarant que les 
Serbes devaient abandonner tout espoir non seulement sur Nisch et 
Vidin, mais encore sur toutes les localités marquées sur leur carte 
et qu'on pouvait tout au plus leur donner quelque chose autour de 
Kourchoumlia, Prokouplé et une partie de la région d'Ouvetz (Ouvtza) 
et du Lim, parce qu'il était injuste de laisser sous la domination serbe 
des territoires peuplés d'une population foncièrement bulgare et qui 
avait conscience de sa nationalité bulgare. Et Protitch quittait le 
ministre avec la conviction qu'on défendait les intérêts bulgares non 
plus contre les Turcs, mais contre les Serbes. 3 L'opinion publique 
et la presse en Russie étaient animées du même sentiment de justice 
à l'égard du peuple bulgare. Tout le monde convenait qu'il fallait 
donner aux Bulgares ce qui leur appartenait. Et Nisch, Pirot, Vrania 
et Leskovetz, qui, d'après les renseignements soigneusement et impar- 
tialement recueillis sur l'ordre de l'empereur, étaient habités de Bul- 
gares pur-sang, leur appartenaient de droit, ainsi que l'avait reconnu la 
conférence de Constantinople qui, dans l'annexe à son protocole n° 13 
du 23 décembre, divisait la Bulgarie en deux provinces, à savoir: 
une Bulgarie orientale ayant pour centre administratif la ville de 
Tirnovo et englobant dans ses limites les sandjaks de Roustchjouk, 
Toultcha, Varna, Sliven, Philippople (à l'exclusion de Sultan- Yéri 



1 VI. Georgévitch : La Serbie au Congrès de Berlin, « Otatchina », VIII e année, 
n° 24, p. 227. 

2 Ristitch, p. 116-117. 
3 Ristitch, p. 123. 



— 59 — 

et d'Ahi-Tchélébi) et les cazas de Kirkkilisse, Moustapha-Pacha et 
Kazil-Agatch, et une Bulgarie occidentale avec Sofia pour chef-lieu 
et qui comprenait les sandjaks de Sofia, Vidin, Nisch, Skopié, Bitolia 
(moins ses deux cazas du sud), les trois cazas du nord du sandjak de 
Serrés et les cazas de Stroumitza, Tikvesch, Vélès et Kastoria. 

Ayant ainsi perdu sa cause auprès du gouvernement, il ne restait 
plus à Protitch que de tenter la chance auprès des hommes politiques 
et des journaux russes. Il y réussit en partie. A sa prière — il le dit 
lui-même dans une lettre à son gouvernement — le général Tcher- 
niaeff publiait un article dans le «Rousky Mir » et l'historien Maikoff 
étudiait dans le « Novoié Vremia » du 1 er et du 2 mars les limites 
de la Serbie. Cette étude fit sensation, au dire de Protitch, sans qu'il 
explique, toutefois, si c'était parce que les prétentions y étaient étayées 
sur des faits monstrueux ou parce que Maikoff voulait défendre une 
vérité. Nous inclinons plutôt vers la première de ces hypothèses, 
non point que notre intérêt de Bulgares nous y porte, mais nous ne 
croyons pas que l'opinion publique russe ou tout au moins ses diri- 
geants fussent privés de bons sens au point de ne pas comprendre 
la situation pitoyable d'un professeur défendant par des arguments 
saugrenus une cause insoutenable. Voici en quelques mots le sens 
de cette étude. La ville de Vidin, peuplée de Serbes et entourée de 
monuments historiques serbes, devait revenir à la Serbie pour en 
assurer la défense du côté de la Hongrie. La bourgade de Berkovitza 
aurait une population et des environs également serbes, de même que 
la ville de Sofia, appelée jadis Serbitza. Il en serait de même de 
Bania, Kustendil et Kratovo qui auraient une population serbe et 
se trouveraient situés non loin de la montagne de Némanitch, nom 
d'un prince serbe. Aux Serbes revenaient encore les villes de Chtip, 
Stroumitza, Prilep, antique possession de Krali Marco ; Debar, Skopié, 
Prizren qui eurent dans le passé des évêchés serbes; Prichtina, capi- 
tale de Douschan et la plaine de Kossovo qui avait été le théâtre 
d'une lutte mémorable entre les Serbes et les Turcs. Et tout cela, 
après avoir expressément reconnu que l'élément bulgare formait la 
grande majorité de la population de ces villes. 1 

Les Serbes expliquaient l'union du pays de la Morava à la princi- 
pauté de Bulgarie non pas comme un effet des droits historiques et 

1 « Balgarin » (Le Bulgare), I re année, n° 46 du 5 avril 1878. C'est de ce cou- 
rant d'opinion en Russie que parle, semble-t-il, S. L. Ch., le courant de ceux qui s'indi- 
gnaient, après le traité de Berlin et qui trouvaient que la Bulgarie était encore trop grande. 



— 60 — 

ethnographiques de cette province, ils ne lui en reconnaissent point, 
mais par des circonstances adventices et en premier lieu par les sym- 
pathies personnelles du comte Ignatieff, de Nelidow et du prince 
Tcherkassky pour les Bulgares. L'aveu de Ristitch, fait sur la foi 
de Bobrikow, que Tcherkassky n'était point un admirateur aveugle 
des Bulgares, montre combien les Serbes se trompaient sur ce point. 1 
Les concessions qu'il leur faisait n'étaient donc pas le résultat de con- 
sidérations d'ordre sentimental, mais la conclusion de l'étude objective 
de données assez éloquentes par elles-mêmes pour forcer un homme 
comme Tcherkassky, qui ne se laissait pas guider par des sympathies 
ou des antypathies, mais par l'examen critique des choses, à insister 
pour les frontières que le traité de San Stéfano donnait à la Bulgarie. 

Tout en maintenant ses prétentions sur les terri toires.que l'on vient 
d'indiquer, la Serbie ne renonçait pas à la Bosnie, bien qu'elle sût que 
ses intérêts y entreraient en collision avec ceux de l'Autriche-Hongrie 
et qu'il pouvait en sortir des complications dangereuses pour la Russie. 

Enfin les Serbes réussirent à faire fléchir les plénipotentiaires 
russes qui décidèrent, le 6/18 février, l'attribution à la Serbie de la 
ville de Nisch avec une mince bande de territoire depuis Leskovetz 
jusqu'à Barbesch, Koutina et Maltchou. Encore n'était-ce là qu'une 
simple rectification de frontière et nullement une cession territoriale 
aux propre sens du mot, à en juger par le texte des préliminaires 
de paix d'Adrinople signés le 19 février/2 mars et qui reconnaissaient 
l'indépendance de la Serbie et de la Roumanie et érigeaient la Bulgarie 
en une principauté indépendante. 2 

Ainsi la paix de San Stéfàno ne satisfaisait pas la prétention 
des Serbes de créer une grande Serbie par l'annexion de vastes terri- 
toires bulgares. Elle laissait dans l'ombre les ambitions territoriales 
du prince Milan — relativement plus modestes que celles de l'opinion 
publique serbe, 3 il faut le reconnaître. Cet écart entre les deux concep- 
tions donna souvent lieu à des malentendus entre les Serbes et leur 
prince, mais souvent aussi il leur facilita la tâche en les faisant agir 
d'accord pour l'accroissement de leur patrie. La diplomatie et l'opinion 
publique étrangère commençaient à croire que, si l'on ne satisfaisait 



1 Ristitch, p. 115. 

2 Ristitch, p. 129. 

3 Slobodan Iovanovitch: Discussions politiques et juridiques, Tome II, Belgrade, 
1910, p. 291. 



— 61 — 

au moins les demandes modérées de Milan, la Serbie, habituée aux révo- 
lutions et aux changements de dynastie, deviendrait peut-être l'arène 
d'événements qui pouvaient créer bien des soucis à l'Europe et la mettre 
en face de nouveaux conflits alors que ceux, que la guerre russo- turque 
avait fait naître, n'étaient pas encore réglés. Il est superflu de rechercher 
ici si le désaccord constaté entre les aspirations du peuple et de la 
couronne n'était pas voulue L'important, c'est Jque ce désaccord était 
habilement exploité par ceux'qui dirigeaient la politique extérieure de 
la Serbie. Tandis que les hommes les plus éclairés du peuple s'adres- 
saient au public européen par l'entremise de la presse étrangère ou frap- 
paient à la porte des hommes d'Etat les plus remarquables de l'Europe 
pour les convaincre de la nécessité d'incorporer à la principauté tous 
les territoires qui constituaient la province connue sous la dénomina- 
tion de Vieille Serbie et dont les limites étaient plus ou moins élargies, 
suivant les exigences du moment, — le gouvernement s'empressait de 
déclarer, par la voie de son organe officieux, que la Serbie serait 
sacrifiée si on ne lui donnait au moins les contrées de Vidin et de 
Sofia. 

Ayant résolument pris fait et cause pour les revendications popu- 
laires, le gouvernement serbe fit d'abord une tentative de sondage auprès 
de l'Autriche-Hongrie à l'effet de savoir si la principauté pouvait 
compter sur une extension dans le sandjak de Novi-Bazar. On lui 
donna à entendre tout de suite, que le gouvernement austro-hongrois 
considérait le sandjak comme partie intégrante de la Bosnie. Alors 
le prince Milan envoya Iovan Ristitch, désigné comme délégué au 
congrès de Berlin, auprès du comte Andrassy, ministre des affaires 
étrangères de la monarchie austro-hongroise, auquel il fit remettre 
une lettre très flatteuse pour sa personne, où il exprimait en termes 
généreux le désir de la Serbie d'arriver à une entente des plus amicales 
avec sa voisine du nord. Iovan Ristitch exposa les demandes de 
la Serbie, esquissées en grands traits dans la lettre du prince Milan; 
c'étaient: 1° garantie européenne de l'indépendance de la Serbie et 
2° accroissement de son territoire. Andrassy consentit à reconnaître 
l'indépendance serbe; mais il n'accorda son assentiment à l'augmen- 
tation territoriale que sous certaines réserves et en en excluant nette- 
ment et la contrée de Novi-Bazar et celle de Mitrovitza. Ristitch 
n'attendait que cela; il renonça à « Novi-Bazar comme point historique 
important pour la Serbie » par égard pour les vœux de l'Autriche 
« et en tournant les yeux de l'autre côté pour en attendre des compen- 



— 62 — 

sations. » x Toutefois on ne lui faisait pas de promesses formelles; 
on lui laissait seulement entrevoir un appui sur ce point. Mais l'ac- 
croissement ne devait en aucun cas porter sur Pirot qui serait bulgare. 
De son côté, Ristitch s'efforçait de persuader au comte Andrassy le 
droit et la nécessité pour la Serbie d'avoir une frontière allant de Ghi- 
liani à Svéti Ilia et englobant les localités de Dragoman, Trin et même 
Vidin. Voici comment il résumait dans sa dépêche au prince, datée 
du 27 mai/8 juin, les résultats de son entrevue avec le chancelier 
austro-hongrois: « J'ai eu un long entretien avec le comte Andrassy. 
La lettre a produit un bon effet. Il n'accepte pas de garantie euro- 
péenne; par contre il accepte l'indépendance et il est prêt à nous 
aider pour une augmentation territoriale par l'acquisition de Nisch, 
Vrania, Pirot et même plus, mais il subordonne son appui aux conditions 
suivantes: conclusion d'un traité de commerce avec nous et exploi- 
tation de nos chemins de fer par la société des voies de communi- 
cation turques, sans quoi il ne nous appuyera pas même pour les 
frontières de San-Stéfano. Il ne veut pas d'une convention militaire 
et il a repoussé de lui-même l'union douanière. » Le prince Milan 
répondit qu'il souscrivait à toutes conditions, pourvu que l' Autriche- 
Hongrie s'entremît de toutes ses forces auprès des autres puissances, 
afin que Pirot et encore quelque chose de plus fût cédé à la Serbie. 2 

Après cette visite au comte Andrassy, Ristitch s'empressa d'aller 
voir l'ambassadeur de Russie à Vienne auquel il exprima la conviction 
qu'au Congrès la Russie ne prendrait pas parti contre l' Au triche- 
Hongrie pour combattre les intérêts serbes. 

A Berlin, Ristitch eut une conduite habile. Il se ménageait des 
entretiens avec les délégués de toutes les grandes puissances auxquels 
il s'efforçait de persuader qu'il était d'une nécessité vitale pour la 
Serbie de s'agrandir aux dépens de la Bulgarie de San-Stéfano. Il 
accueillait tous les conseils avec un empressement simulé en assurant 
tous les interlocuteurs que les intérêts de leurs pays coïncidaient avec 
ceux de la Serbie et que par conséquent ils devaient appuyer ses 
demandes d'augmentation territoriale. L'agrandissement de la Serbie 
était nécessaire à la paix même, qui ne pourrait jamais régner dans 
les Balkans si l'on rompait l'équilibre entre les Etats danubiens et 
si les aspirations du peuple serbe à l'unité ne trouvaient au moins 









1 Ristitch, p. 163. 

2 Ristitch, t. II, p. 174-175. 



— 63 — 

une satisfaction partielle. Il remit au président du Congrès, au nom 
de son gouvernement, un mémoire conçu dans ce sens. 

Deux jours après la présentation de ce mémoire où l'on exposait 
avec beaucoup d'habileté les limites des territoires revendiqués par 
les Serbes, comprenant les villes de Kitchévo, Skopié, Kriva- 
Palanka, Trin, Pirot, Bélogradtchik et Vidin, Ristitch apprit que le 
plénipotentiaire russe projetait de proposer à son collègue autrichien, 
en guise de transaction, une ligne marquée par les points de Vrania, 
Snégo-Polé, Tzaribrod et Pandarilo en laissant aux Bulgares les villes 
de Pirot et de Trin et le défilé de Svéti-Nicolas. Aussitôt, il demanda 
une entrevue avec ce plénipotentiaire et il combattit longuement son 
projet. Réussit-il à l'en dissuader — ainsi qu'il le mandait à Milan 
— ou le délégué russe obéissait-il à d'autres considérations, n'importe; 
le fait est que celui-ci consentit à la cession de Pirot et de Trin à la 
Serbie, mais seulement à la suite d'un plébiscite qui ne pouvait 
s'effectuer librement qu'après le départ des troupes et des autorités 
serbes. Et Ristitch demandait dans sa dépêche s'il y avait lieu de 
craindre, en prévision d'une pareille éventualité, les agitations de 
Sofia et de l'évêque de Pirot. Le prince Milan répondit que la popu- 
lation, surtout celle de la campagne, était enthousiasmée pour la 
Serbie et qu'il était sûr de son autorité. D'où venait cette assurance 
du prince? Certes, ce n'était pas du sentiment national de la popu- 
lation; c'était, le prince Milan nous le dit dans sa réponse, parce que 
les Serbes n'y percevaient que des impôts minimes et que, au contraire 
des Russes, ils n'y recrutaient pas de soldats. Toutefois, son assu- 
rance n'allait pas jusqu'à lui faire accepter la proposition russe et il 
refusa de rappeler ses troupes et ses autorités, de peur que les agita- 
tions russo-bulgares ne prissent des proportions considérables. 1 

Cependant, ni au prince Milan, ni à son plénipotentiaire il n'était 
inconnu que le plébiscite ne pouvait être appliqué avant la clôture 
du Congrès. C'est pourquoi, ils se hâtèrent de l'accepter et Ristitch 
en informa le comte Andrassy et les autres plénipotentiaires qui, 
comme de juste, le rejetèrent à l'unanimité, comme l'exécution de cette 
mesure devait avoir pour effet de prolonger de plusieurs semaines 
les séances du Congrès et de faire surgir des questions nouvelles et 
beaucoup plus dangereuses pour la paix de l'Europe lesquelles les 
négociateurs s'appliquaient de toutes leurs forces à écarter. 



Ristitch, t. II, p. 204-205. 



— 64 — 

Et la Serbie réussit ainsi à faire entrer dans ses limites tout le 
pays de la Morava, y compris la ville de Pirot et à obtenir son indé- 
pendance (art. 36 du traité de Berlin). 1 

Le gouvernement serbe ne s'en tint pas là. Sachant que le pays 
de la Morava qu'il revendiquait et où il avait installé ses autorités 
civiles et militaires était connu et dans la science et dans la diplomatie 
comme un territoire bulgare, il s'efforça par toutes sortes de requêtes 
adressées à l'empereur de Russie, de faire croire que sa population 
appartenait à la nationalité serbe. Résolus à tout pour amener le 
triomphe de leurs aspirations, les milieux gouvernementaux de Serbie 
ne voulaient rien savoir des sentiments réels de la population. Ce à 
quoi ils visaient, ce n'était pas seulement d'élargir les limites de leur 
pays et d'acquérir une situation prédominante dans les Balkans, qu'ils 
ne pouvaient obtenir que par la conquête de Nisch d'abord et, plus 
tard, de Salonique 2 avec leurs hinterlands — c'était là un but pro- 
fondément enraciné dans leur âme — mais surtout d'étouffer un 
peuple jeune et admirablement doué qui, par son nombre et par son 
passé créateur, avait droit à la première place dans la péninsule. Les 
Serbes cherchaient donc à augmenter leur territoire en diminuant 
d'autant le bulgare. Et sans doute ils étaient satisfaits d'y atteindre, 
à une certaine mesure, mais ils l'auraient été même encore si on ne 
leur avait rien donné, pourvu qu'on enlevât aux Bulgares une bonne 
partie de ce qu'ils avaient obtenu. La Serbie ne pouvait tolérer à 
ses frontières une Bulgarie qui, prétendait-elle, n'avait rien fait pour 
sa délivrance, alors que les Serbes, par leurs luttes incessantes, avaient 
non seulement mérité d'avoir un Etat grand et indépendant, mais 
encore ils avaient beaucoup contribué à briser la puissance turque 
(sic). C'était leur éternel argument dirigé contre nous. L'idée d'une 
Bulgarie de 163,000 km. c. de superficie 3 leur faisait perdre la tête. Et 
tantôt ils parlaient d'équilibre rompu, tantôt ils menaçaient la Russie, 
tantôt ils imploraient le secours de l' Autriche-Hongrie, mais toujours 
ils intriguaient contre nous Bulgares. En même temps, ils recueillaient 
par des violences qui ne restaient pas inconnues au gouvernement russe 



1 Pour plus de détails sur la marche des négociations du Congrès de Berlin, au sujet 
des prétentions serbes, voir: VI. Georgévitch: La Serbie au Congrès de Berlin, « Otatch- 
bina», VIII e année, n 08 24, 25, 26, et M. Georgévitch-Prizrenatz : Peut-on secourir notre 
peuple en Vieille Serbie, Belgrade, 1891, p. 96 — 105. 

2 « Makedonia », III* année, n° 18 du 29 mars 1869, p. 3. 

3 D'après le traité de San Stéfano. 



— 65 — 

des signatures au bas de pétitions déclarant que les habitants du pays 
de la Morava voulaient être annexés à la Serbie parce qu'ils avaient 
conscience d'appartenir à la race serbe. 1 

C'est à Pirot, Trin et Breznik que les Serbes exercèrent la plus 
forte pression afin d'amener la population à se déclarer serbe. Ils 
ne recouraient pas aux mêmes moyens de violence dans les autres 
villes du pays de la Morava, parce qu'ils avaient déjà obtenu Nisch 
et aussi parce que, s'ils réussissaient à arracher à la population des 
dites localités des déclarations signées de leur désir de rester sous 
la domination de la Serbie, la question de l'attribution de toute la 
partie méridionale et occidentale de cette province s'en trouverait 
réglée d'avance. Au début ils agissaient doucement et avec beaucoup 
de circonspection, à Pirot notamment, croyant que la population 
leur opposerait quelque résistance. En effet, la population leur 
témoigna d'abord une grande confiance ainsi qu'on fait avec des 
libérateurs et non avec des conquérants. Elle accueillit les troupes 
serbes, dit Vladan Georgévitch, avec un enthousiasme tel qu'il arra- 
chait des larmes aux hommes les plus endurcis. Les vieillards et les 
femmes jetaient des grains de blé sur les troupes, suivant une cou- 
tume locale en usage pour les mariages, à l'entrée des jeunes mariés 
dans leur domicile, les jeunes filles ornaient de fleurs les chevaux 
des soldats et les enfants couraient à leurs côtés et criaient: «Vive 
la Serbie »; tout le monde s'empressait autour des soldats pour leur 
serrer la main et bien des gens embrassaient les pans de leur capotes 
et les harnais de leurs chevaux. On leur porta tant de choses à man- 
ger et à boire, que personne n'eut plus ni faim, ni soif. 2 Bientôt, 
cependant, la population changea d'attitude. Le premier conflit 
avec l'administration fut provoqué par les troupes serbes qui, habi- 
tuées chez elles à une tout autre conduite, commencèrent à se mon- 
trer telles qu'elles étaient en réalité. Dès le premier jour, elles se 
comportèrent en maîtres absolus du pays et de ses habitants. Elles 
défendirent même à la population de s'appeler bulgare. 3 La com- 
munauté de Pirot fut finalement obligée d'adresser une protesta- 

1 « Cette nouvelle, écrit Protitch à son gouvernement — il s'agit de la nouvelle 
de l'emprisonnement de quarante-huit Bulgares et de Tévêque, métropolite de Pirot — 
a eu pour effet, que le grand-duc ne voulait plus entendre parler que Pirot fût attribué 
à la Serbie.» Ristitch, p. 139-140. 

2 Au delà de la frontière. Souvenirs de la deuxième guerre serbo-turque de 1877- 
1878, « Otatchbina », IV e année, n° 11, facsimilé 43, p. 327. 

3 « Balgarin», I™ année, n° 44 du 18 mars 1878, p. 3—4. 



— 66 — 

tion au préfet Ghiska Stéfanovitch. Aussitôt l'instituteur Sim. 
Christoff se vit interné à Trin (2/14 février) tandis que le conseiller 
Chr. Passaroff, ancien instituteur et les instituteurs en fonctions 
G. Iv. Tabacoff, Elissey Manoff, Nicolas Pétroff et autres furent 
nommés adjoints à l'officier chargé du service des fourrages et pri- 
vés de toutes relations avec leurs concitoyens. En même temps 
les autorités serbes préparèrent en langue serbe une adresse du 
peuple au prince Milan disant que les habitants de Pirot étaient 
d'anciens Serbes célébrant la « Slava » et jouant de la « Gousla » 
et qu'en leur qualité de descendants de Douschan ils désiraient 
vivre dorénavant sous le sceptre du prince de Serbie. Cette adresse 
fut remise au maire Koto Dascaloff avec ordre de la faire signer par 
ses administrés. Voyant que l'affaire n'avançait pas, le préfet fit 
amener de force les citoyens dans l'école près de l'église nouvelle 
où le pope Pierre donna lecture de l'adresse préparée et le maire 
Dascaloff et les autres partisans du régime serbe invitèrent les assis- 
tants à y mettre leur signature. A ce moment, le nommé Koto 
Kouklin, approuvé par tous ses concitoyens, déclara qu'ils ne pou- 
vaient rien signer avant d'avoir pris conseil de leur évêque Mgr. 
Eustache. On fit venir l'évêque. En sa présence, la réunion décida 
que celui qui était Serbe signerait l'adresse serbe et que celui qui 
était Bulgare signerait une adresse bulgare écrite par Elissey Ma- 
noff sous la dictée du prélat. Cette adresse disait à peu près ce qui 
suit: « Nous, les soussignés, citoyens de la ville de Pirot, certifions par 
devant Dieu et le monde entier, que nous sommes Bulgares, que 
nous resterons tels, et nos enfants aussi, et que nous désirons nous 
trouver politiquement sous l'autorité qui sera instaurée pour nos 
autres frères bulgares. » L'adresse fut couverte de signatures, séance 
tenante. Les autres habitants continuèrent à signer le document 
jusqu'au soir du 8/20 février 1878. 

Cette adresse devait selon une décision de la réunion, être re- 
mise par Mgr. Eustache au préfet serbe, mais, par suite des compli- 
cations survenues, on se contenta de l'en informer de vive voix. 
Frappé de cet esprit de résolution, Stéfanovitch ordonna dès le 
lendemain, 9/21 février, d'arrêter l'instituteur Ghéorghi Tabacoff. 
Cela ne fit qu'accroître l'effervescence populaire. Les citoyens les 
plus notables s'assemblèrent la nuit dans la maison de Koté Kresteff 
— • père de notre éminent critique littéraire, Dr. K. Kresteff, pro- 
fesseur à l'université de Sofia — et décidèrent que l'évêque procla- 



— 67 — 

merait la volonté du peuple, exprimée dans l'adresse, et demande- 
rait la remise en liberté de l'instituteur arrêté et que les citoyens 
accompagneraient le prélat jusqu'aux portes du konak gouverne- 
mental pour manifester publiquement leur solidarité avec leur chef 
religieux et leur nationalité bulgare. Entre temps, on apprit le bruit 
qu'un second instituteur, Chr. Passaroff, avait été arrêté et que les 
autres seraient déportés à Béla-Palanka et à Nisch. C'est au milieu 
de cette atmosphère d'irritation générale que Mgr. Eustache se mit 
en route pour le konak; immédiatement, les boutiques furent fer- 
mées et une foule compacte envahit la cour de la préfecture. Peu 
après les portes s'ouvrirent et le peuple vit sortir l'évêque, brutale- 
ment poussé par le préfet. Quelqu'un s'écria: «On chasse et on 
insulte notre évêque, qu'attendons-nous encore? Les plus enragés 
se jetèrent furieusement sur le préfet, l'empoignirent et le suspen- 
dirent au-dessus de la fenêtre, prêt à le lancer dans le vide. D'autres 
les suivirent dans l'intérieur du bâtiment. On entendit une tempête 
de protestations et de jurons à l'adresse des Serbes et de leur œuvre. 
En bas, le peuple criait: «Nous sommes Bulgares, nous ne voulons 
pas être Serbes! A bas les Serbes! Rendez-nous nos instituteurs! 
Nous les réclamons ! » Le calme revenu, on expliqua au président 
du tribunal départemental, Ilitch, témoin de la scène, que la popu- 
lation était bulgare et que les autorités serbes n'avaient pas le droit 
de chasser ses instituteurs. 

Entre temps, les troupes garnisonnées dans la ville cernèrent 
le konak, prêtes à tirer sur le peuple. Une batterie d'artillerie fut 
mise en position à quelque distance de là. Le peuple prit peur et se 
dispersa. On ne parvint à arrêter que 48 hommes qu'on emprisonna 
dans le fort à demi ruiné où on les laissa trois jours et trois nuits 
sans nourriture, sans feu et sans couverture. On ne leur donnait 
même pas de l'eau à boire. Le troisième jour, ils virent arriver de 
Nisch un certain Guknitch à la tête d'un détachement de 300 cava- 
liers et l'interrogatoire commença. Les Bulgares arrêtés déclarèrent 
à la face de ce Guknitch qu'il était honteux d'agir ainsi de la part 
de gens qui se considéraient comme les libérateurs du pays et qu'au 
plus fort de l'oppression turque ils ne s'étaient pas vu appliquer 
un traitement pareil. A la suite de cette visite on permit aux pri- 
sonniers de s'approvisionner de tout ce dont ils avaient besoin. On 
les garda dix-huit jours dans la même prison. Ils ne recouvrèrent 
leur liberté que grâce à l'intervention des autorités russes. 



— 68 — 

Mgr. Eustache fut également arrêté à sa sortie du konak et con- 
duit sous escorte à l'évêché. Le 11/23 février, on le dirigea en com- 
pagnie du pope Pierre sur Nisch d'où on l'interna dans un monas- 
tère des environs de Krouchévatz. On avait essayé de le faire partir 
de nuit, dans l'intention de représenter ensuite à la population qu'i 
avait pris la fuite; mais le vénérable vieillard s'y était opposé de 
toutes ses forces. Avant de quitter la ville, il s'arrêta dans l'église 
pour prier Dieu et prendre congé des prêtres. Mais les Serbes ne 
le laissèrent pas en paix. Un officier entra dans le temple et se mit 
à injurier grossièrement le pasteur national sous prétexte qu'il s'était 
attardé. Un Bulgare qui voulait lui embrasser la main fut arrêté. 
La voiture qui devait le transporter à Nisch traversa la ville au 
galop, les rues étant militairement gardées , 1 Mais il fut bientôt 
relâché et renvoyé à Pirot, probablement à la suite des représenta- 
tions russes. Les Serbes le dédommagèrent même de tous ses frais. 
Quelque temps après, ils le chassèrent définitivement de Pirot. 2 

A la conclusion du traité de San-Stéfano, les Bulgares voulurent 
présenter une adresse de reconnaissance au tzar-libérateur. Les habi- 
tants de Pirot, à cette nouvelle, décidèrent d'en présenter une de 
leur côté. Mais, sachant que les Serbes ne les laisseraient pasjfaire 
et les soumettraient à de nouvelles persécutions, ils envoyèrent plu- 
sieurs délégués à Sofia demander à la commission centrale constituée 
dans cette ville, comment il fallait s'y prendre. Ceux-ci déléguèrent 
alors Kresto H. Néchoff, à Pirot, avec une lettre du gouverneur 
de Sofia prescrivant aux autorités serbes de ne pas s'opposer à la 
signature de l'adresse. Néanmoins, les notables de la ville, assem- 
blés immédiatement, résolurent de préparer l'adresse à l'insu des 
Serbes. Ils désignèrent comme leurs représentants à San-Stéfano (voir 
les matériaux) 3 d'abord le citoyen S. Christoff et ensuite Kotzé S. 
Grigoroff (voir les matériaux), réfugié à Sofia pour échapper aux 
poursuites des autorités serbes. 

Les suppositions des notables se réalisèrent. Le préfet de Pirot, 
qui était alors le professeur Panta Sretchkovitch, s'employa de tous 
ses efforts à empêcher et les relations du délégué avec les habitants 

1 « Balgarin », II e année, n° 99 du 19 octobre 1878, p. 2—3. 

2 S. Christoff, p. 289 — 291. Voir aussi le journal «Balgarin», I re année, n° 57 
du 24 mai 1878, p. 1-2. 

3 S. Christoff, p. 291. Voir aussi le « Balgarin », I re année, n° 54-55 du 17 mai 
1878, p. 3. 



— 69 — 

et la signature de l'adresse. Après un séjour de trois jours, Néchoff 
fut obligé de quitter la ville. Lui parti, Sretchkovitch voulut forcer 
la population à signer une déclaration adressée au prince Milan qu'elle 
était serbe. Il se fit amener huit citoyens notables et les conduisit au 
fort où il leur montra la bouche des canons braqués sur la ville. 
Les pauvres gens durent en passer par sa volonté, mais ils en infor- 
mèrent le jour même les autorités russes de Sofia, les implorant 
de venir les délivrer des Serbes. Les habitants de la campagne, plus 
courageux, refusèrent de signer l'adresse. Alors les Serbes, exaspérés, 
arrêtèrent 200 paysans des villages de la Nischava, les jetèrent en 
prison et les contraignirent sous peine de mort, de mettre leur signa- 
ture au bas du document. Ils eurent recours à un moyen différent 
dans les villages de la Loujnitza: ils les enivraient avant d'en 
obtenir l'aveu de leur nationalité « serbe ». 1 En dépit de toutes ces 
mesures, l'adresse bulgare fut dans l'espace de trois jours couverte 
de 2000 signatures et on l'emporta secrètement une nuit, pour la 
présenter au général Anoutschine, à San-Stéfano, avec un rapport 
sur les souffrances endurées par la population de Pirot (voir les 
matériaux). Au surplus, les procédés singuliers du gouvernement 
serbe parvinrent à la connaissance des cercles dirigeants de Pétro- 
grade et le comte Ignatieff dit à Protitch, à propos de l'adresse serbe, 
qu' «il ne donnait pas un kopeck pour ces signatures machinées par 
les autorités serbes ». 2 

Comprenant qu'ils viendraient difficilement à bout de la résis- 
tance des habitants à Pirot, les Serbes recoururent aux intrigues 
pour discréditer leurs représentants auprès des autorités russes et pour 
étouffer par là les protestations que le peuple élevait avec une éner- 
gie grandissante contre leurs tentatives de dénationaliser une con- 
trée dont la population avait conservé intacts, jusque là, son senti- 
ment national et sa conscience d'appartenir à la race bulgare. Ils 
jetèrent leur choix d'abord sur le citoyen K. S. Grigoroff, qui devint 
leur première victime et qu'ils accusèrent d'avoir, en sa qualité de 
maire, commis des malversations à l'époque où il avait été envoyé 
présenter au prince de Serbie une adresse de reconnaissance pour 
la libération de Pirot. La délégation présidée par Grigoroff étant 
composée de neuf personnes, on lui avait avancé pour frais de voyage 



1 « Balgarin », I re année, n° 57 du 24 mai 1878, p. 1 — 2, et n° 54-55 du 17 mai, p. 3. 

2 Ristitch, p. 140. 



— 70 — 

une certaine somme d'argent dont il avait dépensé 15,000 piastres. 
Voici la lettre par laquelle il rendait compte de l'emploi de cette 
somme. Nous nous permettons de la citer en entier afin de sou- 
ligner une fois de plus les procédés employés par les Serbes pour 
représenter la ville de Pirot et par elle tout le pays de la Morava, 
comme une province essentiellement serbe. 1 

« A mon retour à Pirot, dit Grigoroff, j'avais sur moi 3248 piastres 
qui étaient restées après toutes les dépenses faites pour la déléga- 
tion chargée de remettre l'adresse au prince; en outre, au cours de 
ma gestion des revenus communaux j'avais encaissé en tout 251 
piastres de recettes. Je me trouvais donc posséder en tout 4399 
piastres d'argent communal au moment où, le 13 mars 1878 (alors 
que la frontière entre la Serbie et la Bulgarie était établie suivant 
l'art. 3 du traité de San-Stéfano), on reçut une lettre d'une commis- 
sion de Sofia adressée à la municipalité et une autre officielle adressée 
par le gouverneur Alabin au préfet P. Sretchkovitch aux fins d'en- 
voyer une adresse de reconnaissance de Pirot à Sa Majesté Impé- 
riale le tzar libérateur Alexandre IL La lettre adressée à la muni- 
cipalité de Pirot est connue de tout le monde, mais, l'affaire datant 
d'assez longtemps, je vous en remets une copie. 

«Le conseil municipal de Pirot réuni (la réunion eut lieu, il 
me semble, dans la maison de feu Thodore Kokaloff) entendit lec- 
ture de cette lettre et en informa Panta Sretchkovitch qui avait 
également reçu une lettre du gouverneur de Sofia, Alabin, au sujet 
de cette adresse; en conséquence, le peuple de Pirot orna l'adresse 
de signatures sans nombre; plus de 2000 signatures figuraient au bas 
de cette adresse et, tout à la fin, celle du métropolite Mgr. Eustache 
qui confirmait l'authenticité des précédentes. Voici une copie de 
l'adresse qui fut envoyée alors au tzar libérateur. (Suit le texte 
de l'adresse.) 

« Afin que le document fût remis en temps voulu conformé- 
ment à la lettre de la commission qui s'en occupait à Sofia, Mgr. Eus- 
tache, métropolite de Pirot, d'accord avec les notabilités de la ville, 
désigna (probablement S. Christoff) 2 pour se rendre à San-Stéfano 
et remettre au grand-duc l'adresse destinée à Sa Majesté Impériale 



1 Grigoroff présenta plus tard un compte confirmé par des documents officiels 
portant la signature du gouverneur de Sofia et c'est à cela qu'il dut de n'être pas livré 
aux autorités serbes qui voulaient se débarrasser de lui. 

2 Christoff a écrit sur le blanc laissé pour le nom: « J'omets le nom du délégué. » 



— 71 — 

le Tzar de Russie. ... Et l'on m'ordonna de payer les frais de voyage 
de ce délégué. L'ordre en était fait formellement et sur la base de 
deux documents sous réserve de présenter ensuite ce compte glo- 
bal pour Pirot. 

« C'était le 20 mars 1878, au temps de M. Dounitch, adjoint 
de Sretchkovitch (si ce Dounitch est en vie et occupe encore un 
emploi public, que Dieu soit en aide aux habitants sur lesquels son 
regard s'arrêterait et s'il est mort, que Dieu le juge, car bien des 
gens ont, comme moi, fui leur foyer pour échapper à ses vexations). 
Voyant qu'on n'acceptait pas la démission, que j'avais présentée, 
de la présidence de la municipalité, je me rendis secrètement et de 
mon propre gré à Sofia, en quoi j'obéissais au désir du peuple.» 1 

A la demande de leur représentant, les habitants de Pirot adres- 
sèrent la protestation suivante au gouvernement impérial laquelle fut 
portée à San-Stéfano par Tako Péeff, réfugié de Trin, poursuivi par 
les autorités serbes dont il contrecarrait les plans par son attitude 
patriotique. 

« A Sa Majesté Impériale Alexandre II, 

Empereur de toutes les Russies. 
Sire! 

Mus par des sentiments chrétiens et animés d'un profond 
amour pour le trône de Votre Majesté, nous saisissons aujourd'hui 
une occasion propice de Vous congratuler pour l'heureuse fête de 
la résurrection, en priant le Très Haut de Vous donner une longue 
vie et d'affermir Votre bras contre les ennemis visibles ou invisibles. 

Seigneur! A ces vœux cordiaux pour Votre Majesté nous, les 
habitants de la ville de Pirot et de tout le département, en purs 
Bulgares que nous sommes, nous joignons très humblement la prière 
de daigner, dans Votre bienveillance paternelle pour le peuple bul- 
gare, agréer notre humble prière que voici: 

Sire! Cet hiver, lorsque Votre armée victorieuse avait ter- 
rassé et foulé aux pieds la Turquie, notre persécutrice, et que 
Votre bras puissant avait arraché le peuple bulgare entier à un 
esclavage cinq fois séculaire, les Serbes s'emparèrent presque sans 
obstacle de notre ville de Pirot où il n'y avait alors qu'environ 2000 
soldats effrayés par Vos armes victorieuses et qui, après une résis- 



1 S. Christoff, p. 294-295. 



— 72 — 

tance insignifiante, s'enfuirent à la faveur de la nuit. S'étant rendus 
maîtres de notre ville, les Serbes se mirent immédiatement à vou- 
loir nous serbiser et à nous faire signer toutes sortes de lettres et 
d'adresses; à cet effet ils usaient de toutes les violences sur nous; 
vingt-cinq coups de bâton à quiconque osait se dire Bulgare; em- 
prisonnements dans de sombres cachots où les détenus chargés de 
chaînes restaient plusieurs jours de suite sans nourriture et sans 
eau; détention à trois reprises de plusieurs centaines de personnes 
dans la forteresse; menace de faire sauter la cervelle à tous ceux 
qui persistaient à proclamer leur nationalité bulgare; coups de 
baïonnette; canons braqués dans les rues de la ville et dans les alen- 
tours sur le peuple et les détenus qui refusaient d'étouffer leur cons- 
cience et de renier leur nationalité bulgare; déportation de notre 
évêque, uniquement parce qu'il défendait notre nationalité, étant 
Bulgare comme nous, et autres vexations de tous genres qui ont 
forcé bien des gens du peuple à aller s'établir dans d'autres villes 
de la Bulgarie, tandis que bien d'autres se préparent encore à émi- 
grer. 

Nous faisons savoir de plus, que trois de nos concitoyens nom- 
més Mito Tchorbadji Krstoff de Pirot, Ranghel Stanoeff de Trin et 
un certain Miladin du village de Bérovitza, arrondissement de Pirot, 
ayant avec la chute de leurs collaborateurs turcs perdu leur pou- 
voir tyrannique et s'étant vu priver des revenus de leurs pillages, 
voulant cependant rétablir leur autorité inhumaine et leur luxe 
passé, corrompus par les fonctionnaires serbes et éblouis par toutes 
sortes de promesses pour l'avenir, sont partis dernièrement pour 
Pétersbourg, porteurs de lettres mensongères et soi-disant données 
par nous, mais que nous ne connaissons pas, — avec la mission de nous 
y présenter comme Serbes et de prier Votre Majesté de nous laisser 
sous l'administration de la Serbie; or, nous tous, habitants de Pirot 
et du département, nous déclarons humblement à Votre Majesté 
Impériale que nous sommes tous, jusqu'au dernier, Bulgares pur-sang, 
enfants de pères, d'aïeux et d'ancêtres bulgares; nous protestons 
hautement, devant Vous et devant le monde entier, contre ces 
âmes sombres et nous supplions à genoux et les larmes aux yeux 
Votre Majesté Impériale, le Libérateur des Bulgares, d'avoir pitié 
de nous comme un père a pitié de ses enfants et de ne pas nous laisser 
pleurer le reste de notre vie sous le joug oppresseur de la Serbie, 
mais de nous honorer de Votre grâce ineffable et de nous traiter 



— 73 — 

comme Vos enfants et fils des plus obéissants en nous unissant à 
notre peuple bulgare, à notre mère-patrie, la Bulgarie, sous l'égide 
bienfaisante, protectrice et paternelle de Votre Majesté Impériale. 

Au nom du peuple de la ville de Pirot et de tout son départe- 
ment nous restons les plus humbles et fidèles serviteurs de Votre 
Majesté Impériale. 

Le 18 avril 1878. Pirot. 

Suivent le cachet municipal et plus de 2000 signatures. 

A la suite de ces doléances adressées aux autorités russes, le 
gouverneur de Sofia, Alabin, reçut l'ordre, vers la fin du mois d'avril 
1878, d'envoyer à Pirot un détachement de troupes russes occuper 
la ville et y établir une administration civile bulgare. A cet effet, 
on y envoya d'abord un employé télégraphiste avec une lettre du 
vice-gouverneur Drinow à la communauté religieuse de Pirot, disant 
que, si les habitants désiraient effectivement l'établissement d'une 
administration bulgare, ils n'avaient qu'à signer une dépêche que 
le télégraphiste transmettrait immédiatement par le fil télégra- 
phique en gardant le secret sur les noms des signatures, et que Drinow 
viendrait aussitôt installer le préfet déjà choisi en la personne du 
capitaine Viliamoff. Mais le télégraphiste, acheté par les autorités 
serbes, leur remit la dépêche avec les signatures, au lieu de les télé- 
graphier à Sofia et tout le plan s'écroula. Quelques-uns des signa- 
taires, terrorisés, eurent le courage de reconnaître l'authenticité de 
leurs signatures; les autres nièrent même avoir vu un télégramme 
pareil. 

Pirot étant ainsi resté sous l'occupation serbe, les autorités 
installées par le gouvernement de Belgrade commencèrent à persé- 
cuter ouvertement et avec plus d'acharnement la population de la 
ville et de la région. On voit, à la lecture de la lettre de ses repré- 
sentants Kotzé S. Grigoroff et S. Christoff au gouverneur de Sofia 
que nous publions à la fin de nos matériaux, toute l'horreur de ce 
régime de dénationalisation forcée. 

Les Serbes voulaient également présenter à tout prix comme 
pays serbe la ville de Vrania où pourtant, selon leur propre aveu, 1 
la population se divisait en Bulgares et Grecs. Mais ils y procédèrent 
autrement qu'à Pirot. Au lieu de se créer des embarras avec la popu- 



1 Aleksa S.Iovanovitch: Vrania et son territoire moravien, « Dielo », n° 20, p. 50. 



— 74 — 

lation bulgare, ils accueillaient les aventuriers venus de tous les 
coins de la principauté qui signaient tous les jours au nom des habi- 
tants indigènes des requêtes, des pétitions, etc. au prince Milan 
pour le prier de garder sous son autorité la ville de Vrania et ses 
environs. Les auteurs de ces écrits avaient à leur disposition tout 
un sac plein de cachets aux noms des différentes communautés, 
églises, villes et bourgades. Les survivants de cette époque dans le 
pays ont encore dans la mémoire et les noms de personnes qui accom- 
plissaient ces falsifications et l'emplacement de l'auberge où se fai- 
saient ces machinations. 1 

Néanmoins, n'étant pas sûrs d'obtenir d'autres territoires de 
la Bulgarie occidentale, les Serbes se livraient au pillage et aux excès. 
Ainsi, après avoir contraint les habitants de la région de Koula à 
accepter, argent comptant, des cloches d'église, achetées, lisait-on 
sur l'inscription, sous le règne du prince Milan Obrénovitch IV, 
— « Souvenirs culturels », comme dirait Veritas, l'auteur d'une bro- 
chure sur « La Bulgarie contemporaine et ses prétentions » — ils 
anéantirent toute leur forêt et vendirent aux enchères, au prix de 
deux napoléons, les habitations des Turcs enfuis. 2 De plus, ils dé- 
truisirent sept ou huit moulins et assaillirent en plein jour, dans l'in- 
tention de le saccager, le bourg de Golémanovo, d'où les Bulgares, 
quoique dix fois inférieurs en nombre, les repoussèrent à main armée. 
Ainsi, dit un correspondant — le préfet de Koula, Tokmaktchieff — 
la première balle bulgare, au lieu d'atteindre une poitrine turque, 
frappa une poitrine serbe. 3 

Enfin, le Congrès de Berlin attribua les deux villes bulgares 
de Pirot et de Vrania avec leurs contrées aux Serbes qui avaient 
déjà réussi, au traité de San-Stéfano, à se faire donner les deux autres 
villes non moins bulgares de Nisch et de Leskovetz, la Bulgarie qui 
venait à peine d'être appelée à la vie politique, n'ayant ni les moyens 
ni les hommes propres à assurer sa défense et ne pouvant, à l'instar 
de la Serbie, se servir de manœuvres et de menaces diplomatiques 
pour conserver cette partie précieuse du patrimoine national. Toute- 
fois, les Serbes eux-mêmes ne se faisaient pas l'idée que les terri- 
toires annexés étaient des territoires serbes. Ils les considéraient 
non comme des contrées de même race qu'on venait de délivrer, 

1 « Balgaria », XV e année, n° 193 du 22 mai 1913, p. 2. 

2 « Balgarin », II e année, n° 99 du 19 octobre 1878, p. 3. 

3 « Balgarin », II e année, n° 106 du 12 novembre 1878, p. 2. 



— 75 — 

mais plutôt comme le gain d'un jeu habilement mené qu'il fallait 
conserver à tout prix. Nous pourrions citer un grand nombre de 
faits à l'appui de cette façon de voir, mais nous croyons qu'il suf- 
fira de quelques-uns seulement. Ainsi, par exemple, les soldats 
serbes appelaient « bougarima » (Bulgares) leurs camarades de la 
région comprise entre Nisch et la frontière bulgare et il fallut une 
ordonnance spéciale du haut commandement serbe, lancée le 8/20 fé- 
vrier 1878, pour interdire « cette appellation blessante pour le peuple 
de cette contrée ». 1 Et l'ancien député de Pirot à la Skoupchtina 
Micho Stéfanoff racontait à S. Christoff qu'à une représentation 
théâtrale à Nisch, le roi Milan l'avait abordé par les paroles sui- 
vantes : « Hé, maître Micho, les Piro tiens tiennent-ils encore pour 
les Bulgares ? Seulement rappelez-vous bien, que ce bulgarisme vous 
coûtera cher ». 2 Et de fait, après la guerre serbo-bulgare de 1885, 
Milan mit à l'exécution ses menaces. Un grand nombre des habi- 
tants de Pirot qui avaient donné l'hospitalité aux troupes bulgares 
victorieuses et avaient porté aux bras le prince Alexandre de Bat- 
tenberg fêté comme libérateur 3 , furent fusillés par ordre du roi au 
commandant de la ville Magdélinitch; beaucoup d'autres furent 
mis aux chaînes ou maltraités et envoyés en plein hiver, les pieds 
nus et presque sans vêtements, avec leurs enfants dans l'intérieur 
de la Serbie. Moi-même, j'eus l'occasion d'entendre pendant mon 
court séjour à Pirot, le récit de quelques-uns des survivants de cette 
mesure atroce, étonnés de se voir encore en vie après tant de souf- 
frances et de tortures. 

Théodore Iconomoff qui, en qualité de membre de la commis- 
sion chargée de la délimitation de la frontière, parcourut le pays de 
la Morava en compagnie de feu le professeur Iossif Kovatcheff, 
écrit dans ses « lettres sur la Serbie » que les habitants de cette pro- 
vince parlaient chez eux un bulgare très pur, mais qu'ils n'osaient 
pas en faire autant en public. Et il rapporte que le préfet de Pirot 
s'était plaint devant lui qu'il avait vainement essayé de nouer des 
relations avec les citoyens, ses administrés. La population pouvait- 
elle adopter une telle attitude si elle se sentait serbe? 4 

1 Aleksa S. Iovanovitch : Vrania et son territoire moravien, « Dielo », n° 20, 1878, 
p. 52-53. 

2 S. Christoff, p. 303. 

3 S. Christoff, p. 311. 

* Th. Iconomoff: Lettres sur la Serbie, 1883, p. 9 et 14. 



— 76 — 

C'est ainsi que les Serbes se rendirent maîtres du pays bulgare 
de la Morava. Par là, «la Serbie acquit plus que Kossovo, plus 
que Sarajevo. Elle acquit un vrai Eldorado politique, là-bas au fond 
de la vallée de la Morava . . . elle acquit Nisch. d 1 Son territoire 
de 37,740 km.c. qu'il comprenait fut porté à 48,300 km.c. 2 De 1833 
à 1878, la Serbie réalisa donc, aux dépens des Bulgares, un accrois- 
sement territorial de 23,860 km. c. Le rêve de ses chefs de la voir 
devenir un Etat moravien, était donc réalisé. Et ils pensaient déjà 
à une Serbie qui s'étendrait des deux côtés du Vardar et qui, par 
la conquête de la route de Salonique, garantirait pour toujours, 
au peuple serbe, une position centrale dans les Balkans. 

Toutefois, les Serbes ne se sentaient pas encore contents. Et 
ils continuaient à dire et à penser, même après ces succès faciles, 
que le Congrès de Berlin avait « semé le germe de la discorde entre 
les peuples des Balkans et compromis l'équilibre des Etats balka- 
niques d'avant la guerre serbo-bulgare de 1885 ». 3 Or, cet équilibre 
ne pouvait être rétabli que quand on aurait donné aux Serbes « leurs 
territoires asservis par les Bulgares,». Ces territoires, à ne prendre 
que les évaluations des Serbes les plus modestes, compteraient 
400,000 « Serbes », s'étendraient entre le Danube, Vlsker et la Macé- 
doine, seraient arrosés par les fleuves Isker, Strouma et Ogosta et ornés 
des montagnes Rilo 9 Dovanitza, Vitosch et Stara-Planina (Grand 
Balkan) et auraient pour principales villes « serbes » les localités 
suivantes: Srédetz, appelée Sofia après que le roi Milioutin y eut 
bâti une église sur le modèle de la Sainte Sophie de Constantinople, 
Vidin, Lom, Bélogradtchik, Berkovitza, Kustendil, Tzaribrod, Sliv- 
nitza, Trin, Breznik* 



1 Nisch et Nischl « Narodni Glasnik», II e année, n° 117 du 3/15 octobre 1879, p. 1. 

2 Dr. Iovan Zvjic: La situation géographique de la Serbie, p. 10. 

3 La guerre russo-turque de 1877/78 dans la péninsule balkanique, par le com- 
mandant d'état-major Dragoutin Milioutinovitch, Belgrade, 1902, p. 88. 

4 Le monde serbe. Par P. Nikétitch, 1890, p. 195 — 197. Voir aussi: Le chauvi- 
nisme serbe, par Boyan Péneff, Sofia, 1915, p. 13. 



- 77 — 
IV. 

Nisch 

Nisch, patrie de Constantin le Grand, 1 est situé dans une des 
plus belles vallées de la péninsule balkanique qui jadis formait le 
fond d'un lac. Elle a environ 24 km. de longueur en suivant la direc- 
tion est-ouest, sur une largeur qui nulle part ne dépasse 18 km. 2 
L'excellente position géographique de cette vallée et la fertilité du 
sol ont beaucoup contribué au maintien de cette ville qui, durant 
vingt siècles, n'a cessé d'être un point important sur la route Bel- 
grade-Constantinople. Et aucune autre ville, sauf peut-être Sofia, 
n'a eu une destinée aussi changeante. Que de fois, notamment à 
l'époque de la domination turque, elle s'est vue réduite à l'état de 
simple village, pour redevenir bientôt un nœud de communications 
et un grand centre de commerce. 3 

On ne connaît pas exactement la date de la fondation de la 
ville. 4 Pour la première fois, on voit figurer son nom antique Nesus 
(ou Nessos chez les Grecs) dans la géographie de Ptolémée d'Alexandrie 
(140 après J. Chr.) où elle est citée au nombre des villes principales 
de la Haute Mésie. Sous ses murailles l'empereur Claude II infligea 
une grande défaite aux Goths, en 269. Au temps de Julien l'Apostat 
(331 — 364), Nisch était déjà une forteresse redoutable. Mais dans la 
deuxième moitié du V e siècle, il fut pris et saccagé par Attila et, 
après la mort de celui-ci, il passa aux mains des Ostrogoths. 5 Plus 

1 D. Micheff : La Bulgarie dans le passé, p. 1. 

2 Histoire du développement de la vallée de la Nischava. Etude morphologique 
par Pétar T. Iankovitch. Belgrade, 1909, p. 7. 

3 A. Ischirkoff: Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. XLIX. Voir aussi: 
Centres commerciaux et voies de communication sur les terres serbes au moyen âge 
et au temps des Turcs, étude de géographie et d'histoire par Pétar R. Kossovatz et Mi- 
hailo I. Miladinovitch. « Godichnitza de Nicolas Tchoupitch», livre n° 21, 1901, p. 33. 

4 Selon une tradition populaire que nous empruntons au livre de Militchévitch, 
p. 86, il existait jadis un frère du nom de Nisch et une sœur du nom de Vida. Ils possé- 
daient tout le territoire compris entre la Morava et le Danube. Au partage de leur suc- 
cession paternelle le frère prit la Nischava et le pays de la Morava et la sœur la contrée 
du Danube. Le frère éleva sur la Nischava la ville de Nisch et la sœur éleva sur le Da- 
nube la ville de Vidin. 

5 R. S.: La ville et la plaine de Nisch, « Voenen Journal», XI e année, n° 4 de 1899, 
p. 443. Voir aussi : Centres commerciaux et voies de communication, etc., p. 33. 



— 78 — 

tard, Constantin le Grand, qui y était né, l'embellit de constructions 
magnifiques et Justinien qui fut l'organisateur de l'empire de Byzance, 
releva la forteresse et en fit une place forte imprenable. 1 

Depuis le tzar Kroum Nisch était une ville bulgare. Il faut 
supposer, les données positives faisant défaut, que Kroum en fit la 
conquête en 809 à la suite de sa victoire sur les Grecs, près de Sofia. 
Mais lorsque, en 1018, l'empereur Basile Bulgarochtone eut brisé la 
puissance bulgare en Macédoine et soumis la Bulgarie, Nisch retourna 
momentanément sous la domination byzantine. En 1040, une insur- 
rection éclata sur les confins occidentaux de la Bulgarie — à Uskub 
et à Nisch — et le peuple proclama roi le petit-fils de Samuel, Pierre 
Delian. 2 Mais celui-ci fut traîtreusement aveuglé et Nisch retomba 
encore aux mains des Grecs. En 1072, les Magyars s'en emparèrent 
et le ravagèrent. L'année suivante Pierre Bodin, proclamé roi par 
les boyards bulgares assemblés à Prizren, le reprit aux Magyars pour 
le laisser bientôt aux Grecs. Nisch fut encore repris par les Bulgares 
sous Assène II et resta en leur possession jusqu'en 1330, époque à 
laquelle il fut pris pour la première fois par les Serbes sous la conduite 
du roi Douschan à la suite de la mémorable bataille de Velbujd 
(Kustendil) où ils défirent et tuèrent le tzar Michel de Bdin (28 juin 
1330). Après la mort de Douschan, Nisch passa aux mains de diffé- 
rents princes serbes, jusqu'à ce qu'en 1385 les Turcs s'en emparèrent 
après un siège de 25 jours. Les Serbes n'ont donc été les possesseurs 
de Nisch que pendant 55 ans. 3 



1 Centres commerciaux et voies de communication, etc., p. 33 — 34. — Iordan 
Ivanoff : La Macédoine Septentrionale, p. 12. 

2 Iordan Ivanoff: Les Bulgares en Macédoine, p. 16 — 17. Voir R. S.: La ville et 
la plaine de Nisch, «Voenen Journal» XI e année, n° 4, p. 443. 

3 R. S.: La ville et la plaine de Nisch, p. 444. Ischirkoff: Les confins occidentaux 
de la terre bulgare, XL VII. — M. Tch. Militchévitch, qui parle avec beaucoup de détails 
du passé de Nisch, ne dit rien de la période de temps pendant laquelle il fut bulgare, 
ni de l'époque où il fut possédé par les Serbes; il se contente de dire que les Turcs s'en 
emparèrent en 1385 à la suite d'un siège de 25 jours et que la ville tomba sous la domi- 
nation turque « quatre années après la bataille de Kossovo (1389)». — Tch.: Royaume 
de Serbie. Les nouveaux territoires. Belgrade, 1884, p. 29 — 31. — Zanetoff affirme 
dans son livre « Bulgares de la Morava », Sofia, 1914, p. 10, que les Serbes ne possédèrent 
jamais effectivement la contrée de Nisch ni sous Milioutin, ni sous Douschan, si l'on ne 
tient pas compte de leurs invasions passagères et que dans les moments de leur plus grande 
puissance ils n'étendirent jamais leurs limites au delà de la Morava, sauf au temps de 
Douschan qui réussit à établir sa domination sur le Znépolé (la région de Trin). Voir 
aussi les cartes publiées dans le livre de Voukitchévitch « La Serbie en images et en pa- 
roles ». 



— 79 — 

En 1433, les Magyars l'enlevèrent aux Turcs, mais ils ne ré- 
ussirent pas à le garder. Au moment de la guerre austro-turque, 
en 1689, le prince de Bade défit les Turcs d'abord sur la Morava, 
en août, puis devant Nisch, en septembre. Mais au commencement 
de 1690 les Turcs réussirent à infliger une défaite aux Autrichiens 
près de Katchanik et ceux-ci se replièrent sur Novi-Bazar et Nisch. l 
A la suite de ces guerres et notamment des guerres turco-magyares, 
Nisch aux XVI e et XVII e siècles, n'était guère qu'un village suivant 
les constatations de tous les voyageurs de l'époque. 2 

Malgré ce sort si inconstant et les luttes sanglantes dont il fut 
si souvent l'arène, Nisch eut toujours une population bulgare. Les 
étrangers qui ont traversé la ville et ses environs ou qui y ont fait 
un séjour en témoignent dans leurs relations. 

Guillaume de Tyr, l'historien des Croisades, écrit en 1168: «Le 
comte (Baldouin) suivit ses troupes et traversa le fleuve (Sava) avec 
les princes et le peuple qui étaient restés près de lui; ils arrivèrent 
dans la ville bulgare de Belgrade que nous avons mentionnée ci-dessus 
et y établirent leur camp. De là, les trains et les troupes s'étant mis 
en marche à travers le bois bulgare et les vastes forêts, ils arrivèrent 
d'abord à Nisch, puis à Srédetz (Stralitza). » 3 Sous la domination 
turque, Nisch resta également bulgare quant à la population. On en a 
une preuve dans l'appellation «Bulgaristan» que les Turcs donnaient à 
cette contrée de même qu'à toutes les terres peuplées de Bulgares. 
Cette appellation subsista jusqu'au sultan Mehmed II (1808 — 1832) 
qui, dans le but de faire disparaître tous les signes extérieurs des 
nationalités de son empire, divisa la Turquie en eyalets (provinces). 
Plus tard, cette subdivision administrative fut remplacée par le 
système actuel des vilayets. La Bulgarie comprenait alors les vilayets 
du Danube, de Sofia, Nisch, Salonique, Monastir, Ianina et Scutari. 
La Thrace et la Bosnie étaient maintenues au rang d'eyalets. 4 D'au- 
tres encore attestent le caractère bulgare de la ville de Nisch. Citons 
notamment: Felicis Petancii (1502): « .... On arrive par le village 
de Branitchévo à Nisch qui a été (comme on le voit aux ruines) une 
belle ville et qui maintenant est tombé au rang d'un village où habitent 



1 Ischirkoff: Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. XXXIII et XXXV. 

2 Centres commerciaux et voies de communication, etc., p. 34. 

3 Iordan Ivanoff: Les Bulgares en Macédoine, p. 30. 

4 Yourkévitch: Vingt années d'existence de la principauté de Bulgarie, livre I, p. 3. 



— 80 — 

des Turcs et des Bulgares » ( . . . « ide se selom Branicevom k Nisu, 
ko je je bio [kao sto se razabira razvalina] prekrasan grad, sad je 
spao na selo u kom stanuju Turci i Bugari &). 1 Hans Dernschwam 
(1555): «A Nisch finit la Bulgarie et commence la Serbie». (Zu 
Nissa endet sich Bulgaria und secht sich an Servia nennen sich 
selbst Serbi das seind Ratzen). 2 Paolo Cantarini : « . . . La Bulgarie 
s'étend de la Morava jusqu'à Plovdiv » (« . » « Bulgarska se proteze 
od Morave do Plovdiva »). 3 Georges Christoff de Neiczschitz: «Ce 
Nisch aurait été jadis la capitale du royaume bulgare, comme on le 
voit bien à ses murailles et aux autres choses qui indiquent une 
ancienne grande ville ». (Dièses Nissa soll vorzeiten die Hauptstadt 
dess Bulgarischen Reich gewese seyn, wie man denn an dem alten 
Gemàuen und andern Dingen wol sicht muss gewese seyn.) 4 Et 
Stéphan Gaspari: «La Serbie confine à l'est au fleuve Morava, près 
de la ville de Nisch et s'y sépare de la Bulgarie. » (Confina la Servia 
verso l'oriente sul fiume Morava appresso la città di Nise et divide 
délia Bulgaria). 5 

Gerlachs (1573) 6 tient également Nisch pour une ville bulgare; 
il en est de même du prince Louis de Bade, généralissime autrichien 
qui dit dans une lettre au général Véterani, datée de 1689, qu'il lui 
confiait, après la mort de Piccolomini, le commandement de Nisch 
et de toutes les parties nouvellement occupées de la Bulgarie ». 7 

Mais Nisch était bulgare aux yeux des Serbes eux-mêmes avant 
l'apparition des idées impérialistes en Serbie. Ainsi, on lit dans la 
« Nouvelle géographie ethnographique, la première en langue serbe » 
imprimée à Venise en 1804, de Pavel Solaritch : « Nisch, situé sur un 
affluent de la Morava, près de la frontière bulgare, au sud de la 
Serbie, ville grande et populeuse, munie d'une place forte».* 
D'autre part, sur la carte qui fait annexe à «l'Histoire du peuple 
serbe » de Dimitri Davidovitch, parue à Belgrade, en 1848, les villes 



1 Ischirkoff, p. 5. — Centres commerciaux et voies de communication, p. 34. 

2 Ischirkoff, p. 8. 

3 Ischirkoff, p. 12. 

4 Ischirkoff, p. 16. 

5 Ischirkoff, p. 22. 

6 Centres commerciaux et voies de communication, p. 35. 

7 Centres commerciaux et voies de communication, p. 35. 

8 Centres commerciaux et voies de communication, p. 33. 



— 81 — 

de Nisch, Vrania, Prichtina, voire même Novi-Bazar sont marquées 
hors des territoires « habités par les Serbes ». 1 Les Serbes étaient alors 
loin de revendiquer Nisch pour leur nationalité et ils n'y songeaient 
point encore, tout cela ressort très bien des documents que nous 
insérons à la fin de ce livre. Nous ne mentionnerons ici que la vignette, 
de la « Mlada Srbadija », organe de l'« Omladina » qui paraissait à 
Novi-Sad et à Belgrade, où étaient indiquées toutes les provinces 
serbes, à savoir: la Serbie (la Principauté), le Monténégro, la vieille 
Serbie, la Zetta, la Sirmie, la Batchka, l'Herzégovine, la Kraina, la 
Bocca, la Dalmatie. 2 Toutes ces provinces n'ont même pas de 
point de contact avec le pays de la Morava et avec Nisch. 

Et c'est parce qu'ils étaient Bulgares que les habitants de Nisch 
se soulevèrent en 1821 et que le métropolite Melétius, soupçonné de 
connivence avec les rebelles, fut pendu avec cinq des notables de 
la ville. 3 Le soulèvement de la population de seize villages de Nisch 
au début de 1835, fut également un soulèvement bulgare. Enfin, la 
grande insurrection de 1841, considérée comme une répercussion des 
révoltes en Crète et en Thessalie, éclatées après la mort du sul- 
tan Mahmoud II en 1839 et suivies de mouvements analogues en 
Bulgarie, en Thrace et en Macédoine, « en un mot partout où habi- 
taient des Bulgares », 4 — fut une insurrection de Bulgares. Elle fut 
proclamée le 6 avril par la population de la campagne. Elle avait 
pour centres les villages de Kamenitza et Matéevetz. Le mouve- 
ment d'abord restreint, s'étendit vite à tous les pachaliks de Nisch, 
Pirot et Leskovetz. Les causes profondes de cette insurrection se 
trouvaient dans la contradiction qui se manifestait entre les réformes 
énoncées dans le Hatt-i-Chérif de Gulhané (3/15 novembre 1859) et 
la manière dont elles étaient appliquées. 



1 Centres commerciaux et voies de communication, p. 36. 

2 Iordan Ivanoff : Les Bulgares en Macédoine, p. 206. 

3 S. Christoff, p. 308, Militchévitch, p. 33, et le journal « Srpske Narodne Novine », 
VII e année, n° 1 du 2 janvier 1844, p. 3, où il est dit textuellement: « A Nisch l'arche- 
vêque grec et trois Bulgares notables furent pendus et le mouvement y fut réprimé. » 

4 « Srpske Narodne Novine », VII e année, n° 27 du 6 avril 1844, p. 108. — Dr. St. 
Romanski: Documents autrichiens sur l'insurrection des Bulgares de Nisch de 1841, 
p. 15. Cependant Romanski ne parle pas des mouvements en Bulgarie et en Thrace, 
mais seulement de ceux des îles de Crète, Cos, Samos, Chypre et d'Asie-Mineure (Diar- 
békir, Trébizonde), d'Albanie et de Macédoine. — Léopold Ranke: Histoire de la Serbie 
selon des sources serbes, traduit en russe par Pierre Barteneff, Moscou, 1857, p. 320. 



— 82 — 

Avant les garanties apportées par cet acte solennel aux libertés 
civiles des peuples asservis, les troubles qui apparaissaient à la pé- 
riphérie de l'empire n'étaient qu'une protestation contre les méfaits 
des Turcs pillant ouvertement les bourgs et les villages bulgares et 
s'y livrant à des violences sans nombre; maintenant la population 
se révoltait pour défendre ses libertés civiles et ses droits à l'indé- 
pendance économique. C'est par là que cette insurrection diffère 
des deux mouvements précédents de la région de Nisch. Auparavant, 
les habitants défendaient les armes à la main la vie et l'honneur, à 
eux et à leurs familles; maintenant ils cherchaient à assurer par la 
force leur droit à l'égalité politique que le souverain leur avait pro- 
mise. Les deux premiers soulèvements étaient donc une révolte 
personnelle, tandis que le troisième était un acte de citoyens-proprié- 
taires. De là la netteté des réclamations adressées à l'autorité centrale, 
et l'opiniâtreté manifestée dans la défense des revendications for- 
mulées. Ces revendications indiquent les causes mêmes qui avaient 
poussé à la révolte la population de Nisch et notamment celle de la 
campagne, laquelle ne demandait pas mieux que de vivre en paix, 
pourvu qu'on lui garantît sa sécurité personnelle et celle de sa famille 
et de ses biens. La nature de ces revendications ressort de la plainte 
que la population avait adressée au gouvernement serbe, au com- 
mandant de la place de Belgrade, Kiamil pacha, et au consul général 
de Russie à Belgrade: 

« Notre Monarque souverain, — que le Très-Haut le comble d'an- 
nées, animé de soins paternels pour tous les sujets de son immense em- 
pire que Dieu a confiés à sa défense, a promulgué le Hatt-i-Chérif 
de Gulhané pour rendre heureux et les Turcs et les rayas (les peuples 
soumis aux Turcs). Nous avons accueilli ce Hatt-i-Chérif impérial 
comme un acte de délivrance et nous avons adressé au ciel des prières 
cordiales pour le Maître charitable qui l'avait promulgué. Et nous 
avons expliqué cela à nos enfants, afin qu'eux aussi bénissent la voie 
prise par notre charitable Monarque. Mais que pourrait la meil- 
leure et la plus douce volonté du Souverain magnanime, si ceux qui 
gouvernent le pays en son nom et qui devraient protéger les rayas 
comme un gage qui leur est confié, ne pensent qu'à les fouler 
aux pieds ? » On exposait ensuite la mauvaise répartition des impôts 
et les nombreux actes d'arbitraire commis par la population musul- 
mane, par les fonctionnaires turcs et par le pacha lui-même et l'on 
ajoutait: «Voyant que l'oppression et les tortures ne prenaient point 



— 83 — 

fin et que nos doléances ne parvenaient pas jusqu'au trône, nous 
nous sommes révoltés, non pas contre le Monarque et ses ordres, 
mais contre les oppresseurs. »* 

On voit bien par le passage cité que l'insurrection n'était point 
conçue comme une lutte sanglante. La population ne se révoltait 
pas par besoin de vengeance, elle ne cherchait pas à opposer la vio- 
lence aux violences, elle voulait simplement élever devant le sultan 
une protestation collective contre le manque de scrupule et l'avidité 
des autorités provinciales qui avaient aboli ses libertés civiles. Mais 
avant de se résoudre à cette mesure extrême, elle avait épuisé tous 
les moyens de lutte légaux. En 1838 et 1839, elle avait envoyé une 
délégation spéciale qui devait se rendre à Constantinople pour pré- 
senter ses doléances à la Porte et au sultan. Cette délégation avait 
été arrêtée à Sofia — suivant le journal « Srbske Narodne Novine », 
IV e année, n° 34, à Philippople — (document du 1 er mai 1841) 
— et emprisonnée; on ne l'avait remise en liberté qu'un an plus tard 
et on l'avait renvoyée enchaînée à Nisch. La population avait 
alors décidé . de « se faire justice elle-même, non point en se ré- 
voltant contre le gouvernement impérial, mais en repoussant les 
maîtres qui pouvaient venir dans leurs villages et dans leurs villes », 
puisque l'autorité locale, alors représentée par Sabri pacha, lui 
défendait de « s'adresser à la Porte et au sultan. » 2 Le but paci- 
fique de l'insurrection est confirmé par la requête de la popula- 
tion de la région révoltée au prince Michel qu'elle priait de pré- 
venir une agression éventuelle des Albanais. 3 

Toutefois, malgré ces intentions connues des autorités, le mouve- 
ment fut réprimé avec la plus grande cruauté. Les Albanais sur- 
tout, tant ceux du pays que ceux qui étaient venus des montagnes 
d'Albanie, manifestèrent une férocité inouïe. « Environ 200 familles 
albanaises de Nisch s'en étaient allées en Albanie à la recherche 
des bandes albanaises pour les ramener à Nisch. » 4 Afin de se sauver, 
la population se mit à émigrer en masse en Serbie, abandonnant 
ses biens. C'est, semble-t-il, ce que cherchait le gouvernement serbe, 
qui trouva une bonne occasion d'intervenir auprès de la Porte, 
la priant de faire rapatrier les réfugiés. Il pouvait espérer atteindre, 



1 Dr. St. Romanski, p. 24 et 142 (voir document n° 55 B). 

2 « Balgaria », I re année, n° 12 du 13 juin 1859, p. 47. 

3 Dr. St. Romanski, p. 33. 

4 « Srbske Narodne Novine », VII e année, n° 37 du 11 mai 1844, p. 147. 



— 84 — 

par cette manière, un triple but en encourageant, d'abord, la popu- 
lation de la contrée dans l'idée : que le salut et la liberté lui vien- 
draient de la Serbie; en manifestant, ensuite, une fois de plus sa 
correction à l'égard des hautes autorités turques dont il ne voulait 
pas se faire des ennemies en prévision des services qu'il en attendait, 
et en provoquant, enfin, l'intérêt de l'Europe, car le fait de cette 
émigration serait un indice de l'aspiration de la population à l'u- 
nion avec l'Etat serbe. Et il faut reconnaître que les cercles diri- 
geants serbes tirèrent habilement parti de la situation créée par l'in- 
surrection de Nisch. 1 

Deux circonstances révèlent le but secret du cabinet de Belgrade 
dans cette affaire; c'est à savoir: 1° ses incitations de la population 
de la contrée, à laquelle il faisait promettre par ses émissaires qu'il 
l'approvisionnerait en poudre et en fusils et lui prêterait même un 
appui militaire, et 2° sa déclaration de désintéressement, faite le jour 
même où l'insurrection était proclamée. 

Le prince Michel reçut, dans la nuit du 9/21 avril, une lettre 
de la part de la population des pachaliks de Nisch et de Leskovetz 
qui l'informait de la proclamation de l'insurrection. Immédiate- 
ment, il convoqua un conseil qui décida de ne pas répondre à la 
lettre des insurgés, mais de renforcer les cordons le long de la frontière 
des deux pachaliks révoltés. On fit dire aux pachas que la Serbie 
défendrait sa frontière contre toute tentative de violation de son 
territoire, mais qu'elle accueillerait dans ses baraquements de quaran- 
taine tous ceux, Turcs ou chrétiens indifféremment, qui viendraient 
y chercher un refuge, s'ils avaient préalablement déposé leurs armes. 
Et une proclamation princière annonçait à la population du pays 
que l'insurrection n'avait aucun rapport à la Serbie et que sa tran- 
quillité et son bien-être étaient assurés par les Firmans et les Hatt- 
i-chérifs impériaux. La proclamation se terminait ainsi: «J'espère 

1 La conduite du gouvernement serbe envers la population de la région de Nisch 
et ses vues sur les révoltes de cette population ressortent clairement de la lettre du prince 
Milosch à « Keuprulu Vizir Salih pacha, gouverneur de Nisch » du 17/29 janvier 1835 
et de celle qu'il adressa « au peuple du nahié (arrondissement) de Nisch », où il disait 
textuellement « Vous devez rester raya et vous devez obéir à vos maîtres et bannir 
complètement de vos têtes l'idée que vous puissiez vous unir à ce pays. » Et cela était 
dit après les encouragements qu'on avait prodigués secrètement à la population pour 
l'amener à se soulever (voir Militchévitch, p. 37 et 40). — Selon le « Journal de Cons- 
tantinople », de nombreux insurgés, qui erraient sur la frontière serbe, avaient avoué 
qu'ils s'étaient révoltés sous l'influence d'incitations étrangères. D'où pouvaient venir 
ces incitations, sinon de la Serbie? Bulgarie, IV e année, n° 10 du 18 juin 1862, p. 79. 



— 85 - 

que tous les habitants de la Serbie accompliront leur devoir en se 
conformant à mon ordre, en quoi ils prouveront leur soumission et 
leur attachement au gouvernement. Néanmoins, si quelqu'un osait 
faire une tentative d'intervenir dans ledit mouvement et enfreignait 
ainsi mon ordre souverain, il serait considéré comme fauteur de 
troubles et ennemi du gouvernement et en conséquence, il encourrait 
le châtiment le plus sévère. »* La conduite du prince Michel était 
en tous points identique à celle de son père Milosch lors des évé- 
nements de 1835. 2 

Sans doute, les Turcs ne pouvaient pas demander au prince 
plus que ce qu'il faisait en fermant sciemment les yeux devant le 
sort horrible d'une population à laquelle, la veille encore, il promettait 
toute son assistance. Il est vrai que les causes du mouvement étaient 
telles, que les Bulgares de la région de Nisch se seraient quand même 
soulevés contre le régime qu'ils se voyaient appliqué par les Turcs, 
mais ils l'auraient fait à un moment plus propice et avec une organi- 
sation plus parfaite. Dès le premier jour de la révolte ils se trou- 
vèrent manquer de munitions, parce qu'ils espéraient en recevoir 
de la Serbie pour le cas où les autorités turques refuseraient de traiter 
avec leurs délégués, ce qui arriva en effet. Les conséquences immé- 
diates de ce double jeu sont là: 150 villages incendiés entre Nisch 
et Sofia, 3 des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants massacrés, 
autant d'autres emmenés en captivité, violés ou torturés et non 
moins de 10,000 réfugiés en Serbie, où ils furent assez bien reçus, 
grâce à l'intercession du colonel russe baron Lieven. 4 

Les cruautés mêmes, qui accompagnèrent la répression de l'in- 
surrection, provoquèrent une enquête européenne. Les impressions 
des enquêteurs — au nombre desquels se trouvait Blanqui — pré- 
sentent cette importance pour nous qu'ils parlent de révolte bulgare 
et de population bulgare dans ces contrées. Mais il suffit de con- 
sidérer le tempérament national des Serbes et des Bulgares et de 



1 Dr. St. Romanski, p. 47 — 48. — « Srbske Narodne Novine», VII e année, n° 27 
du 6 avril 1844, p. 108. — Blanqui: Voyage en Bulgarie en l'année 1841, Paris, 1843, 
p. 178-179. 

2 Dr. St. Romanski, p. 10. — Il est à remarquer que tandis que notre auteur excuse 
jusqu'à un certain point l'attitude de Michel (p. 47), l'auteur serbe l'en blâme vivement 
dans le journal cité. 

3 «Srbske Narodne Novine», VII e année, n° 37, p. 147. 

4 Dr. St. Romanski, p. 46-47. 



— 86 — 

jeter un coup d'œil sur les mouvements révolutionnaires des uns 
et des autres pour comprendre que l'insurrection de Nisch n'était, 
du commencement à la fin, qu'une œuvre de Bulgares. Nous nous 
contenterons de citer, à cet effet, une comparaison faite par des 
Serbes. « Le caractère du Bulgare, dit le journal « Srbske Narodne 
Novine », est beaucoup plus doux et plus faible que celui du Serbe; 
il a patiemment supporté jusqu'ici toute tyrannie et ce n'est que 
l'année dernière qu'il a commencé à opposer tant soit peu de ré- 
sistance à la lourde oppression des spahis (propriétaires fonciers), 
résistance qu'en Serbie et en Bosnie on remarquait avant ce fameux 
mouvement. » x Mais c'est la feuille serbe la plus chauvine, le « Vidov 
Dan », initiateur et propagateur des visées serbes, systématiquement 
hostile aux Bulgares, qui nous fournit l'aveu le plus péremptoire 
du caractère bulgare de ce mouvement populaire. Nous y lisons en 
effet: « Les Bulgares se sont soulevés pour la conquête de leurs droits 
avant la promulgation du Hatt-i-houmayoun. Il y eut des insur- 
rections graves, en 1840 dans le département de Nisch et en 1848 
dans celui de Vidin, qui furent étouffées dans le sang. » 2 

D'ailleurs dans les lettres qui furent échangées, à propos du 
soulèvement de 1835, entre le prince Milosch et le ministre des af- 
faires extérieures, Avran Pétroniévitch, ainsi que dans celles adressées 
au gouverneur de Nisch, il n'est jamais question de Serbes, ce qui 
ne se serait point produit si la population de ce pays était considérée 
comme appartenant à la nationalité serbe. On constate la même 
chose dans les lettres du prince Michel. 3 

L'insurrection finie, la situation de la population bulgare ne 
fut pas améliorée; au contraire, elle ne fit que s'empirer, par suite de 
l'attitude du prince Michel, qui amena une recrudescence des vio- 
lences turques et donna libre cours à la propagande serbe, agissant 
d'accord avec le clergé phanariote. Tout cela dérouta complètement 
les esprits. 4 La population faisait des efforts désespérés en vue d'une 
amélioration de sa condition. En 1858, une délégation se rendit à 
Constantinople où elle obtint à grande peine de la Porte l'envoi d'un 



x « Srbske Narodne Novine», VII e année, n° 27 du 6 avril 1844, p. 107 — 108. 

2 «Vidov Dan», II e année, n° 244 du 31 décembre 1866, p. 1. 

3 Militchévitch : Le Royaume de Serbie, les nouveaux territoires, p. 36—50. 

4 Un correspondant du journal « Balgaria », I re année, n° 1 du 28 mars 1859, 
p. 2—3, dit: «La contrée qui souffre le plus en Bulgarie est le sandjak de Nisch. Cela 
est dû à un état de choses absolument insupportable. » 



— 87 — 

inspecteur pour enquêter l'état des choses à Nisch. L'inspecteur par- 
tit vers la fin de l'année. Peu après on apprit que les membres de 
la délégation étaient déportés à Brousse et à Nicomédie (Izmid) et 
les méfaits des musulmans reprirent de plus belle, atteignant des 
proportions telles que la population se vit de nouveau obligée d'é- 
migrer en Serbie. 1 

Lorsque, plus tard (en 1860) le grand-vizir Kibrizli Mehmed 
pacha fut chargé par le sultan d'aller constater de visu l'état de ses 
sujets et de châtier les autorités coupables, s'il en trouvait, c'est 
par Nisch qu'il commença sa tournée, tellement les souffrances y 
étaient accumulées. 2 

On sait que, le 3/15 avril de la même année, les Bulgares de 
Constantinople renoncèrent à prononcer, dans les services religieux, 
le nom du patriarche 3 grec et que leur exemple fut suivi par toute 
la population bulgare de l'Empire ottoman qui ne manqua pas d'ex- 
poser dans les requêtes qu'elle adressait au grand-vizir, au cours de 
son voyage d'enquête, ses plaintes contre les évêques grecs. 4 La 
date ci-dessus doit être considérée comme le commencement de 
l'indépendance de l'Eglise bulgare. Nisch ne fit pas exception à 
ce courant général. La chaire épiscopale y était occupée par l'évê- 
que Callinique dont la conduite était tout l'opposé de celle de 
son prédécesseur Mgr. Ionique qui, selon le journal officiel serbe 
« Serbske Novine » (XVIII e année, n° 15 du 8 février 1851, p. 56) 
* défendait toujours la population chrétienne auprès du vizir 
Kibrizli » et auquel « la population bulgare était redevable de beau- 
coup de bienfaits. » Mgr. Callinique fut mal accueilli, dès sa no- 
mination, par la population et la presse bulgares, à l'exception du 
« Tzarigradski Vesnik », suspecte, non sans quelque raison, de rela- 
tions avec le patriarcat, qui, d'accord avec la « Presse d'Orient », 
voyait en sa personne un prélat « instruit ». 5 Les habitants de Nisch 
lui étaient également hostiles. Ils déclarèrent, dans une lettre de 
protestation signée par les notables et les membres des corpo- 
rations de la ville, qu'ils n'accepteraient jamais un évêque phana- 
riote qui n'avait pour partisans que quelques Tzintzares (Koutzo- 



1 « Balgaria », I re année, n° 12 du 13 juin 1859, p. 47. 

2 Th. St. Bourmoff: Le litige religieux bulgaro-grec, p. 114 — 115. 

3 Th. St. Bourmoff: Le litige religieux bulgaro-grec, p. 101. 

4 Th. St. Bourmoff: Le litige religieux bulgaro-grec, p. 115. 

5 « Tzarigradski Vestnik», IX e année, n° 439 du 11 juillet 1859, p. 1. 



— 88 — 

Valaques). L'évêque y vint cependant et son premier soin fut de 
calomnier, auprès des autorités centrales, deux des meilleurs prêtres 
de Nisch qui, avec un des citoyens notables de la ville, furent arrêtés 
au commencement du mois de janvier ou de février, conduits à Cons- 
tantinople et écroués dans la préfecture de police. Ils furent 
relâchés à la veille des fêtes de Pâcques pour être arrêtés de nouveau 
quelques jours après. 1 Ces martyrs de l'église bulgare de Nisch 
étaient: Le pope Stanoî, le pope Mladène et Tchorbadji Kotza Boyad- 
jiski. N'ayant pas la force de lutter contre leur archevêque tout- 
puissant, dit le correspondent du « Balgaria », les habitants de Nisch 
furent forcés de croiser les mains. Même les parents des trois 
victimes renoncèrent à toute tentative d'obtenir leur liberté, n'étant 
pas en état de lutter jusqu'au bout avec le prélat tyrannique. Un 
fait, confirmé par les correspondents du « Balgaria » à Nisch et à 
Plovdiv (Philippople), illustre bien la conduite de l'archevêque 
Callinique, « invité par les tchorbadjis » (notables) de Leskovetz à 
un banquet qui eut lieu au village d'Oréhovitza, le prélat y fit si 
bonne chère, oubliant sa dignité ecclésiastique, que le lendemain 
matin il dut retourner à Leskovetz avec une moitié de sa barbe 
rasée. 2 A Nisch même, il visitait souvent, en compagnie d'un certain 
pope Prokou, sous un prétexte quelconque, les maisons des jeunes 
veuves. 3 

C'est sous sa dictée que fut écrite la déclaration antinationale, 
par laquelle ses amis, réprouvant le mouvement « uniate », condam- 
naient l'acte des Bulgares de Constantinople qui avaient fait 
omettre la prière pour le patriarche grec dans les églises bulgares. 
Des déclarations semblables, que le patriarcat s'efforçait d'obtenir 
de toutes les provinces bulgares, ne vinrent que de Kustendil, de 
Nisch, de Vratza, de Belogradtchik, de Lom et de Vidin, c'est-à- 
dire des villes mêmes où les Serbes entretenaient une propagande 
effrénée, ce qui montrerait, à défaut de toute autre preuve, leur 
participation aux menées patriarchistes. Mais ces machinations ne 
furent d'aucun secours au patriarcat et à ses évêques. Et l'on vit 
bientôt Nisch se mettre à la tête des villes résolues à se débarrasser 



1 « Balgaria », IV e année, n° 1 du 16 avril et n° 3 du 30 avril 1862. 

2 « Balgaria », IV e année, n° 4 du 7 mai 1862, p. 27. - Les scandales de Mgr. Cal- 
linique sont exposés avec beaucoup de détails dans le « Vidow Dan », III e année, n° 15 du 
2 février 1863, p. 1. 

3 « Balgaria », IV e année, n° 24 du 24 septembre 1862, p. 186-187. 



— 89 — 

des chefs religieux envoyés par le Phanar, 1 si bien que Callinique fut 
obligé de s'enfuir, effrayé par l'indignation grandissante de ses 
ouailles. 2 

En 1868 Nisch fut une des premières villes bulgares qui, à la 
Saint-Nicolas, célébrèrent des actions de grâces solennelles au cours 
desquelles des prières furent dites pour le Sultan à l'occasion de la 
reconnaissance officielle de l'église et de la nationalité bulgares. 3 La 
même année, la Porte accordait aux Bulgares, à la suite de leurs 
fréquentes révoltes et de leur lutte pour l'indépendance religieuse, 
la nomination de deux adjoints bulgares aux gouverneurs des villes 
de Constantinople, Nisch, Roustchouk, Vidin et Philippople. 4 A 
Nisch, l'un des deux adjoints fut Dragan Tzankoff qui devint, par 
la suite, ministre de la Principauté de Bulgarie. Et lorsqu'un conseil 
mixte fut créé auprès de l'Exarchat, la communauté bulgare de 
Nisch y fut également représentée. 

La convocation du concile chargé d'élaborer les règles fonda- 
mentales de l'Eglise bulgare donna lieu, à Nisch, à une manifestation 
éclatante de la nationalité de cette contrée. Le délégué élu était 
le père Victor, alors archimandrite. Le jour de son départ pour 
Constantinople, un dimanche, le peuple se réunit de bonne heure à 
l'église où le prêtre prononça un sermon qui souleva un enthousiasme 
indescriptible. A l'issue de la cérémonie religieuse tous les assistants 
se rendirent au cloître pour baiser la main au pasteur vénéré et lui 
souhaiter un bon voyage. Au moment du départ, toute la population 
était debout, accompagnant le vieux prêtre à deux heures de distance 
de la ville. Arrivé là, nouveau baise-main. Et lorsque l'archiman- 
drite eut pris congé de ses ouailles, celles-ci l'entourèrent, entonnant 
en son honneur divers chants religieux et le conduisant ainsi jusqu'à 
sa voiture qui partit au milieu des exclamations frénétiques de la 
population criant : « Vive le père Victor. » 5 

En 1872, le père Victor était déjà sacré, à la demande de la 
population, évêque métropolitain de Nisch. Son sacre fut une satis- 



1 Bourmoff, p. 170-171 et 223. 

2 Militchévitch, p. 35. « Lorsque la dispute religieuse éclata de nouveau entre 
Bulgares et Grecs, Callinique s'enfuit de Nisch. » 

3 Bourmoff, p. 379-380. 

4 N. Natchoff : Joachim Groueff. Annales de l'Académie des Sciences pour l'an- 
née 1912/1913, p. 71. 

5 « Pravo », VI e année, n° 2 du 8 mars 1871, p. 6. 



— 90 — 

faction profonde pour ses ouailles qui en remercièrent l'exarque 
par le télégramme suivant: Nisch, le 29 mai 1872. Au patriarche 
bulgare Mgr. Anthym I. Nous vous remercions vivement d'avoir, 
selon notre désir, consacré et nommé notre représentant, Mgr. Victor, 
évêque métropolitain de Nisch et, tout remplis de gratitude, nous 
faisons des prières pour la santé du sultan et la réussite de vos travaux. 
La communauté bulgare de Nisch. 1 La popularité de ce prélat 
était telle que les Serbes eux-mêmes ne pouvaient la méconnaître. 
L'écrivain serbe Militchévitch dit en effet à la page 35 de son ouvrage: 
«Ayant longtemps vécu à Nisch où il menait une vie de moine de 
Hilendar, il y était très connu. Il tenait avec les Bulgares; c'est 
pourquoi les Bulgares le firent d'abord administrateur de leur com- 
munauté, puis évêque de leur diocèse. Le père Victor était origi- 
naire de la localité de Kalofer. » 

Malheureusement, cet évêque ne justifia point l'espoir que le 
peuple fondait sur sa personne, car il se fit par la suite le collaborateur 
le plus actif de la propagande serbe dans ses efforts de mettre la 
main sur les écoles bulgares de Nisch. 2 Or, Nisch possédait depuis 
longtemps une école bulgare. En effet, un article de la revue tchèque 
« Kvety », intitulé: «L'éducation nationale chez les Bulgares, » nous 
apprend que les Bulgares avaient une école à Nisch dès avant l'année 
1847. 3 Les voyageurs Mackenzie et Irby l'attestaient également 
environ 1860. Cette école, à l'instar de celles de Sofia, Samokow, 
Plovdiv (Philippople) et Andrinople, était entretenue aux frais de la 
communauté sans aucune assistance de la part du gouvernement. 4 
A en juger par une notice du journal « Tourtzia », les Bulgares avaient 
même une salle de lecture à Nisch vers 1872. 5 Mais les agents serbes, 



1 « Pravo », VII e année, n° 13 du 5 juin 1872, p. 4. 

2 Th. Iconomoff : Lettres sur la Serbie. Quelques journaux bulgares de l'époque 
accusaient alors le père Victor de paresse et de cupidité. Ce dernier trait expliquerait 
sa trahison à la cause bulgare. Voir le « Den », l re année, n° 22 du 7 juillet 1875, p. 3. 

3 «Srbske Novine», XIV e année, n° 23 du 21 mars 1847, p. 91. 

4 Voyage aux pays slaves de la Turquie d'Europe. Traduit du serbe en bulgare 
par P. Ivanoff, 1891, p. 38. 

5 «Tourtzia», VIII e année, n° 44 du 19 décembre 1872, p. 1. Voici cette note: 
Les membres des salles de lecture à Plovdiv (Philippople), Sofia, Edirné (Andrinople), 
Tirnovo, Eski-Zagra (Stara-Zagora), Sliven, Rousse (Roustchouk), Pleven, Gabrovo, 
Vidin, Samokow, Nisch, Schoumen et Kaskeuy (Haskovo) sont priés d'agréer un exem- 
plaire de ma méthode de calligraphie que je leur envoie par la poste à titre de modèle. » 
Suivent les conditions de vente du manuel. La note est signée d'Ignaty K. Tzvétkoff, 
à Balkapan. 



— 91 — 

soutenus par l'évêque, réussirent à faire fermer l'école bulgare qu'ils 
remplacèrent par une école serbe et ils en brûlèrent même les tables 
d'enseignement mutuel, afin de ne pas laisser trace de l'instruction 
bulgare dans cette ville. 1 

Cette lutte entre les deux peuples frères profita aux Tzintzares, 
dont quelques-uns des plus considérés avaient déjà sensiblement 
contribué à l'affaiblissement de l'esprit bulgare. En somme les Serbes 
ne firent qu'achever leur œuvre par la propagande scolaire et par 
la dépravation morale qu'ils apportèrent avec eux, à savoir la mode 
et la débauche. C'est ce que constate le correspondant du journal 
« Pravo », T. H. M. Néchoff, qui rapporte que, vers 1870, des gens 
de condition moyenne dépensaient jusqu'à 80 ducats pour un vête- 
ment de femme. 2 

Le Serbe devint, petit à petit, la langue prédominante. L'idée 
fausse, que Nisch faisait partie de la Vieille Serbie, gagnait du terrain. 
Pour lutter contre cette propagande, il fallait aux Bulgares de la 
région un appui qu'ils ne trouvaient nulle part. Ils avaient, il est 
vrai, un clergé national, mais ce privilège ne leur donnait pas encore 
la force de résister aux invasions étrangères, le clergé lui-même ne 
se souciant pas beaucoup de la défense de leur nationalité. Ils man- 
quaient, de plus, d'une élite intellectuelle pour les diriger et relever 
leur esprit au milieu des coups que Turcs, Serbes, Grecs et Tzintzares 
faisaient pleuvoir sur eux. Et ils ne pouvaient pas en faire venir 
d'ailleurs, en raison de l'absence générale de classe instruite parmi les 
Bulgares de cette époque. Du reste, eussent-ils trouvé des conseillers 
lettrés, ils n'auraient pu les payer convenablement, la mode et la 
débauche engloutissant la grande partie de leur ressources, d'autant 
plus que les influences étrangères qui s'exerçaient dans leur ville 
se seraient acharnées contre eux et les auraient finalement obligés 
à la retraite. Et vers 1875, la situation devenant intenable, la popu- 
lation pauvre et illettrée commença à renoncer à l'exarchat dont 
le statut fondamental lui imposait le payement d'un droit diocésain 
qu'elle croyait n'avoir plus à payer. 3 Mais avant tout cela, l'évê- 



1 « Makedonia », III* année, n° 18 du 29 mars 1869, p. 3. 

2 « Pravo », VI e année, n° 3 du 15 mars 1871, p. 11. 

3 « Pravo », VI e année, n° 3 du 15 mars 1871, p. 11. — « Pravo », IV e année, n° 40 
du 29 novembre 1869, p. 160. — « Napredak », IX e année, n° 39 du 26 avril 1875, p. 155. 
— «Den», première année, n° 22 du 7 juillet 1875, p. 5. 



— 92 — 

que avait déjà renoncé à son élection comme membre du Saint- 
Synode bulgare à Constantinople. 1 

On ne peut toutefois pas dire avec certitude, si les accusations 
formulées à l'adresse du père Victor étaient fondées. Mais il est clair 
que l'individu isolé ne pouvait rien contre les tentations de toutes 
sortes de la part de la Serbie, auxquelles fut livré le peuple igno- 
rant de Nisch et de la région à la suite de l'annexion, en 1833, de 
Zaitchar, Négotin et Kniajévetz, les plus jolis diamants qui aient 
orné la couronne de Serbie. 

Néanmoins, la Serbie ne put que difficilement se rendre maîtresse 
des contrées de la Morava lors de la guerre russe entreprise pour 
notre libération, bien qu'elle n'y intervînt que pour occuper le pays, 
après la chute de Pleven, alors que la victoire russe était assurée. 
L'opinion serbe à Belgrade en était même tellement exaspérée qu'elle 
n'hésitait pas à réclamer le recours aux armes contre la Russie pour 
conserver le pachalik de Nisch sous la domination serbe. Ristitch 
préparait un long mémoire au tzar tandis que le colonel Leschanin, 
sur un ordre du roi Milan, se rendait à Andrinople pour dissuader 
les Russes de leur intention d'envoyer un corps de troupes de six 
mille hommes pour chasser les Serbes de la région de Nisch. 2 Et si 
Nisch et Leskovetz furent attribués par le traité de San-Stéfano à la 
Serbie, ce n'est pas à cause de ses prétendus droits ethnogra- 
phiques ou historiques, mais pour des considérations toutes poli- 
tiques: Les Russes consentirent à satisfaire les Serbes au détriment 
des Bulgares parce qu'ils ne réussirent pas à obtenir une extension 
de leur territoire à Kossovo et à Novi-Bazar. 3 

A la fin de la domination turque, Nisch était un sandjak composé 
de cinq cazas : Nisch, Leskovetz, Prékouplé, Kourchoumlia et Vrania. 4 
Son diocèse comptait environ 125,000 Bulgares. 5 Le caractère bul- 
gare de la population fut confirmé, à la chute de la forteresse de 
Nisch, par le protocole de reddition de la place, conclu le 29 décembre 
1878/10 janvier 1879 entre le colonel Leschanin d'une part et Halil 



1 « Napredak», IX e année, n° 26 du 25 janvier 1875, p. 103. 

2 « Balgarin », I re année, n° 36 du 18 février 1878, p. 2. 

3 Ischirkoff : Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. CXI II. 

4 Matériaux pour servir à l'étude de la Bulgarie. Première partie. Bucarest, 1877 t 
page 5. 

5 Matériaux pour servir à l'étude de la Bulgarie. Première partie. Bucarest, 1877, 
page 10. 



— 93 — 

pacha et Réchid pacha de l'autre. L'ai. 3 de ce protocole disait: 
♦ On permettra de s'expatrier à ceux des citoyens qui le voudront 
et on leur fera des facilités ». 1 Pouvait-il être question d'expatriation, 
si l'armée victorieuse venait libérer la ville, non l'asservir? Les 
Serbes en firent l'aveu involontaire, lorsqu'en 1883 ils chassèrent 
l'évêque de Nisch, Mgr. Victor, malgré sa grande serbophilie et les 
services considérables qu'il leur avait rendus dans le passé. Mgr. 
Victor fut chassé pour « insoumission aux canons de l'église » 2 et 
remplacé par l'évêque serbe Mgr. Nestor. 

Le 23 octobre 1915, à trois heures de l'après-midi, Nisch est 
redevenu bulgare, libéré par nos troupes valeureuses. 

1 L'affranchissement de la ville de Nisch. Revue « Srbska Zora», III e année, n° 1, 
p. 20—21. — Voir aussi: La guerre de la Serbie contre la Turquie pour l'affranchisse- 
ment et l'indépendance en 1877 — 78. Belgrade, 1879, p. 49. 

2 Militchévitch, p. 35. 



— 94 — 
V. 

Pirot 

Pirot est situé dans la partie nord-ouest d'un vallon, le plus 
grand de la région de la Nischava, qui mesure une longueur de 18 
à 20 kilomètres, suivant la direction du, nord-ouest au sud-est. 1 

On ne sait avec certitude ni comment ni quand il fut fondé. 
Ami-Boué suppose |que Pirot est l'antique ville que les Romains 
appelaient Turribis |et d'autre part, suivant l'Itin. Ant. et l'Itin. 
Hieros, à 14 milles de distance de Remeziana se trouvait la bourgade 
de Turres. Cette bourgade, qui était la colonie romaine la plus orien- 
tale de la Haute Mysie, fut détruite par les Goths au IV e siècle, 
puis reconstruite et conquise par les Huns pour être ravagée de 
nouveau par les Ostrogoths au V e siècle. D'autres pensent, au con- 
traire, que Pirot marque l'emplacement de la ville romanie Quidava 
qui possédait un château fort. 2 Le château fort se trouvait à l'endroit 
de la redoute actuelle et la ville était bâtie un peu plus loin. 3 Pirot 
fut encore ruiné à plusieurs reprises après que les Serbes s'y établirent. 
Au temps du tzarj.Kroum, il fut incorporé au royaume bulgare, dont 
il fit toujours partie intégrante. 4 Pirot n'était même pas compris dans 
les limites de l'Etat de Douschan, jni même dans celles du patriarcat 
d'Ipek. 6 Mais sa situation changea souvent dans l'Etat bulgare et il 
fut tantôt une ville centrale, tantôt une ville frontière, suivant la for- 
tune des armes bulgares dans la lutte contre les Serbes. Avant 
d'être conquise par les Turcs, la ville était une dépendance du centre 
administratif de Sredetz (Sofia), Etat de Schischman. Les Turcs, 
commandés par Yakchi bey, s'en emparèrent en 1388. Mais en 1409, 
une insurrection éclata dans la région de Pirot, sous la direction de 
Constantin, fils du roi Strachimir deVidin et s'étendit bientôt (1413) 



1 Histoire du développement de la vallée de la Nischava. Etude de morphologie 
par Pétar T. Iancovitch. Belgrade, 1909, p. 42. 

2 Centres commerciaux et voies de communication sur les terres serbes au moyen 
âge et au temps des Turcs. Etude de géographie et d'histoire par Pétar R. Kossovatz 
et Mihailo I. Miladinovitch « Godichnitza de Nicolas Tchoupitch », livre XXI, 1901, p. 37. 

3 Karitch: Royaume de Serbie, p. 771. 

4 Pirot et sa population, « Mir », XIX e année, n° 3911 du 12 juin 1913, p. 2. 

5 Ischirkoff : Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. 4. — D. Marinoff : 
La Macédoine est-elle un pays serbe ou bulgare? 1898, p. 58. 



— 95 — 

sur toute la province jusqu'à la localité de Sverlih. Le mouvement 
fut réprimé par le sultan Soliman, marchant par Toplitza sur Kossovo. 1 
La ville une fois conquise par les Turcs, sa population, qui n'était 
pas très nombreuse, décrut considérablement. A peine relevée de 
cette grande infortune, elle fut ravagée, en 1443, par les troupes 
du roi Vladislas de Hongrie qui, en coopération avec le despote serbe 
Ghuro Brankovitch, défit les Turcs et les força d'accepter la paix de 
Szegedin. Pirot fut alors attribué à Brankovitch. Cette attribution 
se faisait pour des motifs politiques et nullement ethnographiques, 
l'historiographe serbe de l'époque ne mentionnant qu'une population 
bulgare dans cette contrée. Au reste, la domination des Serbes ne fut 
pas de longue durée et Pirot retomba bientôt au pouvoir des Turcs. 2 

Tous les voyageurs qui y passèrent depuis cette époque, n'ont 
pas omis d'attester dans leurs notes de voyage, que Pirot et sa région 
avaient une population bulgare. Il en est de même de Gerlachs, 
qui, en 1573, fit un voyage à Constantinople. La ville présentait 
alors l'aspect d'une grande foire et possédait des maisons assez bien 
bâties. Ses habitants se distinguaient par la douceur et l'hospitalité 
propres à la race bulgare. L'écrivain turc Evlia Tchélébi se sert 
également du terme de Bulgares en parlant de la « raya de Pirot ». 3 
Selon Blanqui, Pirot, qui comptait une population de 15,000 habi- 
tants, était entouré de 200 villages bulgares. 4 De tout temps, ce 
fut un important centre de commerce. 5 

La population de la région de Pirot était tout adonnée à ses 
travaux et à la réparation des ravages causés par les guerres fré- 
quentes ; mais les vexations et les tortures auxquelles elle se trouvait 
exposée de la part de ses maîtres l'obligeaient quelquefois à une 
lutte inégale qui amenait toujours des suites malheureuses pour 
elle. Les causes de ses recours aux armes étaient les mêmes que 
pour Nisch; l'arbitraire des autorités turques notamment en matière 
fiscale, la conduite inhumaine du clergé phanariote et, au cours du 
siècle dernier, l'espoir entretenu par les Serbes, que la Serbie libre 



1 Zanétoff : Les Bulgares de la Morava, p. 10. 

2 S. Christoff: Le département de Pirot et sa population, « Sbornik bulgare». 
(Recueil annuel du ministère de l'instruction publique de Bulgarie), livre II, p. 265 — 266. 

3 Ischirkoff : Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. LI. 

4 Quelques mots sur une erreur, « Tzarkoven Vestnik», III e année, n° 13 du 19 juin 
1902, p. 2-3. 

5 Centres commerciaux et voies de communication, etc., par Pétar R. Kossovatz 
et Mihailo I. Miladinovitch. « Godichnitza de Nicolas Tchoupitch », livre XXI, 1901, p. 37. 



— 96 — 

accourrait à son appel. Parmi ces tentatives d'insurrection plus ou 
moins considérables contre la domination turque, il faut mentionner 
en premier lieu celle de 1836 qui s'étendit sur toute la contrée de 
Pirot, Vidin, Lom et Berkovitza. 

Le plan primitif des insurgés était d'assaillir la ville de trois 
côtés à la fois et de s'en emparer, après quoi le prince Milosch viendrait 
en pacificateur et demanderait au sultan l'annexion de la région de 
Pirot à la Serbie, moyennant le paiement d'une contribution. Tout 
se préparait en secret par des fonctionnaires serbes et par des gens 
sans aveu qui avaient soin de ne pas laisser voir le rôle du prince 
et de son gouvernement. 

Les paysans, armés de faux, de haches et de pistolets, se mirent 
en marche. Mais en route, un des détachements, conduit par un 
agent serbe, ayant bu plus que de coutume, s'endormit et l'attaque 
simultanée contre la ville ne put se produire. Le soir même, les 
insurgés déléguèrent le pope Ivan de Gradichnitza auprès des 
notables de Pirot pour les inviter à la révolte. Un conseil fut con- 
voqué, où l'avis pacifique de l'instituteur Péitcho prit le dessus. Ce 
Péitcho disait aux assistants : « Nous souffrons des Turcs, mais nous 
souffrirons encore plus des Serbes. Que pouvons-nous en attendre 
de bon, alors qu'ils sont pires que les Turcs? Le Turc jure à l'adresse 
de nos mères et de nos femmes, tandis que le Serbe insulte à Dieu et 
à la Vierge, à la croix et aux saints ! Chez les Serbes il y a « le totchak» 
(supplice de la roue), tandis que rien de pareil n'existe chez les Turcs. 
Et d'ailleurs nous ne sommes pas de la même race: eux sont Serbes 
et nous Bulgares. Le mieux est donc de nous tenir tranquilles et 
d'en informer le gouverneur pour qu'il avise au reste. » La com- 
munication fut faite sur-le-champ. Mais les rebelles ne vinrent pas 
pendant la nuit, ils s'étaient endormis; les Turcs prirent courage 
et se préparèrent à les recevoir. 

Un courrier serbe, accompagné d'un certain Tatar Bogdan, arriva 
sur ces entrefaites et, voyant que les insurgés se tenaient hors de 
la ville, il leur ordonna de s'éloigner et lui-même entra à Pirot où 
il se présenta au gouverneur comme envoyé par le prince de Serbie 
proposer ses bons offices pour l'apaisement du peuple révolté. On 
engagea aussitôt des pourparlers qui se terminèrent par la peine 
de la bastonnade infligée à plusieurs tchorbadjis (notables) de Pirot, 
suspects de complicité avec les Serbes, tandis que le nommé 
Tzvétko le policier, un instrument aux mains des Serbes, fut exécuté 



— 97 — 

au « totchak », à la frontière serbo-turque, près de l'endroit dit « Glog », 
pour avoir mal accompli sa mission. 

Selon Militchévitch, un millier d'hommes de Pirot et des environs 
s'étaient réfugiés sur le territoire de la Serbie depuis janvier jusqu'au 
avril 1836. A l'invitation qui leur fut faite par le gouverneur Mahmoud 
Kapoudjibachi de retourner à leurs foyers s'ils ne voulaient pas 
s'attirer des représailles, les fuyards répondirent qu'ils ne rentreraient 
point tant que Mahmoud Kapoudjibachi et l'évêque Iéronyme, si 
haï des Bulgares, resteraient à Pirot. 

Les pourparlers avec les réfugiés donnèrent au prince Milosch 
le prétexte d'intervenir encore une fois en pacificateur charitable 
à la population soulevée et serviable au gouvernement turc. Son 
plénipotentiaire Avram Pétroniévitch apparut de nouveau sur la 
scène. Dans ses lettres au prince, Pétroniévitch rapportait à son 
maître la grande confiance que les rebelles avaient dans le souverain 
de la Serbie et leur espoir de recevoir les canons et l'assistance 
pécuniaire, selon toute probabilité, qu'il leur avait promis. Les 
insurgés étaient tellement assurés que le secours attendu leur vien- 
drait que personne n'était en état « de leur faire sortir cette idée 
de la tête, » dit le délégué princier; « quelqu'un leur avait bien in- 
culqué dans l'esprit que Votre Altesse Sérénissime leur viendrait 
en aide dès qu'ils se seraient soulevés. » 

Ces assurances venaient évidemment des agents du prince dont 
les agissements étaient parfaitement connus des Turcs, ainsi qu'on 
le voit d'une lettre de ce même Pétroniévitch, datée du 1 er juin de 
la même année. 

Ainsi donc, le prince de Serbie fut seul à profiter de l'insur- 
rection de Pirot, car, d'un côté, son intervention causa de la satis- 
faction à Constantinople et de l'autre, le rappel du gouverneur et 
de l'évêque, fait sur sa demande, d'après ce qu'il écrivait lui-même 
dans une lettre à Pétroniévitch du 31 mai, ne pouvait que lui donner 
des titres à la reconnaissance de la population de la contrée. Il est 
vrai qu'avec le changement de ses oppresseurs administratifs et 
religieux, la population obtenait quelques libertés sans importance, 
comme celle qui lui permettait d'élire un tribun ou kodjabachi 
chargé de la défendre auprès des autorités turques. 1 

1 Les données sur la marche des événements ont été puisées dans l'étude de 
S. Christoff, p. 280-288 et dans le livre de Militchévitch, p. 182-216 que Christoff a 
également mis à profit. Voir aussi Romanski, p. 10 — 12. 

7 



— 98 — 

Les habitants de Pirot et de la région se soulevèrent encore 
en 1841, mais il semble que, cette fois, le mouvement fut étouffé 
dans son germe. Il est vrai qu'avec la prise du défilé de Tzrven 
Breg (Kizil Yokouch) les insurgés occupèrent un important point 
stratégique sur la route de Pirot à Nisch, mais ils ne purent se rendre 
maîtres de Bêla Palanka, qui était un autre point également impor- 
tant. Les rebelles, armés de bâtons, attaquèrent la bourgade à l'im- 
proviste, afin de s'emparer de l'unique canon qui s'y trouvait, mais 
un certain nombre de musulmans de Pirot se portèrent au secours 
de Bêla Palanka et défirent les assaillants, dont une cinquantaine 
furent tués et d'autres faits prisonniers. «Les attaques dirigées contre 
d'autres postes le long de la frontière serbe, par exemple sur celui qui 
se trouvait à un quart d'heure du poste-frontière serbe de Pandarilo, 
n'eurent pas plus de succès, car les insurgés furent immédiatement 
assaillis par les musulmans qui les poursuivirent jusqu'à Bégov 
Most »; beaucoup d'entre eux furent tués; le reste, dispersé, s'enfuit 
à Pandarilo, de l'autre côté de la frontière. 1 

Ce soulèvement se termina, comme celui de Nisch, au profit 
du prince Michel qui assurait de 'ses bonnes intentions la population 
révoltée, en même temps qu'il faisait valoir à Constantinople son 
attitude correcte envers le gouvernement ottoman. 

Mais la population du département n'abandonnait pas l'espoir 
de s'affranchir un jour du joug turc. Aussi, lorsqu'en 1876 la Serbie 
eut déclaré la guerre à la Turquie, elle prit les armes et se joignit 
à ses troupes. Cela lui valut de grandes infortunes: à la suite de 
l'échec serbe de nombreux villages furent pillés et brûlés et leurs 
habitants furent obligés de s'enfuir en Serbie. Les Serbes, au lieu 
de leur compatir, s'en prenaient à eux, en disant que leurs défaites 
étaient dues aux Bulgares. (Voir les matériaux). 2 

En 1821, après l'exécution, du métropolite de Nisch Mgr. Me- 
letius et des cinq notables de la ville suspectés d'avoir incité le peuple 
à l'insurrection, on jugea utile, sur la proposition du gouvernement 
turc, d'affaiblir le diocèse de Nisch par la création, à ses dépens, 
d'un diocèse de Pirot ou de la Nischava comprenant les villes de 
Pirot, Bêla Palanka, Trin et Breznik. Les deux dernières villes étaient 
prises au diocèse de Sofia. Mgr. Ieronyme, dont la conduite con- 



1 Romanski, p. 40. 

2 Voir de même S. Christoff, p. 288. 



- W> - 

tribua, pour une bonne part, à provoquer l'insurrection de 1836, 
paraît avoir été le premier évêque de Nischava. Après son rappel, 
la chaire de Pirot fut donnée à Mgr. Nectarius, vieillard débonnaire 
et juste qui mourut en 1854, âgé de 85 ans et fut enterré dans la 
cour de la vieille église de la ville. Le troisième métropolite fut 
Anthym, qui mena une vie déréglée, mais fut un protecteur énergique 
de la population auprès des autorités turques. Le 16/28 juillet 1860 
il fut déporté à Constantinople. S. Christoff * explique cette mesure 
par la haine que les grands lui avaient vouée parce qu'il ne les laissait 
pas agir à leur guise. En réalité, elle était due aux nombreuses 
requêtes que la population adressait au gouvernement pour exposer 
les scandales de sa vie privée. Ainsi, dans une de ces requêtes on 
racontait, entre autres choses, qu'une jeune fille qui venait de se 
marier était grosse de lui, qu'il s'était rendu coupable, le 14/26 mars, 
d'un crime de sodomie commis sur un garçon de quatorze ans, que 
le 22 mars/ 3 avril il avait couché avec deux jeunes filles à la fois, 
l'une de Sofia, l'autre de Pirot et qu'il avait fait avorter une autre 
jeune fille qui en était morte par la suite. 2 

Mais les vrais motifs de la poursuite d'Anthym n'étaient pas 
seulement d'ordre moral. A en juger d'après une autre correspon- 
dance de Pirot où l'on mandait que les habitants avaient chassé 
leur évêque et préparaient deux pétitions, l'une au gouvernement 
et l'autre à l'autorité religieuse bulgare à Constantinople, l'évêque 
avait, dans ses rapports avec la population, touché au sentiment 
national de ses ouailles ; le correspondant disait en effet : « Enfin, 
les habitants de Pirot ont montré qu'ils n'étaient pas, sous le rapport 
de leur nationalité, tellement perdus que leurs compatriotes le 
croyaient. » 3 II avait probablement aussi contrecarré leur œuvre 
scolaire, car le correspondant ajoutait, à la fin de sa lettre, que la 
ville se mettrait à l'œuvre pour mieux organiser ses écoles. Cela 
se voit, d'ailleurs, aux pétitions de la population bulgare de la ville 
et de la campagne, laquelle déclarait au conseil municipal qu'elle 
ne reconnaissait plus l'évêque Anthym qui s'était fait concéder la 
perception des impôts au grand malheur des pauvres et que le conseil 
était tenu de lui demander compte pour l'honneur violé des femmes, 
des jeunes filles, des religieuses et des enfants, ses victimes. La ré- 

1 S. Christoff, p. 309. 

2 « Balgaria », II e année, n° 64 du 8 juillet 1860, p. 179. 

3 « Balgaria », II e année, n° 64 du 8 juillet 1860, p. 179-180. 



— lt)0 — 

solution de répudier le prélat coupable était approuvée par toute 
la ville, à la seule exception de trois hommes, nommés H. Vidin, 
H. Pétar son fils et Kola Kokaloff qui déconseillaient à leurs con- 
citoyens la lutte contre l'évêque. 1 

Cependant, les habitants ne se contentèrent pas de protester. 
Le coup de théâtre des prélats bulgares à Constantinople Mgr. Ilarion 
et Mgr. Auxenthy qui, le 3 avril 1860, refusèrent de prononcer le 
nom du patriarche et brisèrent ainsi leur lien de dépendance avec 
le patriarcat, leur donna du courage. Ils décidèrent d'abord de suivre 
l'exemple des Bulgares de Constantinople; puis, le 29 mai/10 juin, 
à l'issue de la messe de dimanche où, après les prières pour le sultan, 
ils avaient prononcé le nom du « chef religieux bulgare » Mgr. Ilarion, 
ils se réunirent dans le bâtiment de l'école et résolurent à l'unanimité 
de proposer à l'évêque de quitter leur ville et, s'il s'y refusait, de 
l'en chasser par force. Pour expliquer cette audace des Bulgares, 
il faut ajouter qu'en ce moment le grand- vizir Kibrizli Mehmed 
pacha se trouvait à Pirot avec les membres de sa suite où figuraient 
notamment Arif bey, Bessim bey et Gabriel bey Krestevitch. Tous 
les trois furent chargés par le grand-vizir d'ouvrir une enquête sur 
les actes de Mgr. An thym, qui avait demandé un délai de trois jours 
pour effectuer ses préparatifs de départ. 2 Le résultat de cette enquête 
fut la déportation de l'évêque. 3 Toutefois, la population de Pirot, 
comme celle de Samokow, n'osait pas encore demander un évêque 
bulgare, craignant qu'on ne lui répliquât qu'il n'y en avait même 
pas à Sofia, qui pourtant était une ville plus grande et possédait 
déjà pas mal d'hommes instruits. 4 

Le successeur d'Anthym fut un certain Sophronius, qui ne se 
distingua que par sa cupidité et par son avarice et que la population 
obligea de s'enfuir dans un monastère. Mais Bourmoff mentionne 
dans son livre, comme métropolite de Pirot, l'évêque Dorotée qui prit 
part au concile de patriarcat du 4/16 février 1864. Ce concile décida 
l'exil des évêques bulgares Ilarion, Auxenthy et Paissy. 5 En 1869, un 



1 « Balgaria », II e année, n° 65 du 15 juin 1860, p. 190. — La principauté de Bul- 
garie, par G. Dimitroff, 1895, première partie, p. 359— 361. 

2 « Balgaria », II e année, n° 64 du 8 juillet 1860, p. 171. Le journal recommandait 
ce fait à l'attention des Bulgares de Skopié, Vrania et Vidin pour en tirer les enseigne- 
ments qu'il comportait. 

3 S. Christoff, p. 305. 

4 « Balgaria », II e année, n° 90 du 7 décembre 1860, p. 586. 

5 Bourmoff, p. 413-414. 



— 101 - 

nouveau métropolite, Mgr. Parthény, arriva à Pirot; celui-là fut le 
premier à officier et à prononcer des sermons en bulgare. Mais vers 
1872 des plaintes commencèrent à se faire entendre contre lui; on 
lui reprochait, de même qu'à ses prédécesseurs, un amour excessif 
pour l'argent. L'exarchat envoya d'abord le diacre Joseph qui fut 
plus tard exarque et ensuite les métropolites Mgrs. Grégoire, Dos- 
sitée, Melety et Ilarion enquêter la conduite de l'évêque. Finalement, 
Mgr. Parthény fut rappelé à Constantinople, où il mourut et fut 
remplacé par Mgr. Eustache que les Serbes déportèrent par la suite 
dans l'intérieur de la Serbie. 1 Malgré ces poursuites que S. Christoff 
explique par l'acharnement de quelques-uns des notables de Pirot 
qui étaient intéressés à la désunion de la communauté bulgare, 
Mgr. Parthény possédait un vif sentiment de patriotisme national, 
comme on le voit à la lettre suivante qu'il adressa aux trois prélats 
bulgares de Constantinople à la suite de la rupture consommée entre 
le clergé bulgare et le patriarcat grec. 

«Messeigneurs! C'est avec une gratitude profonde que j'ai pris 
connaissance de votre dernière lettre. L'acte hardi que vous avez 
accompli, le jour de l'Epiphanie, pour le règlement de notre longue 
et, comme disent les Grecs, un peu épineuse question, après avoir 
épuisé tous les moyens de parvenir à une entente équitable avec 
le patriarcat, suscite en moi une joie et un enthousiasme indescrip- 
tibles. En effet, comment aurions-nous pu en finir avec la volonté 
inflexible et la conscience sombre du clergé du Phanar? 

Moi-même, si j'avais été à votre place, je n'aurais pas un instant 
hésité à agir comme vous l'avez fait, sachant que le droit est de notre 
côté et qu'il est plus lumineux que les rayons du soleil. 

En conséquence, j'approuve entièrement votre œuvre et je vous 
en remercie vivement. 

En priant Dieu de vous accorder la santé et le succès dans ce 
qui vous reste encore à faire, j'ai l'honneur d'être de Vos Grandeurs 
l'ardent frère en Christ, Parthény de Nischava. » 2 

A Pirot, qui subit à un degré relativement moindre l'influence 
de la propagande serbe, les luttes pour la propagation de l'instruction 
publique commencèrent, ainsi que dans les autres contrées bulgares, 
beaucoup plus tôt que celles pour l'indépendance religieuse. Suivant 



1 S. Christoff, p. 309-310. 

2 « Tourtzia », VII® année, n° 52 du 12 février 1872, p. 3. 



— 102 — 

Christoff, l'origine de l'œuvre scolaire à Pirot remonte au XVIII e 
siècle. Le premier maître d'école fut, paraît-il, un moine du Mont 
Athos qui eut pour élève le nommé Péitcho Ghéorghieff, du village 
de Roudiné. Ce Péitcho compte parmi les plus anciens instituteurs 
de Pirot. Il ne tarda pas à ouvrir une école dans son propre domicile, 
où il enseigna pendant cinq ou six ans. Ensuite, une école municipale 
ayant été créée au cloître monacal, il en assuma la direction. Plus 
tard, il enseigna, jusqu'en 1855, dans la nouvelle école, dite « école 
publique », fondée en 1831 dans la cour de la vieille église, près de 
l'évêché, et dans l'autre, dite «de Tiobar ». 

En même temps que lui, il y avait à Pirot deux autres institu- 
teurs, l'autodidacte Pantcho Bochkoff de Pirot et le maître Nicolas, 
originaire de Sofia; ce dernier y enseigna à deux reprises, une pre- 
mière fois pendant un an et une seconde fois, cinq ou six ans après, 
pendant trois mois environ. 

Avant l'arrivée de Mgr. Anthym, le clergé grec, soit par igno- 
rance de la langue, soit par négligence, ne s'immisçait pas dans les 
affaires scolaires de la population. Mais l'énergique évêque voulut 
y mettre la main. Il essaya d'introduire l'enseignement du grec 
dans l'« école publique » en y nommant pour instituteur un Grec 
nommé Constantin qu'il avait amené avec lui. La langue grecque 
fut également introduite dans l'église où, d'un côté on officiait en 
grec et de l'autre, en slave. 

Après le départ de Constantin qui eut lieu pour des raisons 
qu'on ne connaît plus, il fit venir un autre Grec, nommé Nicoli et 
la communauté en nomma deux de son côté, Ivan Aïdoukoglin et 
Pétar Kiroff, fils de deux familles notables de Pirot. Ceux-ci avaient 
probablement reçu leur instruction hors de leur ville natale, dans 
quelque école grecque. 1 Mais on ne sait pas exactement combien 
de temps ils restèrent à Pirot, ni quand ils y inaugurèrent leur en- 
seignement. Nous ne trouvons qu'une seule correspondance de ce 
temps adressée au journal « Balgaria », où il est dit que Pirot n'avait 
aucune école de garçons. Au cours de l'hiver de 1858 — 59 on prit 
aux gages un instituteur bulgare, mais on le renvoya aussitôt, à 
l'instigation de l'évêque, sous prétexte qu'il ne connaissait pas le 
grec et ne savait pas chanter à l'église. 2 Mais suivant S. Christoff, 



1 S. Christoff, p. 305. 

2 « Balgaria », I re année, n° 14, du 27 juin 1859, p. 55. 



— 103 — 

à la mort des maîtres Ivan et Pétar, on nomma à leur place Kotzé 
S. Grigoroff et Panteley (Pota) Pantchoff. Le premier enseigna jus- 
qu'en 1871 ou 1872 et le second jusqu'en 1875. Tous les deux étaient 
nés à Pirot et y avaient reçu leur instruction. On suppose que Kotzé 
avait fait aussi un séjour à Sofia, auprès du professeur Philaretoff, 
qui lui avait probablement appris le turc. 1 

Tous ces instituteurs enseignaient en langue slave: les élèves 
apprenaient Ta b c, le bréviaire, le livre des psaumes et les quatre 
opérations d'arithmétique. Le sablier, les demi-cercles de fer et les 
tableaux d'enseignement mutuel apparaissaient à certains inter- 
valles dans les écoles de Pirot; mais on ne peut pas dire avec certi- 
tude que l'enseignement s'y faisait suivant une des méthodes alors 
répandues en Bulgarie. Il semble que l'initiateur de la méthode 
mutuelle fut le maître Kotzé qui, le premier, en 1867 ou 1868 intro- 
duisit l'enseignement du bulgare jusqu'alors négligé au profit du 
grec. Ce progrès visible de l'organisation scolaire ne satisfaisait pas 
encore la population de Pirot et en 1871 les habitants les plus dévoués 
à l'œuvre nationale recueillaient les fonds nécessaires à l'entretien 
d'un boursier à Sofia dans le but d'avoir, à l'avenir, un maître plus 
instruit et mieux préparé à l'accomplissement de sa tâche. Le notable 
Rako Krestioff, qui avait envoyé son fils suivre les cours de l'école de 
Philippople, subvenait aux besoins d'un autre boursier — pour lui 
permettre d'achever ses études à Sofia. 2 En effet, un correspon- 
dant de la « Tourtzia » qui écrivait que Pirot était une très bonne 
ville avec « plus de 300 villages bulgares » s'exprimait avec peu de 
ménagement sur le compte de ses écoles et de ses maîtres. Pirot 
possédait, selon lui, deux écoles qui ne comptaient que 250 élèves 
et quatre instituteurs et encore ceux-ci ne brillaient-ils point par 
leur enseignement. Ce mauvais état des écoles avait sa cause dans 
la démoralisation qui s'était emparée de la communauté. L'évêque 
en profitait pour se livrer à toutes sortes de licences qui faisaient 
dire au correspondant cité que « le loup aime le temps brumeux ». 3 

Les écoles villageoises, une dizaine en tout, n'étaient pas en 
meilleur état. Les paysans n'avaient ni instituteurs, ni prêtres. 



1 « S.Christoff, p. 305. 

2 « Tourtzia», VII e année, n° 36 du 23 octobre 1871, p. 3. 

3 « Tourtzia », VII e année, n° 22 du 17 juillet 1871. — Selon le journal « Istotchno 
Vrémé» (Temps de l'Est), I re année, n° 41 du 23 novembre, p. 2, les villages de 
l'arrondissement de Pirot étaient au nombre de 360. 



— 104 — 

Beaucoup d'entre eux ne pouvaient assurer, au dire du correspon- 
dant de l'« Istotchno Vrémé », si leur pope savait lire, parce qu'ils 
le voyaient très rarement. « Toutefois la conscience bulgare conti- 
nuait à se maintenir d'elle-même et à se défendre contre les sugges- 
tions extérieures (serbes). » x 

D'autres renseignements et notamment l'exposé de Sim. Chris- 
toff sur l'état des écoles en ce temps-là, ne permettent pas d'attri- 
buer un rôle aussi mauvais à Mgr. Parthény en ce qui concerne 
l'œuvre scolaire de son diocèse. Dès le lendemain de son arrivée 
à Pirot en 1869, il avait visité les écoles de la ville, cherché à ap- 
prendre leurs besoins et distribué des livres aux élèves. Peu après, 
retournant à Constantinople, il s'était arrêté à Philippople à la quête 
d'un instituteur et y avait trouvé Chr. G. Passaroff de Péchtéra, 
qu'il avait engagé en lui donnant un traitement annuel de 5000 
piastres qui fut augmenté par la suite. 

A peine arrivé à Pirot, Chr. Passaroff y ouvrit une nouvelle 
école où il recueillit 70 — 80 élèves, pris aux deux autres écoles. 
Une correspondance de Pirot portant la signature de V. Tcholakoff 
dit en parlant de l'instruction scolaire dans cette ville : « Pirot, 
lui aussi, n'est plus sourd. Une école primaire supérieure y a été 
fondée il y a six mois et les pauvres enfants se sont délivrés de la 
férule de Davidoff. » Cette école avait un bon directeur en la per- 
sonne de Christo Passaroff, un des meilleurs élèves de l'école dio- 
césaine de Philippople. Pirot possédait aussi une « école prépara- 
toire » dirigée par un jeune homme très actif, Popo Pantchoff (Pan- 
teley Pantchoff). « Dans les trois écoles, dit Tcholakoff, les élèves 
sont vifs et obéissants et leur nombre s'élève à 500. Les habitants 
de Pirot travaillent ardemment à perfectionner leurs établissements 
scolaires et, à ma façon de comprendre les affaires de cette contrée, 
ils sont déjà sauvés de l'influence du serbisme. » 2 

C'est au serbisme qu'est dû le désarroi de la ville après 1870. 
N'ayant pas réussi à s'établir dans l'école, les agents serbes s'intro- 
duisirent dans la communauté dont les membres, vieillards animés 
d'esprit conservateur, ne pouvaient se résigner à l'influence crois- 
sante des jeunes et ne s'entendaient même plus entre eux au nom 
de l'œuvre commune. A en croire une correspondance datée de la 



1 « Istotchno Vrémé », I ro année, n° 41 du 23 novembre 1874, p. 2. 

2 « Makedonia », IV e année, n° 33 de 1870, p. 4. 



— 105 — 

seconde moitié de l'année 1871, qui disait que depuis sept ou huit 
mois, les conseillers se divisaient en quatre ou cinq partis, la com- 
munauté était complètement désorganisée. L'auteur exhortait les 
conseillers à l'entente, faute de quoi ils n'auraient jamais de bons 
maîtres dans leur école de garçons et ne pourraient « rien faire » 
pour ouvrir une école de jeunes filles. 1 Une autre correspondance, 
datée du 21 juin, reprochait à deux des notables de la ville de garder 
certains instituteurs incapables contre le désir de la population de 
les renvoyer. 

Malgré cette désorganisation des écoles, la communauté déci- 
dait la construction d'une nouvelle église et d'un nouvel évêché 
et à cet effet elle faisait l'acquisition d'un terrain qui ne coûtait 
pas moins de 36,000 à 40,000 piastres. 2 Les discordes au sein de 
la communauté furent particulièrement violentes en 1875 lorsque, 
à la suite d'une intrigue qui imputait à ses membres des agisse- 
ments séditieux, le mutessarif défendit aux conseillers de se réunir 
en présence de l'évêque, « en leur montrant l'exemple de Nisch », 
ce qui les rendit encore plus acharnés les uns contre les autres. 3 

Tout cela n'empêchait pourtant pas la population de concen- 
trer son attention sur les écoles qui, de jour en jour, attiraient plus 
d'élèves. En 1870/71 elle engageait un nouvel instituteur, Passaroff 
ne gardant que l'école supérieure. Vers le même temps, on vit poindre 
l'idée de la création d'une salle de lecture. Christoff prétend que 
la salle de lecture fut fondée en 1870/71; mais une correspondance 
contemporaine montre que l'idée seule avait mûri à cette époque 
et que la salle de lecture fut ouverte pendant les fêtes de Pâque 1872. 
Le nouvel établissement portait un nom significatif: «Prosvéta» 
(instruction). Au début, il comptait quarante membres. Il tint sa 
première réunion le 23 avril pour élire un conseil d'administration. 
Une délégation fut chargée par la réunion d'aviser l'évêque Mgr. Par- 
thény de ce qui s'était passé et de solliciter son assistance. Mgr. Par- 
thény fit don d'une somme de 115 piastres et d'un abonnement 
à la revue bulgare « Tchitalichté » pour l'année 1872. A sa suite, 



1 « Pravo », VII e année, n° 9 du 8 mai, 1872, p. 4. La correspondance porte la date 
du 18 avril de la même année. L'idée de la création d'une école de jeunes filles était agitée 
dès l'année 1859; elle était motivée par la nécessité de développer la tapisserie qui avait 
déjà gagné le marché européen « Balgaria », I re année, n° 14 du 27 juin 1859, p. 55. 

2 « Pravo », VII e année, n° 19 du 17 juillet, p. 3. 

3 «Istotchno Vrémé», II e année, n° 15 du 24 mai 1875, p. 2 — 3. 



— 106 — 

nombre de citoyens firent des dons analogues. 1 Mais il paraît que 
la plupart des tchorbadjis (notables) étaient hostiles à cette œuvre. 2 

Dès sa constitution, la salle de lecture assuma le rôle de comité 
de l'instruction publique. On décida d'abord de faire venir une 
institutrice en vue d'ouvrir une école de jeunes filles et, cette idée 
s'étant heurtée à l'opposition des vieux conseillers notables, la salle 
de lecture engagea, à ses frais, la nommée Maria Rousseva, ancienne 
élève de l'école secondaire de Stara Zagora. En présence du fait 
accompli, les conseillers se chargèrent de l'entretien de la nouvelle 
école. 3 Mais la salle de lecture ne borna pas son activité à la gestion 
des écoles dans la ville; elle songeait déjà à étendre son influence 
sur les villages. 4 Et vers la fin de Tannée 1874 elle fonda une école 
du dimanche « dans le but de pousser plus loin parmi le peuple les 
rameaux bienfaisants de la science ». L'école était « régulièrement 
fréquentée par les amis de l'instruction avec un zèle constant à 
apprendre ce qui leur paraissait indispensable dans la vie ». 5 

En l'année scolaire 1871/72 on engagea, comme collègue de 
Christo Passaroff dans l'école principale, un certain Kiro Ilitch, 
originaire du village de Maklichté, arrondissement de Pirot, qui 
avait fait ses études au séminaire de Belgrade et était fort recom- 



1 « Pravo », VII e année, n° 15 du 19 juillet 1872, p. 4. La fondation de cette salle 
de lecture est encore une preuve établissant que l'évolution de Pirot suivait celle de toute 
la nation bulgare et que ses habitants avaient le sentiment de leur nationalité bulgare. 
S'il en était autrement, c'est-à-dire si Pirot possédait un sentiment national serbe et si 
son développement s'était opéré en même temps que celui de la nation serbe, il aurait eu 
une salle de lecture beaucoup plus tôt, puisque l'apparition des salles de lecture serbes 
date de 1820, tandis que celle des salles de lecture bulgares ne remonte guère au delà de 
1850, leur essor tombant entre les années 1865 et 1875. 

2 « Tourtzia », VIII e année, n° 7 du 1 er avril 1872, p. 4. Le correspondant de 
ce journal prétend que le directeur de l'école supérieure s'opposait à la création de la 
salle de lecture tandis que Christoff lui attribue l'initiative même de cette œuvre. 

3 S. Christoff, p. 307. 

4 « Istotchno Vrémé» (I re année, n° 41 du 23 novembre 1874, p. 2): «La 
salle de lecture, fondée il y a trois ans, est assidûment fréquentée par ses membres peu 
nombreux qui, en dehors de l'avantage moral si appréciable qu'ils y recueillent par la 
lecture de livres divers, veillent de toute façon à l'assistance des élèves indigents et à 
l'entretien d'un élève dans une école supérieure comme boursier de la salle — tâche noble 
et sacrée. Mais cela ne suffit pas. J'ai entendu discuter, parmi les instituteurs, sur le 
moyen de mettre de l'ordre dans les écoles des villages qui n'existent qu'en apparence 
et d'en créer de nouvelles là où il n'y en a point, ce qui est d'une nécessité urgente pour 
les paysans qui, laissés à eux-mêmes, sont incapables de pareille besogne. Voilà un terrain 
d'activité pour une salle de lecture agissante et les plus influents d'entre ses membres 
contribueraient beaucoup à l'accomplissement de cette tâche». 

5 « Istotchno Vrémé », I re année, N° 52 du 8 février 1875, p. 2. 



— 107 — 

mandé par Mgr. Parthény. Mais le nouveau maître ne put se main- 
tenir plus de deux mois, ses élèves ne comprenant rien à ses expli- 
cations. Sa place fut alors donnée à Siméon Christoff, l'auteur de 
l'étude, si souvent citée par nous, sur Pirot et sa région. 

En dehors des instituteurs cités, Pirot eut encore pour maîtres, 
dans l'école supérieure, Ghéorghi Ivan Tabacoff de Pirot et Nestor 
K. Abadjieff de Koprivchtitza et, dans les écoles élémentaires, dont 
le nombre atteignait déjà trois depuis 1872/73 jusqu'à l'occupation 
serbe: Kristo Kiroff qui devint prêtre, Kotzé Rangheloff, Pétar 
Passaroff, Elissey Manoff, Ghéorghi Vessoff Metchkoneff, Alexis 
Christoff, Ghéorghi Panoff, Nicolas Pétroff, tous de Pirot, et Sté- 
phan Ivantchoff de Stara Zagora. 1 

Ghéorghi Tabacoff qui avait étudié au séminaire de Philippople, 
introduisait la méthode phonétique qui rehaussa considérablement 
la renommée des écoles de Pirot. 

Néanmoins, la population n'était pas encore contente de tous 
ces succès. Quelques-uns de ses représentants rêvaient déjà d'éle- 
ver Pirot à une situation qui ne fût pas seulement égale à celle des 
autres villes bulgares, mais qui le mît aux-dessus du reste des centres 
d'instruction en Bulgarie. « Ils se plaignaient que presque toutes 
leurs autres affaires restaient plongées dans un sommeil profond » 
et « qu'on voyait très peu d'indices permettant d'espérer un avenir 
meilleur ». Et le correspondant disait en conclusion : « Il serait à 
désirer que nos concitoyens prennent plus à cœur le règlement de 
nos affaires publiques, dont l'état actuel n'est guère satisfaisant. » 
Cette situation était due probablement, comme il le laissait entendre 
au commencement de sa correspondance, aux malheurs de l'hiver 
dévastateur. 2 Avant cet hiver mémorable, la population de Pirot 
eut à supporter, en 1871, les ravages d'une inondation qui, suivant 
une lettre du maître Chr. Passaroff au journal « Pravo », avait sub- 
mergé toute la partie basse de la ville et démoli un grand nombre 
de maisons et de boutiques. Les dégâts avaient été tels que la ville 
n'avait pu s'en relever pendant plus de cinq ans. 3 Mme Yordana 
Philarétoff parle également de ravages dans sa lettre à Naïden 

1 S. Christoff, p. 307-308. 

2 « Den », I re année, n° 8 du 2 avril 1875, p. 7. — « Istotchno Vrémé », 
I re année, n° 52 du 8 février, p. 2 et II e année, n° 15 du 24 mai, 1875, p. 3 

3 «Pravo» VI e année, n° 21 du 19 juillet 1871, p. 82. 



- 108 — 

Ghéroff du 29 octobre 1876. Suivant elle, soixante villages avaient 
été complètement incendiés et beaucoup d'autres saccagés. Leurs 
habitants s'étaient enfuis, les uns dans la ville et les autres en Serbie. 1 

Au temps des Turcs, Pirot fut toujours un centre administratif: 
d'abord siège d'un mudur, ensuite d'un kaimakam et, à la veille 
de la guerre turco-russe, d'un mutéssarif (gouverneur de sandjak). 
Le sandjak comprenait les régions de Trin (Znépolé), Breznik, Vissok, 
Loujnitza, Nischava et Bêla Palanka. Le premier mutéssarif de 
Pirot, portant le titre de pacha, fut un Bulgare, Iordan Bacaloff, 
d'Eléna. 2 

En 1879, Pirot comptait, selon Militchévitch, 8183 habitants, 
dont: 7185 « Serbes » — lire Bulgares, 3 — 638 Turcs et 260 Juifs. 4 
Il eut dans son département 235 ou 236 villages. 5 Mais dès qu'il 
fut placé sous l'administration serbe, sa population baissa sensible- 
ment, pour aller grossir celle de Tzaribrod qui, de simple village, 
devint, en l'espace de plusieurs années, une importante bourgade 
de l'autre côté de la frontière. 6 

Après 38 ans de servitude sous les Serbes, le 15 octobre, le 
matin, l'aurore de la liberté s'est levée sur Pirot, si ardemment 
attendue par ses habitants qui, depuis de longues années, portaient 
en eux la conscience de leur nationalité bulgare. 






1 Archives de Naïden Ghéroff, livre II, p. 657. 

2 S. Christoff, p. 312. 

3 Matériaux pour servir à l'étude de la Bulgarie, II e partie, p. 104. 

4 Militchévitch, p. 227. 

5 S. Christoff, p. 313 et 317. 

6 D. Marinoff . — La Macédoine est-elle un pays serbe ou bulgare, p. 59. 



— 109 — 
VI. 

Vrania 

« Le nom de Vrania, donné à une contrée le long de la Morava 
bulgare, est mentionné pour la première fois en 1093 à l'époque 
où le joupan de Raschka, Voukan, guerroyait avec les Grecs et était 
descendu jusqu'à Skopié, Polog et à la région de Vrania. Mais Vra- 
nia n'est mentionné comme nom de localité que sous le règne de 
Stéphan de Detchan (1321 — 1331) qui fit don, au monastère du 
mont Athos, d'une église bâtie dans ce village en l'honneur de Saint- 
Nicolas. Plus tard, en 1423, César Ouglesch, maître de Vrania, 
Inogocht et Préchovo, renouvela l'édit de Stéphan et fit don au 
monastère de Hilendar de la même église « Saint-Nicolas à Vrania 
ainsi que du village de Vrania ». On ne sait pas quand ni comment 
Vrania fut incorporé dans le sandjak de Kustendil. Le premier 
renseignement sur la ville et le fort de Vrania (Vraine . . . ein Schloss 
und Statt ist) nous est fourni par le voyageur Kouripechitch en 
1530. Hadji Chalfa note ce qui suit sur la ville: « Uyvarina (Iva- 
rina, Vrania), à deux jours de distance à l'ouest de Kustendil et à 
une bonne journée de marche d'Uskub, est situé au pied de la mon- 
tagne Karadagh, à seize journées de marche de Constantinople. C'est 
ici que se trouvent les fameux minerais de fer de Vlassina, dont 
on fait d'excellentes haches et des armes. » 1 

La ville s'appelait anciennement Goloubin ou encore Vérania, 
que les Turcs prononçaient par malice Verania, 2 en appuyant sur l'i. 

1 Iordan Ivanoff, la Macédoine septentrionale, p. 191. 

2 « Pravo », V e année, n° 33 du 12 octobre 1870, p. 135. Au sujet du nom « Goloubin » 
voir Al. S. Iovanovitch: Vrania et sa région le long de la Morava». « Delo», n° 19, 1898, 
p. 260. Il semble que le nom «Goloubin» ait été inventé par les Serbes zélés pour faire 
croire aux habitants de la ville qu'ils étaient d'origine serbe. Voici la révélation de cette 
mystification communiquée par Iovan H. Vassiljévitch sur la foi d'un récit du citoyen 
Hadji Christo: 

« Nous ne savions pas que Vrania s'appelait autrement que Vrania, mais des hommes 
savants nous ont raconté que Vrania s'appelait ((Goloubin)). — C'était à l'époque de 
l'insurrection hongroise; j'avais trouvé à Belgrade quelques négociants de Vrania, venus 
comme moi arranger leurs affaires commerciales. A l'auberge où nous étions logés il y 
avait aussi quelques hommes de Pantchévo. Ayant fait leur connaissance, nous leur dîmes 
que nous étions « de Vrania ». L'un d'eux nous répliqua que ce n'était pas Vrania, mais 
Goloubin qu'il fallait dire. Nous nous mîmes à leur prouver que chez nous on ne disait 



— 110 — 

Bien que Hadji Chalfa compte Vrania dans le sandjak de Kus- 
tendil, nous ne savons point si la ville fut jadis incorporée dans la 
principauté de Constantin qui comprenait Velbujd, Doupnitza, Trin, 
Préchovo, Jégligovo, Kratovo, Zlétovo, Chtip, Kotchani, Pianetz, 
Maléchévo, Melnik, Stroumitza, Radovich, Doiran, Boémia, Tik- 
vesch et Vélès. On sait seulement qu'à la mort de Constantin, Vra- 
nia, Préchovo et Inogocht restèrent au voyvode indépendant César 
Ouglesch qui prit part aux combats contre les Turcs en appuyant 
le despote serbe Stéphan. 1 

La ville de Vrania fut définitivement soumise par les Turcs le 
1er juin 1455. 2 Mais pendant toute la durée de la longue domina- 
tion turque, elle conserva sa physionomie de ville bulgare et sa popu- 
lation bulgare. De nombreux voyageurs étrangers le témoignent. 
Beaucoup de Serbes eux-mêmes la considéraient comme une ville 
bulgare avant l'époque où les ambitions impérialistes des Serbes 
portèrent les sentiments chauvins au-dessus de la vérité objective. 
Un rapide coup d'œil sur les matériaux historiques publiés à la fin 
de ce livre, ainsi que sur les ouvrages déjà tant de fois cités des hono- 
rables professeurs Iordan Ivanoff et Al. Ischirkoff suffit pour nous 
en convaincre. Si l'on pouvait parler d'une population autre que 
la population bulgare dans cette contrée, c'était la population alba- 
naise. Et jusqu'à la fin de la première moitié du siècle passé, les deux 
nationalités se trouvèrent constamment et parfois cruellement en 
lutte pour la prédominance. Il n'a jamais été, et il ne pouvait jamais 
être question de Serbes, parce qu'il n'y en avait pas à Vrania et il 
n'y en eut point jusqu'au jour où, à la suite des décisions du Con- 
grès de Berlin, cette ville, de même que celles de Nisch et Pirot, 



que « Vrania », non « Goloubin », mais un autre de nos interlocuteurs nous assura que la 
ville s'appelait Goloubin et il nous apporta une carte où effectivement, à côté du nom 
de « Vranian, figurait celui de « Goloubin ». Depuis, toutes les fois que nous en parlions 
à Vrania, nous soutenions devant tout le monde que le nom primitif de la ville était « Go- 
loubin »... en vérité, nous avions entendu dire à nos vieillards que « de tout temps » 
Vrania s'était appelé Vrania, tandis que Marcovo Kalé (Le rempart de Marco) s'appelait 
« Goloubinev Grad » du nom du voyvode Goloubin » qui y avait habité.» Il est donc facile 
de comprendre comment ce nom est parvenu au journal « Pravo ». Ce récit vient, d'une 
manière indirecte, à l'appui de notre assertion que c'est aux environs de 1848 qu'il 
convient de rechercher l'origine de la propagande serbe. Apport à l'histoire de la ville 
de Vrania et de ses environs par Iovan H. Vassiljévitch « Godichnitza de Nicolas 
Tchoupitch», livre XVI, 1896, p. 281-282. 

1 Iordan Ivanoff, p. 129-130. 

2 Militchévitch, p. 298. - Iovan H. Vassiljévitch, p. 286. 



— 111 — 

vit lier son sort à celui de la Serbie. On doit dire que la population 
bulgare souffrait beaucoup du fait des violences albanaises. Ses 
souffrances trouvaient souvent un écho sympathique dans la presse 
serbe. Le «Srbske Narodne Novine» rapportait que les Bulgares 
avaient été particulièrement molestés par la bande de Baba Véka; 
ce dernier ayant été tué près de Vrania, son frère avait pris le com- 
mandement de la bande. 1 Trois numéros plus loin, ce même jour- 
nal, après avoir souligné que «la bande albanaise continuait ses 
actes de férocité en Bulgarie », annonçait que les Albanais avaient 
pris d'assaut Vrania et contraint le pacha de s'enfuir à Bitolia et 
que, après avoir tout pillé, ils s'étaient dirigés sur Leskovetz dans 
le but de s'y approvisionner en vivres et en munitions. 2 

Ces atrocités albanaises, si fréquentes et si pénibles pour la 
population bulgare et quelquefois désagréables pour les autorités 
locales, étaient bien vues par le gouvernement ottoman qui y trou- 
vait un moyen d'opprimer les Bulgares et d'encourager l'immigra- 
tion des Albanais; ceux-ci, plus d'une fois, prêtèrent un concours 
précieux aux Turcs dans les moments de révoltes populaires, no- 
tamment lors de l'insurrection des régions de Nisch, Pirot et Les- 
kovetz en 1841. Toutefois la population bulgare ne se laissait pas 
aller au désespoir et elle continuait à lutter de toutes ses forces 
pour le maintien de sa nationalité que la ville sut conserver jusqu'à 
sa mise sous la domination serbe. 3 

Les dernières années du joug ottoman furent bien difficiles pour 
la ville, qui dut faire face à l'arbitraire des Turcs, aux pillages 
des Albanais et aux menées des Serbes et des Grecs qui s'étaient 
donnés la main pour terroriser sa conscience nationale bulgare. Mais, 
en dépit de ce régime intolérable, la population resta tellement atta- 
chée à sa nationalité que, lorsque le célèbre poète grec Stourdza, 
d'origine koutzo-valaque, retournant de Roumanie en Grèce par 
la voie de Belgrade et de la Macédoine, où il voulait faire la connais- 
sance de ses frères hellènes, demanda à son aubergiste à Vrania, un 
grec de l'Epire, quelle était, au point de vue de la nationalité, la 
population de la ville et de ses environs, le pauvre homme lui répon- 



1 « Serbske Narodne Novine », VII e année, n° 32 du 23 avril 1844, p. 126. 

2 « Serbske Narodne Novine», VII 6 année, n° 35 du 4 mai 1844, p. 138 — 139. 

3 Al. S. Iovanovitch reconnaît que lors de l'occupation de Vrania par les Serbes, 
la population s'y divisait en deux partis: bulgare et grec. « Délo », n° 20, p. 50 — 51. 
Vrania comptait alors 9000 habitants. Idem, n° 19, p. 259. 



— 112 — 

dit d'un air étonné qu'elle était profondément bulgare et qu'il n'y 
en avait pas d'autre tout le long de la route de Salonique: à Kou- 
manovo, Skopié (Uskub), Chtip, Vélès, Négotino et Koukousch. 1 

A Vrania, comme partout ailleurs en Bulgarie, les premières 
manifestations collectives de la nationalité bulgare commencèrent 
à l'apparition du mouvement pour l'indépendance religieuse et sco- 
laire. Les débuts de l'œuvre scolaire y remontent aux premières 
années du XIX e siècle. Les habitants de Vrania avaient donc de- 
vancé sous ce rapport bien des villes de la Mysie, de la Thrace et de 
la Macédoine, grâce à leur bien-être économique et à leurs voyages 
fréquents. On sait, en effet, que Vrania était de toute antiquité 
un centre industriel très réputé dont les produits des cordages, 
portés par les fabricants eux-mêmes, trouvaient un bon marché 
dans toute la Bulgarie et la Serbie. 

Le premier instituteur de Vrania fut un moine du monastère 
du Rilo, qui enseignait le psautier et le bréviaire. Ensuite vint le 
maître Anghelko de Samokow qui n'y exerça pas moins de 25 ans 
et qui passa quelque temps aussi à Vlassotintze. Il eut pour succes- 
seur Dimitre Popoff, de Vrania. Mais les habitants ne tiraient pro- 
bablement pas grand profit de l'école et de ses maîtres, car en 1852, 
le grand apôtre national Iordan Hadji-Constantinoff Djinot disait 
d'eux que c'était des «vieux Bulgares, ignorants, inconstants et 
superstitieux, qui se laissent tromper pour rien du tout, dignes d'une 
grande commisération, les Bulgares les plus perdus au monde, offi- 
ciant et lisant le bulgare, c'est-à-dire Pomaks: ni Bulgares ni Serbes ». 2 
Il n'y a pas de doute que cette rudesse des indigènes était à un haut 
point la conséquence de leurs relations commerciales avec la Serbie 
qui ne manquaient pas d'influer, dans une mesure plus ou moins 
large, sur leurs mœurs et leur conscience nationale. 

En 1858 3 on invita St. Kostoff, originaire du village de Cha- 
prantzi, près Vrania, et dès 1846 élève de Naïden Ghéroff à Philippople 
(Plovdiv), à venir enseigner à Vrania, mais il déclina l'offre, parce 
que les gens de Vrania étaient, comme il l'écrivait à Ghéroff (livre I, 



1 S. I. Verkovitch, Essai sur la topographie et l'ethnographie de la Macédoine, 
1889, p. 9. 

2 « Tzarigradski Vestnik », 1852, n° 95, p. 3. Djinot emploie ici le nom de Pomak 
dans le sens de rustre. — Iordan Ivanoff: Les Bulgares en Macédoine, p. 138. 

3 On trouve dans la revue tchèque « Kveti » une mention relative à l'existence 
d'une école à Vrania, ville de Thrace, en 1847. Voir le « Srbske Novine », XIV e année 
n° 23 du 21 mars 1847, p. 91. 






— 113 — 

p. 935 — 936 des archives de Ghéroff), peu conciliants et ingrats et 
qu'ils avaient un méchant évêque. A la suite du refus de Kostoff, 
le grand négociant Stamenko Torovelé s'adressa lui-même à Ghéroff, 
le priant de lui recommander des instituteurs pour sa ville. Ghéroff 
s'en référa à Iordan Nénoff, professeur très réputé, lequel désigna 
son frère Th. Nénoff d'Eléna et Ianko Thodcroff de Sopot, tous les 
deux anciens élèves de l'école de Philippople. Ces instituteurs inau- 
gurèrent l'enseignement mutuel à Vrania. 1 A la fin de l'année ils 
produisirent des examens publics qui eurent un excellent succès. 
Les examens portaient sur les matières suivantes : pour la quatrième 
classe : abrégé d'histoire bulgare, histoire religieuse, grammaire 
bulgare, catéchisme, géographie, calcul, comptabilité élémentaire, 
effets de commerce et calligraphie ; pour la troisième : « premières 
connaissances » (leçons de choses), catéchisme, calligraphie, calcul ; 
pour la deuxième: catéchisme élémentaire et lecture de Robinson 
Crusoe, calcul et écriture syllabique et enfin pour la première: 
* diverses moralités tirées des tableaux d'enseignement mutuel ». 2 
Nonobstant ces succès, les instituteurs ne purent se faire 
aimer de la population, celle-ci n'étant pas habituée à voir dans 
les maîtres des créateurs de l'avenir et dans l'école un temple du 
progrès et de la prospérité du peuple, d'autant plus que les intrigues 
des propagandes serbe et grecque minaient toutes les bonnes œuvres 
des habitants et des instituteurs. Voici, au reste, comment ceux-ci 
dépeignaient leur situation dans une lettre adressée à Savas Phila- 
rétoff à Sofia: 

« Bienveillant maître ! 

Nous vous remercions vivement de l'envoi des petits manuels 
de catéchisme. 

Nous vous avons trop importuné, maître, mais nous vous prions 
humblement de ne pas nous en vouloir des ennuis que nous vous 
causons. Nous n'avons que vous à qui dire nos chagrins qui nous 
font désespérer de la vie à cause des dissensions de Messieurs les 
citoyens et de leur acharnement contre l'école, contre notre pro- 
fession et contre notre honneur: animés d'un grand zèle pour la 
prospérité nationale, nous avons fait usage, en tenant compte de 
notre dignité, de différents bons procédés dont vous entendrez le 



1 Ischirkoff: Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. CXX. 

2 « Balgaria », II e année, n° 76 du 31 avril 1860, p. 372. 



— 114 — 

récit de l'homme qui vous portera la présente lettre. Mais cela ne 
nous a aidés à rien, parce que les gens d'ici sont à tel point étranges 
qu'ils n'ont pas leurs pareils; ils veulent que leurs enfants s'ins- 
truisent à l'école, mais qu'ils n'y soient pas punis alors même qu'ils 
refuseraient d'obéir à leur maître qui, à leurs yeux et suivant l'édu- 
cation et les explications reçues de leurs parents, n'est qu'un servi- 
teur de la ville et, comme tel, ne doit pas punir les enfants avant 
d'en demander la permission aux pères. Mais d'où vient cela? De 
ce que depuis vingt-cinq ans rien de bon n'a été accompli ici: l'ins- 
tituteur faisait de l'école une salle de café où l'on jouait aux cartes 
en fumant des pipes et en buvant de l'eau-de-vie. C'est ce que nous 
avons trouvé en arrivant ici et le porteur de la lettre ne pourra 
pas vous dissimuler que ces gens-là, et jusqu'aux tuiliers mêmes, 
n'allaient pas au cabaret sans s'y faire accompagner par le maître 
d'école. On trouve que nous sommes mauvais, parce que nous avons, 
dès le premier jour, refusé d'approuver ces pratiques. Nous vous 
avons déjà écrit précédemment que l'école se trouve au-dessous de 
la chambre de l'évêque et l'eau coule quelquefois sur les bancs, 
tandis que les fenêtres sont toujours entachées d'eau de lessive, ce 
qui nous fait coller tous les matins du papier aux carreaux, lesquels 
n'ont pas de vitres. Le poêle est tellement délabré que la salle se 
remplit de fumée qui nous gonfle les yeux et jaunit le papier des 
fenêtres toutes les fois qu'il brûle, encore faut-il que nous allumions 
nous-mêmes le feu. L'église est en face, ce qui fait que, quand nous 
avons l'âme trop lourde de chagrin, nous pouvons y aller pleurer 
notre vie. L'école n'a point de vestibule et les enfants laissent leurs 
souliers dans la salle. La nuit, nous ne pouvons dormir à cause des 
chiens de ... . dont la niche se trouve tout près de notre chambre. 
Il y a de plus dans la cour, une fontaine à laquelle la moitié des habi- 
tants de la ville vont puiser de l'eau: tous ceux qui y viennent ne 
manquent pas de faire des trous aux papiers des carreaux pour re- 
garder dans la salle. D'ailleurs il vient beaucoup de monde chez 
l'évêque; chaque visiteur demande qui est monsieur l'instituteur et 
si nous ne lui répondons pas, il ne laisse pas de nous injurier. Si 

quelqu'un meurt, il faut toujours, sur l'ordre de qu'une 

partie des élèves aillent chanter les psaumes. Nous savons que nous 
n'avons pu tout vous dire, le temps nous faisant défaut; mais nous 
vous prions, cher maître, de nous désigner une autre place, si vous 
en avez une quelque part, parce que nous pouvons quitter avant 



— 115 — 

la fin de l'année. Nous les avons loués auprès de V. en disant qu'ils 
voulaient bâtir une école, mais nous avons mal fait. Monsieur Sta- 
menko, qui vous portera la lettre, est plus sensible que les autres, 
car les autres disent: «ici, c'est Vrania ». 

La lettre est signée aux initiales des instituteurs T. N. et I. T. 1 

On le voit, une grande partie des déboires des instituteurs était 
due à l'évêque. Ischirkoff affirme qu'en dépit de l'hostilité de ce 
dernier, Th. Nénoff resta 6 ou 7 ans à Vrania, 2 mais, suivant une 
correspondance du journal «Makedonia » 3 dont l'auteur expose les 
actes de Mgr. Paissy, il s'enfuit à Philippople, d'où les habitants 
de Vrania le rappelèrent trois ans plus tard, pour être de nouveau 
molesté par l'évêque. 

Une grande difficulté pour les instituteurs était de se procurer 
des manuels à l'usage des élèves, les citoyens montrant peu de dis- 
positions à faire des dépenses pour l'instruction des enfants, alors 
que les agents de la propagande serbe leur offraient gratuitement 
des livres, afin d'affermir chez eux l'idée qu'ils appartenaient à la 
race serbe. En présence de l'opposition sournoise de la propagande 
serbe, des menées de l'évêque et de l'ignorance foncière de la popu- 
lation, la conduite des pauvres instituteurs malmenés qui luttaient 
de toute leur force contre l'adoption des manuels serbes et pour le 
maintien des manuels bulgares ne laisse pas d'être héroique. 4 

Après les noms de Th. Nénoff et Ianko Thodoroff, on mentionne 
celui de Th. Manastirski. Selon une correspondance du journal 
« Tourtzia », Manastirski fut le premier organisateur des écoles de 
Vrania. C'est à lui qu'on attribue la création d'une école de jeunes 
filles qui fut fondée en 1864, mais que l'on dut fermer l'année sui- 
vante, par suite de l'ignorance et de l'insouciance des habitants 
qui ne voulaient pas subvenir aux frais d'entretien. L'instituteur 
en avait dirigé gratuitement les cours pendant la courte période de 
son existence. L'école de garçons n'était pas plus satisfaisante, les 
élèves n'y restant pas tout le temps prévu et interrompant souvent 
leurs cours pour aider aux occupations de leurs parents. Et si elle 
ne fut pas fermée également, on le dut à Stamenko Stomeff, Hadji 
Christo Taloff, Talio Stéphanoff, D. Milenko, T. Apostoloff, Iané 



1 Archives de Naiden Ghéroff, t. II, p. 118-119. 

2 Ischirkoff, p. CXX. 

3 « Makedonia », III e année, n° 46 du 18 octobre 1869, p. 3. 

4 « Balgaria », I re année, n° 42 du 9 janvier 1860, p. 167. 



— 116 — 

Vlaentché, G. Chr. Bonéchévitch et D. L. Betchki. Plusieurs négo- 
ciants de Serrés et un savant négociant de Belgrade, Thodor Sréto- 
vitch, qui posait les questions aux élèves, assistèrent aux examens 
de fin d'année, lesquels durèrent deux jours et furent accomplis 
avec une pompe qu'on n'avait vue qu'à la fête des apôtres natio- 
naux Cyrille et Méthode, pour la première fois célébrée l'année pré- 
cédente. 1 

L'année suivante, on inscrivit au programme scolaire l'enseigne- 
ment de la langue turque. Les élèves les plus âgés y comprenaient 
déjà quelque chose, comme on le vit aux examens. Mais les parents 
restaient toujours négligeants; ils se souciaient peu de savoir si 
leurs enfants avaient fréquenté l'école pendant toute l'année scolaire. 2 

Non habitués à tout recevoir de la main généreuse des propa- 
gandistes serbes, 3 les habitants de Vrania attendirent l'assistance 
de leurs connationaux bulgares, mais aucun secours ne leur venait 
de nulle part. Ils s'adressèrent enfin aux patriotes bulgares, les 
priant d'imiter l'exemple donné par N. M. Tochkovitch qui aidait 
à l'entretien de bon nombre d'écoles de jeunes filles en Bulgarie et 
exprimant le vœu que «quelqu'un les rendît heureux en entretenant 
une école de jeunes filles » à Vrania. Ils motivaient cet appel en 
disant qu'ils devaient 100,000 piastres pour l'église bâtie en 1858 
et qu'ils avaient de la peine à subvenir aux frais de leur école de 
garçons, dénuée de cartes, de globes, de bibliothèques, etc. Et ils 
concluaient ainsi: «Aujourd'hui nous bravons, un bandeau noir 
aux yeux, la honte de mendier devant tout le peuple bulgare l'assis- 
tance susmentionnée pour l'instruction de nos concitoyens et dans 
l'espoir que la fortune ne nous trompera pas, nous exposons nos 
besoins devant votre communauté patriotique. » 4 Enregistrant cet 
appel, Slavéikoff disait, tout en faisant don d'une dizaine de livres, 
que chaque ville, si elle voulait prospérer, ne devait s'appuyer que 
sur elle-même et, avant tout, bâtir des écoles, non des églises. 5 

1 « Tourtzia », II e année, n° 5 du 7 août 1865, p. 19. 

2 « Tourtzia », III e année, n° 15 du I re octobre 1866, p. 3. 

3 En 1868, le ministre de l'instruction publique de Serbie envoya à la communauté 
de Vrania 1680 livres-abécédaires, manuels d'histoire sainte, catéchismes, livres de lecture 
manuels d'histoire serbe, grammaires serbes, manuels de géographie avec la carte de la 
Vieille Serbie, etc., que les habitants brûlèrent. « Makedonia », II e année, n° 31 du 29 juillet 
1868, p. 3. — «Dounavska Zora», I re année, n° 29 du 1 er juin 1868, p. 108 — 
«Makedonia», III e année, n° 22 du 26 avril 1869, p. 4. 

4 « Tourtzia », III e année, n° 39 du 25 mars 1867, p. 2 — 3. 

5 « Makedonia», I re année, n° 18 du 1 er avril 1867, p. 3 — 4. 



— 117 — 

Tout de même, le plus grand malheur des gens de Vrania ne 
fut pas leur pauvreté, pas même leur ignorance, mais le vicaire 
Paissy qui était prêt à tout pour se maintenir dans son évêché. 
Quoique Bulgare, né à Koukousch, il s'était déclaré l'ennemi acharné 
de sa nation, vouant au mépris sa langue nationale et ses propres 
parents à la mort misérable. 1 Dans son désir de s'assurer une situa- 
tion stabilisée, il avait d'abord essayé d'attirer à lui les notables de 
la ville, 2 et, en l'absence de Grecs et de Grécisants, il avait donné 
tout son appui à la propagande serbe qui prenait des proportions 
de plus en plus grandes. Ces menées se heurtaient, naturellement, 
à l'opposition irréductible des maîtres d'école et ceux-ci surent souvent 
déjouer ses projets, malgré sa grande habileté et malgré l'amitié qui 
le liait au gouverneur Midhat pacha. 

C'est encore aux maîtres d'école qu'était due l'obstination avec 
laquelle Vrania demandait une église bulgare autonome dès la 
première apparition de l'idée d'indépendance religieuse. A preuve, 
ie mémoire d'Ouzoundjovo du 15/27 septembre 1860, signé de nom- 
breux négociants ayant pris part à la foire de cette bourgade, dont 
six de Vrania, et remis au sultan Abdul Medjid. Les signataires de 
ce document déclaraient qu'ils avaient renié le patriarcat grec et 
qu'ils ne reconnaissaient plus les évêques installés de force dans les 
diocèses peuplés de Bulgares. 3 

En 1866, on nomma instituteur Nicolas Chichédjieff, né à Sopot, 
élève de Iordan Nénoff et de Botiu Pétkoff et qui avait précédemment 
enseigné trois ans à Kalofer et quatre ans à Tatar-Pazardjik. Celui-là, 
par ses manières affables et plus encore peut-être par son chant 
excellent à l'église, les jours de messe, gagna l'amour de toute la 
population. Deux années après, en 1868, Mgr. Paissy fut élu mé- 
tropolite de Skopié, ou plutôt il réussit à s'y imposer. 4 Aussitôt, 
le dépit de n'avoir pas pu faire fléchir les instituteurs de Vrania, 
dans l'impossibilité d'introduire le grec dans les écoles de la ville 
où l'on enseignait en bulgare, lui fit ouvrir toutes grandes les portes 
à la propagande serbe. 5 Tout d'abord il essaya de remplacer les 



1 « Tourtzia », II e année, n° 33 du 5 mars 1866, p. 135 — 136. 

2 « Balgaria », II e année, n° 75 du 24 août 1860, p. 356. 

3 « Balgaria », II e année, n° 81 du 5/17 septembre 1860, p. 442. 

4 V. Kantchoff : Iordan Hadji Constantin Djinot, p. 17. 

5 V. Kantchoff: La ville de Skopié, Périoditchesko Spissanié, livre LV— LVI, 
p. 143-149. 



— 118 — 

maîtres bulgares par des maîtres serbes; et il y réussit en partie, 
grâce à ses relations avec le ministre de l'instruction publique serbe 
et grâce aussi à l'aveuglement des autorités turques qui ne se ren- 
daient point compte de la conduite des despotes phanariotes et du 
rôle qu'ils jouaient dans les conseils de Belgrade et d'Athènes. Des 
instituteurs serbes vinrent à plusieurs reprises à Vrania attirer les 
enfants en leur faisant de larges distributions de livres. Les citoyens 
de la ville, mis en garde par cette affluence de livres serbes si géné- 
reusement distribués par le ministre de Belgrade, adressèrent immé- 
diatement à la Porte une requête recouverte d'un très grand nombre 
de signatures, où ils dénonçaient la conduite néfaste de l'évêque à 
l'égard du peuple bulgare et à l'égard de l'Etat ottoman et protes- 
taient en même temps contre «toute entente avec le Phanar.» En même 
temps, ils décidèrent de sommer l'igoumène (le supérieur du monastère) 
de Saint-Prohor de la Ptchinia de leur rendre compte des revenus 
et des dépenses ce que l'igoumène avait cessé de faire sur le conseil 
de l'évêque. Ils lui mandèrent même quatre hommes de Nisch pour 
le faire comparaître devant le tribunal; d'autre part ils fermèrent 
le palais episcopal à l'évêque, forçant celui-ci d'aller loger à l'auberge. 1 
De son côté, l'évêque incita les paysans à bâtonner les envoyés de 
Vrania dès qu'ils iraient au couvent pour en vérifier les comptes, ce 
qui serait arrivé si ceux-ci n'avaient pas réussi à prendre la fuite. 
Cela fit scandale et le gouverneur de Nisch chargea le nommé Kirousch 
effendi d'enquêter l'affaire. 2 

La jeunesse scolaire de son côté, pour faire face à la pluie de 
livres serbes, adressa un appel, demandant des livres bulgares. « Nous 
serons bientôt débordés de livres serbes, » disait-elle et elle s'en prenait 
à ses parents qui avaient laissé grandir le parti serbe composé seule- 
ment de quatre hommes « à la solde de l'évêque » et déclarait qu'elle 
ne laisserait pas renvoyer le maître Chichédjieff que l'on accusait 
d'avoir incité la population à chasser l'évêque, alors que tout le 
monde savait que le peuple, révolté par les actes du prélat, s'était 
soulevé contre son pasteur indigne. 3 

Le premier instituteur serbe fut un sujet autrichien, officier de 
réserve, à qui le gouvernement serbe payait la moitié de son traitement. 
Il ne resta que deux ou trois mois à Vrania. En guise de protestation 

1 « Pravo », IV e année, n° 30 du 20 septembre 1869, p. 119. 

2 « Pravo », IV e année, n° 40 du 29 novembre 1869, p. 160. 

3 « Pravo », IV e année, n° 39 du 22 novembre 1869, p. 154. 



— 119 — 

contre la présence de cet intrus, Ghichédjieff quitta la ville et alla 
s'établir à Koumanovo, d'où les gens de Vrania le rappelèrent trois 
semaines plus tard. Les Serbes firent nommer alors un certain 
Zacharie de Ghiliani qui avait, à leurs frais, terminé les cours du 
séminaire de Belgrade, mais lui non plus ne put se maintenir long- 
temps. Vint ensuite le nommé Joseph Kostitch, qui avait étudié à 
Sambor. Celui-là était prêt à s'engager pour un traitement de 300 
piastres par an, mais il fut écarté par Chichédjieff, parce qu'il voulait 
enseigner en serbe; après quoi Kostitch s'en alla à Leskovetz où il 
prit la succession du maître Siméon de Sofia, qui venait de suc- 
comber aux suites d'une angine après avoir, douze années durant, 
enseigné dans cette ville. 1 

La propagande montra une grande recrudescence d'activité à 
l'époque de l'apparition, en Bulgarie, de la lutte pour l'indépendance 
religieuse. Les évêques grecs ne reculaient devant aucun moyen pour 
enrayer le mouvement national. Leur lutte fut la plus facile dans 
les régions limitrophes de la principauté de Serbie, où ils trouvaient 
un auxiliaire précieux dans la personne des agents du serbisme, 
largement payés par le gouvernement serbe et où ils rencontraient 
une résistance relativement faible. Mgr. Paissy, homme malin et 
rusé, connaissait bien son milieu. Voilà pourquoi son premier soin 
dans la question religieuse fut non seulement d'encourager l'influence 
serbe, mais de créer un parti serbe renforcé par des Bulgares renégats, 
dont il voulait se servir pour paralyser l'élan national du peuple. 
Il réussit à gagner à lui quelques-uns des plus considérables né- 
gociants bulgares de la ville qui avaient besoin de son crédit. Son 
influence s'étendit même au notable Stamenko Torovélé qui avait, 
jusque là, travaillé avec un zèle si ardent au progrès de l'instruction 
bulgare à Vrania. A en juger par une lettre de l'instituteur St. Kostoff 
à Naïden Ghéroff, l'apostasie nationale de ce Torovélé fut assez 
sensible à ses concitoyens, fermement attachés à leur nationalité. 
Kostoff écrivait en effet: « Il serait bon, si cela ne vous déplaît, 
que vous expliquiez en détail à M. Stamenko ce qu'est la question 
bulgare et l'utilité pour le peuple d'acquérir une Eglise indépendante 
et que vous lui persuadiez de consentir à imiter ses autres compa- 
triotes dans le désir de s'unir aux Bulgares et de se détacher du 
patriarcat, parce qu'il n'y consent point. Je vous prie de ne pas 



1 Ischirkoff, p. CXX-CXXI. 



— 120 — 

lui dire que je vous ai écrit à ce propos &. 1 Mais il paraît que Ghéroff 
ne put exercer aucune influence sur ce renégat, qui ne se soucia 
même pas de la critique acerbe que les journaux firent de sa con- 
duite. A sa suite, deux autres individus, Th. Tchapl et Mit. Magd. 
ainsi que « les deux monstres Tzintzares Talio et Tomtchio » passèrent 
du côté de l'évêque. L'exaspération de la population grandit à tel 
point que les enfants mêmes se divisèrent en deux partis et ils se 
battaient dans les rues en criant les uns « nous sommes Bulgares » 
et les autres « nous sommes Serbes. » 2 

Tout cela n'empêcha cependant pas les habitants de renoncer 
au patriarcat en 1869. Et lorsque, le 3/15 mars de cette même année, 
on reçut simultanément de Nisch et de Skopié l'avis télégraphique 
que la question religieuse venait d'être tranchée, une grande fête 
fut organisée. Le lendemain, la population, toute à la joie du tri- 
omphe national, se rendit à l'église rendre grâces à Dieu et Chiché- 
djieff tint un discours patriotique. On se faisait des visites et on 
se félicitait réciproquement de la victoire remportée. On but pas 
mal de vin, dit le correspondant du « Pravo », en l'honneur du sultan. 
A la seconde messe de Pâques, Chichédjieff donna lecture du Firman 
impérial dont une copie avait été envoyée par la communauté de 
Skopié. Comme un concile bulgare devait se réunir à Constantin ople, la 
ville décida immédiatement de s'y faire représenter par l'archimandrite 
Dionissy. En même temps, elle avisa le gouvernement qu'elle ne 
laisserait pas entrer dans l'évêché Mgr. Paissy à qui un ordre du vali 
avait prescrit de livrer au peuple les livres de compte du monastère 
Saint-Prohor de Ptchin. A la suite de cette attitude de la population, 
les amis de l'évêque lui préparèrent un appartement dans une maison 
turque. 3 

L'évêque conçut le projet de s'en venger en faisant croire au 
gouvernement ottoman que la population de Vrania avait des ten- 
dances séparatistes et voulait s'unir à la Serbie, 4 et en demandant 
la révocation de Chichédjieff, contre lequel il adressa une plainte au 
vali de Prizren. 5 La plainte était contre-signée par quelques-unes 
de ses créatures, ce qui donna du courage à l'instituteur serbe. Celui-ci 



1 Archives de Naïden Ghéroff, t. I. p. 969-970. 

2 « Pravo », IV e année, n° 46, du 10 janvier 1870, p. 184. 

3 « Pravo », V e année, n° 16 du 15 juin 1870, p. 63. 

4 D. P. Pandoff. La ville d'Uskub, p. 35. 

5 « Pravo », IV e année, n° 45 du 3 janvier 1870, p. 180. 



- 121 — 

disait, dans une lettre, qu'on entendrait bientôt parler la langue serbe 
à Vrania et il en escomptait déjà le bénéfice. De fait, le gouvernement 
serbe lui envoya un costume nouveau. 1 

En attendant, Mgr. Paissy s'oubliait de plus en plus. Ses méfaits 
suivaient interminablement les uns après les autres, au grand scandale 
des honnêtes gens. Presque tous les journaux bulgares de l'époque 
s'en occupèrent. Les uns l'accusaient d'avoir fait forcer les portes 
de l'église pour célébrer les funérailles d'un Valaque. 2 Les autres 
de percevoir des taxes illégales, 3 d'autres encore d'exciter les villa- 
geois à battre les citadins etc. etc. C'est encore lui qu'on tenait 
responsable de l'arrestation et de l'incarcération, à Skopié, du 
délégué de la communauté bulgare de cette ville, Traiko Kurkchi, 
porteur d'une adresse de reconnaissance de la part de la population 
du diocèse pour la constitution de l'Exarchat et lequel avait disparu 
sans laisser aucune trace au retour de Vrania, où il était allé faire 
signer l'adresse par les habitants de la ville et de la région. 4 

N'ayant pas réussi par la voie des menaces, les amis de Paissy 
et les membres de la propagande serbe changèrent de tactique. Ils 
voulurent exploiter les moyens de subsistance de la population. Ainsi 
Stamenko Stomeff Torovélé expliquait aux paysans du village de 
Levossoë, que la malédiction du patriarche ferait disparaître la 
fertilité des champs ce qui réduirait les paysans à la famine. 
Comment feraient-ils alors pour payer les dettes de l'exarchat à peine 
institué? Aussi, les pauvres gens consentirent-ils à signer une pé- 
tition par laquelle il déclaraient vouloir rester sous la juridiction du 
patriarcat et reconnaître pour chef religieux Mgr. Paissy. C'est 
seulement grâce à cette manière d'agir que la pétition préparée en 
secret fut recouverte des sceaux d'un quartier de Vrania, Tabakhané, 
et des deux villages de Levossoë et Kouchitza. Les habitants de 
Tabakhané, en apprenant que le sceau de leur quartier avait été 
posé au bas de la déclaration patriachiste, protestèrent auprès de la 
communauté et celle-ci fut immédiatement convoquée en séance. Le 
commissaire du quartier en question Ghéorghi Koupous, nia avoir 
fait usage du sceau communal pour le document incriminé et l'on 
apprit avec une grande stupéfaction qu'il avait été invité, à la Saint 



1 « Tourtzia », VI e année, n° 39 du 14 novembre 1870, p. 3 — 4. 

2 « Tourtzia », VI e année, n° 39 du 14 novembre 1870, p. 3 — 4. 

3 « Makedonia », III e année, n° 46 du 18 octobre 1869, p. 3. 

4 « Tourtzia », VIII» année, n° 23 du 22 juillet 1872, p. 3. 



— 122 — 

Nicolas, chez un certain Costa Magdin où, après l'avoir enivré, on 
lui avait pris le sceau Quant au sceau du village de Kouchitza, 
c'est le pope Dimitre P. Antoff, connu par ses malversations au 
monastère Saint Prohor, qui l'avait procuré aux agitateurs patriar- 
chistes. Dès que l'affaire fut éclaircie, la population adressa immé- 
diatement une protestation télégraphique au vali à Prizren et une 
autre aux journaux bulgares à Constantinople « afin, disait-on, que 
le patriarcat grec et son profanateur des lois Paissy s'assurent que 
nous les avons reniés depuis longtemps et que nous ne voulons plus 
entendre parler d'eux ». 1 Un des auteurs de la pétition était aussi 
le nommé Chariton Mikoff qui, comme Stamenko Torovélé, avait 
eu à cœur la bonne conduite de nos affaires religieuses et scolaires 
et dont le père était mort à Kutahieh, en Asie-Mineure, victime des 
calomnies de Paissy et de ses comparses, Constantin Torovélé et 
Apostol Chr. Schpirtossan. 2 

En dépit de toutes ses manœuvres, l'œuvre religieuse et scolaire 
à Vrania n'en continua pas moins de progresser. Les menées serbo- 
grecques ne firent qu'aviver la résistance des Bulgares, résolus à 
avoir le dernier mot dans la lutte engagée. Si l'on en croit les cor- 
respondances des journaux, c'est après 1870 3 que l'organisation des 
écoles commença à s'affermir à Vrania, où cependant le serbisme 
avait réussi à gagner la population de quelques uns des villages 
environnants et à en chasser les instituteurs bulgares. Rien ne tenait 
contre Chichédjieff. Les agents serbes, toutefois, ne perdaient pas 
courage.' Et leur instituteur Vikenty, 4 qui se croyait sûr de la victoire 
sur son adversaire, en goûtait déjà les délices, se vantant, aux dires 
d'un correspondant qui avait eu sous les yeux une lettre de lui, que 
les plus honorables familles l'accueillaient comme un bon parti de 



1 Edition spéciale du « Pravo », VII e année, n° 49 du 13 février 1873, p. 2. 

2 Edition spéciale du « Pravo », VIII e année, n° 1 du 30 mars 1873, p. 3. 

3 « Pravo », V e année, n° 33 du 12 octobre 1870, p. 135. 

4 L'instituteur de Vrania, Vikenty Dimitriévitch était originaire de Prichtina. Il 
avait fait ses études au séminaire de Belgrade; il était de constitution physique faible et 
mourut peu après des suites d'un refroidissement. Il eut pour successeur Miloiko Vesse- 
linovitch, né à Déligrad, sorti de la cinquième classe de l'école de Belgrade. Bien qu'il 
eût pour mère une femme de Pirot, il devint par la suite un grand agitateur du serbisme 
en Macédoine. L'école serbe de Vrania était entretenue aux frais de l'Etat serbe, par 
l'intermédiaire du comité fondé par Ristitch pour la propagande serbe dans les régions 
de la Morava Bulgare et en Macédoine et qui avait pour président l'archimandrite Dout- 
chitch et pour membres le professeur P. Sretchkovitch et Milosch Milojévitch, tandis 
que l'école bulgare était entretenue par la communauté de la ville. — Ischirkoff, p. CXXII. 



— 123 — 

mariage, qu'avec le concours de l'évêque serbophile il allait chasser 
Chichédjieff et que grâce à la conduite de ce même évêque le diocèse 
n'adhérait pas à l'exarchat et serait réservé par lui « à passer sous la 
domination de la Serbie, ce qui s'accomplirait bientôt. » Le même 
correspondant rapporte que l'instituteur à Prichtina était un officier 
serbe. 1 

A la même époque la ville de Vrania et ses habitants virent 
grandir l'intérêt que leur témoignaient les Bulgares des autres con- 
trées. Le mérite en revenait pour une bonne part à la sollicitude 
de la Confrérie macédonienne de Constantinople qui réussit à leur 
procurer un certain nombre de livres qu'elle avait obtenus de quelques 
donateurs, pour leur permettre de lutter avec succès contre l'af- 
fluence des livres serbes, distribués à profusion. 2 Ce fut une lutte 
entre une moleste œuvre privée surgissant au milieu d'un peuple 
asservi, et un Etat doté de tous les organes et de toutes les ressources 
nécessaires à la réalisation de sa tâche et dans laquelle la victoire 
resta à celui qui, dans sa faiblesse, s'appuyait sur le sentiment national 
de la population. 

Si l'on veut se rendre compte de l'état où se trouvait l'école 
bulgare à Vrania et de la peine que causait aux Bulgares l'apostasie 
nationale de quelques uns de leurs frères, on n'a qu'à lire la cor- 
respondance suivante adressée par le comité scolaire de la ville au 
journal « Pravo » à propos des examens de fin d'année et que nous 
publions intégralement : 

«Vrania, le 25 août 1873. 
Monsieur le Directeur, 

Nous venons par la présente, un peu tard, il est vrai, vous aviser 
des examens des élèves de l'école bulgare qui ont été inaugurés le 



1 «Tourtzia» VII e année, n° 4 du 13 mars 1871, p. 3—4. 

2 Voici les noms de ces donateurs. Nous les citons tous parce que nous estimons 
que toute œuvre, aussi modeste soit-elle, déposée sur l'autel de la patrie doit conserver 
au moins le nom de son auteur: Iv. Naidenoff, Chr. Arnaoudoff, G. Groueff. D. P. Ivanoff, 
Pétar Schouleff, Nicolas Vazoff, Ivan Govédaroff, Nicolas Mintcheff, Nicolas Thodoroff, 
Pétar Karapétroff, Thodore Ilieff, Patiu Kraiovski, Dimitre Djéferoff, Lucas Moravénoff, 
Dimitre Kalougherovski, Ivan Vapiroff, Marine Kresteff, Dimitre Roussévitch, Lucas 
Djékoff, Mitiu P. Nédelkovitch, Ghéorghi J. Popoff, Dimitre Tochkovitch, Ignace Tzvét- 
koff, Christo Péhlivanoff, Lazar N. Dagoroff, Pavel Bobecoff, Kresto Iv. Pironkoff, 
Dimitre Pénkoff, Joachim Dratzkoff et Constantin N. Kapanoff. 

Edition spéciale du « Pravo », VIII e année, n° 23 du 20 août 1873, p. 4. 



— 124 — 

13 juillet en présence des fonctionnaires gouvernementaux de la 
ville, de plusieurs Turcs notables et d'une assistance populaire très 
nombreuse dans laquelle on remarquait quelques Grecs et Bulgares 
étrangers auxquels nous avions fait parvenir des invitations spéciales. 
Les examens commencèrent par des prières pour la vie de S. M. S. 
le Sultan Abdul Aziz notre maître, récitées par un garçon et une 
fillette assez gentille et appliquée, du nom de Théodora Ghéorghieva. 
Ensuite, notre instituteur N. M. Chichédjieff prononça un discours 
assez émouvant où il fit voir les avantages résultant de l'instruction 
et de la bonne entente. Il s'appliquait soigneusement à inspirer 
chez tous ceux qui l'écoutaient des sentiments de paix et d'amour 
et il dit en terminant que s'il était lui la cause des désaccords qui 
régnent ici, il demandait à être congédié et qu'il se soumettrait avec 
joie à notre volonté. Le discours de l'instituteur fini, les élèves 
chantèrent d'une voix douce une chanson turque, après quoi les 
examens commencèrent. 

D'abord on examina les élèves les plus avancés en histoire otto- 
mane, en calcul et en histoire générale et l'assistance fut assez satis- 
faite du succès réalisé. Les examens des classes durèrent trois jours 
et portèrent sur les sciences suivantes : catéchisme, histoire bulgare, 
narration littérature, arithmétique et géographie pour les trois classes 
supérieures. Les réponses furent satisfaisantes pour tout le monde, 
ce qui montre que le travail assidu de l'instituteur et l'application 
des élèves avaient été grands; nous les encourageâmes à travailler 
encore mieux à l'avenir. On examina ensuite les élèves de l'école 
primaire. Ceux-là aussi donnèrent des réponses très bonnes, grâce 
au zèle déployé par nos deux jeunes concitoyens, adjoints de Chiché- 
djieff, à savoir Tzvetko Christoff et Thomas Pétroff, qui ont con- 
sacré beaucoup de soins au développement des garçons. 

Nous avons été très peines de l'absence de ceux de nos con- 
citoyens qui se séparent de la communauté et la couvrent de mépris, 
ce qui n'est pas une bonne chose, nous ne savons plus comment 
nous reconcilier, car nous leur avons fourni de nombreuses occasions 
à une reconciliation, mais ils suivent une autre voie, qui est une voie 
sans issue et ne veulent même pas entendre parler de nous. Nous 
avouons que la faute n'en est pas à nous et nous agissons, aujourd'hui 
encore, avec un cœur pur et sans aucune intention de nous appro- 
prier ou de ruiner les biens publics, à quoi nous ne voulons pas même 
penser. 



— 125 — 

Nous osons vous dire avec fierté que les examens de l'école 
bulgare ont été élogieusement enregistrés par le journal « Prizren », 
organe officieux du gouvernement de notre vilayet. 

S. E. le Vali Pacha (Husni Pacha) veille soigneusement à la 
tranquillité et au calme de la raya soumise au Sultan dans le vilayet 
de Prizren. Que Dieu prolonge la vie à pareils fonctionnaires im- 
périaux. Nous avons aussi un nouveau caimacam, qui se montre 
très appliqué dans les affaires impériales. 

La population désire vivement et prie Dieu que le gouvernement 
Impérial prête l'oreille à la sollicitation que nous avons tant de fois 
exprimée par des pétitions et des télégrammes à L. L. A. A. le Grand- 
vizir et le Ministre des Affaires Etrangères et à Sa Béatitude l'Exarque, 
de nous envoyer un moment plus tôt l'évêque Sa Grandeur Mgr. 
Dorotée, nommé par S. B. l'exarque, parce que nos affaires ecclé- 
siastiques se trouvent dans le plus grand désordre; nous ne savons 
pourquoi nos prières ne sont pas prises en considération. 

Une autre fois nous publierons autre chose encore afin que le 
public ait des nouvelles de nos régions. 

Comité ecclésiastique. Signé : Pope Nicolas Christoff »* 
(Sceau de la communauté) 

Toutefois, le public bulgare, tout occupé des luttes religieuses 
qui se prolongèrent encore longtemps après l'institution de l'exarchat, 
ne pouvait pas prêter une assistance sérieuse à ses concitoyens de 
Vrania, d'autant plus qu'il ne disposait ni d'une littérature tant 
soit peu considérable, ni de forces intellectuelles disponibles. Or. 
précisément ces trois facteurs: l'argent, les livres et les hommes 
d'élite concourent non seulement à la conservation de la nationalité 
d'une population, mais encore à l'assimiliation de nationalités étran- 
gères auxquelles on inculque les sentiments qu'on veut leur 
donner. Voici comment Chichédjieff décrit ce conflit tel qu'il le 
voyait chez les habitants pleinement ou même à demi conscients 
de leur nationalité avec les agitateurs serbes qui n'étaient que trop 
. préparés à leur tâche propagandiste. 

«Vrania, le 28 août 1873. 

Si ce pays n'a pas l'honneur d'être visité par les plus instruits 
de nos Bulgares pour qu'ils comprennent sa situation historique, 

1 Edition spéciale du « Pravo », VIII e année, n° 28 du 24 septembre 1873, p. 2. 



— 126 — 

par contre nos frères congénères les Serbes, et leurs savants surtout, 
ne laissent pas échapper une occasion de venir visiter jusqu'à l'église 
la plus perdue, jusqu'au monastère le plus délabré, jusqu'aux ruines 
les plus désolantes. Il est bon qu'ils tâchent d'étudier l'antiquité 
slave, mais leur sincérité et leur sens des réalités historiques étant 
loin de ce but, ils veulent faire croire, sans en ressentir aucune honte, 
que tout manuscrit et toute antiquité qu'ils découvrent sont serbes. 
Un de ces écrivains serbes, le plus partial peut-être, est M. M. Milojé- 
vitch qui s'efforce de prouver dans ses ouvrages par des arguments 
tirés même du fond du globe, que le peuple serbe est apparu le premier 
sur la terre. Il ne serait pas étrange si bientôt il écrivait un livre 
pour démontrer que Dieu est Serbe et cela est possible, étant donné 
l'abondance des preuves dont il a rempli ses ouvrages: «Fragments 
d'histoire de la Serbie et des Serbes, » « Terres yougoslaves en Turquie 
et en Autriche» et «Voyage de la Vraie Vieille Serbie, » que nos savants 
et en particulier M. Marine Drinoff, semblent ne pas avoir eu l'honneur 
de voir et de lire et d'en faire la critique historique. Je les recommande 
à l'attention de tout le monde et je viens à l'objet de cette lettre. 

Un autre savant serbe M. Srétkovitch, professeur de philosophie 
à Belgrade, a passé hier à Vrania; j'ai eu l'honneur de le voir et 
de faire sa connaissance pour entendre quelque chose d'impartial 
sur son voyage en Vieille Serbie, où l'on veut incorporer les régions 
d'ici; il a visité Skopié, Koumanovo et le monastère Saint Prohor 
de Ptchin qui se trouve dans notre arrondissement et où il a trouvé 
de vieux manuscrits écrits en slave-bulgare qu'il recommandait à 
quelques-uns comme étant écrits en vieux serbe. Je l'ai assez long- 
temps écouté avec impatience et comme je souffrais d'une indisposi- 
tion physique, je ne me hasardais pas à lui répondre. Enfin quand 
il eut dit qu'il y avait là un code serbe, je ne pus contenir mon im- 
patience et je lui objectai: Monsieur, ce n'est pas un code serbe, 
mais un code vieux bulgare et, dites franchement quelle en est l'or- 
thographe? Les Serbes n'ont jamais fait usage de cette orthographe 
et ils n'en font point usage non plus à notre époque. Le document 
est clair quand un savant y regarde de près et qu'il l'examine bien, 
mais il faut dire la vérité impartialement. Je puis assurer que tous 
les savants serbes de nos jours ont cette idée en vue, c'est-à-dire 
qu'ils veulent prouver que tous les monuments de la presqu'île bal- 
kanique sont serbes et que le peuple serbe est, historiquement parlé, 
le premier de la péninsule, les autres n'étant qu'un zéro. 



— 127 — 

On en est venu à parler de notre question religieuse et de notre 
aspiration à l'union à l'exarchat; notre interlocuteur aurait désiré 
que nous nous en dissuadions et que nous consentions avec certains 
Serbes, à demander la restauration du patriarcat d'Ipek auquel 
nous appartiendrions de droit. Il a dit bien des reproches à l'adresse 
de nos évêques et notamment de Mgr. Grégoire de Roustchouk qui 
se serait rendu coupable de crime de sodomie, que notre «ennemi 
national » M. Karaveloff aurait dénoncé dans certain journal. Kara- 
veloff, tu es un méchant homme. Tu as bien noirci la nation, n'en 
fais pas de même pour notre jeune clergé, car la colère du peuple 
te punira. Rappelle-toi que de nombreux Bulgares ont été, par ta 
faute, exilés à Diarbékir et quelqu'un de tes frères te réglera peut-être 
un jour tes comptes. Si tu en veux au gouvernement turc, tu dis 
toi-même que tu t'es par intérêt vendu aux Serbes; nous sommes 
bien aises qu'il nous ait rendu notre indépendance spirituelle et 
nous le servirons fidèlement; va donc au diable, toi, pour que nous 
soyons tranquilles et en paix. 

M. Sretkovitch a reproché àl'évêquedeNisch, Mgr. Victor, d'avoir 
prononcé l'anathème contre quiconque s'appellerait Serbe. C'est 
à la communauté de Nisch et à Sa Grandeur Mgr. Victor de répondre, 
par la voie de la presse, si cela est vrai, afin de fermer la bouche 
aux menteurs qui cherchent par leurs mensonges à atteindre le vent. 
Je lui ai fait des objections à tout et en particulier à ses assertions 
concernant la nationalité de l'évêque de Vratza Mgr. Averquie, car 
il prétendait que son père était Serbe et qu'il l'était par conséquent 
lui-même, alors que, connaissant toute la généalogie du prélat, je 
lui ai assuré qu'il était Bulgare. Voyant qu'il désirait prêcher des 
idées méchantes contre l'exarchat, je lui ai assuré que nous avons, 
dans notre concile, des hommes éclairés et savants et je lui ai cité 
à titre d'exemple l'évêque d'Ochrid Mgr. Natanaïl; mais il persistait 
à affirmer que ce dernier était Serbe et qu'il le connaissait. J'ai 
répliqué alors que ses actes montraient que dans ses veines il y avait 
du sang bulgare, non du sang serbe. 

M. Milojévitch écrit que Boris, tzar des Bulgares, était Serbe; 
rien d'étonnant alors que M. Sretchkovitch, se fiant à son avis, 
fasse de Mgrs. Averquie et Natanïl des Serbes. 

Toute la pensée des patriotes serbes peut se résumer par notre 
dicton qui dit que « le bœuf a l'œil dans le son », mais ils en seront 
pour leurs frais. 



— 128 — 

Il y a encore une nouvelle ici. Le fameux Serbe fraîchement 
émoulu, P. G. Chariton Makovitch, a usé ses semelles à faire signer 
des pétitions pour obtenir le retour de Paissy afin de pouvoir vendre 
jusqu'à son corps. Il s'est mis à rédiger une nouvelle pétition au- 
jourd'hui; mal lui en prendra tout à l'heure, à ce qu'il me semble, 
et il perdra même son manteau peut-être. N. M. Chichédjieff. »* 

Les gens de Vrania résistaient toujours. Ils ne voulaient se 
rendre ni aux appâts ni aux menaces qui pleuvaient sur eux de 
différents côtés à la fois. En 1873, ils adressèrent une nouvelle prière 
au grand-vizir le sollicitant de délivrer un Bérat à l'évêque mé- 
tropolitain bulgare, Mgr. Dorotée, pour qu'il pût prendre possession 
de son diocèse. Ils insistaient pour lui, en dépit de la résolution 
de tous les autres cazas du diocèse de Skopié (Uskub) qui s'étaient 
prononcés en faveur de Mgr. Cyrille de Belogradtchik. Et ils ré- 
ussirent à faire agréer leur choix et par le gouvernement et par l'exar- 
chat. 2 Le Bérat ne fut délivré qu'en 1874. Mgr. Dorotée fut solen- 
nellement reçu à Nisch. Et Chichédjieff fut nommé secrétaire de 
l'évêché et remplacé à l'école par le maître Vassil Stomaniacoff de 
Gabrovo. Celui-ci avait fait son lycée à Constantinople et étudié 
ensuite à Odessa. C'était un savant homme, mais il ne sut pas se 
faire bien voir par les habitants. Il ne put pas enseigner longtemps, 
car lors des troubles de 1875, les Serbes les dénoncèrent auprès des 
autorités turques comme éléments subversifs, lui et l'archimandrite 
Daniel, originaire du village de Klinovetz, arrondissement de Vrania . 
Après les avoir traînés de prison en prison, on les conduisit à Cons- 
tantinople où Stomaniacoff succomba à une fièvre typhoïde à l'hôpital 
militaire. L'archimandrite Daniel entra ensuite comme moine au 
monastère Hilendar du Mont Athos. 3 

Lorsque le gouvernement eut fait connaître ses dispositions 
au sujet de ce qu'on appelait alors les diocèses mixtes et qu'il eut 
ordonné une espèce de plébiscite populaire pour voir si la population 
désirait rester sous la juridiction du patriarcat ou passer sous celle 
de l'exarchat, Vrania y donna sa réponse sans hésiter. Ce qu'était 
cette réponse, on peut le voir aux lignes qui suivent et qui contien- 
nent des noms et des chiffres: 



1 Edition spéciale du « Pravo », VIII e année, n° 29 du I er octobre 1873, p. 3. 

2 « Den », I re année, n° 15 du 19 mai 1875, p. 5. 

3 Ischirkoff, p. CXXII-GXXIII. 



— 129 — 

«A Vrania et dans l'arrondissement la consultation du peuple, 
grâce à l'attitude du caimacan local, se fait plus activement et, en 
dépit de tant de menaces proférées par les aghas dans la préfecture 
et tant de bastonnades exécutées par les gendarmes pour forcer les 
paysans simples de cœur à signer une déclaration de soumission au 
patriarcat, ceux-ci ne se sont pas départis de leur conviction et ont 
donné leurs voix à l'exarchat. 

L'arrondissement de Vrania compte 360 villages avec 126 chefs- 
lieux; si nous en retranchons les 60 villages albanais avec 32 chefs- 
lieux, il reste 300 villages bulgares avec 94 chefs-lieux. Sur ces 300 
villages, les suivants seuls se sont prononcés en faveur du patriarcat: 
Staretz, Stantchévetz, Bilatchia, Rakovetz, Lévossoé, Préobrajenié 
et Gherman qui ont, je crois, 2 ou 3 chefs-lieux, tandis que 294 vil- 
lages avec 91 chefs-lieux se sont prononcés en faveur de l'exarchat. 
Ceux qui ont donné leurs voix au patriarcat l'ont fait à la suggestion 
des partisans de l'évêque et un grand mécontentement y règne 
maintenant parmi les paysans et les maires contre les-dits partisans 
qu'ils accusent de les avoir faits Grecs. 

Venons en à présent à la ville qui s'est prononcée la dernière. 
Vrania est composé de six quartiers (mahalas) sans compter les 
quartiers turcs. Voici les noms des personnes qui dans chaque quar- 
tier se sont déclarées favorables au patriarcat: 
Quartier des Pâtissiers 1 Apostol Christoff, Grec. 

Quartier de Pope Nicolas 2 Stoy. Topai et Mischo Stambolia. 

Quartier des Tanneurs 1 Christo Maneff. 

Quartier des maréchaux-ferrants 1 Mihail Valaque 
Quartier de Ghédik Pacha — — 

Quatre hommes du quartier de Séfér Tchélébi se sont abstenus 
de toute déclaration à l'exemple des autres partisans de l'évêque 
domiciliés dans le quartier de Pope Nicolas, mais ils espèrent, comme 
des chevaux devant des sacs vides, se mettre sous la juridiction du 
patriarcat d'Ipek qu'il serait bientôt question de restaurer. Ils 
attendront longtemps, ceux-là. J'espère que, d'ici trois ou quatre 
jours, les résultats de la consultation seront envoyés au Vali Pacha. 
Dieu veuille que ceux de tout le diocèse de Skopié le soient également 
afin que l'on puisse hâter la promulgation du Bérat de notre chef 
religieux. 

Le 23 octobre, notre ville a eu l'honneur de voir un hôte ex- 
cellent, Sa Grandeur Mgr. Joseph d'Andrinople, coadjuteur de l'exar- 



- 130 - 

chat, qui est descendu à l'évêché où il a reçu la visite de nombreux 
citoyens joyeusement empressés à lui souhaiter la bienvenue et à 
s'informer auprès de lui sur la date de l'arrivée de Sa Grandeur Mgr. 
Dorotée. Le père Joseph assurait éloquemment et le cœur plein 
d'allégresse qu'il aurait son Bérat aussitôt la consultation faite et 
qu'il viendrait bientôt dans son diocèse. Cet hôte est resté parmi 
nous jusqu'au 26 de ce mois, et le peuple, en apprenant qu'il passerait 
ici la fête de Saint Démètre, accourut en foule innombrable entendre 
un sermon de sa bouche, mais, malheureusement, les circonstances 
ne lui ont pas permis de satisfaire au désir populaire. 

A l'issue de la messe, le peuple se pressait en groupes nombreux 
pour le voir et disait: est-ce lui, notre évêque? Ah, comme il est 
bon! mais, à la réponse qu'il n'était pas notre évêque, les gens bais- 
saient la tête, le cœur rempli de tristesse et l'âme brisée. Le père 
Joseph a visité la salle de notre communauté, laquelle était bondée 
de monde et il a fait, en compagnie des membres du comité ecclé- 
siastique, quelques visites aux citoyens les plus en vue, puis, l'après- 
midi, il s'est rendu au monastère Saint Prohor de la Ptchinia dont 
le supérieur, pope Pétar, lui a fait un accueil excellent et lui a montré 
toutes les antiquités du monastère et d'où, après y avoir passé une 
nuit, il a été accompagné jusqu'à trois heures de distance, c'est-à-dire 
jusqu'à la ferme du monastère à Tchulapak; là on a bu quelques 
verres de bon vin à la prospérité de notre Clergé bulgare et à la santé 
du Père Dorotée, après quoi il est parti pour Palanka, Kustendil 
et Constantinople. Le Père Joseph s'est fait, en passant par notre 
pays, une bonne idée de ces contrées et je suis sûr qu'il racontera tout 
à la Confrérie macédonienne et que ses paroles ne seront pas une 
voix perdue dans le désert. N. M. Chichédjieff. » 1 

Mais, en attendant, l'influence serbe se propageait de plus en 
plus, bien que Chichédjieff « résistât héroïquement à ces fameux 
descendants de Douschan », « résolus au sacrifice de soi-même pour 
la réalisation de leurs idées mégalomanes, c'est-à-dire pour le rajeu- 
nissement de la Vieille Serbie. » 2 A la fin, ils réussirent à faire renvoyer 
Chichédjieff par le caïmacam. Les élèves prirent congé de leur maître, 
les larmes aux yeux. On nomma à sa place Kosta P. Aleksoff 3 qui 

1 Edition spéciale du « Pravo », VIII e année, n° 37 du 26 novembre 1873, p. 3 — 4. 

2 « Den », I re année, n° 6, du 19 mars 1875, p. 7. 

3 Kosta P. Aleksoff était né à Vrania, où il avait fait ses premières études. Il 
avait été désigné par la communauté pour aller avec Manol M. Chichédjieff terminer son 



— 131 -T 

vint avec sa femme, engagée, elle aussi, comme institutrice. Le 
3/15 août, A. P. Apostol Sekelarieff apporta trois caisses de livres 
serbes, cadeau à l'école de Vrania, avec une lettre pour Chariton 
Minkoff et une croix précieuse pour lui-même. 1 L'instituteur serbe 
était payé par Tasso Tchopléoff, Mitko Ivanoff, Dare Khazai et 
Chariton Minkoff. 2 C'est lui qui inaugura la pratique des envois de 
jeunes gens de Vrania compléter leurs études à Belgrade. Pour 
commencer on choisit six enfants, qui furent conduits à Belgrade 
par le maître serbe Miloiko Vesselinovitch. 3 

Au fur et à mesure que la propagande serbe recevait l'appoint 
de Bulgares renégats à leur nationalité, la population bulgare s'ef- 
forçait d'organiser sa résistance. Un des principaux moyens dont 
elle usa à cet effet fut la salle de lecture « Slontze » (Le Soleil) qui 
fut fondée vers cette époque. Le premier acte de cette salle de lecture 
fut l'envoi de deux pétitions dont l'une « à Sa Béatitude » et l'autre 
« à la Confrérie de Bienfaisance à Constantinople », par lesquelles 
elle demandait que trois garçons et deux jeunes filles de la ville 
fussent envoyés compléter leurs études à Gabrovo, Philippople ou 
ailleurs afin qu'ils pussent occuper des places d'instituteurs ou d'ins- 
titutrices à Vrania et dans les villages de son arrondissement. Les 
membres de la salle de lecture émettaient ce vœu parce qu'ils croyaient 
« que c'est là l'unique moyen de tenir tête à la propagande serbe, 
dangereuse au plus haut point, qui s'exerce dans le peuple et à 
l'égard de laquelle les autorités locales manifestent une complète 
insouciance. » Ils priaient encore la confrérie « de leur venir à l'aide 
en envoyant des manuels élémentaires aux écoles de Vrania, qui se 
vidaient de jour en jour, les élèves allant à l'école serbe pour l'unique 
raison qu'on y donne gratuitement des livres aux enfants.» 4 

C'est ainsi que Vrania tomba sous l'influence serbe. Et c'est 
ainsi qu'y fut fermée l'école bulgare qui, avant la guerre turco-russe, 
avait été une des mieux organisées en Bulgarie et qui y avait surgi 



instruction dans les écoles de Constantinople, mais il y avait renoncé et il était allé, aux 
frais du gouvernement serbe, suivre les cours du séminaire de Belgrade. « Istotchno 
Vrémé », I re année, n° 48 du 11 janvier 1875, p. 2. 

1 « Den », I r * année, n° 24 du 21 juillet 1875, p. 6. 

2 « Balkan », I re année, n° 1 du 24 septembre 1875, p. 6. 

3 « Istotchno Vrémé», I re année, n° 48 du 11 janvier 1875, p. 2. 

4 « Istotchno Vrémé», I re année, n° 48 du 11 janvier 1875, p. 2. 



— 132 — 

aussi spontanément que celles des autres villes de la Bulgarie, Tir- 
novo, Philippople, etc. 1 

Que cette ville était bulgare et qu'elle devait son développement 
intellectuel et moral à l'éveil national du peuple bulgare, cela nous 
est attesté par les Serbes même les plus chauvins. Voici ce qu'en 
dit un d'entre eux: Ce serait juste pour le moyen-âge, or, dans 
ces siècles, la culture pénétrait à Vrania par l'ouest, mais surtout 
par l'est, venant de la Bulgarie et de la Roumélie Orientale d'au- 
jourd'hui. On le verra très en détail et avec beaucoup d'exactitude 
dans l'ouvrage que j'ai mentionné dès le début, je me contenterai 
de rappeler ici que Vrania entretenait, au moyen-âge, les plus vifs 
rapports commerciaux avec la Bosnie et la Bulgarie. La ville en 
entretenait aussi avec la partie méridionale des Balkans, mais au 
second et au troisième degré et encore n'était ce point dans la direc- 
tion où St. Novacovitch les cherchait, mais surtout avec les pays 
compris entre le Vardar et la Strouma. Le commerce avec ces ter- 
ritoires semble avoir été aux mains des Grecs. » 2 

Le 4/17 octobre 1915, la ville de Vrania est retournée à la mère- 
patrie, Bulgarie. 

1 A. Schopoff, A travers l'histoire nouvelle des Bulgares en Turquie. Philippople, 
1895, p. 73-76. 

2 « Apport à l'histoire de la ville de Vrania et de ses environs par Iovan H. Vassil- 
jévitch. a Godichnitza de Nicolas Tchoupitch », livre XVI, 1896, p. 314. 



— 133 — 
VIL 

Leskovetz 

Leskovetz est, de toutes les villes du pays de la Morava, celle 
sur laquelle on trouve le moins de renseignements dans les lettres 
bulgares et serbes. Elle a toujours en quelque sorte échappé à l'atten- 
tion du peuple bulgare, auquel elle appartenait comme partie inté- 
grante et de même à celle du peuple serbe, qui habitait à son voisinage, 
et qui rêvait depuis quarante ans déjà d'y établir sa domination. 

La ville est située au milieu d'une région particulièrement fertile 
et arrosée de nombreux cours d'eau. Trois vallées s'y croisent: 
celles de la Vlassina, de la Vétrenitza et de la Yablanitza. La région 
de Leskovetz comprend aussi la plus grande partie de la vallée de 
la Pousta-Réka, également très fertile. 1 

Leskovetz se trouve à une quarantaine de kilomètres 2 au sud 
de Nisch, sur la route qui conduit de Nisch à Vrania. Il est men- 
tionné dès les temps les plus anciens, à l'époque où il s'appelait 
« Dalbotchitza », nom donné à la ville et à toute la région environ- 
nante. 3 On l'appelait ainsi en raison des nombreux marais dont il 
était entouré et dont quelques uns étaient assez profonds. Depuis, 
la ville est connue sous son nom actuel. On croit que ce nom lui 
est venu des bois de noisetiers (en bulgare léchtak, leska) qui couvrirent 
le terrain après le dessèchement des marais, amené probablement 
par des causes géologiques. 

Après avoir été dominé tantôt par les Bulgares, tantôt par les 
Grecs, tantôt par les Serbes, Leskovetz fut, en 1455, incorporé à 
l'Etat turc. 

Les Turcs l'appelaient Leskovtcha. Elle fut jusqu'en 1877 le 
centre d'un pachalik 4 ou d'un vilayet et quelquefois une dépendance 
d'autres vilayets, de celui de Nisch ou même de celui de Roustchouk. 5 

1 V. Karitch (La Serbie, 1887, p. 749. 

2 Le correspondant du « Pravo » fixe cette distance à sept heures de marche. « Pravo » 
IV» année, n° 40 du 29 novembre 1869, p. 160. 

8 V. Karitch, La Serbie, 1887, p. 749. Iov. H. Vassiljévitch. Apport à l'histoire 
de la ville de Vrania et de ses environs. « Godichnitza de Nicolas Tchoupitch », livre 
XVI, p. 272. — K. Parlitcheff, Leskovetz sur la Morava, p. 5. 

4 Karitch, p. 749. 

5 K. Parlitcheff, p. 5. 



— 134 — 

Mais, chef-lieu administratif plus ou moins grand, Leskovetz 
était toujours un grand centre de commerce. Il le devait non seulement 
à sa position centrale dans la contrée le long de la Morava, mais 
aussi à son terrain très fertile, qui, par son humidité, était parti- 
culièrement favorable à la culture du chanvre, condition première 
pour le développement de l'industrie des cordages, la gloire de la 
ville. En effet, Leskovetz a été connu de tout temps comme important 
centre de fabrication de cordages, entretenant des rapports commer- 
ciaux avec toutes les parties de la péninsule balkanique. Il commerçait 
avec Nisch, Aleksinetz, Belgrade, Sofia, Vidin, Lom, Svichtow, Si- 
listra, Roustchouk, Pleven, Tirnovo, Tatar-Pazardjik, Stara-Zagora, 
Kazanlik, Sliven, Yambol, Karnobat et Haskovo. 1 Les gens de 
Leskovetz allaient même porter leurs produits jusqu'à Keschan, Gu- 
muldjina et Gallipoli. Ils faisaient le commerce encore avec les villes 
macédoniennes, fournissant des matières premières pour la fabrication 
du fil à tricoter et des tissus à Chtip, Skopié, Vélès, Prilep et Bitolia. 
Leskovetz était aussi le lieu d'une grande et célèbre foire qui ré- 
unissait chaque année un nombre considérable de négociants de 
tous les pays des Balkans. Le géographe turc Hadji Chalfa en fait 
mention dans son livre. Le voyageur du XVII e siècle Edward 
Brown note de son côté que lorsqu'il passa par Leskovetz la foire 
s'y était réunie dans un endroit fermé et que de nombreux négo- 
ciants des régions environnantes s'y étaient rendus. 2 Ce mouvement 
commercial faisait de Leskovetz la première ville, après Nisch, du 
pays de la Morava. Mais, après son passage sous la domination 
serbe, son importance commerciale commença à déchoir. Il est vrai 
qu'il garda sa situation de grande localité, la troisième après Bel- 
grade, 3 mais il n'avait que des marchés très restreints. Sa séparation 
de la Bulgarie libérée eut une répercussion sensible sur sa situation. 
Leskovetz ne trouvait plus de débouché pour ses cordages qu'en 
Serbie avec laquelle il avait entretenu jusque là des relations sans 
importance, d'une part à cause de sa population bulgare qui trouvait 
un meilleur accueil pour ses marchandises dans les contrées bulgares 
et d'autre part parce que les routes commerciales naturelles con- 



1 V. Parlitcheff, p. 6. 

2 Pétar R. Kossovatz et Mihailo I. Miladinovitch. Les centres commerciaux et 
les voies de communication sur la terre serbe au moyen âge et au temps des Turcs. « Godich- 
nitza de Nicolas Tchoupitch », livre XXI, p. 38. 

3 V. Karitch, p. 751. 



— 135 — 

duisaient les fabricants vers le sud et vers l'est plutôt que vers le 
nord. Leskovetz n'avait même pas le marché de Bosnie où ses cor- 
dages bénéficiaient jadis d'une clientèle nombreuse. 

Leskovetz fut de tout temps considéré comme ville bulgare 
aux époques mêmes de la domination grecque ou serbe; sa popu- 
lation était également bulgare. On en possède de nombreux té- 
moignages, dont nous ne voulons citer que quelques uns. 

Edward Brown, grand observateur qui visita ces contrées au 
XVII e siècle, ne parle que de Bulgares dans le pays de la Morava. 
Leskovetz est également marqué comme ville bulgare sur la carte 
de Augusto Gottlib Bohemio de 1766. La carte de C. Schutz de 1788 
et celle de F. L. Gussfeld de 1796 présentent la même particularité. 
Le grand poète croate Stanco Vraz, un des plus grands idéologues 
de l'union yougoslave, atteste également la nationalité bulgare de 
la population de Leskovetz. Voici ce qu'il écrit dans sa revue sur 
les chansons nationales bulgares: « Ovu pjesmu poslao mi je g 1842 
iz Biograda. prof. Charkovski G. Izmail Sreznevski. Iezik u njoj, 
kako vidimo gardna je smesa bugarstine sa sirbstinom. Torlazima 
zovu u Sarbiju onustranu naroda, koja sedi na pobrezju ju Timackom, 
u okruz ju Càrnorjeckom. Po jeziku zitel ju ti posarbleni su Bugari. »* 
Suivant Hahn, 2 les habitants de la ville étaient par moitié Bulgares 
et Turcs. Sur la carte des nationalités de Kiepert de 1876, Leskovetz 
est encore marqué de la couleur bulgare. Cette carte servit de guide 
aux travaux de la conférence de Constantinople, laquelle ne men- 
tionnait même pas l'existence de Serbes dans les arrondissements 
de Leskovetz, Pirot, Nisch et Vrania. C'est elle que le comte Ignatieff 
« vieil ami serbe », 3 consultait pour établir le tracé des frontières 
occidentales de la province bulgare autonome. 4 Le prince Tcher- 
kassky affirmait de son côté, dans son rapport documenté à l'em- 
pereur Alexandre II, que la ville de Leskovetz était peuplée d'Al- 
banais et de Turcs, mais que la région environnante avait une popu- 
lation exclusivement bulgare. 5 Aussi dans le projet relatif à l'or- 
ganisation de la future principauté et à la fixation de sa frontière 



1 Kolo, v. 27. 

2 Reise von Belgrad nach Saloniki von J. G. v. Hahn. Wien, 1861, p. 28. 

3 Notes de voyage de Vladan Georgévitch. Livre III, p. 63., 1874. 

4 K. Parlitcheff: Leskovetz sur la Morava, Notes historiques. Skopié, 1916, 
11-12. 

5 A. Schirkoff: « Svobodno Mnenié», II e année, n° 48 du 29 novembre 1914, p. 669. 



— 136 — 

occidentale, qu'il avait adressé au ministre de la guerre à Ploëst, 
la ville Leskovetz figurait dans les limites de la Bulgarie. 1 

Il est inutile de dire que nos anciens auteurs mettaient égale- 
ment Leskovetz en Bulgarie. La terre bulgare, selon la copie faite 
par Ghéroff de l'Histoire bulgare du moine Païssy, se divisait en 
quatre parties: la Mésie, avec 38 villes bulgares dont Toultcha à 
l'extrême orient et Négotine à l'extrême occident: la Thrace avec 
43 villes bulgares dont Nisch, Pirot, Vrania, Leskovetz et autres; 
la Macédoine avec 37 villes bulgares, dont Skopié (Uskub), Chtip, 
Kratovo et autres et la Dardanie avec 31 villes bulgares, dont Ochrid, 
« l'ancienne capitale des Bulgares », Tétovo, Prizren et autres. 2 

Mais les écrivains étrangers et bulgares ne sont pas seuls à 
considérer comme serbe la population de Leskovetz et de la région. 
Les Serbes eux-mêmes ne disaient pas autre chose avant 1860. Ainsi, 
par exemple, sur la « carte de la Serbie et des terres où l'on parle 
la langue serbe avec certaines parties des territoires limitrophes, 
composée et gravée par le professeur Des jardins, à Belgrade, 1853,» 
où l'on déterminait avec précision les limites de la sphère linguis- 
tique serbe établies sur la base des conclusions de la science ethno- 
graphique serbe, les villes de Béla-Palanka, Pirot, Leskovetz, Vra- 
nia, Ghiliani, Préchovo, Tétovo, Skopié et autres 8 figuraient hors 
des limites de cette zone. Dans une correspondance de ce temps, le 
journal « Srbski Dnevnik » parlait également de population bulgare 
à Leskovetz. « Deux Anglais, un certain Cox et un certain Stab, 
disait ce journal, voyagent maintenant en Bulgarie. A la Saint 
Pierre ils étaient dans le monastère de Leskovetz où une foule assez 
nombreuse s'était réunie dans l'enceinte bénie. Les Anglais étant 
curieux de voir des danses bulgares, les jeunes garçons et les jeunes 
filles de Leskovetz ont dansé devant eux. Ils ont questionné sur bien 
des choses et ont tout écouté attentivement. » 4 

En 1858, Franio Zach, directeur de l'école d'artillerie de Bel- 
grade, accompagnait le consul d'Autriche, Hahn, évidemment avec 
l'autorisation du cabinet serbe, dans son voyage en Macédoine fait 



1 K. Parlitcheff : Leskovetz sur la Morava, p. 12. 

2 Ischirkoff : Etude sur l'ethnographie des Slaves de Macédoine, p. 27 — 28. 

3 Ischirkoff: Etude sur l'ethnographie des Slaves de Macédoine, p. 25—26. — 
Iordan Ivanoff : Les Bulgares en Macédoine, p. 144. 

4 a Srbski Dnevnik », IX e année, n° 59 du 28 juillet 1860. Voir à la fin, les docu- 
ments. 



- 137 — 

pour étudier la nationalité des populations de cette province. A son 
retour à Belgrade, Zach écrivit une relation de son voyage et y an- 
nexa une carte qu'il remit au gouvernement; mais ni la relation, ni 
la carte ne virent le jour, les milieux gouvernementaux de Belgrade 
ne voulant pas souscrire aux vérités qui probablement y étaient 
exprimées en toute franchise. 

A la Bibliothèque royale de Belgrade on trouve encore une 
preuve du caractère bulgare de Leskovetz. C'est un manuscrit por- 
tant sur la distribution administrative de la Turquie au début du 
XIX e siècle. Dans ce document Leskovetz figure parmi les villes 
marquées comme bulgares. 1 

La population même de la ville et de la région, ne se recon- 
naissait d'autre nationalité; c'est en bulgare qu'elle se souleva 
contre l'administration turque en 1841 et qu'elle se joignit à l'in- 
surrection de ses compatriotes des régions de Nisch et de Pirot. 
Le soulèvement n'y a pas abouti à une issue heureuse bien que 
les insurgés, au nombre de 5000 hommes, eussent d'abord réussi à 
obtenir l'adhésion de quinze villages à leur mouvement. 2 D'autre 
part, les rebelles de Leskovetz se trouvaient dans une situation 
beaucoup plus défavorable que ceux de Nisch et de Pirot: leurs 
terres furent en un grand nombre de lieux cernées par les Albanais 
qui prenaient la plus vive part à la répression de la révolte, non 
point par sentiment d'attachement pour l'autorité turque, mais par 
désir de piller ou de s'approprier les biens des Bulgares. Les souf- 
frances que les Albanais faisaient endurer aux Bulgares ne ces- 
sèrent pas après l'insurrection. La population souffrait non seule- 
ment de leurs agressions, mais encore des conflits qui surgissaient 
souvent entre les notables albanais du pays et les beys et pachas 
turcs. 

La descente des Albanais de leurs montagnes désertes vers les 
plaines fertiles de Leskovetz eut pour effet de retarder la mani- 
festation de la nationalité de la population de Leskovetz et d'em- 
pêcher l'éclosion d'œuvres de culture de plus grande étendue. 

Les Serbes vinrent bientôt à la rescousse des Albanais en prê- 
chant que là où l'on jouait de la « Gousla » et où l'on célébrait la 
« slava », la population était serbe. Grâce à l'assistance qu'ils trou- 



1 K. Parlitcheff : Leskovetz sur la Morava, notes historiques. Skopié, 1916, p. 11. 

2 Dr. St. Romanski, Documents autrichiens etc., p. 39. 



— 138 — 

vaient de la part de leur gouvernement et de celle du comité de pro- 
pagande formé sous la présidence de l'archimandrite Boutchitch, 
ils réussirent vite à s'imposer dans le pays, il est vrai, après des efforts 
laborieux. Les agents de la propagande serbe, avant de convaincre 
la population locale de sa nationalité serbe, durent bien se rendre 
compte qu'elle était bulgare. 

Lorsque la propagande serbe jeta les premières semences de 
l'idée panserbe dans la région de Leskovetz, la ville possédait déjà 
une école bulgare, fondée plusieurs années avant l'institution de 
l'exarchat que les Serbes aiment à représenter comme un centre 
d'agitation pour la bulgarisation des pays serbes. Cette école sub- 
sista jusqu'en 1869, date à laquelle on vit s'établir comme institu- 
teur à Leskovetz un certain Kostitch, venu de la Serbie et qui en- 
seignait avec des appointements très réduits. Les habitants de Les- 
kovetz entendirent pour la première fois de lui qu'ils étaient Serbes 
et non Bulgares. 1 Mais les émissaires serbes avaient déjà probable- 
ment fait jusque là des tentatives sérieuses de troubler leur cons- 
cience nationale et, à en juger d'après un article sur les « affaires 
bulgares » dont l'auteur exhortait la population de Nisch, Leskovetz, 
Vrania et Koumanovo à « se resserrer » plus étroitement aux autres 
Bulgares et à briser les ambitions des Serbes. 2 

On ne sait pas la date certaine où l'école fut fondée. Mais 
on sait que le Serbe Kostitch prit la place du maître bulgare 
Siméon, originaire de Sofia (de la famille des frères Andonoff) qui 
avait succombé à une angine après un enseignement de douze ans. 3 
L'école de Leskovetz datait donc au moins de 1858, époque à la- 
quelle les Serbes n'avaient pas même d'écoles dans leur propre pays. 

La population bulgare accueillit d'abord avec assez d'indiffé- 
rence l'arrivée d'un instituteur qui présentait au moins l'avantage 
d'être une charge moins lourde pour la cause communale. Mais, 
apparemment, cela ne dura pas longtemps. Dans son rapport au 
prince Tcherkassky, fait au village de Bohot (arrondissement de 
Pleven), le 20 décembre 1877/ 1 er janvier 1878, Marine Drinoff affir- 
mait que, trois ans auparavant, par conséquent en 1874, les habi- 
tants de Leskovetz avaient attiré l'attention de l'exarchat sur les 



1 « Pravo », V e année, n° 7 du 11 avril 1870, p. 26. — « Pravo », IV e année, n° 40 
du 29 novembre 1869, p. 160. 

2 « Pravo », IV e année, n° 42 du 31 décembre 1869, p. 166. 

3 A. Ischirkof f : Les confins occidentaux de la terre bulgare, p. CXXI. 



— 139 — 

menées et les agissements auxquels les Serbes se livraient dans leur 
ville en le priant de les aider à restaurer l'école bulgare. 1 

Leskovetz prit encore part à la lutte religieuse. Il paraît que 
les évêques grecs donnaient beaucoup de soucis à ses habitants, 
ainsi qu'à ceux de Nisch. C'est pourquoi ils s'empressèrent dès le 
1 er juin 1872 de remercier le premier exarque bulgare, Mgr. Anthym, 
de leur avoir nommé un évêque exarchiste en la personne de Mgr. 
Victor et de l'informer de la grande joie que cette décision leur cau- 
sait. 2 Voici le texte de leur lettre: 

«Adresse à Sa Béatitude l'Exarque. 
Bienheureux Monsieur! 

Aucune gloire et surtout aucune satisfaction mondaine ne 
peuvent réjouir le cœur comme on se sent heureux et satisfait lors- 
qu'on a atteint un but auquel on a longtemps travaillé d'âme et 
de corps. 

Une ignorance sombre entourait depuis plusieurs siècles les 
esprits bulgares, guidés par un clergé qui exploitait cette ignorance 
populaire pour ruiner notre peuple innocent, tant au point de vue 
moral qu'au point de vue matériel; et ceux des Bulgares qui avaient 
atteint à la puissance et avaient développé leur intelligence, étant 
animés d'esprit non national ou mus par la soif du gain, restaient 
étrangers à leurs confrères comme des fils devenus étrangers à leur mère. 

Mais la fin arrivait et dès que le peuple commença à se déve- 
lopper par l'esprit, il a secoué le joug du clergé étranger et Dieu a 
envoyé le salut à ses enfants. 

Car il a daigné envoyer le bonheur qu'aujourd'hui toute la nation 
bulgare, par la grâce divine et par la pitié magnanime du Souverain, 
voie en la personne de Votre Béatitude son premier Exarque, que 
Dieu veuille élever rapidement à la dignité de premier Patriarche 
de V Eglise indépendante bulgare (souligné dans l'original). Incités par 
des nouvelles aussi re jouissantes, nous ressentons des sentiments 
sublimes, la personne élevée de Votre Béatitude portant l'avenir de 
la nation bulgare à une haute élévation. 

Nous nous sommes également beaucoup réjouis à la nouvelle 
qui vient de nous parvenir que, par la faveur de Votre Béatitude, 

1 Rapport de Marine Drinoff au prince Tcherkasky. Sofia, Bibliothèque nationale, 
dossier n° 5. 

2 « Pravo », Vile année, n° 14 du 12 juin 1872, p. 4. 



— 140 — 

notre ancien représentant, Mgr. Victor, a été élevé du rang d'archi- 
mandrite à la dignité épiscopale, ce dont nous vous exprimons tous 
notre profonde gratitude cordiale, parce que nous y voyons une 
sollicitude particulière pour notre pays éloigné. 

Embrassant Votre main et sollicitant Vos prières et Votre béné- 
diction, nous restons de Votre Béatitude les fils spirituels soumis. 

Le 3 juin 1872. Communauté de Leskovetz. » 

Leskovetz est retourné à la Bulgarie le 8/12 octobre 1915, 
lorsque les braves troupes bulgares, opérant dans la vallée de la Mo- 
rava Bulgare, eurent déblayé la plaine des troupes serbes qu'elles 
durent défaire pour délivrer la contrée. 



— 141 — 

Matériaux historiques 

Quelques remarques sur les matériaux historiques 

Comme il a été dit dans la préface, l'auteur a recherché parmi 
les témoiganges établissant le caractère bulgare du pays de la Morava, 
sinon exclusivement, du moins de préférence ceux qui appartiennent 
à des sources serbes ou qui, provenant de sources étrangères, se 
trouvent traduits en serbe, quelquefois avec une notice confirmant 
les assertions contenues dans le texte. Il a choisi cette façon de 
procéder afin d'ôter la possibilité à tous ceux qui voudraient fermer 
les yeux devant la vérité objective, ou qui seraient animés de dis- 
positions partiales, de dire avec Panta Sretchkovitch, l'idéologue 
avoué du chauvinisme serbe, si souvent cité dans la première partie 
de ce livre, que tout ce que nous avons recueilli « n'est qu'une œuvre 
de propagande» 1 et que les nominations de «Morava Bulgare», de 
«Nisch bulgare», de «Pirot bulgare» ont été inventées par des étrangers 
hostiles aux Serbes ou qui avaient pour but unique de leur nuire. 

La plupart des témoignages ont été puisés dans les journaux 
et revues serbes les plus compétents de l'époque. En premier lieu 
se trouvent ceux qui ont été extraits du « Srbske Novine », le jour- 
nal officiel de la principauté de Serbie et du « Srbske Dnevnik », 
dont le rédacteur, Médakovitch, ancien secrétaire du prince Mi- 
losch, 2 était un des meilleurs journalistes serbes du XIX e siècle. 

On a emprunté quelques témoignages au « Vidov Dan » et au 
« Svétovid », les deux feuilles qui, les premières, tentèrent de faire 
flotter le drapeau serbe sur nos provinces et qui nièrent avec le plus 
d'acharnement notre droit à la vie libre et à l'unité nationale. Nous 
aimons à croire que personne ne les taxera d'ignorance et de mé- 
connaissance de la réalité, comme les Serbes le font à l'égard de 
tous leurs concitoyens plus ou moins réfléchis dans le passé. Nous 
possédons des preuves pour démontrer, au besoin, que les Serbes 
instruits qui usaient de la plume et de la parole connaissaient alors 
aussi bien qu'à présent les limites de l'Etat de Douschan dont le 
souvenir n'a cessé de hanter pendant les dernières cinquante an- 

1 « Glasnik », livre 54, p. 166. 

2 Skerlitch trouve que ces deux journaux étaient les plus sérieux en Serbie. (Histoire 
des lettres serbes modernes, Belgrade. 1912, p. 83). 



— 142 — 

nées, non seulement les esprits des écoliers, mais ceux des premières 
personnalités scientifiques ou littéraires de Serbie. 

Quelques-uns des témoignages exposés ne font pas expressé- 
ment mention de Bulgares, mais de chrétiens; on n'y fait pas men- 
tion de Serbes non plus. Mais, en tête de ces témoignages on voit 
toujours figurer le titre « en Bulgarie », mis non pour désigner l'Etat 
bulgare qui n'existait pas alors, mais la terre peuplée de Bulgares. 
On y parle, en effet, de Nisch, Pirot, Leskovetz, Vrania, Béla-Pa- 
lanka, Prokouplé, etc., en même temps que de Stara-Zagora, Tir- 
novo, Roustchouk, Vidin, Lom, Bitolia, Prilep, Odrin (Andrinople), 
Toultcha, Constantza et autres. 

La plupart des documents sont du XIX e siècle qui constitue 
le principal objet d'étude de ce livre. On y a ajouté quelques-uns 
des époques antérieures dans le but de donner un modeste appoint 
aux études de M. Iv. D. Schischmanoff (Anciens voyages à travers 
la Bulgarie, etc., publiées dans le « Sbornik » [Recueil annuel du 
ministère de l'instruction publique] livre 4), de M. M. Irecek, Iordan 
Ivanoff (Les Bulgares en Macédoine) et Ischirkoff (Les confins occi- 
dentaux de la terre bulgare). 

Les témoignages de source serbe, sont publiés intégralement. On 
a estimé que, pour atteindre le but que l'on s'est proposé, il ne suffisait 
pas de citer seulement les passages où l'on parle de « Bulgares » et de 
« terre bulgare », mais qu'il fallait encore donner les documents eux- 
mêmes et en particulier ceux datés de 1841 et 1842, qui contiennent 
sur l'insurrection bulgare de Nisch des renseignements non moins 
précieux que ceux de M. St. Romansky, puisés dans les archives du 
ministère des affaires étrangères de Vienne. Au surplus, ces docu- 
ments ont servi de base aux études que l'on vient de lire. 

Sans doute, les témoignages proposées ne sont pas les seuls 
contenus dans les lettres serbes. Mais les recueillir tous dépasse 
les forces d'un homme. On peut en découvrir une foule dans la 
littérature bulgare, mais ce serait une besogne inutile, puisqu'on en 
trouve si facilement dans les ouvrages de nos savants mentionnés. 
On a fait une exception pour les matériaux fournis par S. Christoff. 
L'auteur en a usé d'un côté pour décrire la lutte que le peuple du pays 
de la Morava eut à soutenir contre les Serbes et, d'un autre côté, 
pour prouver au monde étranger la conscience nationale de cette 
population, telle qu'elle était non pas des siècles auparavant mais 
d'il y a quarante ans. 



— 143 — 

ANNÉE 1054 
Extrait des notes de Vévêque Litbert. 

« Au delà de la frontière panonienne » raconte le voyageur 
« commence un immense désert qu'on appelle désert bulgare (déserta 
Bulgariae) et où habitent des brigands appartenant au peuple scythe. 
. . . En traversant la Save à son embouchure on débarque (à Bel- 
grade) sur la terre bulgare où a été, depuis le neuvième jusqu'au 
onzième siècle, l'extrême nord-ouest de la frontière de l'Etat bulgare; 
et les voyageurs postérieurs appelaient « désert bulgare » ou « forêt 
bulgare » (silva) la contrée qui s'étend à l'est de la basse Morava 
(depuis Belgrade à peu près jusqu'à Nisch). 

La note au bas de ce passage dit textuellement: Cedreni histor. 
compend. II, 476, Racki: Borba juznih Slovena, Rad XXIV, 80 idr. 
Bien que tout le royaume bulgare du tzar Basile II (1018) fût ravagé 
et les terres bulgares fussent retombées au pouvoir des Grecs, les 
auteurs des relations des guerres des Croisades continuaient néan- 
moins à donner le nom d'« Etat bulgare » à la contrée à l'est de la 
Morava. En dehors des vieilles réminiscences, la cause en était 
peut-être celle-ci, à savoir que cette contrée était peuplée de Bulgares. » 

Dr. Pétar Matkovic. Putovanja po balkanskam poluotku zasredn- 
jega vieka. Rad jugoslavenske akademije znanosti i umjetnosti. 
Livre XLII, p. 70. 

1064 

Extrait de la relation de voyage de V archevêque Siegried Mogucki. 

« Mais la route que suivaient les voyageurs de Hongrie et de 
Constantinople longeait ordinairement la rive droite du Danube 
hongrois jusqu'à Belgrade et suivait de là la route militaire connue 
à travers la Bulgarie par Nisch, Sredetz, Iedrenu (Odrin ou Drino- 
polje) et Constantinople. » 

Dr. P. Matkovic Putovanja po balkanskom poluotku zasrednjega 
vieka. Rad. XLII, p. 73. 

1096 

En le traversant (le pays) prudemment en huit jours, on arrive 
« dans la riche ville de Nisch, capitale de VEtat bulgare. » 

Dr. P. Matkovic. Putovanja po balkanskom poluotku zasrednjega 
vieka. Rad. VLII, p. 76. 



144 — 



1147 



« Suit plus bas une description de la Bulgarie qui commence 
à Belgrade (Bella grava) laquelle s'appelle bulgare (bogarensis) pour 
ne pas être confondue avec la ville hongroise du même nom (capi- 
tale Belgrade). » 

XII e siècle 

« D'ici* à travers le désert, terre sèche et aride, on arrive en 
trois jours à un grand fleuve qui s'appelle Sava et sur la rive droite 
duquel s'élève la belle et riche ville de Belgrade où commence la Bul- 
garie. De Belgrade on arrive en sept jours, à travers un désert et 
une immense forêt (en passant) par bois et collines, à une bourgade 
fortifiée qui s'appelle Nisch. D'ici, en quatre jours, on arrive, en 
traversant un désert, jusqu'à la bourgade fortifiée de Srédetz. » 

Dr. P. Matkovic. Putovanja po balkanskom poluotku zasrednjega 
vieka. Rad. XLII, p. 117. 

1336—1341 

Au temps même de la domination serbe, peu avant la conquête 
turque, le pays de la Morava était considéré comme une province 
bulgare. 

Voici comment Matkovic expose les impressions du voyageur 
Ludolf Sudhemski (Ludolphus de Suchem) qui voyagea cinq ans 
en Orient, de 1336 à 1341. 

« Et ce voyageur aussi appelle incontestablement bulgare le pays 
à Vest de la Morava qui depuis longtemps déjà était au pouvoir des 
Serbes. » 

Dr. P. Matkovic. Putovanja po balkanskom poluotku zasrednjega 
vieka. Rad. XLII, p. 163. 

1432 

Bertrandon de la Broquière, le conseiller de Philippe le Bon, 
duc de Bourgogne, dit que «la Morava départ la Vulgarie de la Rascie ou 
Servie », « que les Turcs ont conquise il y a huit ans ». 

Dr. P. Matkovic. Putovanja po balkanskom poluotku zasrednjega 
vieka. Rad. XLII, p. 163. 

1621 et 1626 

«Le jour suivant, à deux heures de Yagodna, nous trouvasmes 
le rivière de Morave, qui, venant des hautes montagnes de Bul- 



— 145 - 

garie, passe par le milieu de la Servie et va déscharger dans le 
Danube. » Page 72. 

«La rivière de Nice, appelée par ceux du pais Nichava, qui 
vient des montagnes voisines de Bulgarie, passe auprès de la ville, 
dont elle emprunte le nom et se va descharger à deux lieues au 
dessous dans la rivière de Morava; nous apprismes de ceux du lieu 
qu'elle sépare la Servie de la Bulgarie. » Page 73. 

Relation de deux voyages de V ambassadeur français de Hée à 
travers la péninsule balkanique, en 1621 et 1626, faite par un écri- 
vain inconnu. Communiquée et expliquée par Iov. N. Tomitch. 
Spoménik XXXVII, t. II, p. 33, Belgrade, 1900. 

1704 

« Nous avons passé la septième nuit sur l'herbe verte, où nous 
avons dîné et bu et de là nous sommes arrivés dans l après-midi, 
à Nisch et nous avons ainsi passé la huitième nuit sur la Morava Bul- 
gare sous Kourvin-Grad où nous nous sommes égarés à minuit, mais, 
grâce à Dieu, rien de mauvais ne s'est produit, nous sommes restés 
sains et saufs et nous sommes arrivés dans l'après-midi sous Lesko- 
vetz, près de l'église de pierre », etc. 

Apport à V histoire des lettres serbes. Par Stojan Novacovitch, 
VI e Voyage d'Erothée le Rascien (Ierothia Racanina) à Jérusalem 
1704. «Glasnik» serbe, livre XXXI, 1871, p. 297. 

1803—1804 

« Le Lom (qui est aussi grand que la petite Tamisch) se trouve 
à 6 heures de distance de Vidin (ainsi Vidin est située presque à 
mi-chemin entre le Timok et Lom, c'est-à-dire à 4 heures du Timok 
et à 6 heures du Lom). Cette rivière descend de la Stara Planina, 
coule en Bulgarie, arrosant des villages purement bulgares (où il 
n'existe aucun Turc) et se jette dans le Danube, à sa rive droite, 
près d'une bourgade qui porte également le nom de Lom. Et en 
général, tous les habitants établis le long du Danube, entre le Lom 
et le Timok, sont des Bulgares; on trouve ça et là, le long du Da- 
nube, quelques villages valaques, mais encore sont ils rares. » 

Suit ensuite une description des rivières Cibre, Ogosta Botounia 
et Isker et des villes situées dans les vallées de ces rivières, Tous 
ces pays sont, suivant l'auteur, des pays purement bulgares. 

10 



— 146 — 

Nous faisons cette citation pour montrer une fois de plus quelle 
est la nationalité des habitants des territoires de la Bulgarie occi- 
dentale que les Serbes rêvent d'« affranchir du joug bulgare ». 

Notes géographiques sur la Turquie du métropolite Stéphan Stra- 
timirovitch des années 1803 et 1804. « Spoménik » XXXIX, t. II, 
p. 114, Belgrade, 1903. 

1826 

«Les Slaves, dans toute la Macédoine, s'appellent eux-mêmes 
Bulgares et jamais Serbes. Les Serbes commencent à Prichtina et 
au-delà de Nisch. De même les habitants de Nisch préfèrent se dire 
Bulgares. » 

Les rapports personnels de Safarik avec les Bulgares. Par Dr. Iv. 
D. Schischmanoff, « Balgarski Prégled », II e année, n° 12, p. 78. 1 

XV e siècle 

Extrait des notes de Bertrandon de la Broquière 

1432 

« Item, je veys VI galées et V galistes qui estoient là sur la 
rivyere de la Save, auprès de ceste basse court que j'ay dit, en la- 
quelle demeurent la plus grant partie des gens de Rascie et n'entrent 
point en nulle des autres IIII forteresses, non obstant qu'elle est 
bien forte, mais non mie si tresforte que les autres sont. Et m'on 
dit gens qui le sçavent bien que le dispot a une ville que l'on nomme 
Nyeuberghe qui est sur la rivyere de la Morave sur la marche de 
Vulgairie et de l'Esclavonie et d'Albanie et de Bossene. Et en ceste 
ville a mine d'or et d'argent tout ensamble, et on tire tous les ans 
plus de II e mille ducatz, et se n'estoit cela, je tiens qu'ils fust ores 
chacié hors de son pays de Rascie. » 2 {Bertrandon de la Broquière. 
Voyage d'Outremer. Publié par Schefer, Paris, 1892, p. 214.) 



1 Dans son ouvrage « Slovansky Narodopis, Prague, 1842 », Safarik indique avec 
plus de précision la limite qui sépare les Bulgares des Serbes (p. 40 et 50), limite qui 
se voit plus nettement sur la carte ethnographique annexée à l'ouvrage sous le titre de 
« Slovansky Zemevid » od P. I. Safarik. D'après cette carte, la frontière passe à un mille 
et demi à l'ouest de Nisch qui reste en territoire bulgare, traverse la Morava bulgare, 
longe la rive occidentale de cette rivière et suit la montagne de Schar (Schar Dagh) en 
laissant Vrania en Bulgarie, etc. — Iordan Ivanoff : La Macédoine septentrionale, p. 96. 

2 St. Novacovitch explique que « là où Broquière dit que la Morava sépare la Serbie 
de la Bulgarie, il faut entendre la Morava au delà de Stalitch. La Bulgarie s'étendrait 
donc à l'est de la Morava en commençant à Stalitch », p. 53, note 1. 



— 147 — 

Burchardt et Bertrandon de la Broquière 

dans la péninsule balkanique aux XIV e et XV e siècles, présenté 
par Stojan Novacovitch. « Godichnitza de Nicolas Tchoupitch » 
livre XIV, 1894, p. 57. 

1664—1665 

« Ensuite vient Musan Basha Palanka où l'auteur dit comment 
les « femmes bulgares » accueillirent l'ambassade, jetant des petits 
morceaux de bœurre et du sel sur la route devant elle et lui prédisant 
et lui souhaitant le bonheur et le succès pendant son voyage et au 
cours de l'accomplissement de sa mission. » 

Notes du gentilhomme anglais John Burbury sur le voyage de 
l'ambassadeur autrichien comte Lesley de Budapest à Constan- 
tinople dans les années 1664 à 1665. « Godichnitza de Nicolas Tchou- 
pitch », livre XVII, 1897, p. 85. 

1672 à 1686 

« Et les habitants de leurs villages, leurs paysans de Dreno- 
polié. même jusqu'à Belgrade et au-delà sont tous des gens Bulgares. » 

Description de l'Empire turc, par un russe inconnu prisonnier 
de guerre en Turquie pendant la seconde moitié du XVII e siècle. 
« Godichnitza de Nicolas Tchoupitch », livre XVII, 1897, p. 104. 

1688 

Milovan Vidacovitch, en 1688, exclut Nisch, Smédérovo et Bel- 
grade de la Vraie Serbie. 

Histoire du peuple slavo-serbe depuis le Tzar Stéphan le puis- 
sant jusqu'à la mort de Stéphan, le despote serbe, puisée dans 
différents auteurs, Raitch et quelques autres, composée et écrite 
en langage ordinaire serbe par Milovan Vidacovitch, professeur, 
Belgrade, 1835, p. 129. 

1804 

« La Serbie (anciennement la haute Mésie), une province auto- 
nome placée sous l'administration d'un pacha et portant le titre 
de royaume, se trouve à l'ouest de la Bulgarie, entre Scutari et le 
Danube qui ici, à la frontière de la Sirmie, reçoit la rivière Sava, 
la rivière Morava serbe et quelques autres plus petites, contient 



— 148 — 

différents écueils et tourbillons dangereux pour la navigation et 
coule dans la gorge étroite et escarpée de (Tahtali et) Démir Kapia 
ou Portes de fer. » 

A la page suivante, Solaritch fait l'énumération des villes serbes 
au nombre desquelles il cite Nisch, qui est situé « sur une des branches 
de la Morava, près de la frontière bulgare au sud de la Serbie ». 

Nouvelle géographie civile, la première en langue serbe. En 
deux parties. Pavel Solaritch. Venise, 1804, première partie, p. 467 
à 468. 

1841 

N° 6, actes concernant le mouvement bulgare de 1841 et 1842. 1 

Plainte des délégués des Serbes 2 et des Bulgares de Pirot, Lesko- 
oetz et Prokouplié contre les violences turques, 24 avril 1841, pré- 
sentée au gouvernement serbe, au consul de Russie et au pacha 
de Belgrade : 3 

Nous soussignés, sujets de la Sublime Porte ottomane, envoyés 
par nos frères persécutés et martyrisés des districts de Nisch, Pirot, 
Leskovetz et Prokuplié, prenons la liberté de vous exposer au nom 
de nos frères et de leurs familles, leur triste situation. Avec leurs 
femmes et leurs enfants, ils se tiennent cachés aux alentours de la 
frontière serbe, n'osant pas, de peur des méfaits des Turcs, regagner 
leurs maisons; les Serbes ne les laissant pas passer de ce côté de la 
frontière, ils risquent d'y mourir de faim et ceux qui échapperont 
au sabre de nos oppresseurs, seront emmenés en captivité. 

Nous sommes venus ici nous présenter devant vous et vous 
dépeindre notre malheureuse situation. Car le pacha de Nisch, loin 
de vouloir nous soulager, aggrave nos souffrances et ne permet pas 
que la détresse et les cris de désespoir des malheureux sujets du 
sultan arrivent aux oreilles de Sa Majesté. 

1 Ces documents sont tirés du vol. IV de l'ouvrage de Nil Popoff. Notons que 
dans les « Quelques mots à nos lecteurs » dont les traducteurs serbes font accompagner 
ce volume il n'y a aucune remarque au sujet des actes. Les traducteurs, au nombre des- 
quels figure Panta Sretchkovitch, le plus grand idéologue de la Grande Serbie, n'ont cru 
changer qu'une phrase à l'original; au lieu de « car il apprit », ils ont mis « car il pensait ». 

2 Bien que le nom des Serbes précède celui des Bulgares dans la plainte des délégués 
de Nisch, Pirot, etc., le gouvernement serbe considérait l'insurrection dans le pays de la 
Morava comme une affaire bulgare. On le voit dans le n° 7. Notice concernant la situation 
de la Serbie en 1841: « Cependant la Porte avait des soupçons injustes au sujet de la com- 
plicité du gouvernement serbe dans l'insurrection en Bulgarie, provoquée par des excès 
intolérables ». I bid. p. 443. 

3 La traduction est faite sur le texte serbe traduit de l'original bulgare. (N. du Trad.) 



— 149 — 

Notre très gracieux maître, — à qui Dieu veuille conserver 
pendant de longues années sa vie et son règne, — dans sa sollicitude 
pour le pauvre peuple de tout son empire comme pour ses propres 
enfants, a promulgué son haut Hatt-i-chérif de Gulhané, dans l'in- 
tention de rendre heureux les Turcs aussi bien que les rayas. Nous 
avons accueilli ce haut Hatt-i-chérif comme l'homme transi de froid 
accueille le soleil. Nous avons béni la magnanimité impériale et 
nous avons adressé à Dieu des prières sincères pour la précieuse 
santé de Sa Majesté et celle de ses dignitaires qui l'ont secondée 
dans cette grande et glorieuse entreprise; nous avons enseigné à 
nos enfants de s'en réjouir aussi et de bénir continuellement notre 
très gracieux maître. 

Mais que peut faire la volonté bénite et juste du généreux monar- 
que si ceux auxquels a confié le gouvernement de ses sujets comme 
de ses propres enfants piétinent ceux-ci et font ce qui est absolu- 
ment contraire à la volonté du très magnanime sultan. 

Nous avons connu l'oppression avant aussi, mais depuis que 
le pacha actuel de Nisch y a mis le pied, le soleil s'est obscurci pour 
nous, notre bien-être est ruiné, et nous vivons avec nos enfants un 
nouveau régime des janissaires. 

Cette malheureuse et triste situation nous a obligés de venir 
ici et de vous prier les larmes aux yeux afin que, compatissant à 
nos misères pour l'amour de Dieu, vous fassiez connaître nos mal- 
heurs à notre maître, par la voie qu'il vous plaira et que, par l'amour 
du Christ et comme vous le jugerez plus convenable, vous fassiez 
en sorte que les souffrances de ce malheureux peuple chrétien soient 
soulagées. 

Lorsque le pacha actuel est venu, il a immédiatement convo- 
qué tous les anciens des villes et des villages et leur a donné lecture 
du Firman impérial. Il y était écrit que nous ne devions pas payer 
d'autres impôts excepté 3 piastres et 12 paras pour cent et que 
chacun devait déclarer sa fortune afin que les impôts fussent fixés. 
Quand il eut entendu ceci, le pauvre peuple à genoux en rendit 
grâces à Dieu et lui adressa des prières pour la santé du sultan qui, 
dans sa magnanimité, prenait soin des pauvres comme de ses propres 
enfants. Puis le pacha nomma le muhassil chargé d'enregistrer le 
bétail et les autres biens des contribuables. Les pauvres rayas dé- 
clarèrent tout, car ils avaient confiance dans le Firman du sultan 
et croyaient que les choses se passaient selon les prescriptions de 



— 150 — 

cet acte. Or, lorsque l'inventaire des biens fut terminé, les Turcs 
y avaient inscrit le double, de sorte que celui dont la propriété repré- 
sentait une valeur de cent y figurait pour deux cents, et celui qui 
possédait mille y était inscrit pour deux mille. Entre temps, le mo- 
ment vint d'affermer la dîme des produits et nous l'avons payée 
sur le maïs, le blé et les haricots; en outre nous avons acquitté 4 paras 
par tête de choux, 2 paras par poireau et 7 paras par ocque de vin. 

Nous avons payé la dîme et ce n'était pas dur pour nous. Mais 
les Turcs s'avisèrent de nous réclamer 8 piastres et 12 paras pour 
cent. Est-ce que dans le Firman il n'est pas porté 3 piastres 12 
paras? demandons-nous, et eux de nous répondre que la recette 
de l'Etat ne marchait pas comme jusqu'à présent. 

Pour le prestige de notre illustre tzar, nous nous y sommes 
résignés. Mais alors ils se mirent à nous réclamer un nouveau droit 
de 4 paras par ocque de vin et de 8 paras par ocque d'eau-de-vie. 

En présence de ces actes, commis au nom de l'illustre sultan 
qui n'en savait rien, nous avons déclaré encore une fois que nous 
paierions l'impôt, mais que nous ne voulions plus travailler les 
vignobles et les jardins et que nous voulions vendre les greffes aux 
Turcs, car nous ne vendions pas le vin et l'eau-de-vie à plus de 8 ou 
10 paras l'ocque. Le pacha nous promit alors de nous exempter 
de cet impôt et nous renvoya chez nous. Néanmoins, quelque temps 
après, il nous fit demander ce même impôt, et sur notre réponse 
que nous en avions été exemptés, le pacha nous renvoya chez nous 
en nous ordonnant de laisser auprès de lui quelques-uns de nos an- 
ciens en vue de délibérer avec eux sur l'affaire. 

Nous avons obéi et nous avons laissé auprès de lui neuf de nos 
anciens qu'il fit emprisonner après notre départ; le lendemain il 
les fit ligoter et charger de fers et les envoya à Sofia où ils passèrent 
deux mois en prison. A la fin, il nous obligea de les racheter, ce 
que nous avons fait; nos hommes furent remis en liberté avec la 
déclaration que telle était la volonté du sultan. 

Si nous savions que tels étaient les ordres du Souverain, nous 
aurions même été contents de cela; nous savons cependant que 
telle n'est pas la volonté impériale, mais celle de nos oppresseurs. 

Un autre abus du pacha consiste en ceci: Il est venu une fois 
au village de Matéevtzi où nous lui avons fait le meilleur accueil 
possible. Il but jusqu'à minuit, puis il se mit à crier et à demander 



— 151 — 

des jeunes filles qui devaient chanter et danser devant lui. Nous 
avions beau lui expliquer que nos enfants étaient à la campagne 
et qu'ils s'y reposaient des travaux du jour. Il persistait à demander 
des jeunes filles et à nous menacer de mort si nous n'accédions pas 
à son désir. Ne pouvant le faire, nous nous sommes sauvés dans 
tous les sens, pour ne plus paraître devant lui. Et lui, voyant que 
les jeunes filles ne venaient pas, il quitta furieux le banquet et rentra 
à Nisch d'où il envoya ses soubachis violer nos femmes. Celui qui 
défendait sa femme était saisi, conduit en ville et promené dans 
les rues, les bras crucifiés sur un bois; c'était pour intimider les 
rayas et les empêcher de défendre leurs femmes, leurs sœurs et leurs 
filles desquelles chaque Turc pouvait disposer à son gré. 

Lorsque nos Turcs, et surtout les Albanais, eurent compris les 
intentions du pacha, une bande forte de 100 individus fit irruption 
dans les villages qu'elle se mit à incendier; ainsi à Straschina le feu 
a été mis à plus de 28 maisons, tandis que les femmes et les enfants, 
à moitié nus, habitent en plein air. A une plainte de notre part, 
le pacha répondit qu'il allait instruire l'affaire, mais les choses con- 
tinuent comme par le passé. 

Quelquefois des querelles éclatent parmi les Turcs de la ville 
et ils échangent des coups de feu; mais ils tirent sur les chrétiens 
qui sont tués comme des bêtes. Nous portons plainte devant le 
pacha, il demande des témoins. Nous nous rapportons au témoignage 
des chrétiens, il nous demande deux Turcs comme témoins. 

Une fois, en pleine place publique, les Turcs enlevèrent une 
femme des bras de son mari pour la convertir à l'islamisme. La 
femme appelait désespérément au secours, criant qu'elle ne voulait 
pas être musulmane et qu'elle avait un mari; personne n'osa courir 
à son secours, excepté sa sœur qui par hasard se trouva sur les lieux, 
mais un Turc, de son couteau, lui mutila les bras et emmena la femme. 
Nous déposâmes une plainte devant le pacha, et quand il nous eut 
demandé des témoins, nous lui en présentâmes 20; cependant il 
refusa de les entendre, demandant exclusivement des Turcs. Nous 
citâmes alors le surveillant de la douane, qui avait été témoin de 
l'incident, et qui déposa la vérité; il perdit sa place pour cela, et à 
nous, on nous fit dire que la femme acceptait volontairement la 
religion musulmane. Et, bien que la femme le niât ouvertement 
et qu'elle démontrât l'injustice dont elle avait été victime, le pacha 
trouva deux Turcs qui jurèrent sur leur barbe que la femme voulait 



— 152 — 

de son propre gré passer à l'islamisme; et la malheureuse est restée 
entre les mains des Turcs. 

De même deux frères Albanais sont allés au village de Draschtzi 
d'où ils ont enlevé de force une jeune fille; celle-ci a été emmenée 
en Albanie où elle a été convertie à l'islamisme. Deux autres jeunes 
filles ont été ravies du village de Zaplan et également converties. 

Dans l'arrondissement de Prokuplié, les Turcs ont emmené 
quelques Serbes dans les vignes où ils en ont mis à mort quelques- 
uns, de même qu'ils ont tué deux tailleurs de Nisch. 

En outre, la nuit ils entrent par effraction dans les maisons, 
cambriolent dans les chambres, tuent ceux qu'ils y rencontrent et 
pillent les maisons. De cette manière plus de vingt personnes ont 
péri en peu de temps à la campagne et leurs têtes étaient charriées 
par la Morava près d'Alexinatz. 

Ces mêmes oppresseurs ont ravi une jeune fille; à ses cris, per- 
sonne n'accourut au secours, sauf sa mère que ces barbares ont 
taillée en morceaux. La jeune fille fut emmenée dans les bois. Les 
autres villageois, voyant ceci, se lancèrent à la poursuite des bri- 
gands, délivrèrent la jeune fille et rentrèrent au village. Mais la 
mère était déjà morte. Et tout ceci se passe dans le paisible empire 
du sultan, où nos oppresseurs, non contents de violer les femmes 
et les jeunes filles, grandes et petites, ont commencé à exercer les 
mêmes violences sur les mâles; à Prokuplié, dans la sainte église 
même, trois hommes ont été violentés. 

Contre tous ces méfaits nous avons déposé devant le pacha une 
plainte générale empreinte de larmes; il nous a fait répondre que 
ces choses arrivent ailleurs aussi et que personne n'en meurt. 

D'autre part, avant l'arrivée du pacha actuel de Nisch, celui 
de Leskovetz réclamait quelques vieux impôts. Après l'arrivée du 
pacha, ne sachant pas s'il serait confirmé dans ses fonctions, il fit 
convoquer les membres de la communauté et leur déclara qu'ils 
lui devaient 90,000 piastres. Ceux-ci lui firent observer que la com- 
munauté s'était acquittée envers lui; néanmoins, il ordonna qu'on 
amenât Ivanco Kouyoumdji et lui fit souscrire une obligation por- 
tant que les rayas étaient les débiteurs du pacha; cette obligation 
fut munie du sceau (de la communauté). Le pacha de Leskovetz 
resta à son poste une année encore et pendant ce temps il prélevait 
les impôts comme par le passé. Cependant le pacha de Nisch fit 



— 153 — 

proclamer plus d'une fois que les chrétiens n'avaient pas versé un para 
d'impôt pour toute cette année et qu'ils devaient au sultan 500 
bourses (250,000 piastres). Les pauvres rayas expliquaient, les larmes 
aux yeux, que chaque jour on leur faisait payer toute sorte d'impôts, 
mais c'était en vain, et ils continuent de payer. Nous aurions donné 
sans regret le dernier para pour le trésor du très gracieux sultan, 
si nous savions qu'on nous laisserait la paix. Mais c'est le contraire 
qui arrive : nous avons dépensé tout ce que nous possédions, et nous 
supportons de grandes souffrances. 

Récemment le pacha s'est rendu à Leskovetz, d'où il est allé 
faire une excursion au village de Vinartzé; là, ayant fait réunir 
une foule de jeunes filles, il s'amusa avec celles-ci jusqu'à minuit, 
seul ou en compagnie d'Ismail pacha et d'autres Turcs. 

Tout ceci nous l'aurions supporté, mais nos beys albanais, en 
voyant faire le pacha, sont devenus plus téméraires encore. Ils 
ne se bornent à parcourir les villages et à y faire danser les jeunes 
filles; ils violent celles-ci et les femmes. Au village de Bugaritza, 
ils ont abattu d'un coup de hache un jeune homme qui voulait dé- 
fendre sa sœur malmenée. Mais ce n'est pas tout : ils tuent les hommes 
dans les magasins, confondent nos bêtes avec les leurs, et lorsque 
nous réclamons, — ils nous menacent de leurs haches. Celui qui 
a de l'argent, s'il perd son bétail, peut du moins avoir la vie sauve, 
mais celui qui n'en a pas, doit s'enfuir n'importe où, ou perdre la tête. 

Quelquefois les Albanais entrent en conflit avec le pacha et 
affluent par centaines à Nisch, comme s'ils voulaient se battre avec 
lui; en route, ils font bombance dans les villages, s'y livrent à tous 
les excès et dépouillent les marchands qu'ils rencontrent sur les 
chemins. 

Il est arrivé une fois qu'un Bulgare s'étant rendu à sa vigne 
avec sa petite fille de 14 ans, fut assailli par ces Albanais. Les mal- 
faiteurs ligotèrent le père et emmenèrent la petite fille dans les 
broussailles; ils l'outragèrent du matin jusqu'au crépuscule d'une 
façon tellement impitoyable qu'elle resta à peine en vie. 

Dans l'arrondissement de Pirot des vauriens se réunissent par 
groupes de 50 à 60, enlèvent les hommes dans les villages et leur 
extorquent de l'argent. Les habitants se plaignent au voivode (chef 
d'une petite unité administrative en Turquie), mais ils reçoivent de 
lui la réponse que ces têtes folles sont au nombre de 800 et qu'il 
est impuissant à les disperser. 



— 154 — 

De même un de ses valets à cheval se rend sur la place publique, 
dans l'intention de tuer quelqu'un. Le hasard lui fit rencontrer 
un tailleur; il l'assaillit de son couteau, mais le manqua; la vic- 
time ayant pris la fuite, le Turc sortit son pistolet et l'abattit. A la 
vue de ce spectacle, les gens de la place fermèrent leurs magasins 
et s'enfuirent. 

Ces faits et des cas analogues se comptent par milliers et il 
est impossible de les décrire tous. Le pauvre peuple gémit, mais 
ses plaintes n'arrivent pas au sultan. Il ne lui reste plus qu'à se 
révolter afin de se défendre contre les oppresseurs et afin que le 
très magnanime sultan puisse voir les souffrances de ce peuple et, 
dans sa pitié, prenne les mesures nécessaires contre l'arbitraire. 

Mais le pacha, ne comprenant pas que les chrétiens se sont soule- 
vés contre les oppresseurs et non contre le sultan, fait cause comme 
avec les malfaiteurs et tue les chrétiens comme rebelles à leur maître, 
met les villages à feu et à sac et emmène les femmes et les enfants 
en captivité; de cette façon, avant que le sultan ait connaissance 
des événements, la majorité de nos malheureux frères périront. 

Remarque. — Des pétitions dans le même sens ont été remises 
à Kiamil pacha de Belgrade, au prince Michel de Serbie et au consul 
de Russie. 

La Serbie et la Russie, etc., par Nil Popoff, vol. 4. Traduit du 
russe (en serbe) par P. Srétchkovitch, A. Vassiljevitch, J. Jujevitch, 
A. Marianovitch. Belgrade, 1870, p. 432—436. 

1841 

En Bulgarie. On mande de la frontière serbe: Tout le monde 
sait la cause qui a amené la révolte de nos frères coreligionnaires 
slaves en Bulgarie, bien qu'on ne la dise pas; c'est le mal qu'ils 
souffrent. Chacun pourra le savoir et juger d'après les faits connus; 
car il est bien entendu que ces gens ne se seraient pas révoltés, et 
n'auraient pas mis en péril leur vie et leurs biens, s'ils n'étaient 
pas poussés à bout, surtout dans les circonstances actuelles. Nous 
n'allons donc pas exposer les causes de cet événement: il nous fau- 
drait dans ce cas écrire toute une histoire, et une histoire fort triste; 
nous voulons seulement saisir l'occasion pour expliquer au monde 
la façon dont les choses se sont passées. 

Le Hatt-i-chérif de Gulhané, plein de faveurs impériales et 
ses paroles sacrées ont été également promulgués en Bulgarie; mal- 



— 155 — 

heureusement cet acte est resté lettre morte et le vent a emporté 
ses paroles. Loin de constater quelque amélioration, le peuple vit 
au contraire sa situation s'aggraver. Aussi les pauvres chrétiens 
des villages des nahiés de Nisch et de Leskovetz, opprimés par les ter- 
ribles impôts et les grandes injustices de leurs spahis, implorèrent 
à plusieurs reprises la protection et la bienveillance du pacha de 
Nisch, demandant que les spahis et les autres Turcs fussent plus 
humains à leur égard en tenant compte du Hatt-i-chérif impérial. 
Jamais une réponse ne fut donnée à leurs suppliques. Obligés à 
chercher secours ailleurs, les chrétiens élirent dernièrement huit délé- 
gués qu'ils chargèrent d'aller à Constantinople implorer la grâce 
du sultan et defsa Porte et un soulagement des lourds impôts qui 
pesaient sur eux. Le pacha de Nisch, informé de cette démarche 
lança ses agents à la poursuite des délégués partis pour Constan- 
tinople. Ceux-ci, rejoints à Philippople, furent immédiatement arrê- 
tés, chargés de fers et conduits au pacha. Aussitôt le pacha rendit 
contre eux une sentence de mort et ils auraient été exécutés si les 
chrétiens n'avaient pas recueilli de fortes sommes pour relâcher 
leurs frères du pacha et de la mort. 

Ils demandaient justice aux termes du Hatt-i-chérif. 

Cet incident à peine clos, un autre éclata dans un village de la 
banlieue de Nisch. Voici dans quelles circonstances. 

Le premier jour de Pâques, à l'issue du service divin et après 
le déjeuner, les habitants et spécialement la jeunesse se réunirent 
à la danse aux abords du village; le spahi de la localité se rendit 
également sur les lieux, il enleva une jeune femme et fila sur Nisch. 
Sur le conseil des parents et des amis, le mari de la victime s'adressa 
au pacha pour demander justice, mais il n'obtint rien: il fut injurié 
et chassé; et à peine sorti du konak, il fut tué par le spahi. 

Ces causes et d'autres semblables ont poussé le peuple à la ré- 
volte pour se débarrasser du pacha et des spahis. Mais les troupes du 
pacha, composées de Turcs et d'Albanais, se sont précipités prompte- 
ment sur les révoltés, massacrant impitoyablement et mettant les 
villages à sac. Environ 150 villages bulgares ont été massacrés ou 
emmenés en captivité et finalement incendiés. Même les vieillards 
invalides et les femmes étaient tués, les enfants chrétiens jetés au 
feu, etc. A Nisch même, le pacha força le métropolite, le clergé et 
les autres notables chrétiens qui étaient emprisonnés dans la cita- 
delle, de signer un acte attestant que le pacha et les spahis étaient 



— 156 — 

étrangers à la révolte, que la population était très contente de leur 
gestion, etc. La plus grande partie des chrétiens ont gagné la mon- 
tagne où leur nombre augmente chaque jour; ils mettent les vieil- 
lards, les femmes et les enfants à l'abri et commencent déjà à incen- 
dier eux-mêmes leurs propres villages. A la frontière de la Serbie 
ils ont trois refuges principaux où ils confient les faibles à la pro- 
tection divine et fraternelle; 7000 à 8000 personnes ont trouvé 
ainsi refuge jusqu'ici. Ceux qui sentent en eux battre un cœur 
brave et qui sont robustes, rejoignent leurs frères pour combattre 
ou périr. Dix sur cent ont un fusil, les autres sont armés de faux, etc. 
Ils laissent les routes libres et ne s'attaquent ni aux voyageurs, ni 
aux caravanes, mais les laissent passer sans le moindre empêche- 
ment. Cependant les Turcs et les Albanais emmènent en captivité 
les personnes qu'ils rencontrent aux villages ou en chemin. C'est 
pourquoi les routes, faute de sécurité, sont désertes, ce qui a causé 
une grande inquiétude et une grande peur aux commerçants autri- 
chiens qui ont des affaires en Turquie. Plus de mille quintaux de 
diverses marchandises sont accumulés à la frontière, en attendant 
d'être expédiés pour la Turquie. 

Les Albanais et les Turcs ont impitoyablement massacré un 
grand nombre de chrétiens à la campagne, mais ils ne vont pas leur 
faire la chasse dans les bois et les montagnes; les Turcs qui sont 
dans les villes n'en sortent pas non plus. Dieu sait ce que ces mal- 
heureux chrétiens auront encore à supporter. Pour ceux de Syrie 
et des autres provinces de l'Asie, les grandes puissances ont pris 
des mesures afin de les débarrasser des violences du despotisme turc. 
Espérons que le triste sort de ces peuples, qui se sont toujours 
sacrifiés pour le salut de l'Europe touchera le cœur des souverains 
et des citoyens de l'Europe. 

« Serbské Narodné Noviné » (Journal National Serbe), IV e année, 
n° 34, p. 134—135 du 1 er mai 1841. 

1841. 

En Bulgarie. Nous n'avons pas de nouvelles informations au 
sujet des affaires de Bulgarie excepté que dans les villes les vivres 
sont devenus d'une cherté excessive. On dit, par exemple, qu'à 
Nisch le pain coûte 3 piastres l'ocque. — Dans les gazettes alle- 
mandes nous lisons des renseignements sur les révoltes que nous 
avons déjà annoncées en très grande partie. En voici les principaux. 



— 157 — 

On rapporte toute sorte de récits affreux sur les motifs qui ont pro- 
voqué ces incidents; entre autres, on raconte par exemple que les 
Turcs ont assailli le dimanche de Pâques, à Kamenitza, le peuple 
réuni à l'Eglise et ont commencé par s'emparer de force des femmes, 
des jeunes filles et même des garçons. L'exaspération du peuple en 
a été portée au comble, les hommes ont pris les armes pour se dé- 
fendre et se venger, et la révolte a éclaté comme un tonnerre. En 
dehors des quelques arrondissements de la Bulgarie, on dit que toute 
la partie septentrionale de l'Albanie, de la Macédoine et de la Roumélie 
s'est révoltée. Les prêtres chrétiens y travaillent beaucoup; douze 
de ces prêtres vont de village en village et exhortent le peuple à la 
révolte, afin de rejeter le joug turc. L'un d'eux est venu à Belgrade 
solliciter le secours des consuls européens, mais il a été partout 
réfusé. Dès que la révolte a éclaté, Moustafa pacha a écrit une 
lettre très amicale au prince de Serbie l'informant de ce qui était 
arrivé et l'invitant à prendre son parti. Puis, quand il a écrasé les 
chrétiens révoltés et incendié leurs biens, il a informé de nouveau 
le prince que la révolte s'était apaisée. On considère comme perdue 
la cause des chrétiens révoltés, ceux-ci manquant d'argent et d'autres 
ressources. 

Serbske Narodne N ovine, IV e année, n° 35, p. 138, du 4 mai 1841. 

1841. 

En Bulgarie. Un rapport autrichien du 5 mai n. st. contient 
les données suivantes recueillies d'un témoin oculaire à Alexinatz, 
sur l'origine de la révolte en Bulgarie, dont nous avons nous-mêmes 
fait mention. 

Deux mois avant la révolte des rayas (habitants chrétiens) des 
nahiés de Nisch, Leskovetz, Pirot, Vrania, Prokupacska et Berko- 
vitza les plus notables parmi les Bulgares, notamment Miloyé et 
Gavra sont venus à plusieurs reprises à la frontière serbe et spéciale- 
ment à la contumace d' Alexinatz; là ils se sont plaints au chef du 
département Péter Radoikovitch et au capitaine du district Mladen 
Vukomanovitch, exposant devant eux, comme devant des amis et 
des voisins, comment — surtout depuis la promulgation du bien- 
faisant Hatt-i-chérif de Gulhané qui devait, selon les bonnes inten- 
tions du sultan, améliorer et assurer la situation de ses sujets — la 
charge des impôts avait augmenté, les enlèvements aussi, et les vio- 
lences turques étaient devenues intolérables. Conscients de leur 



— 158 — 

manque d'esprit guerrier (les Bulgares sont, on le sait, un peuple 
paisible et laborieux) et sachant qu'ils ne pouvaient compter sur 
leurs forces, ils ont prié le gouvernement serbe de leur prêter main 
forte afin de les délivrer du joug oppresseur sous lequel ils gémissent 
à la suite de la cruauté de certains dignitaires et de l'arbitraire des 
Albanais indisciplinés. Leurs propositions étant chaque fois repoussées 
par le gouvernement serbe, ils se procurèrent de la Serbie 600 ocques 
de poudre et des armes et prirent la décision de se soulever sous la 
conduite des susnommés Miloyé et Gavra, en vue de mettre à l'exé- 
cution leur entreprise, qui avait par deux fois échoué, d'envoyer à 
Constantinople une députation pour solliciter le sultan de mettre fin 
à l'oppression régnant en Bulgarie. Comme il (l'agent consulaire) 
l'avait entendu dire par plusieurs Bulgares, ceux-ci ne pensaient à 
faire usage des armes et des munitions que s'ils étaient empêchés 
dans leur dessein, ou s'ils étaient attaqués par les bandes d'Albanie. 
A deux reprises avant de se révolter, ils avaient envoyé une dé- 
putation au pacha de Nisch, mais celui-ci les repoussa chaque fois 
et elles durent s'en retourner sans succès. Dès que le Hatt-i-cherif 
de Gulhané fut promulgué, ledit pacha fit enlever les armes à tous 
les Bulgares. 

Par malheur, le lendemain de la révolte, les Bulgares mirent 
le feu à une maison turque à la frontière serbe et occupèrent un petit 
fort turc, Akbalanka gardé par six Albanais seulement, avec tous 
les canons qui s'y trouvaient et donnèrent ainsi au pacha l'occasion 
souhaitée de poursuivre Miloyé avec ses compagnons se montant à 
30 — 40 hommes, de le prendre et de déjouer tout le plan qui con- 
sistait à ouvrir par la révolte le chemin de Constantinople à une 
députation qui solliciterait à la Porte l'envoi d'une commission 
d'enquête. Miloyé fut donc poursuivi et obligé de s'enfermer avec 
ses hommes dans une tour appelée Kamenitza, à une distance de 
800 à 1000 toises de Nisch. Le pacha de Nisch lui délégua alors 
l'archidiacre de la ville avec quelques chrétiens et Turcs pour l'en- 
gager à se rendre. Miloyé refusa de se rendre; bien plus, il fusilla 
deux des Turcs venus avec l'archidiacre; alors le pacha marcha avec 
dix canons et plusieurs centaines d'Albanais sur Kamenitza, cerna 
la tour et ouvrit sur elle un feu violent. Miloyé, atteint à la jambe 
par un coup de fusil, tira son pistolet de la ceinture et le vida sur 
sa poitrine. Une partie de ses compagnons se rendirent, les autres 
s'enfuirent dans la montagne. Simultanément avec sa marche contre 



— 159 — 

Kamenitza, le pacha donna l'ordre aux Albanais mandés de Pirot 
et de Leskovatz d'incendier tous les villages dans les nahiés révoltés, 
d'en massacrer les habitants ou de les amener comme prisonniers 
à Nisch. Cet ordre fut exécuté par les Albanais de la manière la 
plus féroce. Le pacha, craignant la juste colère du Sultan pour les 
représailles qu'il avait exercées sur les chrétiens, fit jeter en prison 
17 des plus notables commerçants de Nisch pour leur arracher ainsi 
un témoignage attestant qu'il n'avait aucune responsabilité dans 
l'affaire. 

Il faut espérer, ajoute le rapport autrichien, que la Porte, mise 
au courant des événements, employera les moyens qui rendront la 
paix à cette contrée et protégera contre l'arbitraire et les violences 
la vie et les biens de ses sujets chrétiens. 1 

D'autres informations de Belgrade aux journaux allemands, 
en date du 2 mai n. st., disent: <cLe combat qui a eu lieu avant-hier 
près de notre frontière entre les troupes albanaises du pacha de Nisch 
et les chrétiens insurgés qui s'étaient retranchés aux environs d'Ale- 
xinatz, à été extrêmement sanglant. Les chrétiens ont combattu 
avec bravoure, mais leur foule armée était dispersée et ne pouvait 
résister aux masses albanaises réunies. Ils avaient à défendre leurs 
femmes et enfants, leurs vieillards, les biens qu'ils avaient emportés 
et leur bétail contre les furieuses attaques des Osmanlis féroces, et 
devaient succomber. Les Albanais victorieux usèrent de représailles 
terribles contre les chrétiens. Ils tuaient les enfants et les vieillards 
et empalaient tous ceux qui prenaient les armes à la main; ils 
mettaient le feu aux villages occupés, outrageaient bestialement les 
femmes et les jeunes filles qu'ils jetaient ensuite dans les flammes 
des maisons, etc. Plus tard les chrétiens ont commencé eux-mêmes 
à incendier leurs villages d'où ils se sauvaient à l'approche de l'en- 
nemi, abandonnant leurs malades et tout ce qu'ils ne pouvaient 
emporter dans leur fuite. Les chrétiens vaincus, arrivés à Alexinatz, 
ont forcé vaillamment les lignes ennemies, et se sont frayé passage, 
les uns en Serbie, les autres dans les montagnes. Ceux qui fuyaient 
en Serbie ont été rejoints par l'ennemi et en grande partie massacrés; 



1 L'original de ce rapport, conservé aux Archives impériales de Vienne (Haus- 
Hof- und Staatsarchiv), Serbien, 1841, P. 96 Suppl. a été publié, avec une série d'autres 
documents, par le professeur St. Romansky dans le Sbornik bulgare, t. XXVI (1910/1911), 
Sofia, 1912. La traduction contemporaine des Srbske Narodne N ovine, comparée au 
texte, présente quelques lacunes. 



- 160 — 

mais beaucoup ont gagné la montagne, de ceux aussi qui n'ont pas 
pris part au combat; plusieurs milliers de personnes errent en ce 
moment dans les montagnes, sans abri et sans nourriture, cherchant 
à se mettre en rapports avec les chrétiens des nahiés voisins. Car 
on sait ici que non seulement la Bosnie, mais aussi l'Albanie et la 
Macédoine sont en révolte. Le bruit court même que des événements 
de même nature se passent en Anatolie. La cause de tout ceci est 
le joug intolérable de la tyrannie des vizirs, l'avidité inaltérable et 
l'arbitraire régnant dans tous les ressorts du gouvernement, tel 
qu'on ne peut se l'imaginer. Un autre écrit: La rage des Turcs, qui 
a provoqué ces révoltes, ne cesse pas. Ainsi, tout récemment, la 
populace turque de Trébizonde et d'Angora s'est livrée à toutes 
sortes d'excès contre les habitants chrétiens et surtout contre les 
églises et les écoles chrétiennes. 

De nouvelles privées de la frontière, en date du premier mai, 
v. st. annoncent: «Parmi les cas qui ont provoqué V insurrection en 
Bulgarie en voici un. 

Le pacha de Nisch, obéissant aux suggestions du cadi du lieu, 
fit enlever d'une localité de la région révoltée une jolie jeune fille 
nommée Agapie, disant qu'il était heureux de la convertir et de la 
marier à son fils. En effet, on chercha d'abord à gagner la jeune 
fille par la douceur, mais quand elle eut résolument refusé de se 
convertir, on se mit à la malmener en lui brûlant les seins avec une 
pince rougie au feu, etc. La jeune fille supporta les tortures avec 
héroisme, et ne voulut pas se résigner à la conversion ni au mariage 
avec un Turc. Alors ses bourreaux, pour vaincre le courage de leur 
victime, s'avisèrent d'outrager sa vertu par la plus odieuse des vio- 
lences. Nous n'allons pas demander s'ils ont remporté la victoire; 
mais ils se sont fort trompés dans leurs intentions: Le père de la 
jeune fille, ses parents et voisins se réunirent et se présentèrent au 
pacha pour l'en racheter moyennant une forte somme. Le pacha 
leur fit répondre que la jeune fille était déjà musulmane et qu'une 
musulmane ne pouvait être rachetée à aucun prix. Les parents 
répliquèrent qu'il était impossible qu' Agapie fût musulmane; alors 
le pacha, pour les en assurer, envoya chercher la jeune fille pour la 
présenter comme musulmane devant le peuple réuni, hommes et 
femmes. Mais elle, sans même attendre l'envoyé, dès qu'elle eut 
vu ses parents, ses frères, ses sœurs, son père, se précipita dans leurs 
bras, pleurant à chaudes larmes et se mêla aux autres, les embrassant 



— 161 — 

tous et pleurant comme si elle était délivrée de l'esclavage. Les Turcs 
en furent embrasés de colère et ils auraient livré à la mort tout 
ce monde, si les paysans ne s'étaient pas esquivés; ils ne cessèrent 
cependant de les poursuivre jusqu'à ce qu'ils eurent de nouveau 
mis la main sur Agapie qui fut enfermée, sur l'ordre du pacha, dans 
une tour située à trois journées de marche du même lieu, et là chargée 
de lourdes chaînes. Sa mère périt quelque temps avant pour ne pas 
être témoin du triste sort et des tortures de son enfants. Voici com- 
ment. Après qu'ils eurent enlevé et emmené Agapie, les ravisseurs 
attaquèrent la jeunesse qui s'était réunie à la danse et voulurent 
prendre et emmener la plus jolie compagnonne; la mère d'Agapie, 
un couteau à la main, la défendit, blessant grièvement un des agres- 
seurs, lesquels se précipitèrent sur elle et la mirent à mort; entre temps, 
profitant de la rixe, la jeune victime réussit à se sauver. Le peuple 
excité par ces tristes événements, n'oublia pas la malheureuse Agapie, 
mais décida de la délivrer au mépris de tout danger. Apprenant le 
lieu où elle était retenue, il la délivra en effet et, avec elle, beaucoup 
de jeunes gens que les Turcs allaient convertir ou faire mourir. 

Telles sont les causes des souffrances présentes de ce pauvre 
peuple et les premiers pas qu'il fait pour s'en débarrasser. Les Turcs 
bien intentionnés, c'est-à-dire ceux qui, comme négociants, ont 
parcouru le monde, vu et entendu plus de choses que ne contient 
le Livre musulman, ont fait cause commune avec les chrétiens; 
respectueux des ordres impériaux et vivant en bonne intelligence 
avec les sujets de religion chrétienne, ils se sont rendus auprès du 
pacha et ont demandé que le Hatt-i-Chérif impérial fût promulgué 
et devînt la règle de conduite du gouverneur. Aussi le pacha a-t-il 
commencé à les persécuter et à ne point les laisser en paix. 

Lorsque l'insurrection se fut déclarée, le pacha se mit immé- 
diatement à la recherche de médiateurs qui devaient le reconcilier 
avec le peuple et apaiser la révolte; dans ce but, il s'adressa au prince 
de Serbie et au vizir de Belgrade. Le prince fit publier alors une 
proclamation sévère, interdisant toutes relations avec le pays bulgare. 
Aussi le colonel Mileta Radoikovitch, membre du conseil, exécute-t-il 
sévèrement ces mesures à Alexinatz. Un grand nombre de réfugiés 
bulgares se trouvent aux quarantaines, mais ce sont des femmes et 
des enfants, les hommes sont peu nombreux, ils restent tous dans 
leur patrie et y font la guerre. Ils ont intercepté les chemins et les 
stations et les tiennent en leur pouvoir; les petites rencontres qui 

11 



— 162 — 

ont eu lieu jusqu'ici dans ce jeu de guerre, ont coûté assez de sang 
aux deux côtés, inspirant tantôt la peur, tantôt le courage. Près 
de Kamenitza, où se décida jadis le sort du serbisme au village de 
Matéevtzi, un certain nombre de Bulgares, avec un de leur chefs, ne 
pouvant se dégager des Turcs, s'enfermèrent dans une tour, espérant 
y trouver le salut; mais les Turcs cernèrent la tour et la bombar- 
dèrent jusqu'à ce qu'ils l'eurent démolie; ceux qui s'y étaient réfugiés 
périrent tous. Ce malheur a servi de leçon aux Bulgares; ils ne recher- 
chent plus les forteresses, mais la montagne. La première perte a 
été vite réparée. Le pacha avait lancé, d'après ce qu'on dit, 2000 
cruels Albanais à cheval contre les Bulgares réfugiés dans les mon- 
tagnes pour les disperser et les réduire; mais ici les Bulgares ont 
montré leur ancienne bravoure et fait voir qu'ils étaient dignes de 
leurs ancêtres; ils reçurent les Turcs dans des embuscades bien 
choisies et les battirent bravement, si bien que 20 à 30 hommes 
seulement échappèrent à la mort; cette victoire a donné aux Bulgares 
des armes, des objets d'équipement et tout ce dont ils avaient besoin. » 
Serbské Narodné N ovine, IV e année, p. 141 — 143, du 7 mai 1841. 

1841 

Liste des villes et des villages de Turquie où les Albanais ont 
commis récemment des violences, des meurtres et des pillages. 

<i 10. Dans V arrondissement de Nisch les Turcs ont surpris dans 
la forêt les deux fils d'un habitant bulgare du village de Tchaplinilza, 
l'un âgé de 18 ans, l'autre de 15 ans et les ont blessés, le premier 
à coups de pistolet et l'autre à coups de couteau sur la tête, la figure 
et le coup. Le cadet, qui reprit connaissance, retourna le lendemain 
chez son père en tenant sa figure mutilée; le père alla chercher son 
fils aîné et le conduisit à Nisch où il est mort; l'autre se trouve en 
traitement, mais on ne sait pas si l'on pourra le sauver. » 

« 11. Dans la ville de Prokup (Kuprudjik), les Albanais ont fait 
irruption dans la maison d'un Bulgare, ont tout pillé et blessé le 
maître de la maison, sa femme, son fils et sa fille et massacré en 
outre quatre personnes. » 

« 12. Dans le village de Panovtzi, arrondissement de Nisch, ils 
ont coupé les mains à un Bulgare. » 

« 17. Dans l'arrondissement de Leskovatz, près du village de 
Pusta-Réka, les Albanais ont tué un Bulgare rencontré sur la route. » 



— 163 — 

«21. Dans l'arrondissement de Pirot (Charkeuy), huit personnes 
ont été tuées; en outre, trois Bulgares impliqués dans la révolte 
de l'année dernière et qui avaient fait leur soumission aux Turcs 
et s'étaient rendus à Vidin sur l'appel du pacha, ont été également 
tués. » 

« 22. Dans l'arrondissement de Pirot, près de la rivière Toplitza, 
les Albanais ont massacré deux Bulgares. » 

« 25. Dans l'arrondissement de Nisch, les Turcs, ayant rencontré 
dans le bois un Bulgare, lui ont demandé 300 piastres, celui-ci, n'ayant 
pas d'argent, a été mis à mort. » 

« 26. Au village de Vlassotintzi, arrondissement de Leskovatz, 
le Bulgare Stanko, impliqué dans la révolte de l'année dernière, 
s'était rendu aux Turcs, a été tué. » 

« 28. Dans les vignobles aux environs de Nisch, les Turcs ont 
tué deux charretiers bulgares. » 

La Serbie et la Russie, etc., par Nil Popoff, vol. 4. Traduit du 
russe (en serbe) par P. Sretchkovitch, A. Vassiljevitch, J. Jujevitch, 
A. Marinovitch, Belgrade, 1870 p. 436— 437. 

1841 

En Bulgarie. Belgrade, le 9 mai. La cause de la révolte qui 
a soulevé au commencement d'avril le peuple chrétien des nahiés 
de Nisch, Pirot, Leskovatz et Prokouplé contre les Turcs, ses oppres- 
seurs, sont, comme nous l'apprenons, de nature diverse. Lorsque 
le Hatt-i-Chérif de Gulhané fut reçu à Nisch, l'honorable gouverneur 
de la province, Mustafa pacha, fit réunir le peuple et lui donna lecture 
de l'acte impérial, interprétant son contenu selon lequel les habitants 
n'auraient désormais à payer au fisc que 3 piastres sur 100 de leuis 
biens; en outre, ils seraient libres d'élire parmi eux les maires des 
villages, lesquels auraient la charge de percevoir l'impôt; en dernier 
lieu il fut fixé qu'on payerait la dîme et que les soubachis quit- 
teraient une fois pour toutes et définitivement les villages. Les serdars 
qui parcourraient la campagne le feraient à leurs frais, et le peuple 
ne serait pas tenu de pourvoir à leur entretien; les Turcs, comme 
les autres, seraient obligés de payer ce qu'ils consommeraient. 

Ce fut une grande joie pour le peuple chrétien qui exprima sa 
vive gratitude à notre très généreux sultan pour sa grâce et sa bonté 
paternelles. Il exprima également sa reconnaissance à l'honorable 
pacha. Cependant, peu de temps après, l'honorable pacha de Nisch 



— 164 — 

et le muhassil firent convoquer le peuple à Nisch et demandèrent, 
au lieu de 3 piastres pour 100, 8 piastres et 12 paras, en ajoutant que 
désormais les serdars supporteraient la moitié de leurs frais de dé- 
placement. Le peuple chrétien répondit qu'il ne pouvait rien payer 
en dehors de ce qui était prescrit par le Firman impérial. 

Cette réponse ne fut pas du goût du pacha et du muhassil qui 
s'ingénièrent à imaginer des vexations pour le peuple. Quelque 
temps après, le pacha, le muhassil et le cadi, accompagnés de quelques 
Turcs de distinction, se sont rendus à Matéevtzi où, dans la tour 
du village, ils burent et mangèrent. A cette occasion, le pacha exigea 
des paysans que la jeunesse dansât pour lui et commit d'autres 
excès. La danse dura jusqu'au matin. Le pacha demanda encore 
aux paysans de lui amener une jeune fille qu'il voulait embrasser; 
ceci lui fut refusé et alors furieux, il but toute la nuit et retourna 
à Nisch plein de colère contre les villageois. A la suite de cette affaire, 
il fit enlever par son serdar, à la veille de la St. Démètre, la bru d'un 
certain Ivko d'Obsinetz et la garda quarante jours chez lui; puis il 
la livra à son mehterbachi, un tzigane, qui la possède encore, bien 
qu'elle ait tenté de s'enfuir à deux reprises: la malheureuse était 
chaque fois suivie par les Turcs et rendue au Tzigane. Voyant ceci 
et sachant que le pacha ne se soucierait de leurs excès, les Turcs com- 
mencèrent à commettre des exactions et des vilenies plus odieuses 
encore et des tortures inouïes contre le peuple chrétien, au souvenir 
desquelles on frissonne. Ensuite le pacha de Nisch introduisit la per- 
ception de nouvelles taxes, après que la dîme avait été payée, à 
savoir 4 paras par ocque de vin, 8 paras par ocque d'eau-de-vie, 
1 piastre par chariot de bois et 1 piastre 20 paras pour chaque voiture 
chargée; il fit arpenter les bois et les futaies et les imposa. Ses serdars 
se répandirent dans la campagne, vivant à la charge des habitants; 
audacieux, ils s'introduisaient dans les maisons et se faisaient servir 
par les jeunes femmes et les jeunes filles; souvent ils chassaient les 
hommes de leurs maisons pour faire violence à leurs femmes, brus, 
filles et sœurs. Celui des parents qui s'avisait de défendre les siens 
(il y a eu beaucoup de cas d'outrages aux personnes du sexe mas- 
culin), le payait de sa tête et beaucoup de personnes ont péri ainsi 
ces derniers temps. A plusieurs reprises le peuple chrétien a envoyé 
des députations au pacha pour solliciter et négocier un allégement 
des impôts et la cessation des abus; mais, ces députations étaient 
obligées de s'en retourner sans jamais rien obtenir. Bien plus, neuf 



— 165 — 

de ces envoyés furent arrêtés à l'occasion d'une négociation de ce 
genre et, enchaînés dirigés vers Sofia, où ils firent quarante jours 
de prison jusqu'à ce que le peuple les eût rachetés. Ces abus et autres 
méfaits analogues, dont la postérité s'étonnera qu'ils eussent été 
possibles au milieu du dix-neuvième siècle, ont déterminé le peuple 
chrétien des nahiés mentionnés plus haut, de se soulever contre les 
malfaiteurs et non eontre leur souverain légitime. D'abord le peuple 
chrétien se réunit dans une assemblée d'environ 150 personnes aux 
villages de Kamenitza et Matéevtzi; l'assemblée chargea un certain 
Miloyé de négocier au nom du peuple avec le pacha et pria celui-ci 
de venir avec le muhassil et deux knèzes du vilayet en vue de pour- 
parlers pour la cessation des abus, car ils n'osaient pas eux-mêmes 
se rendre à Nisch ni envoyer quelqu'un des leurs. Mais le pacha, 
au lieu de se rendre en personne sur ces lieux, y envoya 3 autres 
Turcs, 2 prêtres et 3 boutiquiers auxquels le peuple devait faire 
connaître ses doléances. Le peuple engagea des pourparlers avec les 
délégués du pacha en renvoyant l'un des prêtres avec la mission 
de demander qu'à défaut du pacha au moins deux knèzes du vilayet 
fussent expédiés pour donner compte de l'argent perçu au nom du 
fisc. Après avoir retenu le prêtre deux jours, le pacha le renvoya 
avec quelques autres individus dire au peuple réuni qu'il avait retenu 
ses envoyés et qu'il donnerait sa réponse dans trois jours. C'était 
un samedi. Le dimanche il attaqua l'assemblée a main armée. La 
menace, d'une part, d'autre part les méfaits innombrables des Turcs 
et des Albanais — impossibles à décrire — fit réunir une masse de 
2000 hommes pour la sécurité des 150 personnes agissant au nom 
du peuple; de cette masse, c'est à peine si un cinquième était armé. 
Le pacha, faisant lever une bande armée de 1800 Albanais et musul- 
mans indigènes et traînant 4 canons, marcha sur les chrétiens réunis, 
les fit cerner et ouvrit le feu contre eux; cependant les canons ne 
pouvaient rien contre la tour où les chrétiens s'étaient réfugiés; alors 
il fit venir de Nisch une pièce lourde; voyant ceci, les chrétiens, 
surpris et effrayés, se sauvèrent. Mais dans leur fuite, ils tombèrent 
dans les embuscades des Albanais, disposés selon les ordres du pacha. 
Les Albanais poursuivirent les fuyards jusqu'à la frontière serbe et 
les taillèrent d'une manière impitoyable; les malheureux ne pouvaient 
se défendre, et ils n'en avaient pas les moyens; on le voit aux bles- 
sures de ceux qui ont réussi à franchir la frontière : tous sont blessés 
au dos et nul à la poitrine. 



— 166 — 

Après cette affaire, les Turcs se répandirent dans la campagne 
et se livrèrent au massacre pendant trois jours; les femmes et les 
enfants furent emmenés en captivité; les biens de toute nature et 
le bétail emportés; les églises et les villages incendiés, de sorte que 
16 églises ou monastères et 225 villages furent réduits en cendres, 
et dans tout le nahié de Nisch il y eut à peine 20 villages qui n'avaient 
pas souffert. Par la suite, beaucoup de monde périt de la main des 
Turcs et le pacha fit planter sur le pont de Nisch SI tètes de chrétiens. 
Ces têtes, sur l'ordre du pacha, y restèrent jusqu'au jour où un em- 
ployé du consulat autrichien en Serbie arriva à Nisch pour affaires 
de service; un quart d'heure avant son arrivée, le pacha fit enlever 
les têtes qui furent jetées dans la Nischava; sans cela, il est probable 
que cette hideuse exposition aurait duré plus longtemps. On dit 
qu'à Leskovatz les Turcs ont préparé 60 pales, mais on ne sait pas 
encore si quelqu'un a été empalé. 

Nous apprenons que la Porte, informée de ces troubles et ré- 
voltes, a délégué sur les lieux Iakoub pacha, muchir d'Andrinople 
et a ordonné également à Sabri pacha de faire une enquête sur l'af- 
faire; en outre, le devaâ Naziri du divan, Tewfik bey effendi a été 
envoyé avec la mission de faire restituer par les Albanais les prison- 
niers et les biens enlevés au peuple chrétien et de faire rentrer dans 
leurs foyers ceux qui, pendant l'insurrection, se sont réfugiés de 
l'autre côté de la frontière, en Serbie. La Porte promet aux réfugiés 
une parfaite sécurité de leur vie et de leurs biens. 

Reproduit des « Beogradské Noviné Serbské ». Serbské Narodné 
Noviné, IV e année, n° 39, p. 149—151 du 17 mai 1841. 

1841 

En Bulgarie. Nous avons vu comment la Porte, à la suite du 
rapport du pacha de Nisch, excuse les excès commis par les Turcs 
et les Albanais sur les pauvres chrétiens de la contrée; la Porte dé- 
clare que tout s'était passé à son insu et contre sa volonté. Ecoutons 
maintenant le rapport du pacha qui a agi à l'insu de son souverain 
et contre sa volonté; un extrait de ce rapport accompagne la lettre 
par laquelle la Porte excuse les agissements, contraires à sa volonté, 
de son fonctionnaire et de ses sujets musulmans. L'extrait de ce 
rapport du pacha est ainsi conçu: 

«Le lundi 7/19 avril, tous les rayas des villages situés autour 
de Nisch se sont révoltés et ont gagné la montagne avec leurs fa- 



— 167 — 

milles, après avoir enfoui leurs biens. Une partie des insurgés, s'étant 
armés, se retranchèrent dans le village de Kotna-Boghaz, à une 
demi-heure de distance de Nisch, une autre partie s'empara de la 
passe de Kyzyl-Iokousch, sur la route de Constantinople; les 20 
soldats préposés à la garde de la passe furent attaqués et s'enfuirent 
vers Nisch. Vingt soldats furent dirigés sur le village de Iokari- 
Menakdjé pour faire la garde dans la tour du lieu — mais les rayas 
de la localité, incités par leur chef Miloyé, les en empêchèrent et 
les soldats furent retenus ailleurs, tandis que Miloyé avec une ving- 
taine de ses compagnons s'enferma dans la tour. 24 heures après, 
100 à 150 de ces rayas armés prirent position des deux côtés de la 
route, laissèrent passer lesdits soldats et les renvoyèrent à Nisch. 
L'évêque, quelques prêtres et deux notables de la ville furent envoyés 
au dit village (Menakdjé) afin de s'informer des causes de la révolte 
et de conseiller la soumission aux insurgés. Mais Miloyé les fit arrêter 
et jeter dans une prison souterraine, après leur avoir ligoté les 
mains et les pieds. La réponse se faisant attendre, six autres per- 
sonnes des plus recommandables parmi les rayas furent envoyées 
demander au moins la mise en liberté des premiers, mais elles furent 
elles-mêmes jetées en prison par Miloyé. Douze individus, envoyés 
au village de Tchibisché, sur la Morava, à l'effet de percevoir l'argent, 
furent cernés, deux d'entre eux furent tués et un troisième blessé. 
Un poste de garde près de la quarantaine serbe fut incendié, les 
soldats qui s'y trouvaient, attaqués et chassés vers Nisch. Douze 
soldats envoyés à Kotna pour y garder les moulins furent assaillis 
par lesdits rayas, molestés et jetés en prison. Le chef Miloyé a 
donné 500 hommes à pied et à cheval au knèze du village de Ferd- 
jemir qui parcourait la campagne comme gouverneur de la région. 
Ceux des rayas qui ne voulaient pas se joindre à la révolte étaient 
tués, leurs biens emportés; les biens des habitants turcs étaient 
incendiés. 

Le chef de l'arrondissement de Leskovatz communique que les 
rayas de ce nahié aussi étaient en pleine révolte, qu'ils avaient inter- 
cepté les chemins, tué quelques organes de l'autorité publique, blessé 
d'autres et détruit le pont et s'étaient consolidés à Leskovatz avec 
5000 hommes. Un habitant de Nisch qui rentrait de Charkeuy 
(Pirot) à Nisch fut saisi par les rebelles, dépouillé de son argent et 
mis à mort. La révolte s'étendit aussi sur les rayas de Charkeuy 
(Pirot) qui se réunirent sur deux points pour attaquer Ak-Palanka; 



— 168 — 

quelques Turcs de Charkeuy étant venus au secours de la place 
menacée, les rebelles furent dispersés, une cinquantaine tués et 
quelques-uns faits prisonniers; c'est ce qui résulte du rapport du 
commandant du lieu. Miloyé a envoyé également quelques émis- 
saires pour soulever le nahié d'Urkup (Prokouplé), mais le chef du 
nahié réussit à s'en emparer et à les expédier à Nisch. Les rayas 
du nahié de Leskovatz étant groupés et organisés au village de 
Lassonitza, furent attaqués par les musulmans de Leskovatz, ren- 
forcés d'un certain nombre d'Albanais. Après un combat de deux 
heures, les rayas furent mis en fuite et dispersés, mais les musulmans 
y eurent 25 tués et 30 blessés. 

Après s'être consolidé dans le village de Mankitza, Miloyé avait 
réuni jusqu'à 6000 hommes des environs et se tenait à Mankitza et 
à Tokanitza, prêt au combat. Aussi le dimanche 25 avril le pacha 
attaqua-t-il ces deux villages avec 1500 Albanais recrutés dans les 
nahiés d'Urkup et de Kourschoumli, auxquels s'étaient joints 500 
Turcs du pays. Les rebelles furent chassés; cependant Miloyé avec 
quinze de ses compagnons s'enferma dans la tour fortifiée du village 
de Mankitza qui fut attaquée cinq fois sans succès. Enfin, elle fut 
bombardée de trois côtés pendant 24 heures par quatre canons; un 
mur fut démoli et la tour conquise. Miloyé y fut trouvé mort d'une 
balle, ses compagnons furent faits prisonniers. 30 Turcs ont péri 
dans ce combat et 100 ont été blessés; les rebelles ont perdu près 
de 300 hommes et environ 70 ont été faits prisonniers. » 

De la frontière turque. D'après ce que je sais personnellement 
et ce que j'ai vu de mes yeux, je ne peux croire que M. M. les lec- 
teurs de ce journal ne soient informés sur la révolte des chrétiens en 
Bulgarie. 

Ce pauvre peuple accueillit avec une grande joie le Hatt-i-Chérif 
impérial de Gulhané, espérant du nouveau statut impérial, sinon un 
changement total de sa situation, du moins une amélioration par- 
tielle. Mais il fut cruellement déçu dans ses espoirs. Les pachas et 
les autres dignitaires du pays se contentèrent de donner une seule 
fois et nonchalamment lecture dudit statut en turc, ne voulant 
pas tout simplement l'expliquer au peuple en serbe. Ils voulurent 
encore moins l'appliquer: ils firent le contraire de ce qu'ils devaient 
faire. Le peuple était jusqu'alors tellement surchargé d'impôts 
qu'il en respirait à peine; à épargner quelque chose pour soi, 
c'était impossible. Maintenant, après la promulgation du Hatt-i- 



— 169 — 

Chérif, les Turcs frappent le peuple de nouvelles contributions, et 
ayant surestimé les biens de chacun, ils prélèvent 145 piastres 20 
paras sur une valeur de 1000 piastres; les boissons, qui étaient ordi- 
nairement imposées d'un cinquième, d'un neuvième et d'un dixième 
ont été imposées d'un nouveau droit qui est de 8 paras par ocque 
d'eau-de-vie et de 4 paras par ocque de vin; ceux qui possèdent 
des futaies ou des bois paient 100 paras par charge de bois, ou bien 
se les voient enlever et vendre à d'autres, selon le bon plaisir des 
autorités. A la suite de ces vexations les chrétiens se réunirent à 
plusieurs reprises et présentèrent leurs doléances au pacha de Nisch 
Mustafa Sabri; par deux fois ces démarches restèrent vaines, le 
pacha les ayant brutalement renvoyés sans même écouter leur 
prière. La troisième fois il leur fit dire qu'il rapporterait l'affaire 
au sultan et qu'il agirait selon les ordres qu'il en recevrait. Il y a 
quelque temps, un personnage vint de Constantinople à Nisch à 
titre de commissaire impérial; le peuple chrétien lui présenta ses 
plaintes contre les impôts exorbitants et contre les excès des chefs 
turcs; mais le personnage lui répondit par un refus plus brutal que 
celui du pacha. 

En présence de l'insuccès de ces démarches, le pauvre peuple 
se réunit en plusieurs groupes dans le village et fit parvenir des 
pétitions au pacha de Nisch, le priant de déléguer deux knèzes de 
Nisch afin de régler certains comptes; mais au lieu de deux knèzes 
le pacha leur envoya 6 autres Serbes et 2 Turcs. Les paysans re- 
tinrent ces 8 envoyés aux villages de Kaménitza et de Matéevtzi et 
informèrent le pacha qu'ils gardaient les délégués sans leur faire 
aucun mal jusqu'à l'arrivée des hommes dont ils avaient demandé 
l'envoi. En même temps ils ajoutaient dans leur lettre: «N'allez 
pas croire, bienheureux pacha, que nous agissons contre le sultan 
et ses officiers; nous ne pouvons ni ne voulons jamais le penser 
et encore moins le faire. Nous n'avons aussi aucun grief contre votre 
Altesse; nous nous sommes réunis uniquement pour rechercher 
la protection de notre illustre souverain contre ceux des Turcs qui 
ne tiennent aucun compte du Sultan et de ses ordres, mais, après 
avoir bu, font irruption dans le village et font tout ce qu'ils veulent 
des pauvres rayas; ils ligotent et battent les hommes et les chassent 
de leurs maisons, tandis que nos femmes, nos sœurs et nos filles 
sont soumises, aux yeux de tous, aux pires outrages tels qu'on n'en 
voit nulle part dans le monde de Dieu ». 



— 170 — 

C'est ainsi qu'ils écrivirent plusieurs fois au pacha, affirmant 
qu'ils ne demandaient que la fin des abus et des excès commis 
par les malfaiteurs et la réduction des impôts; à l'avenir le statut 
impérial devait être respecté par tous et en tout et devenir la règle 
du gouvernement. A ces demandes le pacha fit immédiatement 
lever en Albanie, notamment à Lab, Golak et Kourchoumli 850 
Albanais qu'il fit venir secrètement à Nisch. Entre temps il envoya 
à Kaménitza et à Matéevtzi quelques notables chrétiens de Nisch 
faisant semblant de vouloir négocier avec le peuple. Mais sans at- 
tendre leur retour et la réponse qu'ils devaient rapporter le lende- 
main, samedi, 12/24 avril, il quitta la ville et marcha en personne 
à la tête des Albanais, des Turcs et des Tziganes de Nisch qu'il avait 
armés à cet effet avec les armes prises au dépôt de la ville et marcha 
contre le peuple chrétien réuni à Kutinska Réka. Il fit ouvrir le feu 
de quatre côtés; 180 personnes furent tuées sur place, les autres 
s'enfuirent dans tous les sens, leurs villages furent incendiés, le 
bétail emmené, les maisons pillées et les familles emmenées en cap- 
tivité. Deux jeunes filles chrétiennes de 15 à 16 ans, poursuivies par 
un Tzigane, se jetèrent dans la Morava et s'y noyèrent; une jeune 
femme jeta d'abord ses deux petits enfants dans l'eau et s'y précipita 
ensuite pour y trouver la même mort. Deux ou trois jours avant 
ce combat, un certain Kerim bey, ivre et entouré de quelques autres 
ivrognes, parcourait la campagne, se livrant à toutes sortes d'excès 
contre les rayas. En chemin ils rencontrèrent 14 voyageurs ori- 
ginaires de Bitolia, menuisiers en Serbie, qui rentraient chez eux; 
tous les 14 furent massacrés sur place et dépouillés de l'argent qu'ils 
avaient gagné à la sueur de leur front pour l'entretien de leurs 
pauvres enfants. Le même Turc Kérim bey faisait la chasse aux 
chrétiens travaillant aux champs ou aux vignobles et les tuait, s'em- 
parait des petits enfants chrétiens partout où il les trouvait et, leur 
soulevant les chemises, il sabrait les garçons et emmenait les fillettes 
en captivité. 

Le dimanche 13/25 avril le pacha, qui avait sévi à Kutinska 
Réka, marcha à la tête des mêmes troupes et avec 8 canons contre 
les chrétiens réunis à Matéevtzi et à Kaménitza et massacra sur place 
320 chrétiens; les autres furent dispersés. Les fugitifs furent pour- 
suivis par les Albanais jusqu'à la frontière serbe. Pendant toute 
cette journée, du matin au crépuscule, le pacha canonna la tour 
de pierre de Matéevtzi où, feu Miloyé, chef de ce peuple chrétien, 



— 171 — 

s'était enfermé avec 30 de ses compagnons. Plus de 500 coups de 
canon furent tirés sur la tour. Et ceux qui étaient abrités derrière 
ses murailles n'en souffrirent point. Le lendemain ont fit venir une 
neuvième pièce, un grand canon dit dèli top qui fut braqué sur la 
tour. Celle-ci fut entamée; les chrétiens qui y étaient enfermés, 
se rendant compte que la tour serait démolie par le canon, se rendirent 
tous à l'exception de Miloyé qui fut trouvé mort; les Turcs prétendent 
qu'il fut tué à la croisière de la tour par leur tir; les chrétiens, au 
contraire, affirment que Miloyé, voyant que la résistance était im- 
possible, se suicida pour ne pas tomber vivant aux mains des Turcs. 

Le pacha, content de son œuvre, dit à ses troupes, comme il 
l'avait fait au départ: «A moi la gloire, à vous le butin; » le même 
jour il fit couper les têtes à 32 chrétiens, Miloyé, quoique mort, était 
au nombre, et les fit transporter à Nisch. Ces têtes furent exposées sur 
le pont pour servir de leçon aux chrétiens; les enfants des Turcs et 
des Tziganes lançaient des pierres contre les crânes et quelque fois 
même les Turcs les frappaient à coups de couteau. Seulement, 
lorsque le pacha fut informé de l'arrivée d'un employé consulaire 
autrichien (c'était M. M. Ourosch Borisseff, du consulat I. R. de 
Belgrade avec le capitaine serbe d'Alexinatz, Mladen Voukomano- 
vitch) il fit précipiter les têtes du pont dans la Nischava. 

Avant, comme pendant ces événements, les Turcs, suivis par 
les Albanais et les Tziganes, commirent sur les chrétiens des excès 
inouïs et incroyables; sortant les enfants des berceaux et maudissant 
la race des rayas, ils les coupaient en deux de leurs couteaux ou les 
précipitaient vivants dans les flammes des maisons en feu et éven- 
traient les femmes enceintes pour en enlever les enfants et les massa- 
crer. La femme de Miloyé, fuyant à Kaménitza, fut taillée en morceaux, 
deux jeunes filles captives emmenées, à dos de cheval, par les Al- 
banais dans leur pays et, tombant de cheval pour ne pas suivre 
leurs ravisseurs, furent également dépecées. 

Dans tout le nahié de Nisch il n'est resté que cinq villages le 
long de la frontière serbe, à savoir: Gorni, Kroupetz, Beli Breg, 
Dolni Kroupetz, Drajevetz et Vrélo; tous les autres villages, au 
nombre de 4 à 500 ont été réduits en cendres par les Turcs. Environ 
1600 chrétiens ont péri et autant ont été faits prisonniers. C'était 
un spectacle affreux quand les Turcs, mêlés aux Albanais et aux 
Tziganes ont amené à Nisch les prisonniers chrétiens avec le bétail 
et les effets pillés, les ont entassés, puis se sont mis à les tirailler 



— 172 — 

chacun de son côté, vendant la jeunesse chrétienne captive, garçons 
et filles de dix ans, arrachant les enfants aux bras de leurs mères 
etc. Oh! combien cela était horrible pour moi qui ai tout vu de mes 
propres yeux et qui ai assez vécu pour voir mes frères, — dont les femmes 
les enfants, les frères et les sœurs ont été faits esclaves et tout ce 
qu'ils possédaient pillé ou réduit en cendres, — errer dans les mon- 
tagnes, malheureux et misérables et prier Dieu de leur envoyer la mort 
pour ne pas vivre dans ce monde! Le pacha, fidèle à sa promesse, 
a permis aux Albanais d'emporter chez eux tous les prisonniers et 
le butin qu'ils avaient pris; à Nisch il a enlevé aux Turcs les prison- 
niers et le butin; les prisonniers ont été retenus en prison pour être 
rachetés par les chrétiens moyennant une rançon de 20 à 30 piastres 
par tête; cependant le pacha empoche l'argent et garde les prisonniers. 
Tel est sous les Turcs le triste sort de ce malheureux peuple 
chrétien qui a eu le tort de demander justice et les bienfaits promis 
par le Hatt-i-Chérif du sultan. Car il est évident qu'il ne s'est pas 
soulevé contre le sultan et son empire. Il n'a attaqué personne et 
n'a fait aucun tort aux Turcs, soit dans les villages soit sur les chemins, 
jusqu'à ce que le pacha ne l'eût attaqué avec sa force armée; bien 
plus, il n'a pas voulu se battre contre le pacha lorsque celui-ci s'est 
mis en marche contre lui, mais s'est enfui sans la moindre résistance. 
Si les chrétiens avaient voulu se battre contre les Turcs, ils auraient 
agi autrement et les affaires se seraient déroulées d'une tout autre 
façon, quand on sait que dans ces nahiés les Turcs et les chrétiens 
sont dans la proportion de 1 à 30: En ce cas, les chrétiens auraient 
su se grouper dans les forêts et les montagnes et ne se seraient pas 
réunis à Kaménitza et à Matéevtzi, en pleine campagne et à une 
demi-heure de distance de Nisch, pour prier et demander justice 
et un soulagement de leurs charges. L'acte de rébellion que ses en- 
nemis imputent à ce peuple, c'est l'incendie d'un misérable poste de 
garde qui ne vaut pas même 50 piastres et qui, selon leur concep- 
tion de la justice, aurait permis de tels procédés contre le peuple. 
Ce poste, cependant, ne fut pas incendié par la population, mais 
par un habitant de Drajevetz, toujours à la suite des méfaits turcs. 
Les seymens turcs de garde dans ce poste avaient enlevé deux jeunes 
filles chrétiennes et les conduisaient de force à Nisch pour les y con- 
vertir. L'une d'elle fut arrachée à ses ravisseurs par ses frères. L'autre 
n'ayant que son vieux père, ne put être délivrée et fut réellement 
convertie à l'islamisme. C'est alors que son vieux père, pris de chagrin 



— 173 — 

et de désespoir, mit le feu au poste. Si le peuple l'avait fait, il se 
serait vengé aussi contre les malfaiteurs au lieu de les laisser partir 
tranquillement pour Nisch avec armes et bagages. 

Serbské Narodné Noviné, IV e année, n° 40, p. 157 — 159 et n° 41, 
p. 162—163 des 21 et 24 mai 1841. 

1841 

4. Lettre des plénipotentiaires bulgares du 12 juin 1841. 

Soumis à des violences incessantes nous périssons tous les jours, 
car il semble que les Turcs ne sont faits que pour nous molester 
et nous tuer, nous qui n'avons aucun bien-être et ne pouvons même 
pas nous compter parmi les hommes. 

Orner, fils de Baltchi Oglou, s'est rendu avec douze compagnons 
au village de Kroupatché et y a attaqué la maison d'un nommé 
Marco pour faire violence à ses deux filles; Marco ayant résisté, les 
Turcs ont tiré de leurs pistolets, mais le pauvre homme a réussi à 
se sauver dans la montagne. Voulant l'assassiner à tout prix, le 
frère d'Orner, accompagné des mêmes individus, s'est rendu au 
village, mais ne l'ayant pas trouvé à la maison, ils se sont emparés 
de sa fille et l'ont outragée; quant à son petit enfant, il aurait été 
taillé en pièces si les paysans ne l'avaient caché. Le nommé Radné, 
épicier de Nisch, a été dépouillé et coupé en morceaux près de Topol- 
nitza. Une jeune fille de Yalomnitza a été convertie à l'islamisme. 

Dans l'arrondissement de Leskovatz, au village de Bochniak, 
les Albanais ont capturé le fils de Stéphan avec sa charrue et ses 
bœufs et l'ont conduit au bois où ils l'ont tué; les bœufs ont été 
emmenés par les assassins. Les bêtes ayant été reconnues peu après, 
les intéressés ont adressé une plainte à Ismail pacha. Celui-ci a 
promis d'examiner l'affaire, mais il n'a rien fait. 

Dans l'arrondissement de Pirot, au village d'Ostrovitza, les 
Albanais ont enlevé les deux frères Tritchkovitch et les ont soumis 
à la torture pour leur extorquer de l'argent, puis ils les ont dépouillés 
et massacrés. D'autres victimes ne sont pas nommées ici parce 
qu'on ne sait pas les noms de ceux qui ont été clandestinement tués. 

Dans l'attente de votre protection paternelle nous portons à 
votre connaissance tout ce qui précède. 

La Serbie et la Russie par Nil Popoff, vol. 4. Traduit du russe 
(en serbe) par P. Sretchkovitch, A. Vassiljevitch, J. Jujevitch, A. Ma- 
rianovitch, Belgrade, 1870, p. 437— 438. 



174 



1841 



En Bulgarie. « On apprend de Belgrade à la date du 27 juin 
n. st. que Jakoub pacha, envoyé par le sultan en Bulgarie pour y 
établir Tordre et faire une enquête, est arrivé à Nisch le 22 juin 
n. st. avec le commissaire Tevfik bey; lui a été adjoint. Il est des- 
cendu au konak du pacha. Immédiatement après son arrivée, le 
bruit s'est répandu que ce pacha (Sabri Mustapha) était relevé de 
son poste à cause du mal que lui et ses hommes avaient fait aux 
sujets chrétiens de la Porte et que Ismet pacha était nommé à sa 
place. Les troupes venues avec Yakoub pacha se sont établies en 
dehors de la ville où elles se sont réunies aux troupes arrivées des 
autres pachaliks; le pacha d'Uskub et Hassan pacha, fils d'Ahmed 
bey de Prokouplé sont attendus avec 4 à 5000 hommes. Le bruit 
que Yakoub pacha aurait défendu aux Turcs de Sofia, de Pazar- 
djik et de Philippople, de porter les armes, a causé une grande joie 
aux chrétiens de Nisch qui espèrent que les mêmes dispositions seront 
prises dans leur ville. On croit que Yakoub pacha, quand il aura 
arrangé les affaires en Bulgarie et spécialement dans les arrondissements 
de Nisch et de Leskovatz emploiera la force militaire considérable, 
placée sous ses ordres à la soumission des Albanais dont les terribles 
excès sont la cause de la révolte; il se tournerait ensuite contre 
Mahmoud pacha de Touzla, en Bosnie, qui est en révolte ouverte 
contre le vizir de Travnik. » 

Serbské Narodné Noviné, IV e année, n° 51 du 29 janvier 1841, 
p. 202. 

1842 

5. Lettre du plénipotentiaire bulgare fixé à Alexinatz, du 4 mars 1882. 

Dieu sait si nous désirons nous réconcilier avec les Turcs et vivre 
avec eux dans des rapports d'amitié. Cependant leurs abus devien- 
nent de jour en jour plus grands et nous voulons présenter à Votre 
Haute Noblesse quelques-uns des terribles cas qui se répètent tous 
les jours et que nous ne pouvons supporter plus longtemps; nous 
vous prions en même temps d'être notre conseiller et notre guide. 

Un habitant du village d'Ostrovitza, arrondissement de Pirot, 
se rendant à Nisch, a péri en route, à une demi-heure de distance 
de la ville. Lorsque la nouvelle en fut parvenue à Nisch, le pacha 
envoya sur les lieux ses cavasses qui trouvèrent le cadavre et le trans- 
portèrent à Nisch en disant qu'ils avaient constaté que la mort 



— 175 — 

était survenue à la suite d'une congélation; l'affaire ne fut pas ins- 
truite davantage. Le chef local du village de Setchanitza a enlevé 
la fille de Stanko Bachtovan, du village de Pojati et l'a retenue 
24 heures auprès de lui. Baba-Alitch de Leskovatz a converti de 
force un enfant. Les Albanais ont enlevé la fille de la mère Marie 
qui était allée puiser de l'eau avec d'autres filles et femmes et l'ont 
transportée dans un harem. Son frère et sa mère adressèrent une 
plainte au pacha qui envoya ses domestiques au-dit harem, mais 
ceux-ci y substituèrent à la jeune fille une femme turque. A la vue 
de cette femme la mère Marie dit qu'elle n'était pas sa fille, mais 
la femme turque répondit que c'était elle, mais qu'on ne pouvait 
la reconnaître à cause de son costume turc. « Je cherchais un mari, 
dit-elle, et je l'ai trouvé. » 

Haidar Spahi, qui a tué Smilko Nicolitch et qui continue de 
commettre des meurtres au village de Stoponia, a exigé 2500 piastres 
de Stoyan Iakschitch; celui-ci ne pouvant lui verser cette somme, 
Haidar a enlevé son fils, âgé de 14 ans, et après l'avoir violé, il l'a 
emmené en Albanie pour l'y vendre; on ignore en ce moment le 
sort de l'enfant. D'autre part, il prélève des impôts et exige des 
sommes exorbitantes, impossibles à payer. Ce même Albanais a 
assailli un habitant de Broslovetz qui se rendait au moulin, afin de 
lui prendre la voiture et les bœufs; le paysan ayant résisté, l'agresseur 
a sorti son pistolet; mais la balle a raté et le villageois a pu rouer 
de coup l'Albanais. Pour cela il a été arrêté, chargé de fers et em- 
prisonné. Il est toujours en prison. 

Tous ces faits se sont passés dans un espace de 20 jours. 
Dans la suite, Mladen Stankovitch a été tué au moment où 
il causait avec une jeune fille. Trois coups de pistolet ont été tirés 
sur Luca Bachtovan, dans son domicile et on ne sait comment il 
est resté entre la vie et la mort. 

A Kraikovetz Mladen Saraiski et Stoyan Voinovitch ont été 
tués chez eux; et à Bela-Voda, Stanko Bogdanovitch. La fille unique 
de lové Ninski a été convertie à l'islamisme. Evstat bey, frère d'Is- 
mail pacha, a envoyé ses hommes au village de Novalin, arrondisse- 
ment de Leskovatz, annoncer aux habitants que tous ceux qui avaient 
des filles devaient les amener à la cour du bey. A cette nouvelle, 
les paysans se sont enfuis et nul n'est rentré encore. Ibisch de Popo- 
vetz a enlevé de force, au village de Schouman, la fille de feu lové, 
âgée de 14 ans; après l'avoir traînée dans la montagne,il l'a conduite 



— 176 — 

sur son désir à Leskovatz où elle a reçu l'islamisme. Avant de se 
mettre en route pour l'Albanie, il est retourné, sur la prière de 
la jeune captive, dans la maison de sa mère; la nuit elle s'est enfuie 
avec son frère de douze ans et a gagné la quarantaine d'Alexinatz, 
où elle se trouve encore en observation. 

En portant à votre connaissance tous les méfaits et vexations 
des Turcs, nous espérons que le bras de Votre Haute Noblesse nous 
en protégera et mettra fin à notre malheur. 

La Serbie et la Russie par Nil Popoff, vol. 4. Traduit du russe 
(en serbe) par P. Sretchkovitch, A. Vassilevitch, J. Jujevitch, A. Ma- 
rianovitch, Belgrade, p. 438 — 439. 

1842. 

6. Lettre du Bulgare Stoyan Voutchkovitch en date du 16 avril 1842, 

Alexinatz. 

Moi soussigné, je porte à la connaissance de Votre Haute Noblesse 
les vilenies et les meurtres commis sur les chrétiens de Bulgarie, 
et je vous prie humblement de mettre un terme à notre infortune et 
d'intervenir afin que nos biens ravis nous soient restitués par les 
Turcs. 

Au village d'Orkovitza, arrondissement de Pirot, un certain 
Mutim buluk-bachi voulait acheter du beurre; il en trouva chez un 
villageois nommé Jivko, mais comme le beurre n'était pas très frais, 
celui-là se précipita sur la femme et l'enfant de Jivko et les battit cruel- 
lement. L'enfant s'est relevé bientôt, mais la mère est toujours au lit. 
Un certain Ilia, de Tamlianitza, a été ligoté et massacré parles Turcs; 
son ami Risto, habitant de Slivitcha, a été pendu par les pieds à 
un arbre et tué comme on tue le bétail à l'abattoir. Un certain Ivan 
a été également tué par les Albanais qui ont défendu aux paysans 
d'en parler, les menaçant, dans le cas contraire, de les brûler vivants. 

La Serbie et la Russie par Nil Popoff, vol. 4. Traduit du russe 
(en serbe) par M. Sretchkovitch, A. Vassilevitch, J. Jujevitch, A. Ma- 
rianovitch, Belgrade, p. 439. 

1842 

7. Lettre des Bulgares Tzetko Golubovitch et Stoyan Vutchkovitch, 

Alexinatz le 30 avril 1842. 
Je ne manquerai pas l'occasion d'informer Votre Haute Noblesse 
que les Albanais ont tué un homme au village de Prilepetz et que 



— 177 — 

le frère du pacha, Suléiman bey, ayant construit une maison par 
le travail des malheureux, a exigé 200 piastres de lové Grgovitch, 
du village de Konoplitza; le paysan ayant répondu qu'il n'avait 
point d'argent, fut lié par le bey et frappé à coups de bâton dans 
le dos; ainsi ligoté le paysan passa en prison une nuit et finalement 
dut s'exécuter et payer les 200 piastres. 

Au village de Vlassotintzi, les percepteurs du kharatch ayant 
remarqué dans une boutique une jeune fille de leur convenance, 
la prirent pour la convertir de force à la religion de Mahomet. Mais 
les habitants s'y opposèrent. Un Albanais ivrogne, bien connu au 
village d'Orachié, se mit à tirer des coups de fusil; les habitants, 
effrayés, s'enfuirent dans tous les sens et il ne resta dans le village 
que des femmes et des enfants; alors l'Albanais s'empara d'une 
fillette de 12 ans qu'il violenta. Le pacha de Nisch fit venir auprès 
de lui, pour l'interroger, la femme de Kosta Tchovkja, réfugié en Serbie ; 
la femme ayant répondu que son mari s'était réfugié à cause de 
l'oppression et des violences insupportables, le pacha ordonna qu'elle 
fût jetée en prison avec ses deux petits enfants, au milieu des hommes. 

La Serbie et la Russie par Nil Popoff, vol. 4. Traduit du russe 
(en serbe) par M. Sertchkovitch, A. Vassilévitch, J. Jujevitch, A. Ma- 
rianovitch, Belgrade, p. 439. 

1842 
8. Lettre du Bulgare Stoyan Vutchkovitch, d'Alexinatz, le 12 mai 1842. 
J'apprends à l'instant que les Turcs ont commis de grands for- 
faits dans les arrondissements de Leskovatz, Nisch et Prokuplé et 
je vous les communique en nommant les victimes et leurs torts. 

Arrondissement de Leskovatz 
Un certain Iussuf de Nisch a blessé à Supovatz, sur la frontière 
serbe, le nommé Stanko du village d'Orliané qui y était venu acheter 
du blé. On ne sait pas encore si le blessé sera sauvé. Au village 
de Polianitza les Albanais ont tué à coups de fusil un nommé Stanko 
qui défendait sa sœur que les agresseurs voulaient enlever. Ils ré- 
ussirent ainsi à l'enlever et à la convertir à l'islamisme. Au village de 
Boinik les Albanais ont tué d'une embuscade un habitant nommé Mito. 

Arrondissement de Nisch 
Quatre Turcs sont allés au village de Matéevtzi dans l'intention 
de tuer un des habitants nommé Iovantcho; celui-ci s'étant échappé, 

12 



— 178 — 

ils ont pris son fils qu'ils ont conduit à Nisch où il est enchaîné et 
surveille. Un Turc habitant le quartier de Belgrade, à Nisch, a tué 
en pleine ville un maquignon chrétien appelé le Bosniaque. Au village 
de Bressié, les Albanais ont blessé le nommé Tzvetko. 

Arrondissement de Prokuplé. 

Dans la ville de Prokuplé des Albanais ont tiré par la fenêtre 
sur le cabaretier Milko, pendant qu'il déjeunait et l'ont tué. Un 
nommé Heidar, de Bazar, a tué au village de Ravnischté le chrétien 
Mladen et lui a enlevé 10,000 piastres. Un Albanais du village de 
Narschtité a blessé le Bulgare Milosch au village de Paradi. Le même 
Haidar a blessé un nommé Maxime; au village de Radoné Ivan 
Radoslavévitch a été blessé par les Albanais. 

Remarque. Plus de deux cents pétitions de ce genre ont été 
reçues en 1841, 1842 et 1843 par le consulat de Russie et par le mi- 
nistère de l'Intérieur de Serbie. 

La Serbie et la Russie, par Nil Popoff vol. 4. Traduit du russe 
(en serbe) par M. Sretchkovitch, A. Vassilévitch, J. Jujevitch, A. Ma- 
rianovitch, Belgrade, p. 439 — 440. 

1842 

N° 15. Pétition présentée par les Bulgares au Consul de Russie, 
de Semlin. 

Votre haute noblesse! 

Très gracieux Monsieur! 
Votre haute noblesse sait peut-être que le pauvre peuple chrétien 
de Bulgarie, ne pouvant plus souffrir la tyrannie turque, s'est soulevé 
dans son désespoir afin d'obtenir la liberté qui lui a été octroyée 
par le très puissant, « très illustre » et « très gracieux » empereur 
ottoman et se débarrasser de ses oppresseurs. Mais dès que nous 
nous sommes soulevés pour conquérir la liberté, nous nous sommes 
vus entourés d'un coté par la force turque et de l'autre par la 
force du prince Michel de Serbie; cernés ainsi de tous côtés, nous 
n'avons pas osé nous rendre entre les mains des oppresseurs turcs 
et nous nous sommes adressés au prince Michel de Serbie. Divisés 
en petits groupes, nous' avons commencé à nous rendre pour être 
conduits à Alexinatz et emprisonnés. Mais tout le monde ne s'était 
pas encore rendu lorsqu'une émeute éclata en Serbie; on se hâta 



— 179 — 

alors de se rendre. Emprisonnés et chargés de fers deux à deux, 
l'autorité serbe nous conduisit à Alexinatz pour y subir un interro- 
gatoire, nous ne savons trop pourquoi. Lorsque nous comparûmes 
devant l'enquêteur lova Ressavatz, celui-ci se mit à crier: «Re- 
belles, vauriens, contre qui avez-vous voulu vous soulever, est-ce 
contre mon empereur qui dispose de 700,000 hommes et qui com- 
mande au monde entier? Vous êtes maintenant dans les fers, votre 
vie est entre mes mains et je vous ordonne très sévèrement de ré- 
pondre à toutes mes questions. » — Il nous posa d'abord cette ques- 
tion : « Qui vous a incités à la révolte ?» — Nous lui dîmes alors 
la sainte vérité: «Nous avons été toujours fidèles à notre très gra- 
cieux et très illustre souverain et lui serons toujours fidèles; per- 
sonne ne nous a poussés à la révolte; nous l'avons fait de notre 
propre mouvement, ne pouvant plus supporter l'oppression turque. 
Les choses en étaient venues à ce point que notre vie et nos biens 
étaient à chaque instant en danger; nous payons de lourds impôts, 
nous avons tous les jours des corvées, nos enfants, filles et gar- 
çons, sont violentés chaque jour sous nos yeux et emmenés en cap- 
tivité, sans compter les autres vexations qui sont innombrables. 
A cela l'enquêteur lova Ressavatz répondit: « S'ils font des vio- 
lences, ils en sont punis; cela arrive chez nous aussi; mais ce n'est 
pas ce que je vous demande et ne me racontez pas des balivernes; 
vous payerez de votre tête, si vous ne répondez pas à ma question. » 
Puis il se mit à nous poser une série de questions auxquelles nous ne 
savions que répondre, c'est lui qui faisait les réponses; ainsi il posait 
des questions et y répondait; ayant vu de nos yeux la mort, nous 
nous bornions à secouer la tête. A chaque demande: «n'est-ce 
pas ainsi ? », nous répondions : « oui, c'est ainsi. » 

Il y eut aussi des questions comme celles-ci : « est-ce que vous 
n'avez pas été excités à la révolte par les fonctionnaires russes? 
Nous savons leurs noms; ne vous ont-ils pas donné de l'argent et 
combien? Est-ce que le prince Michel et ses fonctionnaires ne vous 
y ont-ils poussés; et n'avez-vous pas reçu d'eux des secours? Est-ce 
qu'ils ne vous ont pas délivré des passeports et ne vous ont pas 
recelés en Serbie? Il y eut aussi des insinuations comme celle-ci: 
rejetez toute la faute sur le prince Michel et sur le ministre Tzvetko 
Rajovitch et tous les rois et empereurs vous rendront heureux. 

Maintenant et toujours, nous rétractons toutes les dépositions 
faites pendant cet interrogatoire, car ces dépositions sont enregis- 



— 180 — 

trées selon les convenances des enquêteurs; nous ignorons égale- 
ment ce que contiennent les demandes et si on a noté nos aveux et 
nos négations. Nous ne nions pas que nous avons cherché et que 
nous cherchons secours partout. Mais nous nions avoir été incités 
à la révolte; nous déclarons devant tout le monde que nous l'avons 
fait de notre propre mouvement, ne pouvant plus souffrir les abus 
des Turcs. 

Après avoir subi cet interrogatoire, nous avons été dirigés sur 
la prison d'Alexinatz où nous avons passé deux mois. Puis, dix 
d'entre nous ont été choisis, liés et amenés sous escorte à Belgrade, 
où nous avons été soumis à un nouvel interrogatoire. Dans la pri- 
son de Belgrade, où nous avons passé encore deux mois, nous avons 
appris confidentiellement que nous allions être livrés aux Turcs, 
Effrayés, nous nous sommes évadés de la prison de Belgrade pour 
nous réfugier à Semlin, sous la protection des autorités autrichiennes. 
Nous nous trouvons à Semlin depuis dix jours sans même pouvoir 
subvenir à notre subsistance. Cependant ceci aurait été notre der- 
nier souci, si le pauvre peuple chrétien, opprimé par le tyran, et nos 
familles étaient hors de danger. Nos quinze familles, comptant en- 
semble plus de 76 membres, ont été emmenées en captivité, nous 
ne savons où. De nombreux villages et nos maisons à tous ont été 
incendiés, nos biens pillés et nous voilà errant dans le monde dans 
un état d'extrême dénuement et sans espoir. Enfin, le peuple bul- 
gare, ayant perdu tout espoir de résister à son oppresseur, à genoux 
et plein de vénération, prie humblement par notre intermédiaire 
le très magnanime empereur de la grande et puissante Russie de 
daigner répandre sa grâce et diriger ses regards sur le peuple buU 
gare. Nous avons sacrifié notre vie et la vie de nos familles, nous 
la sacrifions et nous la sacrifierons jusqu'à ce que nous soyons dé- 
livrés des tyrans ou que nous ayons péri. 

De votre haute noblesse les très humbles serviteurs: Stanko 
Athanassiévitch, Nicolas Sredakovitch, Stoyan Gavdar, Tzvetko 
Stoyanovitch, Stoyan Vutchkovitch, Sava Karastankovitch, Nico- 
las Latkovitch, Costa Iovanovitch, Tzvetko Golubovitch, Zdravko 
Rangelovitch. 

Semlin, le 19 décembre 1842. 

La Serbie et la Russie, etc., p. 455 — 457. 



— 181 — 

1842 
Chanson torlak de Leskovatz 
J'ai reçu cette chanson en 1842 de Belgrade par M. Izmail 
Sreznevski, professeur à Kharkov. La langue est, comme nous le 
voyons, un mauvais mélange de bulgarismes avec des serbismes. 
On appelle Torlaks en Serbie cette partie du peuple qui habite les 
rives du Timok, arrondissement de Tzrna Réka. Par leur langue, 
ces habitants sont des Bulgares serbisés. 1 ^ j y £7 

1843 
Bulgarie et Albanie 

«Alexinatz, le 11 octobre. — Des troubles dont on ignore le 
mobile ont éclaté parmi les Albanais. Le 4 de ce mois quatre mai- 
sons ont été saccagées et incendiées à Prokouplé. Les villages de 
Partalé, Tchekschin et Stoikovtzé, nahiés de Leskovatz, ont eu le 
même sort, avec cette différence que les villages entiers et non seule- 
ment quelques habitations ont été pillés et incendiés. Le 5 et le 6 
du mois, Hussein pacha de Dèbre avec 1200 irréguliers et les pachas 
de Tikvesch et de Radovisch avec 1800 hommes de troupes irrégu- 
lières sont arrivés au secours du pacha de Vrania contre lequel semble 
dirigée la révolte albanaise. Celui-ci espère réunir encore 6000 hommes 
et marcher avec cette force, après le bairam, contre les Albanais 
massés à Préchovo et Golak, au nombre de 6000 environ. Le tatare 
(courrier) arrivé de Constantinople a apporté la nouvelle que l'ar- 
mée régulière concentrée à Andrinople serait divisée en groupes; 
un groupe irait à Nisch et un autre à Sofia pour y maintenir la tran- 
quillité et l'ordre public. 

Srbské N ovine, I e année, n° 84, p. 336 du 20 octobre 1843. 

1844 
Les provinces danubiennes de la Turquie d'Europe 

« L'histoire des derniers événements est de peu d'importance 
ceux-ci ne provenant pas directement des Serbes. Plus importants 
sont les rapports existant entre la Serbie et la Bulgarie. La Bul- 



1 Je dois ce témoignage à une communication de M. Iv. D. Schischmanoff, pro- 
fesseur à l'Université de Sofia. 



— 182 — 

garie se soulèvera difficilement par elle-même, comme la Serbie l'a fait; 
elle ne se rendra célèbre que par une alliance avec la Serbie. Le 
Bulgare est d'un caractère beaucoup plus doux et beaucoup plus 
faible que le Serbe; il a supporté avec patience toutes les exactions 
et c'est seulement au cours des dernières années qu'il a commencé 
à montrer de l'opposition contre la lourde domination des spahis, 
opposition que l'on remarquait ordinairement en Serbie et en Bos- 
nie avec le célèbre mouvement. Dans les circonstances actuelles la 
Serbie ne peut pas négliger les liens entre les deux peuples. 

« Les troubles de Serbie au commencement du siècle et la lutte 
des haiduks contre les spahis n'ont trouvé qu'un faible écho en 
Bulgarie qui n'a pas même bougé, retenue par son clergé. C'est 
seulement en 1821, après la révolution grecque, que tout à coup des 
masses de haidouks bulgares font leur apparition en Macédoine et 
pénètrent jusqu'au Péloponèse. Depuis, le nombre des haidouks a 
augmenté et, à la suite de la dernière guerre russo-turque, une cons- 
piration secrète se propagea parmi eux (les Bulgares); trahie par 
un nouvel adhérent, elle fut noyée dans le sang de ses auteurs. Les 
représailles n'ont pas complètement atteint leur but, car la même 
année 1838 une nouvelle révolte éclata dans les alentours de la 
ville de Iarkoy; 1 en quelques jours la ville fut cernée par 20,000 
hommes qui réclamaient la limitation de leurs charges, menaçant, 
dans le cas contraire, de livrer à la mort tous les habitants de la 
ville. Cependant, grâce à certaines médiations, l'affaire se termina 
par l'envoi d'une députation à Constantinople d'où elle est rentrée 
avec quelques soulagements insignifiants. 

«La mort du sultan Mahmoud et les prophéties qui allaient 
en Turquie en 1840 ont provoqué un grand mouvement en Bulgarie, 
en Roumélie et en Macédoine, bref partout où habitent des Bulgares. 
Les insurrections de Candie et de Thessalie ont donné le branle à 
ce mouvement; dans les villes, Turcs et Bulgares s'armaient les 
uns contre les autres; le reste des conspirateurs, étouffée en 1838, 
commencèrent à s'organiser, toute la montagne se souleva, et la 
Porte se vit brusquement coupée du Danube et des villes du nord. 
A la tête du mouvement se trouvaient un haidouk nommé Miloyé 
et Gavra, — à ce qu'on dit, un prêtre. Michel réunit le conseil qui 
décida, contre le désir manifeste du peuple, d'observer une stricte 



1 II s'agit probablement de Pirot (Charkeuy). N. du trad. 



— 183 — 

neutralité. // fut sévèrement défendu à tous les Serbes de se mêler à 
U insurrection de Bulgarie, des troupes furent envoyées à la frontière 
et toute communication avec les Bulgares interrompue. Ces mesures 
sauvèrent les Turcs qui incendièrent 150 villages entre Sofia et Nisch 
et dispersèrent, après quelques combats, la bande principale des 
insurgés mal armés. Miloyé, blessé mortellement, se donna la mort; 
les haidouks, restés sans chef, se séparèrent et les plus audacieux 
gagnèrent la Macédoine où ils se joignirent aux clephtes grecs. 

«Le gouvernement turc fut sauvé ainsi encore une fois; mais 
la courte durée de la révolte a démontré que les places fortes étaient 
mal approvisionnées, et si la lutte avait duré quelques mois encore, 
la famine aurait obligé les villes à se rendre aux Bulgares. Si jamais 
Serbes et Bulgares s'alliaient, ce sera la fin de la domination turque 
et le sultan se verra obligé de leur octroyer les droits qu'ils réclamaient 
depuis longtemps. Dans un chapitre de Cyprien Robert, nous trou- 
vons ce passage: 

« Une guerre des Turcs avec les Slaves ne durerait pas plus 
de temps qu'il faudrait à l'homme pour mourir; ceci ôterait aux 
Turcs même le désir de se défendre, tandis que les rayas bulgare s 
désarmés, tout en restant fidèles à la Porte, devraient se lier in- 
timement d'intérêts avec les Serbes armés et libres. Cette union 
existe déjà moralement, quoique ni les uns ni les autres ne l'aient 
assignée comme but à leurs efforts. Fréquemment la Bulgarie en- 
voie des députations à Belgrade pour exposer au sénat de Serbie 
le tableau de ses souffrances et des persécutions turques. Des^milliers 
de réfugiés bulgares habitent la principauté serbe, où ils jouissent 
de tous les droits civiques. A la vérité, les rapports entre les deux 
peuples n'ont été jusqu'ici que des liens de sympathie, motivés par 
l'analogie de leur langue, de leur origine, et par leur dépendance 
du même souverain; mais le temps est venu où des relations plus 
sérieuses vont nécessairement se former, que le sultan le veuille] on 
non, entre tous les Slaves de son empire. » 

Serbské Narodné Noviné, VII e année, n° 27, p. 107—108 du 
6 avril 1844. 

1844 

Un article intitulé Géographie générale de la Turquie d'Europe 
(Vile ann ée, n° 33, p. 131—132 au n° 43, p. 171—172) s'occupe 
des frontières géographiques des pays à éléments ethniques étran- 



— 184 — 

gers entrant dans la composition de l'Empire ottoman, à savoir: 
Le Monténégro, 'lHerzégovine, la Bosnie, l'Albanie, la Thessalie, 
la Macédoine, la Mésie Supérieure, la Serbie, la Thrace et la Bulgarie. 

En voici quelques extraits. Après avoir tracé les limites de la 
Macédoine depuis les hauteurs entre les lacs d'Ochrid et de Kasto- 
ria jusqu'au mont Char, près de Prizren, l'auteur mentionne les 
montagnes et les cours d'eau à l'intérieur de cette province ainsi 
que ses autres limites; la première partie de l'article se termine 
par ces passages: 

« La Zaya, qui se jette dans le Vardar, a un cours très bizarre 
elle prend sa source sur les pentes de la Ialeschta, à quelques heures 
seulement du Drin; mais, comme nous l'avons dit plus haut, elle 
a un cours tout à fait opposé à celui du Drin, c'est-à-dire qu'elle 
descend vers le sud. La première vallée dans laquelle elle descend 
est celle de Kritchovo où elle réunit ses eaux à celle de la Tserna 
et perd son nom; car les Bulgares qui habitent autour lui donnent 
un autre nom slave. Après la vallée de Kritchovo, les pentes des 
montagnes s'abaissent et la Tserna pénètre dans une autre vallée où 
est situé Monastir. Près de cette ville la rivière prend une direction 
d'est pour gagner bientôt, en suivant un cours nord-est, le Vardar et 
pour disparaître avec lui, au sud-est, dans le golfe de Salonique. Cette 
rivière change donc deux fois complètement son cours. Plus simple 
est le cours du Vardar qui sort du mont Char, et à l'est d'Uskub 
jusqu'à Négotine, reçoit la Tserna, la Raëtz, la Braonist, la Bregal- 
nitza, l'Egridéré, le Sarpiak et se jette dans le golfe de Salonique; 
elle forme la vallée la plus considérable de la haute Macédoine. Cette 
contrée est par cela même digne d'attention que les massifs traversés 
par le Vardar séparent aussi les peuples; au nord, il n'y a que des 
Bulgares, et au sud-est surtout des Grecs, bien que, dans les villes, 
comme par exemple à Salonique, il y ait un fort mélange de Bulgares. 
Le climat aussi y est sensiblement différent. La rivière Egridéré 
mentionnée plus haut, sous le nom de Kriva Réka, se jette dans le 
Vardar près de Vrania. 

N° 39, p. 155 du 18 mai 1844. 

La Mésie Supérieure s'étend dans deux directions, au nord et 
à l'ouest. On remarque surtout cette extension dans l'élévation 
grandissante des vallées qui ont dû être des lacs jadis. Nisch n'est 
situé qu'à une altitude de 414 pas; Leskouatz au sud de Nisch, est 



— 185 — 

à 565 pas, Pirot, plus à l'est à 800 pas. Trin, situé presque au milieu 
du pays, à 1542 pas, Samokov à 1800 pas, Ichtiman à 2060 pas. La 
plaine de Kossovo, longue de 10 à 12 heures de marche et large de 
2 à 3 heures, est traversée par la Sitnitza. Entre Kossovo et Les- 
kovatz sur la Morava Bulgare il y a trois montagnes, découpées par 
des vallées et de grands ravins. 

No 40, p.|160 du 21 mai 1844. 

Voici les frontières de la Serbie: 

« Nous avons vu plus haut que par sa configuration, la Mésie 
Supérieure s'étend plutôt vers le nord-ouest; les plaines qui en- 
tourent les rivières dans la Bosnie du sud, quand on a passé dans 
la dépression de Novi-Bazar, s'étendent aussi vers le nord-ouest; 
les dépressions comprises entre le nord-ouest et le sud-est sont exces- 
sivement remarquables dans les bassins situés au nord-est de la 
Mésie Supérieure; de même qu'un bassin s'étend vers le nord- 
ouest a" Ichtiman jusque dans le voisinage de Nisch, un autre 
forme la vallée de la Maritza au sud-est. Le pays descend donc en 
pentes douces vers le nord-ouest et le sud-est et en pentes abruptes 
au sud, en Macédoine; mais la Serbie a une position toute parti- 
culière, presque celle d'une île. Une série de massifs élevés, Iako 
(haut de 3500 pas), Elin (4200 pas), Iastrebatz (3000 pas), Rotan 
(3800 pas) et une foule d'autres encerclent la Serbie du sud; Kopaonik 
(5900 pas) en est le plus remarquable. Elin, Stol et Temnitzka, 
disposés l'un derrière l'autre, forment une sorte de tronc dont partent 
trois branches; une foule de massifs courent de Temnitzka vers le 
nord et portent le nom de Schoumadia; c'est le pays compris entre 
la Kolubara et la Morava. Une petite vallée sépare Elin de Kopaonik 
et Stol d'Elin, mais entre Temnitzka et Stol coule la Morava Serbe, 
rivière considérable qui reçoit la plus grande partie de ses eaux des 
pentes, au nord de Temnitzka, de massifs s'étendant à l'ouest jusqu'à 
Koblar; des massifs qui se détachent de ce point courent le long 
de. la Drina presqu'au Danube. Le Rotan, mentionné plus haut, 
est situé au nord-est de Temnitzka et s'étend en grande partie dans 
la direction nord-est. Son extrémité gagne le Danube à Orsova et 
se trouve manifestement liée avec la Fruschka-Gora, bien que cette 
communauté soit contraire à toute la nature du massif. Les massifs 
nord-est qui séparent la Serbie de la Bulgarie sont donc bien plus 
considérables, et par suite aussi les plaines qui s'étendent jusqu'à 
la Schoumadia. » 



— 186 — 

Plus loin: 

« Cette configuration du pays a été décisive pour son Histoire •. 
la Serbie n'a jamais étendu d'une manière durable ses frontières vers 
le sud, tandis que les Bulgares ont pénétré en masse jusqu'en Macé- 
doine. Les Serbes n'ont pris qu'une seule fois en leur possession la 
partie méridionale de la région montagneuse, tandis que les Bulgares 
s'y sont fixés et ont gardé pour toujours le pays; les Serbes n'ont pas 
cédé devant les Albanais, bien que ceux-ci aient fait des tentatives 
d'irruption en Macédoine aussi bien et plus souvent qu'en Mésie 
Supérieure. » 

C'est seulement à l'embouchure de la Drina que les Serbes 
sont en rapport avec les Bosniaques, car le lit de la Drina, qui forme 
la frontière entre la Bosnie et la Serbie, est si bas qu'il faut descendre 
des massifs de 2500 pas du côté de la Serbie et de la Bosnie pour 
atteindre la vallée du fleuve. De là les rapports faibles entre les 
deux peuples, autrement d'étroite parenté. Les communications 
avec les Bulgares sont beaucoup plus faciles, surtout par Nisch, mais 
toujours peu satisfaisantes, et l'on peut dire sans exagération que 
les communications de la Serbie avec la Hongrie sont beaucoup 
plus nombreuses, bien que les rois de Serbie aux époques de gloire 
aient porté le titre de seigneurs « de tous les pays de la Raschka » 
d'une mer à l'autre. 

Plus loin: 

« La Serbie orientale proprement dite, c'est-à-dire le pays com- 
pris entre la Morava, le Danube et le Timok 1 est un pays de montagnes 
qui se rattachent au Rotan. La frontière, de ce côté, est identique 
à celle de la Drina: les pentes sont longues et douces vers la Serbie, 
courtes et abruptes du côté de la Bulgarie. » 

Plus bas: 

« Avant de quitter la Serbie, nous devons encore une fois faire 
une mention particulière de la vallée de la Morava, car elle est l'unique 
moyen de communications régulières avec les contrées méridionales. 
Afin de se distinguer de ses deux principaux affluents, la Morava 
Serbe et la Morava Bulgare, le fleuve porte ici le nom de Grande 
Morava. La Morava Bulgare provient des montagnes qui entourent 
la Macédoine du nord, coule à travers toute la Mésie Supérieure en 



1 Cet article a été écrit en 1844, c'est-à-dire à une époque où depuis quatorze ans 
les confins bulgares du Timok faisaient partie de la Serbie. 



— 187 — 

suivant surtout la direction nord et enserre tous les hauts massifs 
de la Serbie, sauf le Rotan. Par contre, la Morava serbe prend sa 
source non loin de Novi-Bazar, court vers le nord en traversant en 
longueur presque toute la Serbie de Vouest à Vest, au milieu des massifs 
qui bornent la Serbie au sud, reçoit dans son long cours presque 
toutes les eaux des deux chaînes de montagne et se joint à la Morava 
Bulgare dans la vallée de Krouchévatz, d'où, en passant par la large 
vallée de Iagodina, elle traverse la Serbie. » 
N° 41, p. 163—164 du 25 mai. 

La Thrace et la Bulgarie 

« Au nord de cette région, nous trouvons encore une grande 
dépression qui s'étend de la vallée de la Maritza à celle de la Morava. 
A l'extrémité de cette dépression se trouve Andrinople, et plus haut 
Philippople, Tatar-Bazardjik d'où l'on passe à Ichtiman pour arriver 
à Sofia et de Sofia à Nisch; qui ne connaît tous ces noms célèbres 
dans l'histoire des guerres turques ? Cette dépression forme la grande 
route militaire qui conduit de la Thrace, par la vallée de la Morava, 
au Danube; la route de Salonique ou de Serrés à Kossovo est loin 
d'être si importante. D'Itchtiman, le plus haut point de cette dé- 
pression, le grand Balkan s'étend presque directement vers l'est; 
une chaîne s'en détache, dans le voisinage de la mer Noire, vers 
le sud et touche presque à la mer de Constantinople en s'élevant. 
Le pays situé au sud du grand Balkan est appelé ordinairement 
Thrace, celui au nord — Bulgarie; mais les Bulgares habitent aussi 
bien au sud qu'au nord, seulement au sud ils sont plus mêlés aux 
Turcs et en partie aux Grecs. » 

Serbské Narodné N ovine, VII e année, n° 42, p. 168 du 28 mai. 

1844 

En Bulgarie. Belgrade, le 19 juin. 

L'auteur de l'article dit que pendant son voyage de Constanti- 
nople en Serbie il a eu « l'occasion d'étudier le peuple bulgare et sa 
triste situation. Puis il continue: 

« Il (le peuple bulgare) est toujours hospitalier, doux, laborieux 
et pieux. Bien qu'ils (les Bulgares) soient très opprimés et pauvres, 
chaque voyageur est frappé par leurs maisons fort bien bâties et 
entourées de haies, par la propreté dans ces maisons, les champs 



— 188 — 

bien travaillés, les vergers bien supérieurs à ceux de Serbie et qui 
ne sont comparables qu'à ceux de Sirmie. L'amour du travail chez 
les Bulgares est si grand qu'il est devenu proverbial. Le jeûne est 
pieusement observé par les Bulgares qui sont assidus à la messe; 
mais chaque étranger sera choqué de voir qu'ils restent pendant la 
messe coiffés de leurs fez ou kalpaks. A Nisch où je me suis arrêté 
une dizaine de jours, j'ai mieux étudié la situation de notre église en 
Bulgarie. L'évêque de Nisch, Benoit, est un Grec de Constantinople» 
homme orgueilleux, emporté et vaniteux qui, par méconnaissance 
de la sainteté de ses fonctions et par intérêt, n'a cure de défendre 
ses ouailles. Grec, il a peu à cœur l'église et le peuple dont il est le 
pasteur et il néglige ainsi ce qu'il aurait été possible de faire sous 
un bon pacha et que les pachas n'auraient pas repoussé. Il est digne 
de remarquer que lorsque l'évêque sort dans la ville, il sort toujours 
à cheval et se fait accompagner par trois ou quatre prêtres dont 
l'un porte devant lui le nichan, c'est-à-dire un bâton au pommeau 
d'or que le sultan décerne aux évêques en Turquie en signe de dis- 
tinction et de sécurité; un autre porte son long tchibouk (pipe) avec 
un grand bout d'ambre. Le nichan et le tchibouk sont portés haut 
afin qu'on voie de loin le passage de l'évêque. A l'église, qui est 
belle, la messe est chantée d'un côté en grec et de l'autre en slave; 
l'évêque, quand il n'officie pas, se tient sur son trône. Je ne puis 
m' empêcher de mentionner une autre mauvaise habitude du prélat: si 
un prêtre arrive à l'église après lui, il l'oblige à faire des génuflexions 
à ses pieds, et méprisant la sainteté du lieu et du service divin, il l'appelle 
publiquement âne et brute et de sa crosse d'évêque il lui assène des 
coups sur le dos. Ainsi il détruit lui-même le prestige du clergé de 
l'église et de la liturgie. Loin de travailler au perfectionnement du 
clergé, il ne songe qu'à s'enrichir aux dépens de ses pauvres ouailles 
et de ses prêtres opprimés, pour chercher ensuite, bien entendu, 
un diocèse plus grand. Chaque prêtre est obligé de prélever sur 
ses maigres recettes pour payer un droit à l'évêque qui pressure 
ainsi le clergé. Ce même évêque a introduit la coutume, pendant 
les jours gras, que chaque prêtre lui amène une fille. En outre, il 
reçoit pour l'Epiphanie . . ., et pour couper le pain bénit il exige 
50 piastres. Telle est sa cupidité qu'il est à tout moment prêt à dire 
la messe avec tout son clergé pour quiconque lui paie 22 piastres, 
c'est-à-dire 5 y 2 zwanzig. De cette manière, les pauvres Bulgares, au 
lieu de trouver dans leur prélat un appui pour soulager et améliorer 



— 189 — 

leur situation, sont obligés de le nourrir et de l'enrichir à leurs propres 
dépens et aux dépens de leurs églises. 

Serbské Narodné Noviné, VII e année, n° 50, p. 199 du 25 juin 1844. 

1846 

« Bougar Morava, une rivière, prend sa source en Albanie, entre en 
Serbie non loin de son confluent avec la rivière Soupovatz, traverse 
les départements d'Alexinatz et de Krouchévatz et se jette dans la 
grande Morava près de Stalatch; voir Morava-Bougar. » 

« Arrondissement de Bougar Morava, département de Krouchévatz, 
compte 55 villages qui possèdent 1471 habitations et 9799 habitants.. 
Le siège de l'arrondissement est à Kouli Vitanovatz. » 

« Le vicariat de Bougar Morava, diocèse de Belgrade, s'étend dans 
l'arrondissement de Bougar Morava, département de Krouchévatz.. 
Comprend les paroisses de: Bougar Morava, Grédétina, Libischa 
Nozrina, Gréatch, Loujani, Troubarévo et Zdravina, soit 8 paroisses 
avec 2 églises. Le siège du vicaire est à Jitkovatz. » 

Dictionnaire géographo-statistique de Serbie. Composé par 
Iovan Gavrilovitch, chef de section au ministère des Finances, Bel- 
grade, 1846, p. 36— 37. 

1847 

En Bulgarie. La revue tchèque Cvjety, dans un article intitulé 
«L'éducation nationale chez les Bulgares», dit: 

«Et pourtant le peuple bulgare compte environ 4% millions et 
forme la partie la plus importante de la ^population de tout l'empire 
turc! » 

Srbské Noviné, XIV e année, n° 23, p. 91, première colonne du 
21 mars 1847. 

1847. 

Il y a en Turquie plus de 4y 2 millions de Bulgares, soit cinq fois 
plus que toute la population de la Serbie. Or nous savons que les, 
Bulgares se distinguent dans leur état actuel par d'excellentes qualités. 
Chez eux l'oisiveté, la paresse, l'ivrognerie, le mensonge, l'hypocrisie, 
l'adultère et la débauche sont très rares; par contre l'amour du 
travail, la sobriété, la sincérité, la pureté des mœurs et l'honneur 
y régnent; en outre ce peuple progresse de plus en plus en nombre, 
en prospérité et en tout bien même dans sa situation actuelle. Ce 



— 190 — 

sont (les Bulgares) de bons travailleurs, avec cela des gens robustes 
et beaux, propres, paisibles et doux; de plus, ils ont fait un grand 
pas vers le progrès en ce qu'ils n'habitent pas isolés et dispersés, 
mais groupés dans de grandes agglomérations, et nous savons, par 
les descriptions, qu'il y en a de 1000 foyers et au dessus. Ce qui, 
jusqu'ici, a entravé le progrès intellectuel de ce peuple, c'est qu'il a 
toujours eu des évêques grecs qui ignoraient la langue du peuple 
et ne se souciaient ni de lui ni de sa littérature; partout ils employaient 
et propageaient, par l'église et l'école, placées sous leur direction, 
la langue et les livres grecs. C'est ainsi que les Bulgares de marque 
apprenaient seulement le grec et s'hellénisaient, tandis que le peuple 
restait sans aucune instruction scolaire ou littéraire. Depuis une 
quinzaine d'années, cependant, des écoles nationales bulgares ont 
été fondées et leur nombre s'élève maintenant à cinquante; on y 
enseigne dans la langue nationale bulgare la lecture, l'écriture, le 
calcul et tout ce qui est indispensable; les bons livres en bulgare 
deviennent également plus nombreux et sont répandus parmi le 
peuple. Ces nouvelles écoles bulgares sont fréquentées par un grand 
nombre d'élèves, quelquefois jusqu'à 300; les maîtres sont bien 
payés et enseignent d'après la méthode de Lancaster, suivant laquelle 
les élèves des classes supérieures, après avoir terminé leurs devoirs, 
enseignent à ceux des classes inférieures, récapitulant ainsi ce qu'ils 
ont déjà étudié; l'instituteur les surveille, les guide et les instruit 
là où cela est nécessaire, les examine et interroge; en outre il enseigne 
dans la classe supérieure la matière prévue au programme. 

Noviné Tchitalischta Beogradskog (Bulletin de la Salle de lecture 
de Belgrade, première année, n° 13, p. 102, col. 1, du 28 mars 1847. 

1848 

§ H- 
Les pays aujourd'hui habités par les Serbes sont les suivants: 

1. La Serbie: entre la Drina, la Save, le Danube et le Timok. 
Les Serbes, qui y habitent, s'appellent Serviens. 

2. La Bosnie: entre la Drina et la Drave. Ses habitants s'ap- 
pellent Bosniaques. 

3. L'Herzégovine: entre la Bosnie, la Narente et la Trebinjschtitza. 
Ses habitants s'appellent Herzégoviens — Hers. 

4. Le Monténégro: à droite de l'Herzégovine, entre la Moratcha 
et la Trebinjschtitza et le lac. Ses habitants sont les Monténégrins* 



— 191 — 

5. Raguse: entre Cattaro et la Dalmatie. Ses habitants sont les 
Ragusais. 

6. Les Bouches de Cattaro: entre Raguse et la Dalmatie. Leurs 
habitants: Bocchelli. 

7. La Dalmatie: à gauche de la Serbie et de la Bosnie, entre 
la rivière Cettigné et l'Adriatique. Les habitants — des Dalmates. 

8. Ulllyrie: entre la Kupa et la Drave. Les habitants: Serbo- 
Illy riens. 

9. La Croatie: entre la Kupa, la Drave et la Save. Les habi- 
tants — des Croates. 

10. La Slavonie et la Sirmie: entre la Save, la Drina et le Danube 
en Hongrie — leurs habitants: Slavons-Sirmiens. 

11. La Batchka: entre la Theiss et le Danube. Les habitants: 
des Batchvans. 

12. Le Banat: entre la Theiss, le Danube et le Bégée. Les habi- 
tants: des Banatiens. 

13. Le pays du Danube dans la Hongrie moyenne: le long de la 
rive droite du Danube à Budapest, St-André et les villages des ar- 
rondissement de Kalaza, Pomaza, Tschobanatz et Béga. 

Les Serbes des douze premières provinces habitent côte à côte, 
de sorte qu'ils forment tout le cercle du monde serbe; ceux de la 
dernière contrée en sont un peu écartés. 

Il y a 70 ans, il y avait beaucoup de Serbes en Russie, dans 
la nouvelle Serbie. Ils sont les frères de ceux qui habitent la Hongrie. 
Mais il n'y a aujourd'hui aucune trace et aucun signe de vie de ces 
Serbes; tous se sont russifiés et les enfants ignorent même la langue 
que leurs pères ont parlée. 

Le cercle de ces pays du monde serbe touche à l'est à la Bulgarie, 
au sud et à l'ouest à la mer Adriatique; au nord à la Hongrie. 

Histoire du peuple serbe, publiée par Démètre Davidovitch, Bel- 
grade, 1848, p. 9— 10. 

1848 

«Les limites des pays actuellement habités par les Serbes sont: 
à lest la Bulgarie; au sud la Macédoine et une partie de la mer 
Adriatique; à l'ouest la mer Adriatique; au nord la Hongrie, » 

Page 14. 

« M. Dobrovolski pense que la langue dans laquelle sont écrits 
nos livres religieux est la langue parlée par les anciens Serbes. Mais 



— 192 — 

nos livres religieux ont été traduits aux 10 e et 1 I e siècles ; cette langue 
est-elle celle de ces Serbes que nous connaissons en 640 après Jésus- 
Christ? De plus, la traduction a été faite par Cyrille et Méthode, 
et ceux-ci étaient de Salonique, qui est près de la Bulgarie; n'auraient-ils 
pas appris avant tout le bulgare ? et la langue dans laquelle sont 
traduits les livres ecclésiastiques ne serait-elle pas le bulgare ? » 

Histoire du peuple serbe, publiée par Démètre Davidovitch, Bel- 
grade, 1848, p. 5—6. 

1849 

Bulgarie. Supovatz, le 13 avril. Il est pénible de constater 
qu'aucune bonne nouvelle n'arrive de Bulgarie, mais seulement des 
plaintes et des griefs, notamment contre les moines grecs. Ce qu'ils 
font est affreux! En lisant ces choses dans les journaux, je ne pouvais 
croire que le clergé, qui doit servir de modèle aux autres hommes, 
fût capable de ces abominations. Mais j'ai eu maintenant l'occasion 
de me convaincre fermement de bien d'autres vilenies qu'il serait 
honteux de publier. Je ne veux mentionner qu'un fait, à titre 
d'exemple. Durant la semaine sainte, une jeune fille a été trompée 
à Nisch et convertie à l'islamisme. La mère, affligée, se rendit auprès 
de l'évêque Ioannichios pour le prier d'intervenir auprès des autorités 
afin que sa fille lui soit rendue. » 

La suite de la lettre contient un tableau de la conduite honteuse 
du prélat qui sacrait prêtres tous les candidats, sans choix, pour 
toucher de l'argent et qui, pour de l'argent, séparait les femmes 
de leurs maris afin de les marier à un autre. 

Srbské Noviné, XVI e année, n° 35, p. 140, du 23 avril 1849. 

1849 

En Bulgarie. « Une lettre de la frontière bulgare nous apprend 
qu'un haidouk nommé Sava Bojanatz, avec deux compagnons, a 
fait son apparition dans le pachalik de Nisch, il y a deux mois, et 
y a commis de nombreux méfaits. » 

L'auteur raconte plus loin, comment la bande a été poursuivie 
et parle des excès d'un certain Réchid bey contre la population serbe 
(?) de Leskovetz. 

Cette confusion est due probablement au fait que le chef de la 
bande était Serbe. 

Srbské Noviné, XVI e année, n° 90, p. 343 du 2 septembre 1849. 



— 193 



1850 



Le prince Michel Obrénovitch lui-même ne parle pas de Serbes 
en Macédoine. Quant aux habitants du pays de la Morava, on peut 
facilement déduire qu'il les considérait comme Bulgares par les lignes 
suivantes dont il est l'auteur. On y lit que les Bulgares s'adressaient 
volontiers au gouvernement de son père, le prince Milosch, pour en 
obtenir des passeports qui étaient très respectés par les autorités 
turques. Ces Bulgares ne peuvent pas être de l'intérieur de la Bul- 
garie: ceux-ci n'avaient pas la possibilité matérielle d'obtenir l'appui 
du prince de Serbie; il s'agit bien de Bulgares de la Morava qui 
touchaient aux frontières de la principauté serbe. Les habitants 
de cette province ont souvent eu recours à l'appui serbe. 

Voici textuellement ce que dit le prince Michel: 

«Les passeports de Milosch étaient tellement respectés dans 
tout l'empire ottoman que les sujets de S. M. le Sultan: Bosniaques, 
Bulgares, Macédoniens et tous ceux qui craignaient quelque excès 
de la part des Turcs priaient souvent le gouvernement serbe de leur 
accorder un passeport, disant que c'était leur meilleure protection 
contre la férocité musulmane. Je me rappelle comment, étant à 
Rome, il y a quelques années, j'ai reçu la visite d'un religieux 
bulgare qui avait quitté depuis longtemps la Bulgarie et ne savait 
pas que mon père ne régnait plus en Serbie; il me pria de lui donner 
une lettre de recommandation pour mon père, afin qu'il pût se pro- 
curer un passeport pour le cas où il se déciderait à retourner dans son 
pays. Il m'assurait que jamais il n'avait été aussi sûr en Turquie que 
lorsqu'il possédait, il y a quelques années, un passeport de Milosch. 

Milosch Obrénovitch ou aperçu de l'histoire de la Serbie de 1813 
à 1839 ; réponse à M. Cyrien Robert par le Prince Michel M. Obré- 
novitch. Traduit du français par Tch. Imprimerie Nationale Mé- 
dakovitch, 1850, p. 111—112. 

1850 

En Bulgarie. Information de la frontière bulgare. Une nouvelle, 
parue dans le n° 101 de ce journal dit que les chrétiens du pachalik 
de Nisch ont respiré un peu des abus turcs; je ne manquerai donc 
pas de vous faire connaître que cette information est parfaitement 
exacte. Depuis le départ de l'ancien pacha Hussein qui a été relevé 
de son poste et a quitté la Bulgarie, et l'arrivée du vizir actuel, l'hono- 

13 



— 194 — 

rable Rechid pacha, on peut voir des mines gaies et une affection ré- 
ciproque parmi tous les chrétiens du pachalik de Nisch. Le vizir Rechid 
pacha a manifesté ses bonnes intentions envers les malheureux en 
transférant l'ayan de Leskovetz, Iussuf agha, nommé sous l'adminis- 
tration de Hussein pacha; Iussuf agha a été nommé à un autre poste 
à Nisch et à sa place est venu de Constantinople un bon vieux Turc 
de Constantinople; Halil agha, homme du pays, a été désigné pro- 
visoirement comme ayan de Pirot. Ainsi l'honorable Rechid pacha, 
digne d'éloges, a su en peu de temps organiser son gouvernement, de 
sorte que dans la jouissance des droits et des libertés on ne peut 
distinguer le Bulgare du Turc et le Turc du Bulgare. Ainsi, par exemple, 
le témoignage des Bulgares est accepté dans toutes les affaires, à 
l'égal de celui des Turcs; aucune sentence ne peut être rendue à 
l'insu du vizir qui instruit lui-même les affaires. La pratique jusqu'ici 
était celle-ci : si un Bulgare ne pouvait désigner comme témoins deux 
Turcs, sa demande, quelle qu'elle fût, n'était pas admise. Et ainsi 
les pauvres Bulgares, soumis jusqu'ici à toutes sortes d'exactions 
et de misères, peuvent dire maintenant librement qu'ils ont été dé- 
livrés des abus et violences turcs, surtout de ceux qu'ils subissaient 
de la part du cadi Abdurrahman effendi. De tout ceci on voit claire- 
ment que le nouveau vizir écarte sans exception tous les abus qui 
faisaient gémir le peuple. Il faudrait seulement rappeler à son atten- 
tion Rachid bey Salihpachitch, originaire de Constantinople, ancien 
ayan de Leskovatz. Hussein pacha l'avait relevé de ce poste, parce 
qu'i'Z était ami des Bulgares dans toutes leurs épreuves et l'avait rem- 
placé par Iussuf agha; il faudrait, disons-nous, envoyer Rachid bey 
Salihpachitch à Prokouplé, à la place de l'ayan actuel Rachid bey, 
car c'est un homme fidèle au très illustre sultan (« tzar ») et au peuple 
et un excellent administrateur; tout l'arrondissement de Prokouplé 
désire sa nomination. Il est à souhaiter que l'honorable vizir, digne 
d'éloges, examine aussi cette affaire. 

Pendant mon voyage de retour, en traversant le pachalik de 
Nisch, j'ai pu établir que tout ceci est vrai; de bons et fidèles amis 
et les Turcs eux-mêmes m'ont confirmé cette vérité. » 

Srbské Noviné, XVII e année, n° 119, p. 454, du 21 octobre 1850. 

1851 
En Bulgarie. On nous informe de la frontière bulgare qu'on 
attend ces jours-ci à Nisch l'arrivée de deux ridjals (hauts fonction- 



— 195 — 

naires) de Constantinople et de Stanko Vlastintchanin. Le but de 
leur voyage n'est pas connu. Le serdar Haireddin parcourt la pro- 
vince de Nisch et invite le peuple à verser les impôts. 

Srbské Noviné, XVIII e année, n° 9, p. 32, 2 e col., du 22 jan- 
vier 1851. 

1851 
En Bulgarie. On nous écrit de la frontière bulgare: 
En passant par Nisch j'ai appris que le peuple chrétien est très 
content de ce que l'impôt a été réparti par les villages eux-mêmes, 
qui le versent au trésor impérial. J'ai entendu raconter aussi 
qu'il lui a été annoncé qu'à partir du mois de mars, la dîme du 
spahilik (l'affermage de l'impôt sur les produits de la terre) sera 
perçue par le fisc; le peuple qui a grandement souffert de l'affer- 
mage, surtout l'année dernière, éprouve une joie extraordinaire 
à l'annonce de cette disposition qui le délivrera d'une charge oné- 
reuse, il bénit et glorifie le sultan qui a des égards si magnanimes 
pour ses souffrances. Conformément à la nouvelle ordonnance impé- 
riale qui accorde à chacun selon son droit, fût-il riche ou pauvre, 
un conseil (chura) qui a été institué à Nisch et l'honorable Réchid pacha 
veille avec un soin particulier à ce que le conseil observe strictement 
les ordres impériaux et rende justice à tous. Cela lui fait vraiment 
honneur. Cependant le peuple est affligé et regrette beaucoup que 
quelques femmes et jeunes filles chrétiennes aient été en peu de temps 
converties à l'islamisme, sans qu'il leur fût permis de voir leurs 
parents et sans qu'elles aient été — comme l'exige l'ordonnance 
impériale — interrogées sur les motifs de leur conversion, à savoir 
si elle était volontaire ou faite à la suite d'une tromperie ou de pro- 
messes fallacieuses. Trois Turcs sont allés une fois dans un village 
de l'arrondissement de Prokouplé où ils ont enlevé une jeune fille 
qui a été convertie; lorsque l'affaire est venue devant le tribunal, 
les ravisseurs ont cité deux témoins turcs, tandis que le témoignage 
des villageois n'a pas été accepté. C'est à nos évêques de prendre 
en mains la cause de leurs ouailles spirituelles, et, s'inspirant du pré- 
cepte de l'évangile: le bon pasteur donne son âme pour son troupeau, 
de veiller à ce que, en pareils cas, les cadis et les muftis rendent 
bonne justice, selon les prescriptions de l'ordonnance impériale. Notre 
archevêque de Nisch, Mgr. Ioannice a toujours fidèlement représenté 
et défendu le peuple chrétien auprès de l'honorable vizir; le peuple 



A la gloire de la Très 
cette école slavo-bulgare, 
Grandeur, le Métropolite 



Aigle 
bicéphale 



— 196 - 

bulgare lui est redevable d'une foule de bienfaits; il espère aussi que 
l'évêque interviendra dans cette affaire auprès de l'honorable vizir 
Rechid pacha, ami de la justice, et préviendra dorénavant la con- 
version forcée des chrétiens. 

Srbskê Noviné, XVIII e année, n° 15, p. 56, du 8 février 1851. 

1852 

Dans son ouvrage «Le Royaume de Serbie. Les nouvelles pro- 
vinces. » Militchévitch reproduit (p. 171) une série d'inscriptions 
slaves où le caractère bulgare de la population n'est pas explicitement 
indiqué; il a omis cependant de publier cette inscription qui orne 
l'entrée de l'école au village de Tiobara: 

Sainte Trinité a été bâtie 
par la générosité de Sa 
Mgr. Nectarius et des 
notables patriotes M. H. Viden Ioan le Maire, Kiro Mla 1 : Christo 
Ioan: Georges Ko: Ne: Elie Ig: Stéphane Vel: Georges Pa: Mantcho 
Kr., Manno To: et avec le concours de tous les Chrétiens orthodoxes 
H. Costa. 

:::AWNB(1852) m2 ::: Juillet ... 15 ...* 

1852 

Bulgarie (Basse Mésie). 

Cette province qui s'étend entre la mer Noire, la Roumélie. la 
Serbie et le Danube a une superficie de 16,000 mille m. carrés et une 
population d'environ 4,000,000 d'habitants, en majorité Bulgares, de 
confession orthodoxe. Le terrain de cette province est accidenté du côté 
du sud, où se trouvent les montagnes du Balkan, tandis que le long du 
Danube et de la mer Noire il est plat et riche en toutes sortes de 
produits. Les localités principales de cette province sont: 

Nisch, siège d'un pacha et d'un évêque orthodoxe ; possède quel- 
ques fabriques, 18,000 habitants. Sofia (Triaditza), sise dans la ré- 
gion belle et fertile de la rivière Boyana; possède de beaux jardins, 
de bonnes eaux thermales, quelques fabriques et un commerce remar- 
quable, siège d'un archevêque orthodoxe, avec 50,000 habitants. 



1 Les noms de famille des donateurs sont abrégés ; le tailleur de pierres qui a gravé 
l'inscription n'a écrit que la première syllabe des noms. 

2 S. Christoff, p. 304. 



— 197 — 

Samokov possède des mines de fer et des forges, 4000 habitants. 
Tirnovo jadis capitale du royaume bulgare avec 12,000 habitants. 
Silistrie, sur le Danube, ville très fortifiée, siège d'un pacha, 25000 
habitants. Varna, ville fortifiée sur la mer Noire; possède un port 
et un remarquable commerce de céréales; 24,000 habitants. Les 
Russes s'emparèrent de Varna en 1828 et les Turcs y vainquirent 
les Magyares en 1444. Babadag, ville fortifiée avec 10,000 habitants. 
Karaherman, ville sur la mer Noire, avec un port et 8,000 habitants. 
Hirsova, sur le Danube, 4,000 habitants. Pazardjik, eaux curatives, 
10,000 habitants. Issaktcha, ville fortifiée sur le Danube avec 6,000 
habitants. Kostanii, l'antique Tomie, sur la mer Noire, où Ovide 
mourut en exil. Schoumla, ville fortifiée au pied du Balkan, 20,000 
habitants. Nicopol, sur le Danube, ville fortifiée, 10,000 habitants, 
possède de très jolis jardins, des eaux thermales et un commerce 
assez considérable, siège d'un évêque orthodoxe et d'un évêque 
catholique. Sistow, sur le Danube, possède un bon commerce et 
20,000 habitants. La paix y fut conclue en 1791. Roustchouk, 
ville fortifiée sur le Danube, possède différentes fabriques et 30,000 
habitants. Vidin, puissante forteresse sur le Danube, siège d'un pacha, 
25,000 habitants. 

Géographie générale à l'usage des élèves des collèges de la princi- 
pauté de Serbie, composée conformément aux ouvrages des géogra- 
phes modernes par Milan Mijatovitch, professeur de lycée. Vue et 
approuvée par le comité scolaire. Belgrade, 1852, p. 61 — 62. 

1853 
III. La Bulgarie 

Avec Ternova pour chef-lieu (ancienne capitale du royaume 
bulgare), et les villes de Sophia, Vidin, Nissa, Roustchouk. 

Population 4,000,000. 

Slaves du Sud ou le peuple serbe avec les Croates et les Bulgares, 
par Iankovitch et Grouitch, Paris, 1853, pag. 129. 

1854 

« La dite ville (Krouchevatz, n. du tr.) se trouve à un mille de 
distance de la rivière qui sépare la Bulgarie de la Rascie ou Serbie, 
ce qui est la même chose. » 



- 198 — 

De l'importance historique des mémoires de quelques voyageurs 
anciens qui ont traversé la Serbie, et particulièrement de Bertrandon 
de la Broquière. Par Iovan Ristitch. Glasnik de la Société des lettres 
serbes. Vol. VI, p. 213, 1854. 

1855 

Nisch en Bulgarie, le 5 juin. On reçoit quelque fois le Srbski 
Dnevnik à Nisch et on le voit entre les mains des gens d'ici, mais 
pas régulièrement, comme il devrait. De tout que nous lisons, je ne 
sais pourquoi, nous croyons surtout à vos informations, et nous 
avons eu raison jusqu'ici. Beaucoup de nos gens auraient reçu votre 
journal, si seulement ils osaient. Non seulement les habitants de Nisch 
qui sont plus proches des Serbes et par la situation et par la langue, 
mais aussi les vrais Bulgares de Sofia, Philippople, Serrés, etc. lisent 
très volontiers le Dnevnik, 

Suivent des informations sur la situation en Bulgarie. Srbski 
Dnevnik, p. 3—4 du 23 juin 1855. 

1855 

Pierre VHermite et son armée de Croisés (par S. Sporil). 

«Les vainqueurs ont trouvé à Semlin des provisions de toute 
nature et surtout des bœufs et des chevaux dont ils manquaient. 
Ils passèrent cinq jours à Semlin dans le plaisir et la nonchalance; 
le sixième jour ils apprirent l'approche du roi de Hongrie qui venait 
avec une nombreuse armée se venger de ce qu'ils avaient attaqué 
une de ses villes et tué les habitants. Pierre, inquiet, voulut gagner 
au plus tôt la rive opposée de la Save; mais où trouver tant de gués? 
Alors les croisés prirent des poutres, les attachèrent avec des roseaux 
et, ayant construit ainsi des radeaux, ils se mirent à traverser la 
Save. Inquiétés par les flèches des Bulgares, ils purent gagner la 
rive sans essuyer un plus grand malheur. Ils poursuivirent immé- 
diatement leur marche et arrivèrent le neuvième jour devant Nisch, 
ville principale de la Bulgarie. Là ils conclurent un accord avec le 
prince de Bulgarie: les croisés donnaient des otages de marque, comme 
garantie de leur conduite pacifique et ils obtenaient l'autorisation 
d'acheter des vivres. Les plus pauvres recevaient l'aumône. 

Livre de lecture serbe, à l'usage des lycées, par le Dr. Iovan Sub- 
botitch. Livre II, à l'usage de la 3 e et de la 4 e classes secondaires. 
Vienne, 1855, p. 298. 



- 199 — 

1857 

Eglise à Nisch. 

Démètre Tchohadji, originaire de Nisch et négociant honoré à 
Constantinople, ayant appris que ses compatriotes désiraient bâtir 
une église, envoya un don de 1000 livres. Voici la lettre qui ac- 
compagne le don: 

«A Sa Grandeur Monseigneur Ioannice, Métropolite de Nisch 
et à l'honorable communauté de Nisch. » 

« J'ai appris avec une grande joie que vous aviez commencé 
la construction d'une église; je suis heureux, comme compatriote, 
de contribuer à la construction de ce temple sacré. » 

« Donc je vous prie, avant tout, de la bâtir solidement, en pierres. » 

« Je m'engage pour ma part de fournil les frais pour la cons- 
truction de l'iconostase avec les icônes, d'une porte en fer et de faire 
don d'une cloche. 

« Mon désir et mon intention sont de faire faire l'iconostase en 
marbre, comme celui de la sainte Eglise de Baloukli, à Constanti- 
nople, afin qu'il serve de modèle et d'éloge dans toute la Bulgarie et 
la Roumélie. 

«Ce petit don me coûtera jusqu'à deux mille ducats; je désire 
cependant qu'il reste éternellement à ma patrie aux conditions sui- 
vantes : 

a) La sainte église portera le nom de temple de Saint-Démètre. 

b) L'église s'engagera à distribuer à ses frais un cierge rouge 
allumé, chaque année, le samedi saint, pendant la levée du crucifix 
du Christ et la litanie et l'évêque mentionnera nos noms. 

c) Le jour de la fête du temple, une petite messe de requiem 
sera dite à la mémoire de ma famille. 

d) Ma famille aura trois sièges à droite de l'évêque et trois 
autres dans la partie réservée aux femmes. » 

Constantinople, le 14 janvier 1857. 

Votre très humble Démètre N. Tchohadji. 

Le même donateur aurait l'intention, selon le « Tzarigradski 
Vestnik », de laisser un legs pour l'entretien d'une école, pourvue 
d'une riche bibliothèque, d'appareils de chimie et physique, de pro- 
fesseurs permanents et de bons élèves. 

Tzarigradski Vestnik (Le Journal de Constantinople bulgare), 
VIP année, n° 319, p. 2—3 du 9 mars 1857. 



200 — 



1857 



«Après les Serbes, les Bulgares qui sont aussi nombreux que le 
peuple serbe, occupent indubitablement la première place en Turquie. 
Les Bulgares, qui étaient jadis un peuple brave, ont perdu leur 
caractère guerrier sous la dure oppression et la tyrannie des Turcs. 
Il y a toujours, il est vrai, des haidouks dans le Balkan qui ne le 
cèdent pas en caractère et en bravoure aux haidouks du temps de Kara- 
georges, mais on peut dire que l'esprit guerrier ne domine pas dans 
la majorité des Bulgares, comme chez les Serbes. Les Bulgares, au 
contraire, sont plus capables et plus habiles que les Serbes dans 
tous les travaux; il y a chez eux moins de rancunes, de dissensions 
et d'entêtement que chez les Serbes; ils sont plus enclins à l'ordre 
et ne s'occupent que de leur travail. Si les abus turcs cessaient et 
si les Bulgares étaient sûrs de travailler pour eux-mêmes et non 
pour les Turcs, ils auraient, par leur beau travail, transformé en 
jardins les régions qu'ils habitent. 

Article « La question d'Orient » dans le « Srbski Dnevnik, n° 45, 
p. 2 du 9 juin 1857. 

1857 

Vidin, le 20 juillet. Sur les dix Bulgares qui ont été envoyés 
d'ici à Constantinople, deux ont été empoisonnés par les Turcs, à 
savoir Mantcho de Pirot et Parvan de Kriva Bara. On leur a donné 
à boire du café. 

Srbski Dnevnik, n° 62, p. 2—3 du 8 août 1857. 

1858 

Ainsi l'Etat des Njemanides s'étendait à l'ouest jusqu'à la mer, 
en comprenant dans ses limites toute la Zêta depuis Scutari et Anti- 
vari jusqu'au Drin et aux deux Bilotes en Albanie, au sud jusqu'à 
Prizren, Skopié, Vrania et la Morava bulgare, au sud-ouest jusqu'à 
Leskovetz et Nisch. 

Histoire du peuple serbe par A. Maikoff, Sup. au Srbské N ovine 
de 1858. Belgrade, 1858, p. 12. 

1858 

«Le gouvernement serbe ne pouvait opposer une résistance 
directe au pacha, mais il essaya de soutenir les embarras que la Porte 



— 201 - 

avait déjà en Bulgarie et en Bosnie. En Bulgarie une effervescence 
se manifesta dès 1858, provoquée par l'incident suivant: Dans V ar- 
rondissement de Leskovetz les Turcs amenèrent de force la fille, âgée 
de quinze ans, du Bulgare Yové Pavlovitch, pendant que le père 
était absent de la maison. » 

Un peu plus loin: 

« Non seulement les journaux de langue slave, mais aussi les 
journaux allemands remplissaient leurs colonnes d'articles et de 
correspondances sur la situation désespérée du peuple en Bulgarie et 
en Bosnie. » 

Le second règne de Milosch Obrénovitch (1859 à 1860) par Nil 
Alexandrovitch Popoff. Traduit du russe par J. Editeur Ax. Miato- 
vitch, Belgrade, 1882, p. 77, 

1858 

En Bulgarie. La «Presse d'Orient» de Constantinople publie 
une lettre de Nisch où il est dit qu'on remarque en Bulgarie les mêmes 
conditions qui ont provoqué le soulèvement des rayas de Bosnie 
contre leurs spahis. Il est très possible, dit cette feuille, qu'une 
révolte éclate. Les rayas bulgares se trouvent vis-à-vis de leurs 
aghas, dans les mêmes rapports que les rayas de Bosnie vis-à-vis 
de leurs beys, avec cette différence que les beys bosniaques sont 
des Chrétiens convertis, tandis que les aghas bulgares sont un reste 
des spahis turcs qui achetaient héréditairement le haratch. Les 
impôts ayant été affermés dernièrement à d'autres entrepreneurs 
qui prélèvent un dixième des rayas, les aghas s'avisèrent d'en pré- 
lever un neuvième, après que le dixième était payé pour le compte 
du fisc. Ce nouvel impôt d'un neuvième mécontenta le peuple qui 
s'est adressé à plusieurs reprises au gouvernement pour demander 
la suppression de cette amende, mais n'a rien atteint. 

Les Bulgares souffrent encore plus de leur clergé grec. Toute 
la hiérarchie ecclésiastique est accaparée par les Grecs et la langue 
grecque est employée dans tous les actes religieux. La différence 
des nationalités empêche le clergé grec de s'entendre avec ses ouailles 
bulgares et le peuple est mécontent de ses guides spirituels qui lui 
imposent arbitrairement toutes sortes de charges. Le clergé grec 
n'a cure de l'instruction bulgare; aussi les écoles bulgares manquent 
totalement, tandis que de fortes sommes sont dépensées pour l'entre- 
tien d'écoles grecques là même où le nombre des Grecs est infime. 



— 202 — 

De même que les écoles, les tribunaux sont aussi entre les mains 
du clergé grec. Les prêtres grecs sont les juges arbitraires de tous 
les différends entre Bulgares. En dehors de ce pouvoir de juge, 
l'évêque grec possède une grande autorité qu'il emploie souvent pour 
enlever de force ce qu'il désire. Comme le clergé ne reçoit presque rien 
de l'Etat et comme il faut payer une forte somme pour être élevé 
à la dignité de prêtre, les curés chargent leurs ouailles de nouvelles 
contributions, évidemment vexatoires. Dans la hiérarchie religieuse 
grecque chaque rang peut être racheté et on ne peut l'avoir qu'en 
l'achetant; pour les hautes dignités il faut payer au patriarcat et 
au gouvernement; pour les rangs inférieurs — aux évêques. Tout 
ce qu'un évêque demande, les rayas sont tenus de le donner, car 
les évêques sont en bons termes avec les pachas et le gouvernement 
et il serait vain de se plaindre aux autorités civiles. On projette, il 
est vrai, de convoquer à Constantinople les représentants des peuples 
orthodoxes de Turquie pour régler une fois pour, toutes les taxes 
en fixant au serviteur religieux un traitement régulier; il faudra 
cependant attendre les décisions de cette assemblée pour prononcer 
un jugement, car les Bulgares n'y sont point représentés, mais seule- 
ment les Grecs. » 

Srbski Dnevnik, VII e année, n° 74, p. 2 du 18 décembre 1858, 



1859 

En Turquie. Un article du journal « Severnaya Ptchela » parle 
de la décadence de l'Empire turc et de l'empressement des peuples 
soumis à rejeter le joug ottoman; cet article donne une statistique 
des troupes que pouvaient fournir les peuples balkaniques libres ou 
soumis. Elle permet de se faire une idée de ce que seraient les fron- 
tières de la Bulgarie en comparaison avec celles de la Serbie. Ainsi: 

« Le Monténégro, qui compte seulement 120,000 habitants, peut 
fournir 20,000 hommes, la Bosnie, 60,000 hommes sur 900,000 habi- 
tants, la Serbie 70,000 sur une population égale à la précédente, la 
Bulgarie 120,000 hommes sur 4 millions d'habitants et enfin V Al- 
banie 80,000 hommes sur 1,900,000 habitants. Si nous prenons encore 
la Valachie et la Moldavie, on aura une armée de 400,000 hommes. » 

Cette statistique est publiée sans commentaires par le Srbski 
Dnevnik », VIII e année, n° 33, p. 2 à 3 du 30 avril 1859. 



— 203 



1860 



L'auteur serbe G. Hadjitch s'est efforcé, dans ses recherches, de 
fixer les limites entre la Bulgarie et la Serbie en précisant les régions 
habitées par les races bulgare et serbe. Dans un «Discours d'ac- 
tualité ou Vunion du peuple serbo-bulgare dans le domaine littéraire 
des Yougo- Slaves », publié dans le journal Zimzelen, supplément au 
journal Svetovitz, cet auteur dit textuellement: 

« Ainsi le territoire des Bulgares comprend la plus grande partie 
des anciennes Mésie, Thrace et Macédoine ou la province de Roumélie. 
Les Bulgares forment la population principale de tout ce territoire. » 
Comme ligne de partage entre Serbes et Bulgares Hadjitch désigne 
la Morava Bulgare, le mont Char et Prizren. 1 

1860 

« Bulgarie, 7 juin. » Un article du « Srbski Dnevnik » relate le 
voyage du grand vizir à Schoumen, la protestation des habitants 
de cette ville contre leur évêque Benjamin et leurs démarches réussies 
pour la nomination de fonctionnaires bulgares à la police etc. L'ar- 
ticle conclut: 

«A Hadjar les Bulgares ont également célébré la fête des Saints 
Cyrille et Méthode. A Pirot ils ont supprimé le dimanche 29 mai, 
le nom de l'évêque phanariote et emploient dans les prières les noms 
du sultan et de l'évêque Hilarion. 2 Tous les Bulgares sont étonnés 
que rien de pareil n'ait été encore mandé de Skopié, Vrania, Vidin 
et quelques autres villes bulgares importantes. 

Srbski Dnevnik, IX e année, n° 50, p. 2 à 3 du 26 juin 1860. 

1860 

« Bulgarie, 10 juin. » Nous apprenons de Pirot que les Bulgares 
de cette ville ont rédigé une plainte contre leur évêque phanariote, 
énumérant les graves abus de cet homme. Le chagrin, la pudeur et 
la honte m'empêchent de vous énumérer tous les méfaits dénommés 
par ladite plainte, mais il suffira de vous dire que l'évêque a été 



1 Voir « Les savants serbes pour la Macédoine » dans la Bulgatia, XV e année, n° 195 
du 24 mai 1913, p. 1. — Id. Drimkoloff: « Les prétentions serbes sur la Bulgarie occiden- 
tale», rem. 4 dans la revue « Bulgariski Prcglcd, I re année, 1.5, p. 100. J'ai cité 
d'après Drimkoloff. 

2 Président de la communauté bulgare à Constantinople et chef du mouvement 
national. 



— 204 - 

un misérable débauché et qu'il a commis personnellement le péché 
de sodomie! Les phanariotes et leur patriarchat penseraient-ils que 
Dieu, dans sa colère, ait seulement précipité les Bulgares sur la terre 
afin qu'ils en usent comme d'un moyen pour leurs vilenies ? J'aurai 
bien des choses à vous dire sur le compte des Phanariotes, mais 
je m'abstiens; vous en savez certainement assez. Je veux seulement 
vous dire que l'évêque de Toultcha, Denis, a pris au village de Harakel 
la somme de 10,000 piastres pour lui procurer le firman autorisant 
la construction d'une église et pourtant le firman n'est pas encore 
délivré! C'est ainsi que les choses se passent chez nousl 

« Encore quelque chose: A Karnobat le nom de l'évêque phana- 
riote a été banni de l'église et les habitants de Kotel ont écrit à leur 
cher Benjamin de ne plus les visiter. Je suis informé de Bitolia 
(Toli-Monastir) que les Bulgares du lieu songent à fonder une salle 
de lecture. P. Dimkoff Radevitch, qui a fait ses études à Athènes 
et à Vienne, travaille le plus à cette entreprise. Il est vraiment sur- 
prenant, et cela fait honneur à cet homme, qu'il n'ait pas cessé de 
vivre pour sa nation, après qu'il a étudié dans des villes où tant de 
nos Bulgares se sont hellénisés. Je suis heureux de pouvoir vous 
annoncer que, hors des véritables frontières de la Bulgarie, les Bul- 
gares travaillent encore pour leur nationalité. Cela est vrai surtout 
pour les Bulgares en Valachie qui ont toujours accueilli avec la plus 
grande joie chaque bonne nouvelle venant de Bulgarie. A Galatz, 
où leur nombre est assez considérable, ils ont fondé une école bulgare 
et se proposent maintenant de bâtir une église. Une souscription 
a été ouverte à cet effet parmi eux et déjà 18 personnes ont souscrit 
3000 ducats. C'est ainsi que le progrès est possible! » 

Srbski Dnevnik, IX e année, n° 50, p. 3 du 26 juin 1860. 

1860 

« Bulgarie, 13 juillet »... Deux voyageurs anglais, Kox et Stab, 
parcourent actuellement la Bulgarie. Le jour de la Saint-Pierre, ils 
étaient au monastère de Leskovetz où il y avait une grande affluence 
de peuple en habits de fête. Les Anglais étaient contents de voir 
le horo bulgare et les jeunes gens et les jeunes filles de Leskovetz ont 
dansé devant eux. Les deux voyageurs se sont informés de diffé- 
rentes choses et ont écouté attentivement tous les renseignements 
qui leur étaient donnés. Ils pousseront jusqu'à Monastir (Bitolia). » 

Srbski Dnevnik, IX e année, n°59, p. 3, fasc. 2 à 3 du 28 juillet 1860. 



— 205 - 



1860 



« Bulgarie, 20 juillet » Sur l'ordre du grand vizir, le pacha de 
Pirot, Zeinel, a été destitué et arrêté. L'évêque a été également 
arrêté pour abus et il sera jugé. 

Srbski Dnevnik, IX e année, n° 59, p. 3 à 4 du 28 juillet 1860. 

1860 

A propos d'un crime commis à Nisch, la « Gazette des Tribunaux » 
dit: « Cette partie de V Empire ottoman est peuplée de Bulgares, Le 
pays que traversent les contre-forts de la chaîne des Balkans est 
riche et fertile dans la plaine; aussi la plupart des habitants s'oc- 
cupent d'agriculture et d'élevage de bétail qui fleurissent dans les 
vastes vallées et sur les pentes des montagnes. » 

Cité par les Bulgarski Knijitzi, III e année, 1. 20, p. 141, 
oct. 1860. 

1860 à 1861 

Une race très digne d'attention dans l'Empire ottoman de l'Eu- 
rope est celle des Bulgares. Ce qu'on appelle le Royaume de Bulgarie 
comprend aujourd'hui les pachaliks de Nissa, Sophia, Silistra et 
Vidin. La superficie de ces pays est de 1893 milles carrés. D'après 
le recensement superficiel des Turcs qui se fait par famille et non 
par tête d'habitants, ce pays doit avoir une population de 3 millions 
d'habitants. Mais la grande activité des Bulgares comme artisans a 
favorisé leur expansion dans les provinces. Ils peuplent une grande 
partie des villages et des petites villes jusque dans la région de Varna 
et de Dobroudja à l'est et surtout les pentes méridionales du Balkan 
vers le royaume hellénique, l'Albanie, la Thessalie, la Macédoine, la 
Serbie du sud et la Roumélie. » 

Wutzer C. W. Reise in den Orient Europas etc. 1860 — 1861. 
T. II, p. 346 à 347. Cité par N. Michoff, la population de la Turquie 
et de la Bulgarie au XVIII e et XIX e siècles, Sbornik de l'Académie 
bulgare des Sciences, t. 4, p. 363 à 364. 

1861 

« La ville (Leskovetz) est divisée en deux moitiés inégales par 
la rivière qui la traverse; la moitié située sur la rive gauche, plus 
petite, s'appuie sur la pente assez brusque de la colline déjà men- 
tionnée et elle est peuplée principalement de Musulmans; la moitié 



- 206 — 

située sur la rive droite, plus grande, est habitée par les Bulgares 
chrétiens. 

Reise von Belgrad nach Salonik von J. G. V. Hahn, Wien, p. 28. 

« On évalue à 1000 le nombre des maisons bulgares chrétiennes 
de la ville (Vrania), à 600 celui des maisons turques et albanaises 
et à 50 les maisons des Tziganes; ce qui donnerait pour la popu- 
lation totale environ 8000 âmes. 

Ibid. p. 45. 

1862 

« En Bulgarie. » Ost und West dit que le peuple est très surexcité 
contre le métropolite de Nisch qui perçoit ses taxes de force et 
avec une grande dureté. A l'exception de six prêtres, tout le clergé 
a pris le parti du peuple, qui est également très irrité contre les 
six réfractaires. Les impôts sont également prélevés brutalement 
et sans aucun égard et de ce fait beaucoup de chrétiens de marque 
sont tombés en prison. A Nisch les Turcs redoutent un soulèvement. 
A Vidin le peuple est tellement furieux contre l'évêque, qu'un con- 
flit sanglant a éclaté avec l'autorité. Il y a eu beaucoup de tués et 
de blessés. Les habitants de Koukousch, qui avaient accepté l'union 
avec l'église romaine, ont fait retour à l'église orthodoxe, grâce aux 
efforts du vénéré archevêque bulgare Hilarion; ils ont reçu du Pa- 
triarche de Constantinople un prélat bulgare, Monseigneur Parthé- 
nius, mais ils n'ont pas eu le bonheur de l'avoir longtemps parmi eux, 
car il a été mandé à Salonique par le métropolite phanariote de 
cette ville pour répondre à l'accusation d'hérésie; en vérité tout le 
tort de Parthénius est d'avoir prononcé un divorce en prenant une 
taxe de 3 médjidiés au lieu de 9, comme le fait le métropolite dont 
les affaires se gâtent. Et voilà l'évêque bulgare retenu depuis 4 mois 
à Salonique sans pouvoir retourner auprès de ses ouailles. » 

Vidov Dan, II e année, n° 7, p. 2 du 16 janvier 1862. 

1862 

Le savant historien croate Racki, en parlant de l'avantage que 
tireraient les Slaves du Sud de l'union des Bulgares avec Rome, 
trace comme suit, dans un organe catholique d'Agram, que repro- 
duit en vedette le Vidov dan, les frontières de la race bulgare: 

« Il serait superflu d'exposer en détail, ici, la grande impor- 
tance qu'aurait pour l'avenir national, religieux et politique de tous 






— 207 — 

les Yugoslaves V union du peuple bulgare, un peuple fort de cinq mil- 
lions et au-dessus, qui s'étend du bas Danube aux abords de la mer 
Egée, de la mer Noire jusqu'à la Morava inférieure et le Drin Noir. » 
Le Vidou Dan, II e année, n° 38, p. 1 du 29 mars 1862. 

1862 

L'ouvrage « L'insurrection serbe sous Kara Georges » de Iovan 
Hadjitch, en littérature Milosch Svétitch (les trois premières années, 
Neusatz, 1862), fait mention de la Morava Bulgare : 

« En même temps les Serbes s'efforcèrent de devancer la puis- 
sance turque qui les menaçait et tentèrent de s'assurer autant que 
possible du côté de Vidin et de Nisch en occupant la montagne de 
Mirotsch, les passes sur la route de Constantinople et les hauteurs 
boisées sur la rive gauche de la Morava Bulgare. » Page 48. 

Un peu plus loin on lit: 

« Entre temps Petar Dobriniatz s'empara de Paratchin, Rajan 
et Alexinatz. Et pour s'y maintenir, il fit construire entre la Morava 
Bulgare, Alexinatz et Rajan, grâce au travail et à l'habileté du 
capitaine Jikitsch, des retranchements, connus sous le nom de « Deli- 
grad » qui rendirent plus tard d'importants services contre les Turcs 
de Roumélie. » Page 49. 

« Le pacha de Kruschevatz passa le 16 juillet la Morava Bulgare 
avec six mille hommes et se dirigea sur Deligrad afin de couper de 
leur principale ligne de communication les Serbes qui se trouvaient 
à Alexinatz. » Page 79. 

1863 

X. De la frontière bulgare, le 4 mars 

L'article parle du fanatisme barbare des Turcs qui persécutaient 
la population chrétienne bulgare, ses églises et ses prêtres et raconte 
comment les Turcs démolirent, le 24 février, l'église de Stara-Zagora. 
Il se termine par ces lignes: 

«Vers la moitié de février V église de Prokouplé a été saccagée. 
Les dégâts s'élèvent à 80,000 piastres. Les autorités turques ne font 
rien pour découvrir les malfaiteurs. » 

Vidov Dan, III e année, n° 30, p. 1 à 2 du 9 mars 1863. 

1863 
« En Bulgarie. » Nisch, le 12 octobre. Les Bulgares ont remis 
dernièrement à la Porte une pétition demandant la séparation de 



— 208 — 

l'Eglise bulgare du patriarcat de Constantinople ; de tout cœur nous 
félicitons les signataires de la pétition pour leur démarche patrio- 
tique. Ce qui, à nos yeux et aux yeux de notre peuple, est important, 
c'est l'attitude adoptée par le gouvernement turc envers les Bulgares; 
cette attitude, je peux le dire sans crainte, est juste et pleine de 
bienveillance. Les faits sont plus forts que les démonstrations, et la 
Porte a eu assez de temps pour les apprécier et décider une fois pour 
toutes ce que, jusqu'ici, elle ajournait. 

Mais quels sont ces faits qui ont déterminé la Porte à prendre 
cette attitude digne d'elle? A-t-elle appris les innombrables abus, 
commis en Bulgarie par les évêques phanariotes? A-t-elle vu, à 
une foule de cas, que tout ce qui venait des Phanariotes n'était que 
calomnie, corruption, méchanceté et perfidie? Elle n'ignorait rien 
de tout cela. Mais elle paraît avoir cherché le moment propice pour 
appuyer son dessein. Et en effet, ce qui est arrivé récemment au 
patriarcat du Phanar par rapport au détrônement de Joachim a montré 
toute la corruption, toutes les intrigues qui sont tramées au patriarcat, 
tout ce qui a déterminé la Porte à se rapprocher de nos intérêts. 

Lorsque les Bulgares dénonçaient les abus et les injustices des 
despotes du Phanar, la Porte les connaissait parfaitement, mais 
elle n'avait pas encore décidé d'accéder à leurs demandes. Aujourd'hui 
elle voit que rien ne peut laver les évêques Phanariotes de leurs 
vilenies et que le Phanariote n'est pas digne d'occuper un siège à 
l'église, et encore moins de régner sur la simplicité bulgare. 

Nous n'allons pas chercher au loin les méfaits de ces moines, nous 
les avons sous nos yeux, devant nous. N'avons-nous pas dans chacun 
de nos diocèses un agent du Phanar, indigne de respect? N'en avons- 
nous pas un ici, à Nisch, qui fait honte à notre sainte église? Je 
demande: Callinique, dont toute la pensée est occupée à démoraliser 
nos femmes et nos filles, est-il digne de ce rang? Que vos lecteurs 
n'aillent pas croire que j'invente; mes correspondances n'ont jamais 
été fausses, vous pouvez donc croire que tout ce que je dis de Callinic 
est vrai, comme si vous l'aviez vu de vos yeux et entendu de vos 
oreilles. Comme je vous ai écrit dans ma dernière lettre, les femmes 
et les jeunes filles n'osent pas se montrer; si quelqu'une sort, voilà 
Callinique après elle. S'il fait le myope et ne voit que ce qu'il veut voir, 
sans regarder autour, il se trompe grossièrement; les autres voient 
à travers trois verres. Il est étonnant, notre Callinique, il ne voit pas 
comment l'étoile devant laquelle il se prosterne lui rit au nez! 



— 209 — 

Il est admirable à voir, notre Callinique, plein d'esprit chrétien, appuyé 
sur son bras gauche et jetant des regards tristes à son implacable 
déesse ! Ceci est, sachez-le, le premier paragraphe du premier chapitre; 
le reste à une autre fois. » 

Vidov Dan, III e année, n° 120, p. 1 du 19 octobre 1863. 

1863 

« Le peuple bulgare, si l'on considère les pays réellement peuplés 
de Bulgares et non pas seulement la petite province formant V ancien 
royaume bulgare, comme les Turcs l'ont nommée, compte actuellement 
(ceci a été écrit en 1863) quatre millions et demi d'habitants; mainte- 
nant que les puissances européennes ne toléreront plus les massacres 
en masse, on peut admettre que ce nombre augmentera bientôt à tel 
point que, par sa prépondérance, il étouffera sans combat la population 
turque. » 

Du peuple bulgare: (Tiré du livre «Sebastopol» de l'Anglais 
John Retclif). Communiqué par P. lavor. 

Vidov Dan, n° 30 du 20 octobre 1875, p. 946 à 947. 

1865 

«D'après les notes officielles il y a à Prizren 11,500 maisons 
dont 8400 musulmanes, 300 orthodoxes et 150 catholiques. L'en- 
semble de la population s'élève donc à 46,000 habitants dont 36,000 
musulmans, 8000 chrétiens orthodoxes (Bulgares et Valaques) et 2000 
chrétiens catholiques. 

« Voyage dans les vallées du Drin et du Vardar, fait en 1865 sur 
l'ordre de l'Académie Impériale des Sciences par J. G. Hahn, consul 
d'Autriche pour la Grèce orientale. (Avec une carte), traduit de 
l'allemand par Michel Nie. Ilitch, capitaine d'état-major. Belgrade, 
1876, p. 127 à 128. 

1866 

En Bulgarie, Nisch, le 26 février. Il y a quelques jours, des 
gendarmes envoyés par l'honorable pacha sont entrés à minuit dans 
la maison de Georges Krainalitch qui a été réveillé de son sommeil, 
lié et conduit devant le pacha; jeté en prison, il s'y trouve depuis 
cinq jours et l'on apprend de lieu sûr que la potence est prête et 
qu'il sera pendu une nuit sans que personne le sache. Krainalitch 

14 



— 210 — 

est accusé de divers méfaits, et surtout d'avoir impitoyablement 
pressuré le peuple. Le même avait pris récemment de la douane 
un reçu pour une marchandise de 5000 ocques et acquitté le droit 
de douane, puis de son propre gré il fit de ce chiffre 50,000 ocques. 
La douane ayant eu connaissance de cette fraude le frappa d'une 
amende de plus de 1000 médjidiés d'or; sur la garantie de plusieurs 
personnes, il fut relâché par le pacha en attendant que la sentence 
arrive de Constantinople. 

Svétovid, XV e année, n° 24, p. 2 du 1 er mars 1866. 

1866 

« La ligne formée par la voie romaine Via Egnatia, entre Salo- 
nique et Ochrida, peut être prise comme une frontière ethnographique, 
bien qu'elle laisse de côté une portion de territoire bulgare au sud 
et quelques localités grecques au nord. Il serait bien plus difficile 
de tirer la frontière du sud-est, du littoral de la mer Noire jusqu'au 
golfe de Salonique, attendu que nulle part les Slaves ne touchent 
au Bosphore ou à la mer de Marmara. En Thrace Andrinople pourrait 
être prise comme ville qui touche à la Bulgarie. » 

Remarque 2 à l'article: Les pays sud-slaves de V Autriche et de 
la Turquie par Mesdemoiselles G. M. Mackenzie et A» P. Irby. Edin- 
burg et Londres, 1865. (Traduit de l'anglais en serbe par F. H.). 

Revue Vila, II e année, n° 19 du 8 mai 1866. Publiée et rédigée 
par Stojan Novakovitch 1 p. 302. 

1866 

«Slaves du Sud: 1° en Turquie: Bulgares de 4 à 8,000,000. 
Serbes: 2,633,000. 2° en Autriche: Serbes et Croates: 2,757,602, Slo- 
vènes: 1,171,954, Bulgares: 22,987.» 

Remarque 3, p. 302 le volume suivant de la même revue, p. 318, 
contient la rectification suivante: 

« Dans notre dernier numéro, p. 302, remarque 3, lire 4 à 6,000,000 
de Bulgares en Turquie, comme il est écrit sur l'original, au lieu 
de 4 à 8,000,000, comme il a été imprimé par erreur. » 

Vila, Ile ann ée, n° 19 du 8 mai 1866. 



1 Stojan Novakovitch est le savant et homme politique serbe qui fut premier 
délégué de la Serbie à la Conférence de la paix de Londres en 1913. 



211 



1866 



« Les Bulgares occupent la plus grande partie du territoire de 
l'empire turc, toute la partie de la mer Egée à la mer Noire, tout 
le Danube jusqu'à la Serbie où ils habitent aussi. (Article « Les Slaves 
du Sud » par Iov. Pohara). 

Svetovid, XV e année, n° 76, p. 1, col. 1 du 3 juillet 1866, 

1866 

7. « Bugar-Morava (La Morava-Bulgare) sépare très peu la 
Serbie du cadilik de Nisch. Elle est presque aussi grande que la 
Morava Serbe et prend sa source à Zazli (?), au sud de Kossovo, 
en Vieille Serbie, dans le cadilik de Prichtina .... » 

8. Le long de la frontière de la Serbie coulent les deux Timok: 
le grand et le petit. Le Grand Timok qui sépare la Serbie de la 
Bulgarie sur un parcours de 13 heures prend sa source en Bulgarie 
dans le cadilik de Pirot, au sud du Balkan .... » 

9. «Le Petit Timok, bien qu'il ne forme nulle part la frontière 
entre la Serbie et la Bulgarie, entre dans la catégorie de ces rivières, 
car il vient d'au-delà de la frontière serbe. // prend également sa 
source en Bulgarie, dans le cadilik de Pirot, entre les montagnes Orlan 
et Babina Glava. » 

« Les cours d'eau de la Serbie. Fragment des notes laissées par 
feu Iovan Milenkovitch, douanier de Belgrade en retraite. 

Glasnik de la Société savante serbe, liv. IL t. XIX (ancienne 
série). 1866, p. 275 à 277. 

1866 

La Bulgarie devant VEurope. Bucaresti, imprimeria nationala, 
1866. 

«Avant l'apparition du hatt-i-humaioun les Bulgares s'étaient 
soulevés sur plusieurs points de leur pays, les armes à la main, pour 
réclamer leurs droits. Dans les districts de Nisch et de Vidine, 
deux sérieuses révoltes, la première en 1840, la seconde en 1848, 
furent étouffées par de grandes effusions de sang. 

La conspiration de Tirnovo de 1835 à 1836 fut découverte, puis 
étouffée par la pendaison d'une dixaine de citoyens notables de 
Tirnovo, peine exécutée sans aucune forme judiciaire. La tentative 
d'une expédition bulgare de Braila a eu lieu sans avoir eu d'effet, 



— 212 — 

faute de centralisation. En 1856, lorsque le gouvernement turc se 
hâtait de faire couvrir par les sceaux et les signatures de toutes 
les communautés non musulmanes, de toutes les provinces de l'empire, 
des adresses de remerciements dont la teneur portait que les chré- 
tiens, ses fidèles sujets, étaient très contents, les Bulgares se sont 
également empressés de manifester leurs vrais désirs, en se révoltant 
aux Balkans et ayant à leur tête un vieillard nommé Dédo Nicolas. 
Cette révolte avait une certaine chance de réussite. Quatre cents 
montagnards des villages des Balkans étaient venus, les armes à la 
main, s'unir au petit nombre de camarades d'armes de Dédo Nicolas. 
Un faux bruit répandu, on ne sait ni comment ni par qui, parmi 
les montagnards, que Dédo Nicolas et ses camarades étaient des 
espions envoyés par les Turcs pour sonder l'esprit du peuple, eut 
pour effet d'envoyer les montagnards à se retirer et de laisser le chef 
de cette révolution presque isolé. 

Comment le gouvernement turc a-t-il procédé en cette circons- 
tance? D'un côté il a fait assassiner Dédo Nicolas aux Balkans 
où il s'était retiré et a fait décapiter à Tirnovo en plein jour les 
deux prisonniers, tandis que d'un autre côté il a qualifié partout 
la révolte étouffée de fait d'enfantillage et d'ivrognerie, et sans 
aucune signification révolutionnaire. Le mouvement qui a eu lieu 
en 1862 a eu le même sort que celui de 1856. Le gouvernement a 
fait arrêter tous les compromis et suspects et sans aucune accusation 
fondée il a fait exiler indistinctement coupables et innocents, sans 
aucune forme de procès, ce qui a motivé l'émigration de presque 
toute la jeunesse de la ville de Tirnovo. Et ce mouvement fut qualifié 
d'acte d'ivrognerie et d'enfantillage! Tout gouvernement punit ses 
accusés politiques, mais après condamnation; tandis que le système 
suivi par le gouvernement turc à l'égard des accusés politiques 
est un système particulièrement horrible. Que de victimes de ce 
système compte chacun des peuples de la Turquie! Le peuple bulgare 
a particulièrement à pleurer la fleur de presque toute son aristocratie 
et de son intelligence, exterminée systématiquement depuis la con- 
quête jusqu'à nos jours. Par ce système asiatique le gouvernement 
turc, à l'étranger, a l'apparence d'être animé des plus hauts senti- 
ments de générosité et d'indulgence exemplaires envers ses accusés 
politiques. 

Il est toujours prêt à accorder une amnistie; et cette amnistie 
compte elle même d'innombrables victimes innocentes. Dans la 



— 213 — 

révolte de la province de Nisch en 1840 les pauvres Bulgares furent 
trompés par les Serbes; le prince de la Serbie n'eut pas le courage 
d'appuyer leur mouvement, de sorte qu'ils durent accepter les pro- 
positions du pacha de Nisch et déposer les armes sous amnistie. 
Peu de temps après, le pacha de Nisch expédia les chefs de ce mouve- 
ment à Constantinople, non comme des coupables, mais avec tous 
les honneurs dus à des représentants nationaux se rendant près de 
la Porte pour y exprimer les vœux du peuple. Pas un d'eux n'est 
rentré chez soi. » 

Vidov Dan, VI e année, n° 244, p. 1 du 31 décembre 1866. 

1868 

Le Vidov Dan reproduit intégralement et sans objections l'ar- 
ticle: «De la Bulgarie et des Bulgares» de D. T. Tuminski. Voici 
quelles sont, d'après cet article, les limites de la Bulgarie et ses villes 
principales: 

« La Bulgarie comprend la majeure partie des anciennes Mésie, 
Thrace et Macédoine. Le dialecte bulgare est parlé depuis les em- 
bouchures du Danube jusqu'à Salonique et au lac de Kastoria, de 
Jélégrad à Ochrida. La ligne formée par la voie romaine Via egnatia, 
entre Salonique et Ochrida, peut être prise comme une frontière 
ethnographique, bien qu'elle laisse de côté une portion de territoire 
bulgare au sud et quelques localités grecques au nord. Il serait bien 
plus difficile de tirer la frontière du sud-est, attendu que nulle part 
les Slaves ne touchent en masses compactes au Bosphore ou à la 
mer de Marmara. En Thrace, Andrinople pourrait être prise comme 
une ville limitrophe de la région grecque. » 

Voici les principales villes de la Bulgarie: 

« Néanmoins la Bulgarie est une des provinces de la Turquie 
où il y a un éveil à la vie. La dernière guerre russo-turque a eu de 
très fâcheuses conséquences, beaucoup de villes sont devenues presque 
désertes. Sans cela, la Bulgarie serait peut-être plus avancée au- 
jourd'hui. En 1829 il y a eu une forte émigration (de Bulgares) 
en Bessarabie, puis en Crimée, en Valachie, en Moldavie et en Serbie. 
Schoumla (Schoumen) comptait auparavant 70,000 habitants, elle 
n'en a aujourd'hui que 30,000; Selimné (Sliven) avait auparavant 
24,000 habitants, elle n'en compte plus que 10,000. Mais il s'y fait 
toujours un peu de commerce. A Schoumen, il y a de nombreuses 
fabriques. A Ilieni, non loin de Tirnovo, il y a une fabrique de draps 



— 214 — 

et de toiles. A Tirnovo on cultive la soie. Les Bulgares vendent 
leurs cocons contre de la bonne monnaie aux Vénétiens et aux Lom- 
bards. Ils manquent cependant de machines, d'instruments, d'ins- 
tallations, etc. 

La Bulgarie fait presque entièrement partie de l'empire turc; 
une petite portion seulement, au nord des bras du Danube, appar- 
tient à la Russie. Elle est divisée en pachaliks; elle n'a été organisée 
en vilayets que tout récemment; en apparence le vilayet jouit d'une 
certaine autonomie, mais en réalité rien n'est changé. 

Les plus remarquables villes de la Bulgarie, en ce qui concerne 
leur antiquité, leur importance historique et le nombre de leurs 
habitants sont: Andrinople sur la Maritza, avec 160,000 habitants, 
jadis résidence des sultans; Plovdiv avec 60,000 habitants et Sofia 
avec 40,000, Nisch, forteresse sur la Nischava, à la frontière de la 
principauté serbe, Tirnovo, ancienne capitale des tzars bulgares, 
Varna sur la mer Noire, Vidin, forteresse sur le Danube, Samokov, 
Roustchouk, chef-lieu du nouveau vilayet. » 

Vidov-Dan, VIII e année, n° 33, p. 2 du 13 février 1868. 

Dans le numéro suivant, l'auteur donne la superficie des pays 
bulgares en milles carrés et le total de la population bulgare. 

« Cette superficie, qui comprend 4200 milles carrés, a une popu- 
lation de 7,225,000 habitants. La Bulgarie proprement dite a 1600 
milles carrés avec 3,500,000 habitants, 1400 milles carrés reviennent 
à la Thrace qui compte 2, 155,000 habitants, tandis que la Macédoine 
et les parties de la Thessalie, de l'Epire et de l'Albanie ont 1200 
milles carrés, peuplés de 1,600,000 âmes. 

Plus loin: 

« Certains statisticiens écrivent que le nombre des Bulgares 
purs serait plus petit, mais il faut attribuer cette tendance aux 
sources phanariotes où ils ont puisé, car les Phanariotes se croient 
faire un mérite de diminuer le nombre des Bulgares. Plus honteuses 
sont les données statistiques recueillies en 1844 par la commission 
turque. Celle-ci n'a compté qu'environ 4,000,000 de Bulgares. 

Sur les 5 millions de Bulgares qui habitent la Turquie il y a 
300,000 qui sont musulmans, ce sont les Pomaks et les Gagaouzes; 
60,000 sont de confession catholique romaine; ce sont les Pauliciens, 
descendants des Bogomiles que les missionnaires de Rome ont con- 
vertis au catholicisme. Le reste appartient à l'Eglise orthodoxe. Nous 
ajouterons encore que les Bulgares qui habitent les villes de Macé- 



— 215 — 

doine, de Thrace et d'Epire se sont grécisés, en grand nombre, par 
suite de la pression des Phanariotes ; d'autres qui n'avaient pas une 
conscience nationale et qui en manquent encore, sont gênés de parler 
leur langue slave maternelle et se disent Grecs. Mais un revirement 
vers le mieux s'est produit ces derniers temps dans ces milieux aussi 
On peut maintenant trouver à Andrinople, à Plovdiv et en Roumanie 
des Bulgares qui ne savent pas ou qui n'ont jamais su le bulgare 
et qui pourtant sont fiers de leur nom national et de leur pays. » 

N° 34, p. 2 du 14 février 1868. 

« Le Bulgare est de plus haute stature que ses voisins, les Grecs 
et les Roumains; il offre aussi un type qui le distingue notablement 
de ces deux peuples. Entourés des Roumains, des Grecs, des Al- 
banais et des Turcs hostiles, persécutés par les Phanariotes jusqu'à 
nos jours, opprimés par les garnisons turques de Vidin, Nisch, Sofia, 
Varna, Schoumla et Roustchouk, ils ont beaucoup perdu de l'esprit 
guerrier qui les animait aux premiers siècles de leur liberté nationale. 
Non pas que la mère bulgare soit incapable d'élever des braves: en 
Bulgarie aussi le sang des héros a arrosé les tombeaux de la liberté; 
Botzaris et tant d'autres Bulgares ont combattu pour la croix, pendant 
l'insurrection grecque, d'autres héros ont lutté pour la liberté de la 
Roumanie et celle des frères serbes; enfin, en 1835 à 1836, 1840, 1844 
et 1866, il y a eu des soulèvements bulgares; mais c'étaient des cas 
isolés. Le Bulgare est en général pacifique et doux; il a l'intelligence 
claire, l'imagination vive, en un mot il est capable de grandes actions 
physiques et morales; malheureusement, ces excellentes qualités 
n'arrivent pas à un grand développement, car il n'est pas possible 
de les cultiver comme il faut. Il est hospitalier comme tous les Slaves, 
modeste, pieux, mais il n'est ni abruti ni fanatique. Au-dessus de 
tout il aime son cher, beau et pauvre pays. » 

N° 38, p. 2 du 18 février 1868. 

1868 

«A Nisch, sur la frontière serbe, l'évêque a prévenu les ma- 
nifestations hostiles, en avançant contre les notables bulgares la fausse 
accusation qu'ils préparaient une insurrection avec l'appui des Serbes. 
Les notables furent mandés par le pacha et, sans être entendus, sans 
avoir même embrassé leurs enfants et pris les effets les plus indispen- 
sables, ils furent entassés dans une voiture et déportés. C'était en 
hiver; l'été suivant, en août, nous étions les hôtes de la maison de 



— 216 — 

l'un des déportés et nous fûmes priés de solliciter le consul d'Angle- 
terre, afin d'apprendre si les déportés étaient encore en vie. 

Page 36. 

La Bulgarie centrale est le pays compris entre le Balkan et les 
Rhodopes. Nous y avons visité les écoles d'Andrinople et de Philip- 
pople, Samokov, Sofia et Nisch. 1 

Voyage dans les provinces slaves de la Turquie d'Europe par 
par M iies M. M. Mackenzie et A.P.Irby. Traduit du serbe (en 
bulgare) par P. Ivanoff, Vidin, 1891 (La traduction serbe de Mijato- 
vitch a été faite en 1868). 

1869 

« Sandjak de Nisch (6 villes, 2 bourgs, 548 villages). Nisch compte 
actuellement environ 16,000 habitants, à savoir pour une moitié 
Turcs et pour l'autre moitié Bulgares, Serbes et Juifs; elle a 3077 
maisons. Page 473. 

Schehirkôj ou Pirot compte à peu près 10,000 habitants Bulgares 
et Turcs et possède 1853 maisons, 7 mosquées, 2 églises et un 
château du moyen-âge où il y a toujours une garnison. La ville 
est célèbre par ses tapis. Page 474. 

Mitteilungen der Kaiserlich-Kôniglichen geographischen Gesell- 
schaft. Wien, Bd. XII (Neue Folge, 2. Band). 

Voir N. Michoff, La Population de la Turquie et de la Bulgarie 
au XVIII* et XIX* siècles, 1915, p. 292. 

1871 

Le Iedinstvo, journal politique et littéraire paraissant à Belgrade, 
dans un article intitulé « Les journaux bulgares et la Serbie » reproduit 
la polémique entre les feuilles bulgares Otetchestvo et Svoboda, le 
premier partisan du dualisme avec la Turquie, le second adepte de 
l'idée de confédération balkanique. Selon Y Otetchestvo, il y avait à 
cette époque dans les Balkans 7 millions de Bulgares, 2 millions de 
Bosniaques et Herzégoviens, 4 millions de Serbo-Croates autrichiens, 
2 millions d'Albanais et seulement un million de Serbes dans la 
principauté de Serbie. 



1 On a laissé à dessein à ce témoignage la date de la traduction serbe et non pas 
celle de l'original anglais. 



— 217 — 

En reproduisant ces chiffres le ledinstvo se borne à faire la 
remarque suivante, dans un renvoi : « Nous devons remarquer ici que 
la population de la principauté de Serbie n'est pas restée stationnaire 
à un million, mais qu'elle compte déjà un million 300 mille. 

ledinstvo, III e année, n° 44, p. 89 du 27 février 1871. 

1871 

Note de voyage en Turquie, par F. Hochstetter. (Traduit en serbe) 
par N. I. P. 

« . . . . Ainsi, nous restâmes sans chemin et en continuant de 
monter nous entrâmes dans la romantique forêt de la rivière Vascha. 
Nous traversâmes la rivière près d'un moulin et nous nous trouvâmes 
devant une colline si abrupte que je n'aurais jamais cru qu'il était 
possible de passer en voiture des hauteurs pareilles. Ce fut une 
besogne terrible. 20 robustes Bulgares portaient pour ainsi dire la 
voiture sur leurs bras, tandis que d'autres conduisaient les bœufs 
doucement et avec précaution. 

Lorsque nous fûmes sur le sommet de la hauteur, les Bulgares 
manifestèrent une vive joie; ce n'était pas une plaisanterie, en effet, 
car ils avaient porté la voiture pendant deux heures entières et ils 
l'avaient portée à une hauteur de 4000 pas! En haut, nous trouvâmes 
de magnifiques prairies et une flore des Alpes qui couvraient toute 
l'étendue. Après avoir passé un marécage d'où sort la rivière Blato 
qui se jette dans la Morava près de Leskovatz, nous arrivâmes vers 
dix heures à l'église du village de Vlassino; ce village donne son nom 
à toute la montagne entre Trin et Vrania, qui s'appelle Vlassina. 

Vlassino, village montagneux, compte jusqu'à 400 maisons, 
dispersées en 24 jusqu'à 30 hameaux distants de deux heures l'un 
de l'autre. Cette distance ne serait pas si grande, si le terrain n'était 
pas tellement accidenté. L'église, qui est au milieu du village, est 
bâtie sur un monticule, d'où l'on voit tout le village dispersé comme 
un troupeau de moutons. Immédiatement après mon arrivée l'ins- 
tituteur du village est venu et m'a expliqué et montré les noms des 
différents points autour de Vlassina. 

Toute la montagne de Vlassina est infiltrée de minerai-mica, 
qui commence de la vallée de la Strouma et s'étend dans la direction 
nord-ouest depuis Doupnitza jusqu'à Nisch, en passant par de très 
riches vallées. A l'exception des autres montagnes, le massif de Vlas- 



— 218 — 

sina est absolument dénudé et a des pentes qui s'élèvent à 6,000 pas. 
Chaque hauteur, chaque sommet, a un nom propre: Ravna Schiba, 
Bukova Glava, Méchid, Vilo-Golo, Schtrecher, Tcherna Grana, etc. 
Contrairement à toute attente, la contrée est fortement peuplée. 
Ainsi on peut trouver ici les mêmes fromageries que dans les Alpes. 
De quelque côté que l'on se tourne, on voit paître des bœufs, des 
chevaux, des moutons etc. et, sur les hauteurs de 4000 pas, on peut 
voir des champs d'orge, d'avoine et autres céréales. Dans les dépres- 
sions on cultive aussi le maïs et le chanvre que les habitants travail- 
lent d'une façon que je n'ai vue nulle part. 1 Tout le massif est 
parsemé de huttes et de maisonnettes. Partout dans mon voyage 
je n'ai vu que soucis et tristesses, je n'ai entendu que des gémisse- 
ments. Cette région fait exception sous ce rapport aussi. Les habi- 
tants sont des gens qui chantent toujours leurs chansons nationales. 

De ces hauteurs on voit aussi la montagne de Kurbetz. Elle 
est habitée par les Bulgares, gens de mœurs joyeuses. Ils sont réservés 
envers l'étranger, mais cela ne dure que le temps qu'il faut pour les con- 
naître et la réserve fait place à la sincérité et à la gaieté. Il est facile 
de s'expliquer cette méfiance et cette réserve. Mes compagnons de 
Vlassina furent très contents lorsque je leur donnai un thaler à chacun, 
car ils ne sont pas habitués à recevoir une récompense pour leur 
dur et pénible travail. C'est pourquoi il m'a été facile de trouver 
de nouveaux hommes à Vlassina et des bœufs reposés pour pouvoir 
continuer mon voyage. 

De Vlassina se détache la croupe large du Tchemernik. Le pied 
méridional de ce massif se confond avec les pentes sud des montagnes 
voisines dans une autre vallée qui est formée par le cours de la Blatna 
Reka et la Vrela Reka, venant de l'ouest. L'étroite vallée de ces 
deux rivières est un ravin profond, par lequel ne passe aucun chemin. 
Pour gagner de Vlassina les hauteurs abruptes de Tchemernik qui at- 
teignent 5000 pas, et pour descendre enfin à Surdulitza et de là dans la 
vallée de la rivière Mazuritska, il faut aller pas à pas. Le passage du 
Tchemernik, à 4000 pas, fut la partie la plus difficile de mon voyage. 

Au coucher du soleil, nous descendîmes dans la dépression de 
Sakuschani où nous avons passé la nuit dans la maison d'une aimable 
Bulgare. Le premier étranger qui a visité Sakuschani a été le consul 



1 Les Bulgares travaillent le chanvre comme chez nous. Cette méthode primitive a 
étonné l'Allemand, mais il n'y a là rien d'extraordinaire. (Note du Traducteur serbe.) 



— 219 - 

Hahn, pendant son voyage de Belgrade à Salonique (1858). Il a 
dit alors de Sakuschani que c'était la plus grande et la plus riche région 
de la Bulgarie qu'il avait vue durant son voyage. Ces plaines sont 
peuplées surtout d'Albanais, probablement les mêmes que ceux qui 
habitent la rive droite de la Morava. 

Le lendemain nous arrivâmes, en suivant la bonne route qui 
longe la vallée de la Morava, dans la ville de Vrania. Vrania est 
située à gauche de la vallée de la Morava, au pied d'un assez grand 
massif; les nombreux minarets de ses mosquées lui donnent un 
aspect pittoresque. 

De Vrania j'ai continué mon voyage dans la vallée de la Morava 
par Leskovatz à Nisch, la plus laide ville d'une jolie banlieue; j'ai 
passé la dernière nuit sur le territoire slave de l'empire turc. 

De bonnes routes conduisent de Nisch à Alexinatz par la grande 
route de Constantinople qui n'a rien cependant d'une route qui 
passe par la plaine. Le polygone de tir turc est disposé de telle manière 
que pendant les exercices, les obus traversent la route, et lorsque 
nous nous y engageâmes, un cavalier accourut pour nous en écarter: 
on risquait d'être atteint par les obus. Et cela se passe sur la grande 
route de Constantinople! 

La frontière serbo-turque est à mi-chemin entre Nisch et Alexi- 
natz. Les Turcs ont élevé à la frontière une maison de garde en 
pierre où sont exhibés les passeports; du côté serbe il y a un poste. 
Entre les deux postes se trouve la porte qui sépare la Serbie de la 
Turquie. Aussitôt qu'on a franchi cette porte, on est frappé immé- 
diatement par un contraste étonnant. Les hommes, les villages, les 
villes, le pays, tout est différent en Serbie. La différence entre Nisch, 
résidence du pacha turc, et Alexinatz, chef-lieu de département serbe, 
est énorme. Le voyageur qui arrive de la Turquie à Alexinatz 
doit saluer ce pays comme une terre promise, car il peut, après une 
longue période de temps, manger, boire, se coucher et s'asseoir de 
nouveau comme il faut. La Serbie est le trait-d'union entre la bar- 
barie et la civilisation. » 

Iedinstvo, III e année, n° 86, p. 180 du 27 avril 1871. 

1872 

Durant mon court séjour à Pirot, j'ai pu découvrir, après 38 
ans de domination serbe, les vestiges suivants du passé bulgare de 
cette ville: 



— 220 — 

1- Dans l'église cathédrale de l'Assomption, à gauche de l'entrée 
principale, une grande iconostase avec les images des Saints frères 
Cyrille et Méthode et l'inscription bulgare suivante: 

« Don des négociants en bétail de Panagurischté. Pour le salut 
de leurs âmes et l'éternel souvenir. 1872. » 

2. Dans la même église est conservé un « Saint Evangile de 
Notre Seigneur Jésus Christ par Mathieu, Marc, Luc et Jean en 
dialecte slave-russe. Neuvième édition. Saint-Pétersbourg, Impri- 
merie du Synode 1870. » Sur les couvertures du livre il y a des notes 
(comptes) faites par André Zlatkoff (et non pas Zlatkovitch) et por- 
tant les dates: Pirot, 1872 et 1880, 8 e jour de mars. 

3. Parmi les livres ecclésiastiques, deux bulgares dont on s'est 
servi longtemps après l'occupation de la ville par les Serbes, d'après 
le témoignage des marguilliers : 

a) Psautier ou livre des Psaumes, traduit de l'original en langue 
bulgare vulgaire. A Londres. Imprimé chez W. Wattis, aux frais 
de la Société Britannique qui publie l'Ecriture Sainte pour la pro- 
pagation de la Parole de Dieu 1857. 

b) Le Nouveau Testament (en deux exemplaires), traduit par 
Néophyte Rilski. 1859. Même édition. 

1874 

Bulgarie ...» Au point de vue administratif, le pays n'est pas 
uni. Les principaux départements sont celui de Silistria à l'est, et 
celui de Vidin à l'ouest, avec les livas de Silistria, Toultcha, Varna, 
Routchouk, Tirnovo, Nicopole et Vidin à l'ouest et le liva de Sofia 
du vilayet de Nisch, en tout 1500 milles carrés. En y ajoutant le 
vilayet de Nisch, limitrophe de la Turquie et de la Serbie, la super- 
ficie du pays se monte à 1839 milles carrés. 

Vostok, II e année, n° 5, p. 3, col. 3 du 19 février 1874. 

1874 

Bulgarie. Faute de centralisation provinciale (il s'agit de la 
Bulgarie du Nord), le pays n'a pas de capitale. Anciennement la 
ville principale était Tirnovo, plus tard ce fut Sofia considérée souvent 
encore comme telle. 1 

Vostok, II e année, n° 5, p. 3, col. 3 du 19 février 1874. 



221 — 



1874 



Bulgarie. La Bulgarie forme maintenant une province turque. 
Tant de luttes sanglantes ont réduit de plus en plus le nombre des 
Bulgares, mais ils sont toujours jusqu'à 4y 2 millions d'habitants si 
l'on fait entrer en ligne de compte ceux qui habitent hors de la 
Bulgarie, en Roumélie, en Macédoine et dans la Serbie méridionale, 
en Thessalie et en Albanie jusqu'aux frontières grecques. 

Vostok, II e année, n° 6, p. 3, col. 2 du 28 février 1874. 

1874 

« Il y a des Bulgares en Serbie aussi, surtout le long du Timok 
jusqu'à Alexinatz, qui vivent en parfait accord avec les Serbes et 
nul n'a songé à les dominer et à les asservir. & 1 

Vostok, Ile année, n° 8, p. 1, col. 12 du 16 mars 1874. 

1875 

Le professeur hongrois Szabo s'exprime ainsi au sujet des Bul- 
gares de Serbie: 

« Le peuple bulgare n'est que partiellement d'origine slave et 
il se distingue a beaucoup d'égards de ses voisins serbes. Cette diffé- 
rence apparaît déjà dans la langue des deux races, car il ne s'agit 
pas de dialectes d'une même langue, mais de deux langues distinctes, 
bien qu'ayant des affinités entre elles. Le Bulgare est de stature 
courte et trapue, différant d'aspect du Serbe (ce qui est une conséquence 
de la fusion entre les Bulgares qui sont d'origine finno-tatare et les 
anciens habitants slaves). Les Bulgares sont très laborieux, assidus 
et sobres, ils évitent le luxe uniquement pour accroître leur bien. 
Ils gardent jalousement leur nationalité et ne se marient avec les 
Serbes que de très mauvaise grâce. Il y a en Serbie environ 100,000 
Bulgares (souligné par l'auteur). La loi, en Serbie, ne reconnaissant 
pas d'autre nationalité que la serbe, les Bulgares n'ont pas d'écoles 
et n'osent pas se servir de leur langue dans les rapports officiels. 

Page 146. 

En rendant compte de cette étude, Bogoliub Iovanovitch écrit 
à la page suivante de Y Otatchbina: 



1 Cet extrait et les trois suivants sont tirés d'un article d'Andritch accusé par le 
journal bulgare Vek d'être un agent du gouvernement serbe. Voir le Vostok, II e année, 
n° 9, p. 4. 



— 222 — 

« En ce qui concerne les Bulgares, nous ne reconnaissons point 
qu'il y en ait en Serbie et nous protestons que le professeur hon- 
grois les signale. Il y en avait peut-être dans les districts de Kniajè- 
vatz et d'Alexinatz avant la cession de ces pays par la Turquie à la 
Serbie, mais c'était en 1833; mais il n'est pas vrai qu'ils y existent 
toujours; nous pouvons l'affirmer d'autant plus que nous en avons 
des preuves dans les livres de recensement; le recensement de la 
population en Serbie, effectué en 1866, a noté la nationalité aussi 
et à cette occasion la présence de Bulgares n'a pas été constatée. » 

U opinion d'un professeur hongrois sur la Serbie par Bogoliub 
Iovanovitch. Otatchbina, livraison de mai 1875. 

1876 

« De tous les Slaves du sud, les Bulgares sont les plus répandus. 
Ils comptent 5 millions et habitent toute Vancienne Macédoine, la 
majeur partie de la Thrace et l'ancienne province danubienne de 
Mésie qui porte maintenant exclusivement le nom de Bulgarie. 

Et plus bas: 

« L'Etat bulgare, qui a mené pendant quatre cents ans des 
luttes sanglantes avec l'empire de Byzance, comprenait aux époques 
de sa plus grande extension non seulement lesdites provinces au sud 
du Danube, mais aussi l'ancienne Dacie et une grande partie de la 
Hongrie que les Bulgares ont perdue plus tard dans la lutte contre 
les Magyars; et de même que la Transylvanie fut annexée à la Hongrie, 
de même les provinces méridionales de la Macédoine et de la Thrace 
revenaient quelquefois à l'empire de Byzance. » 

Les Bulgares. Traduit par Luca Popovitch. Dans la revue pério- 
dique lavor, n° 23 du 6 juin 1876, p. 722. 

1877 

Extrait du rapport de M. S. Drinoff adressé au prince Tcher- 
kasky (Bibliothèque Nationale, cahier n° 5). 

« La longue et détaillée étude des rapports serbo-bulgares m'a 
amené à conclure que la plus pratique et la plus juste délimitation 
entre les Serbes et les Bulgares serait la suivante : la frontière actuelle 
de l'est de la principauté serbe à partir de l'embouchure du Timok 
jusqu'au long de Soupovetz, plus loin la rivière de la Morava bulgare 
à peu près jusqu'à la frontière du nord de l'arrondissement de Vrania, 



— 223 — 

ensuite la ligne tracée de cet endroit jusqu'à Kara-Dag et enfin 
Kara-Dag et le sommet du Char-Dag. 

N'ayant pas à ma portée, à Bogot, les matériaux sur lesquels 
je me suis basé pour arriver à la conclusion susmentionnée relative 
à la frontière politique entre la Serbie et la Bulgarie je ne peux donner 
pour l'appuyer, à l'heure qu'il est, que des considérations d'ordre 
général. 

Les objections possibles de la part des parties intéressées contre 
la frontière proposée ne peuvent porter que sur les sandjaks de 
Prizren, de Pristina, de Skopié et de Nisch dont les deux premiers, 
d'après la délimitation, appartiendraient aux Serbes, le troisième 
aux Bulgares et le quatrième serait partagé entre eux. 

Les objections bulgares contre la cession aux Serbes des pro- 
vinces de Prizren et de Pristina consistent en ceci: à partir du 9 e 
siècle jusqu'à la moitié du 13 e , c'est-à-dire avant la conquête de ces 
provinces par les rois serbes de la dynastie de Néman, celles-ci étaient 
considérées comme provinces bulgares vivant de la même vie his- 
torique que le reste des pays bulgares. La conscience bulgare y était 
si forte qu'elle n'a pas pu être effacée ni par la domination, pendant 
un siècle et demi, des rois serbes qui avaient transféré leur capitale 
à Prizren vers la fin du 13 e siècle, ni par leur soumission, pendant 
cinq siècles, au patriarcat serbe d'Ipek, patriarcat qui survécut à 
la bataille de Kossovo et qui subsista jusqu'à la moitié du siècle 
dernier. Et actuellement encore les Slaves de Pristina et de Prizren 
se disent Bulgares et l'on voit encore dans leur langage les traits 
caractéristiques de la langue bulgare .... C'est dans le sandjak 
de Skopié (Uskub), situé au sud de Prizren et de Pristina et séparé 
d'eux par le Schar et le Kara-Dag, qu'on trouve les sources et les 
hauts affluents du Vardar, qui est le plus grand fleuve de la Macé- 
doine, dont le sandjak fait partie intégrante. Les prétentions des 
Serbes sur ce sandjak sont dénuées de tout fondement légitime et 
proviennent uniquement de ce qu'ils appellent l'idée d'une grande 
Serbie dont les défenseurs acharnés émettent des revendications sur 
toute la Macédoine. Sous cette influence les Serbes ont depuis quel- 
ques années ouvert des écoles serbes dans les différentes parties de 
la Macédoine (Krouchévo, Galechnik, Debra etc.) dont quelques-unes 
se trouvent dans la contrée de Skopié (à Tétovo). Il est possible 
que les Serbes aient pu convertir quelques-uns des habitants de la 
contrée de Skopié, mais ceux-ci ne doivent pas être nombreux; 



- 224 — 

actuellement encore la masse se reconnaît bulgare, ce qu'elle a toujours 
cru être. Je ne trouve pas superflu de rappeler ici que la contrée 
de Skopié a donné un des premiers agents de la renaissance bulgare. 
Déjà au commencement du siècle actuel, par conséquent longtemps 
avant l'apparition de l'idée de la grande Serbie, Cyrille Péitchino- 
vitch, originaire de Tétovo, supérieur du couvent de Krali Marco, 
à Skopié, a composé et publié à Buda-Pest en 1816 un des premiers 
livres imprimés en bulgare « Oglédalo », écrit comme il est marqué 
sous le titre, « en très simple et populaire langue bulgare. » Péitchino- 
vitch appelle ainsi la langue des Slaves de Skopié qu'il voulait princi- 
palement instruire par son livre, livre qu'on considère comme un des 
meilleurs monuments pour l'étude de l'idiome bulgare de la Haute 
Macédoine. 

Le sandjak de Nisch se compose de cinq arrondissements: de 
Nisch, de Prokouplé, de Kourchoumli, de Leskovetz et de Vrania. 
L'arrondissement de Nisch proprement dit se trouve à l'est de la 
Morava bulgare. Il est peuplé surtout de Slaves dont la statistique 
de l'église compte 12,569 familles ou (en multipliant ce nombre par 5) 
62,834 habitants des deux sexes. 

A Leskovetz et dans 195 villages la statistique de l'église compte 
13,072 familles ou 65,360 habitants des deux sexes, presque autant 
que dans l'arrondissement de Nisch. Les Slaves de Leskovetz se 
disent Bulgares, sous le même nom on les rencontre dans toutes les 
relations de voyages ethnographiques. Dernièrement les Serbes, 
profitant de l'état d'abandon de cette contrée bulgare, ont tenté de 
la serbiser, c'est pourquoi ils ont fondé à Leskovetz une école serbe. 
Mais il est peu probable que ces tentatives aient porté quelque fruit; 
du moins il est certain que, il y a trois ans, quelques patriotes de 
Leskovetz ont attiré l'attention de l'Exarchat bulgare sur la propa- 
gande serbe parmi eux et ont sollicité son concurs pour l'ouverture 
d'une école bulgare à Leskovetz. L'arrondissement de Vrania se 
trouve presque au cours supérieur de la Morava bulgare et appar- 
tient au sandjak de Skopié; au point de vue de l'église il appartient 
au diocèse de Skopié. D'après les renseignements que j'ai recueillis 
il y a trois ans à Constantinople, sur 350 villes et villages dans l'ar- 
rondissement de Vrania une centaine appartient aux Albanais et le 
reste est peuplé de Bulgares. Il faut remarquer que les localités de 
l'arrondissement de Vrania, notamment dans ses parties supérieures, 
se composaient, en 1874, année à laquelle se rapportent mes ren- 



— 209 — 

Il est admirable à voir, notre Callinique, plein d'esprit chrétien, appuyé 
sur son bras gauche et jetant des regards tristes à son implacable 
déesse! Ceci est, sachez-le, le premier paragraphe du premier chapitre; 
le reste à une autre fois. » 

Vidov Dan, III* année, n° 120, p. 1 du 19 octobre 1863. 

1863 

« Le peuple bulgare, si l'on considère les pays réellement peuplés 
de Bulgares et non pas seulement la petite province formant V ancien 
royaume bulgare, comme les Turcs l'ont nommée, compte actuellement 
(ceci a été écrit en 1863) quatre millions et demi d'habitants; mainte- 
nant que les puissances européennes ne toléreront plus les massacres 
en masse, on peut admettre que ce nombre augmentera bientôt à tel 
point que, par sa prépondérance, il étouffera sans combat la population 
turque. » 

Du peuple bulgare: (Tiré du livre «Sebastopol» de l'Anglais 
John Retclif). Communiqué par P. Iavor. 

Vidov Dan, n° 30 du 20 octobre 1875, p. 946 à 947, 

1865 

«D'après les notes officielles il y a à Prizren 11,500 maisons 
dont 8400 musulmanes, 300 orthodoxes et 150 catholiques. L'en- 
semble de la population s'élève donc à 46,000 habitants dont 36,000 
musulmans, 8000 chrétiens orthodoxes {Bulgares et Valaques) et 2000 
chrétiens catholiques. 

« Voyage dans les vallées du Drin et du Vardar, fait en 1865 sur 
Tordre de l'Académie Impériale des Sciences par J. G. Hahn, consul 
d'Autriche pour la Grèce orientale. (Avec une carte), traduit de 
l'allemand par Michel Nie. Ilitch, capitaine d'état-major. Belgrade, 
1876, p. 127 à 128. 

1866 

En Bulgarie, Nisch, le 26 février. Il y a quelques jours, des 
gendarmes envoyés par l'honorable pacha sont entrés à minuit dans 
la maison de Georges Krainalitch qui a été réveillé de son sommeil, 
lié et conduit devant le pacha; jeté en prison, il s'y trouve depuis 
cinq jours et l'on apprend de lieu sûr que la potence est prête et 
qu'il sera pendu une nuit sans que personne le sache. Krainalitch 

14 



— 210 — 

est accusé de divers méfaits, et surtout d'avoir impitoyablement 
pressuré le peuple. Le même avait pris récemment de la douane 
un reçu pour une marchandise de 5000 ocques et acquitté le droit 
de douane, puis de son propre gré il fit de ce chiffre 50,000 ocques. 
La douane ayant eu connaissance de cette fraude le frappa d'une 
amende de plus de 1000 médjidiés d'or; sur la garantie de plusieurs 
personnes, il fut relâché par le pacha en attendant que la sentence 
arrive de Constantinople. 

Svétovid, XV e année, n° 24, p. 2 du 1 er mars 1866. 

1866 

« La ligne formée par la voie romaine Via Egnatia, entre Salo- 
nique et Ochrida, peut être prise comme une frontière ethnographique, 
bien qu'elle laisse de côté une portion de territoire bulgare au sud 
et quelques localités grecques au nord. Il serait bien plus difficile 
de tirer la frontière du sud-est, du littoral de la mer Noire jusqu'au 
golfe de Salonique, attendu que nulle part les Slaves ne touchent 
au Bosphore ou à la mer de Marmara. En Thrace Andrinople pourrait 
être prise comme ville qui touche à la Bulgarie. » 

Remarque 2 à l'article: Les pays sud-slaves de V Autriche et de 
la Turquie par Mesdemoiselles G. M. Mackenzie et A. P. Irby. Edin- 
burg et Londres, 1865. (Traduit de l'anglais en serbe par F. H.). 

Revue Vila, II e année, n° 19 du 8 mai 1866. Publiée et rédigée 
par Stojan Novakovitch 1 p. 302. 

1866 

«Slaves du Sud: 1° en Turquie: Bulgares de 4 à 8,000,000. 
Serbes: 2,633,000. 2° en Autriche: Serbes et Croates: 2,757,602, Slo- 
vènes: 1,171,954, Bulgares: 22,987.» 

Remarque 3, p. 302 le volume suivant de la même revue, p. 318, 
contient la rectification suivante: 

« Dans notre dernier numéro, p. 302, remarque 3, lire 4 à 6,000,000 
de Bulgares en Turquie, comme il est écrit sur l'original, au lieu 
de 4 à 8,000,000, comme il a été imprimé par erreur. » 

Vila, II e année, n° 19 du 8 mai 1866. 



1 Stojan Novakovitch est le savant et homme politique serbe qui fut premier 
délégué de la Serbie à la Conférence de la paix de Londres en 1913. 



— 211 — 

1866 

« Les Bulgares occupent la plus grande partie du territoire de 
l'empire turc, toute la partie de la mer Egée à la mer Noire, tout 
le Danube jusqu'à la Serbie où ils habitent aussi. (Article « Les Slaves 
du Sud » par Iov. Pohara). 

Svetovid, XV e année, n° 76, p. 1, col. 1 du 3 juillet 1866. 

1866 

7. « Bugar-Morava (La Morava-Bulgare) sépare très peu la 
Serbie du cadilik de Nisch. Elle est presque aussi grande que la 
Morava Serbe et prend sa source à Zazli (?), au sud de Kossovo, 
en Vieille Serbie, dans le cadilik de Prichtina .... » 

8. Le long de la frontière de la Serbie coulent les deux Timok: 
le grand et le petit. Le Grand Timok qui sépare la Serbie de la 
Bulgarie sur un parcours de 13 heures prend sa source en Bulgarie 
dans le cadilik de Pirot, au sud du Balkan .... » 

9. « Le Petit Timok, bien qu'il ne forme nulle part la frontière 
entre la Serbie et la Bulgarie, entre dans la catégorie de ces rivières, 
car il vient d'au-delà de la frontière serbe. Il prend également sa 
source en Bulgarie, dans le cadilik de Pirot, entre les montagnes Orlan 
et Babina Glava. » 

« Les cours d'eau de la Serbie. Fragment des notes laissées par 
feu Iovan Milenkovitch, douanier de Belgrade en retraite. 

Glasnik de la Société savante serbe, liv. II. t. XIX (ancienne 
série). 1866, p. 275 à 277. 

1866 

La Bulgarie devant l'Europe. Bucaresti, imprimeria nationala, 
1866. 

«Avant l'apparition du hatt-i-humaioun les Bulgares s'étaient 
soulevés sur plusieurs points de leur pays, les armes à la main, pour 
réclamer leurs droits. Dans les districts de Nisch et de Vidine, 
deux sérieuses révoltes, la première en 1840, la seconde en 1848, 
furent étouffées par de grandes effusions de sang. 

La conspiration de Tirnovo de 1835 à 1836 fut découverte, puis 
étouffée par la pendaison d'une dixaine de citoyens notables de 
Tirnovo, peine exécutée sans aucune forme judiciaire. La tentative 
d'une expédition bulgare de Braila a eu lieu sans avoir eu d'effet, 



— 212 — 

faute de centralisation. En 1856, lorsque le gouvernement turc se 
hâtait de faire couvrir par les sceaux et les signatures de toutes 
les communautés non musulmanes, de toutes les provinces de l'empire, 
des adresses de remerciements dont la teneur portait que les chré- 
tiens, ses fidèles sujets, étaient très contents, les Bulgares se sont 
également empressés de manifester leurs vrais désirs, en se révoltant 
aux Balkans et ayant à leur tête un vieillard nommé Dédo Nicolas. 
Cette révolte avait une certaine chance de réussite. Quatre cents 
montagnards des villages des Balkans étaient venus, les armes à la 
main, s'unir au petit nombre de camarades d'armes de Dédo Nicolas. 
Un faux bruit répandu, on ne sait ni comment ni par qui, parmi 
les montagnards, que Dédo Nicolas et ses camarades étaient des 
espions envoyés par les Turcs pour sonder l'esprit du peuple, eut 
pour effet d'envoyer les montagnards à se retirer et de laisser le chef 
de cette révolution presque isolé. 

Comment le gouvernement turc a-t-il procédé en cette circons- 
tance? D'un côté il a fait assassiner Dédo Nicolas aux Balkans 
où il s'était retiré et a fait décapiter à Tirnovo en plein jour les 
deux prisonniers, tandis que d'un autre côté il a qualifié partout 
la révolte étouffée de fait d'enfantillage et d'ivrognerie, et sans 
aucune signification révolutionnaire. Le mouvement qui a eu lieu 
en 1862 a eu le même sort que celui de 1856. Le gouvernement a 
fait arrêter tous les compromis et suspects et sans aucune accusation 
fondée il a fait exiler indistinctement coupables et innocents, sans 
aucune forme de procès, ce qui a motivé l'émigration de presque 
toute la jeunesse de la ville de Tirnovo. Et ce mouvement fut qualifié 
d'acte d'ivrognerie et d'enfantillage! Tout gouvernement punit ses 
accusés politiques, mais après condamnation; tandis que le système 
suivi par le gouvernement turc à l'égard des accusés politiques 
est un système particulièrement horrible. Que de victimes de ce 
système compte chacun des peuples de la Turquie! Le peuple bulgare 
a particulièrement à pleurer la fleur de presque toute son aristocratie 
et de son intelligence, exterminée systématiquement depuis la con- 
quête jusqu'à nos jours. Par ce système asiatique le gouvernement 
turc, à l'étranger, a l'apparence d'être animé des plus hauts senti- 
ments de générosité et d'indulgence exemplaires envers ses accusés 
politiques. 

Il est toujours prêt à accorder une amnistie; et cette amnistie 
compte elle même d'innombrables victimes innocentes. Dans la 



— 213 — 

révolte de la province de Nisch en 1840 les pauvres Bulgares furent 
trompés par les Serbes; le prince de la Serbie n'eut pas le courage 
d'appuyer leur mouvement, de sorte qu'ils durent accepter les pro- 
positions du pacha de Nisch et déposer les armes sous amnistie. 
Peu de temps après, le pacha de Nisch expédia les chefs de ce mouve- 
ment à Constantinople, non comme des coupables, mais avec tous 
les honneurs dus à des représentants nationaux se rendant près de 
la Porte pour y exprimer les vœux du peuple. Pas un d'eux n'est 
rentré chez soi. » 

Vidov Dan, VI e année, n° 244, p. 1 du 31 décembre 1866. 

1868 

Le Vidov Dan reproduit intégralement et sans objections l'ar- 
ticle: «De la Bulgarie et des Bulgares» de D. T. Tuminski. Voici 
quelles sont, d'après cet article, les limites de la Bulgarie et ses villes 
principales: 

«La Bulgarie comprend la majeure partie des anciennes Mésie, 
Thrace et Macédoine. Le dialecte bulgare est parlé depuis les em- 
bouchures du Danube jusqu'à Salonique et au lac de Kastoria, de 
Jélégrad à Ochrida. La ligne formée par la voie romaine Via egnatia, 
entre Salonique et Ochrida, peut être prise comme une frontière 
ethnographique, bien qu'elle laisse de côté une portion de territoire 
bulgare au sud et quelques localités grecques au nord. Il serait bien 
plus difficile de tirer la frontière du sud-est, attendu que nulle part 
les Slaves ne touchent en masses compactes au Bosphore ou à la 
mer de Marmara. En Thrace, Andrinople pourrait être prise comme 
une ville limitrophe de la région grecque. » 

Voici les principales villes de la Bulgarie: 

« Néanmoins la Bulgarie est une des provinces de la Turquie 
où il y a un éveil à la vie. La dernière guerre russo-turque a eu de 
très fâcheuses conséquences, beaucoup de villes sont devenues presque 
désertes. Sans cela, la Bulgarie serait peut-être plus avancée au- 
jourd'hui. En 1829 il y a eu une forte émigration (de Bulgares) 
en Bessarabie, puis en Crimée, en Valachie, en Moldavie et en Serbie. 
Schoumla (Schoumen) comptait auparavant 70,000 habitants, elle 
n'en a aujourd'hui que 30,000; Selimné (Sliven) avait auparavant 
24,000 habitants, elle n'en compte plus que 10,000. Mais il s'y fait 
toujours un peu de commerce. A Schoumen, il y a de nombreuses 
fabriques. A Ilieni, non loin de Tirnovo, il y a une fabrique de draps 



— 214 — 

et de toiles. A Tirnovo on cultive la soie. Les Bulgares vendent 
leurs cocons contre de la bonne monnaie aux Vénétiens et aux Lom- 
bards. Ils manquent cependant de machines, d'instruments, d'ins- 
tallations, etc. 

La Bulgarie fait presque entièrement partie de l'empire turc; 
une petite portion seulement, au nord des bras du Danube, appar- 
tient à la Russie. Elle est divisée en pachaliks; elle n'a été organisée 
en vilayets que tout récemment; en apparence le vilayet jouit d'une 
certaine autonomie, mais en réalité rien n'est changé. 

Les plus remarquables villes de la Bulgarie, en ce qui concerne 
leur antiquité, leur importance historique et le nombre de leurs 
habitants sont: Andrinople sur la Maritza, avec 160,000 habitants, 
jadis résidence des sultans; Plovdiv avec 60,000 habitants et Sofia 
avec 40,000, Nisch, forteresse sur la Nischava, à la frontière de la 
principauté serbe, Tirnovo, ancienne capitale des tzars bulgares, 
Varna sur la mer Noire, Vidin, forteresse sur le Danube, Samokov, 
Roustchouk, chef-lieu du nouveau vilayet. » 

Vidov-Dan, VIII e année, n° 33, p. 2 du 13 février ,1868. 

Dans le numéro suivant, l'auteur donne la superficie des pays 
bulgares en milles carrés et le total de la population bulgare. 

« Cette superficie, qui comprend 4200 milles carrés, a une popu- 
lation de 7,225,000 habitants. La Bulgarie proprement dite a 1600 
milles carrés avec 3,500,000 habitants, 1400 milles carrés reviennent 
à la Thrace qui compte 2, 155,000 habitants, tandis que la Macédoine 
et les parties de la Thessalie, de l'Epire et de l'Albanie ont 1200 
milles carrés, peuplés de 1,600,000 âmes. 

Plus loin: 

« Certains statisticiens écrivent que le nombre des Bulgares 
purs serait plus petit, mais il faut attribuer cette tendance aux 
sources phanariotes où ils ont puisé, car les Phanariotes se croient 
faire un mérite de diminuer le nombre des Bulgares. Plus honteuses 
sont les données statistiques recueillies en 1844 par la commission 
turque. Celle-ci n'a compté qu'environ 4,000,000 de Bulgares. 

Sur les 5 millions de Bulgares qui habitent la Turquie il y a 
300,000 qui sont musulmans, ce sont les Pomaks et les Gagaouzes; 
60,000 sont de confession catholique romaine; ce sont les Pauliciens, 
descendants des Bogomiles que les missionnaires de Rome ont con- 
vertis au catholicisme. Le reste appartient à l'Eglise orthodoxe. Nous 
ajouterons encore que les Bulgares qui habitent les villes de Macé- 



— 215 — 

doine, de Thrace et d'Epire se sont grécisés, en grand nombre, par 
suite de la pression des Phanariotes ; d'autres qui n'avaient pas une 
conscience nationale et qui en manquent encore, sont gênés de parler 
leur langue slave maternelle et se disent Grecs. Mais un revirement 
vers le mieux s'est produit ces derniers temps dans ces milieux aussi 
On peut maintenant trouver à Andrinople, à Plovdiv et en Roumanie 
des Bulgares qui ne savent pas ou qui n'ont jamais su le bulgare 
et qui pourtant sont fiers de leur nom national et de leur pays. » 

N° 34, p. 2 du 14 février 1868. 

« Le Bulgare est de plus haute stature que ses voisins, les Grecs 
et les Roumains; il offre aussi un type qui le distingue notablement 
de ces deux peuples. Entourés des Roumains, des Grecs, des Al- 
banais et des Turcs hostiles, persécutés par les Phanariotes jusqu'à 
nos jours, opprimés par les garnisons turques de Vidin, Nisch, Sofia, 
Varna, Schoumla et Roustchouk, ils ont beaucoup perdu de l'esprit 
guerrier qui les animait aux premiers siècles de leur liberté nationale. 
Non pas que la mère bulgare soit incapable d'élever des braves: en 
Bulgarie aussi le sang des héros a arrosé les tombeaux de la liberté; 
Botzaris et tant d'autres Bulgares ont combattu pour la croix, pendant 
l'insurrection grecque, d'autres héros ont lutté pour la liberté de la 
Roumanie et celle des frères serbes; enfin, en 1835 à 1836, 1840, 1844 
et 1866, il y a eu des soulèvements bulgares; mais c'étaient des cas 
isolés. Le Bulgare est en général pacifique et doux; il a l'intelligence 
claire, l'imagination vive, en un mot il est capable de grandes actions 
physiques et morales; malheureusement, ces excellentes qualités 
n'arrivent pas à un grand développement, car il n'est pas possible 
de les cultiver comme il faut. Il est hospitalier comme tous les Slaves, 
modeste, pieux, mais il n'est ni abruti ni fanatique. Au-dessus de 
tout il aime son cher, beau et pauvre pays. » 

N° 38, p. 2 du 18 février 1868. 

1868 

« A Nisch, sur la frontière serbe, l'évêque a prévenu les ma- 
nifestations hostiles, en avançant contre les notables bulgares la fausse 
accusation qu'ils préparaient une insurrection avec l'appui des Serbes. 
Les notables furent mandés par le pacha et, sans être entendus, sans 
avoir même embrassé leurs enfants et pris les effets les plus indispen- 
sables, ils furent entassés dans une voiture et déportés. C'était en 
hiver; l'été suivant, en août, nous étions les hôtes de la maison de 



— 216 — 

l'un des déportés et nous fûmes priés de solliciter le consul d'Angle- 
terre, afin d'apprendre si les déportés étaient encore en vie. 

Page 36. 

La Bulgarie centrale est le pays compris entre le Balkan et les 
Rhodopes. Nous y avons visité les écoles d'Andrinople et de Philip- 
pople, Samokov, Sofia et Nisch. 1 

Voyage dans les provinces slaves de la Turquie d'Europe par 
par M iles M. M.Mackenzie et A. P. Irby. Traduit du serbe (en 
bulgare) par P. Ivanoff, Vidin, 1891 (La traduction serbe de Mijato- 
vitch a été faite en 1868). 

1869 

« Sandjak de Nisch (6 villes, 2 bourgs, 548 villages). Nisch compte 
actuellement environ 16,000 habitants, à savoir pour une moitié 
Turcs et pour l'autre moitié Bulgares, Serbes et Juifs; elle a 3077 
maisons. Page 473. 

Schehirkôj ou Pirot compte à peu près 10,000 habitants Bulgares 
et Turcs et possède 1853 maisons, 7 mosquées, 2 églises et un 
château du moyen-âge où il y a toujours une garnison. La ville 
est célèbre par ses tapis. Page 474. 

Mitteilungen der Kaiserlich-Kôniglichen geographischen Gesell- 
schaft. Wien, Bd. XII (Neue Folge, 2. Band). 

Voir N. Michoff, La Population de la Turquie et de la Bulgarie 
au XVIII e et XIX e siècles, 1915, p. 292. 

1871 

Le Iedinstvo, journal politique et littéraire paraissant à Belgrade, 
dans un article intitulé « Les journaux bulgares et la Serbie » reproduit 
la polémique entre les feuilles bulgares Otetchestvo et Svoboda, le 
premier partisan du dualisme avec la Turquie, le second adepte de 
l'idée de confédération balkanique. Selon YOtetchestvo, il y avait à 
cette époque dans les Balkans 7 millions de Bulgares, 2 millions de 
Bosniaques et Herzégoviens, 4 millions de Serbo-Croates autrichiens, 
2 millions d'Albanais et seulement un million de Serbes dans la 
principauté de Serbie. 



1 On a laissé à dessein à ce témoignage la date de la traduction serbe et non pas 
celle de l'original anglais. 



— 217 — 

En reproduisant ces chiffres le Iedinstvo se borne à faire la 
remarque suivante, dans un renvoi : « Nous devons remarquer ici que 
la population de la principauté de Serbie n'est pas restée stationnaire 
à un million, mais qu'elle compte déjà un million 300 mille. 

Iedinstvo, III e année, n° 44, p. 89 du 27 février 1871. 

1871 

Note de voyage en Turquie, par F. Hochstetter. (Traduit en serbe) 
par N. I. P. 

« . . . . Ainsi, nous restâmes sans chemin et en continuant de 
monter nous entrâmes dans la romantique forêt de la rivière Vascha. 
Nous traversâmes la rivière près d'un moulin et nous nous trouvâmes 
devant une colline si abrupte que je n'aurais jamais cru qu'il était 
possible de passer en voiture des hauteurs pareilles. Ce fut une 
besogne terrible. 20 robustes Bulgares portaient pour ainsi dire la 
voiture sur leurs bras, tandis que d'autres conduisaient les bœufs 
doucement et avec précaution. 

Lorsque nous fûmes sur le sommet de la hauteur, les Bulgares 
manifestèrent une vive joie; ce n'était pas une plaisanterie, en effet, 
car ils avaient porté la voiture pendant deux heures entières et ils 
l'avaient portée à une hauteur de 4000 pas! En haut, nous trouvâmes 
de magnifiques prairies et une flore des Alpes qui couvraient toute 
l'étendue. Après avoir passé un marécage d'où sort la rivière Blato 
qui se jette dans la Morava près de Leskovatz, nous arrivâmes vers 
dix heures à l'église du village de Vlassino; ce village donne son nom 
à toute la montagne entre Trin et Vrania, qui s'appelle Vlassina. 

Vlassino, village montagneux, compte jusqu'à 400 maisons, 
dispersées en 24 jusqu'à 30 hameaux distants de deux heures l'un 
de l'autre. Cette distance ne serait pas si grande, si le terrain n'était 
pas tellement accidenté. L'église, qui est au milieu du village, est 
bâtie sur un monticule, d'où l'on voit tout le village dispersé comme 
un troupeau de moutons. Immédiatement après mon arrivée l'ins- 
tituteur du village est venu et m'a expliqué et montré les noms des 
différents points autour de Vlassina. 

Toute la montagne de Vlassina est infiltrée de minerai-mica, 
qui commence de la vallée de la Strouma et s'étend dans la direction 
nord-ouest depuis Doupnitza jusqu'à Nisch, en passant par de très 
riches vallées. A l'exception des autres montagnes, le massif de Vlas- 



— 218 — 

sina est absolument dénudé et a des pentes qui s'élèvent à 6,000 pas. 
Chaque hauteur, chaque sommet, a un nom propre: Ravna Schiba, 
Bukova Glava, Méchid, Vilo-Golo, Schtrecher, Tcherna Grana, etc. 
Contrairement à toute attente, la contrée est fortement peuplée. 
Ainsi on peut trouver ici les mêmes fromageries que dans les Alpes. 
De quelque côté que l'on se tourne, on voit paître des bœufs, des 
chevaux, des moutons etc. et, sur les hauteurs de 4000 pas, on peut 
voir des champs d'orge, d'avoine et autres céréales. Dans les dépres- 
sions on cultive aussi le maïs et le chanvre que les habitants travail- 
lent d'une façon que je n'ai vue nulle part. 1 Tout le massif est 
parsemé de huttes et de maisonnettes. Partout dans mon voyage 
je n'ai vu que soucis et tristesses, je n'ai entendu que des gémisse- 
ments. Cette région fait exception sous ce rapport aussi. Les habi- 
tants sont des gens qui chantent toujours leurs chansons nationales. 

De ces hauteurs on voit aussi la montagne de Kurbetz. Elle 
est habitée par les Bulgares, gens de mœurs joyeuses. Ils sont réservés 
envers l'étranger, mais cela ne dure que le temps qu'il faut pour les con- 
naître et la réserve fait place à la sincérité et à la gaieté. Il est facile 
de s'expliquer cette méfiance et cette réserve. Mes compagnons de 
Vlassina furent très contents lorsque je leur donnai un thaler à chacun, 
car ils ne sont pas habitués à recevoir une récompense pour leur 
dur et pénible travail. C'est pourquoi il m'a été facile de trouver 
de nouveaux hommes à Vlassina et des bœufs reposés pour pouvoir 
continuer mon voyage. 

De Vlassina se détache la croupe large du Tchemernik. Le pied 
méridional de ce massif se confond avec les pentes sud des montagnes 
voisines dans une autre vallée qui est formée par le cours de la Blatna 
Reka et la Vrela Reka, venant de l'ouest. L'étroite vallée de ces 
deux rivières est un ravin profond, par lequel ne passe aucun chemin. 
Pour gagner de Vlassina les hauteurs abruptes de Tchemernik qui at- 
teignent 5000 pas, et pour descendre enfin à Surdulitza et de là dans la 
vallée de la rivière Mazuritska, il faut aller pas à pas. Le passage du 
Tchemernik, à 4000 pas, fut la partie la plus difficile de mon voyage. 

Au coucher du soleil, nous descendîmes dans la dépression de 
Sakuschani où nous avons passé la nuit dans la maison d'une aimable 
Bulgare. Le premier étranger qui a visité Sakuschani a été le consul 



1 Les Bulgares travaillent le chanvre comme chez nous. Cette méthode primitive a 
étonné l'Allemand, mais il n'y a là rien d'extraordinaire. (Note du Traducteur serbe.) 



— 219 - 

Hahn, pendant son voyage de Belgrade à Salonique (1858). Il a 
dit alors de Sakuschani que c'était la plus grande et la plus riche région 
de la Bulgarie qu'il avait vue durant son voyage. Ces plaines sont 
peuplées surtout d'Albanais, probablement les mêmes que ceux qui 
habitent la rive droite de la Morava. 

Le lendemain nous arrivâmes, en suivant la bonne route qui 
longe la vallée de la Morava, dans la ville de Vrania. Vrania est 
située à gauche de la vallée de la Morava, au pied d'un assez grand 
massif; les nombreux minarets de ses mosquées lui donnent un 
aspect pittoresque. 

De Vrania j'ai continué mon voyage dans la vallée de la Morava 
par Leskovatz à Nisch, la plus laide ville d'une jolie banlieue; j'ai 
passé la dernière nuit sur le territoire slave de l'empire turc. 

De bonnes routes conduisent de Nisch à Alexinatz par la grande 
route de Constantinople qui n'a rien cependant d'une route qui 
passe par la plaine. Le polygone de tir turc est disposé de telle manière 
que pendant les exercices, les obus traversent la route, et lorsque 
nous nous y engageâmes, un cavalier accourut pour nous en écarter: 
on risquait d'être atteint par les obus. Et cela se passe sur la grande 
route de Constantinople! 

La frontière serbo-turque est à mi-chemin entre Nisch et Alexi- 
natz. Les Turcs ont élevé à la frontière une maison de garde en 
pierre où sont exhibés les passeports; du côté serbe il y a un poste. 
Entre les deux postes se trouve la porte qui sépare la Serbie de la 
Turquie. Aussitôt qu'on a franchi cette porte, on est frappé immé- 
diatement par un contraste étonnant. Les hommes, les villages, les 
villes, le pays, tout est différent en Serbie. La différence entre Nisch, 
résidence du pacha turc, et Alexinatz, chef-lieu de département serbe, 
est énorme. Le voyageur qui arrive de la Turquie à Alexinatz 
doit saluer ce pays comme une terre promise, car il peut, après une 
longue période de temps, manger, boire, se coucher et s'asseoir de 
nouveau comme il faut. La Serbie est le trait-d'union entre la bar- 
barie et la civilisation. » 

Iedinstvo, III e année, n° 86, p. 180 du 27 avril 1871. 

1872 

Durant mon court séjour à Pirot, j'ai pu découvrir, après 38 
ans de domination serbe, les vestiges suivants du passé bulgare de 
cette ville: 



— 220 — 

1. Dans l'église cathédrale de l'Assomption, à gauche de l'entrée 
principale, une grande iconostase avec les images des Saints frères 
Cyrille et Méthode et l'inscription bulgare suivante: 

« Don des négociants en bétail de Panagurischté. Pour le salut 
de leurs âmes et l'éternel souvenir. 1872. » 

2. Dans la même église est conservé un « Saint Evangile de 
Notre Seigneur Jésus Christ par Mathieu, Marc, Luc et Jean en 
dialecte slave-russe. Neuvième édition. Saint-Pétersbourg, Impri- 
merie du Synode 1870. » Sur les couvertures du livre il y a des notes 
(comptes) faites par André Zlatkoff (et non pas Zlatkovitch) et por- 
tant les dates : Pirot, 1872 et 1880, 8 e jour de mars. 

3. Parmi les livres ecclésiastiques, deux bulgares dont on s'est 
servi longtemps après l'occupation de la ville par les Serbes, d'après 
le témoignage des marguilliers: 

a) Psautier ou livre des Psaumes, traduit de l'original en langue 
bulgare vulgaire. A Londres. Imprimé chez W. Wattis, aux frais 
de la Société Britannique qui publie l'Ecriture Sainte pour la pro- 
pagation de la Parole de Dieu 1857. 

b) Le Nouveau Testament (en deux exemplaires), traduit par 
Néophyte Rilski. 1859. Même édition. 

1874 

Bulgarie ...» Au point de vue administratif, le pays n'est pas 
uni. Les principaux départements sont celui de Silistria à l'est, et 
celui de Vidin à l'ouest, avec les livas de Silistria, Toultcha, Varna, 
Routchouk, Tirnovo, Nicopole et Vidin à l'ouest et le liva de Sofia 
du vilayet de Nisch, en tout 1500 milles carrés. En y ajoutant le 
vilayet de Nisch, limitrophe de la Turquie et de la Serbie, la super- 
ficie du pays se monte à 1839 milles carrés. 

Vostok, Ile ann ée, n ° 5, p. 3, col. 3 du 19 février 1874. 

1874 

Bulgarie. Faute de centralisation provinciale (il s'agit de la 
Bulgarie du Nord), le pays n'a pas de capitale. Anciennement la 
ville principale était Tirnovo, plus tard ce fut Sofia considérée souvent 
encore comme telle. 1 

Vostok, II e année, n° 5, p. 3, col. 3 du 19 février 1874. 



221 



1874 



Bulgarie. La Bulgarie forme maintenant une province turque. 
Tant de luttes sanglantes ont réduit de plus en plus le nombre des 
Bulgares, mais ils sont toujours jusqu'à 4y 2 millions d'habitants si 
l'on fait entrer en ligne de compte ceux qui habitent hors de la 
Bulgarie, en Roumélie, en Macédoine et dans la Serbie méridionale, 
en Thessalie et en Albanie jusqu'aux frontières grecques. 

Vostok, Ile année, n° 6, p. 3, col. 2 du 28 février 1874. 

1874 

« Il y a des Bulgares en Serbie aussi, surtout le long du Timok 
jusqu'à Alexinatz, qui vivent en parfait accord avec les Serbes et 
nul n'a songé à les dominer et à les asservir. & 1 

Vostok, II e année, n° 8, p. 1, col. 12 du 16 mars 1874. 

1875 

Le professeur hongrois Szabo s'exprime ainsi au sujet des Bul- 
gares de Serbie: 

a Le peuple bulgare n'est que partiellement d'origine slave et 
il se distingue a beaucoup d'égards de ses voisins serbes. Cette diffé- 
rence apparaît déjà dans la langue des deux races, car il ne s'agit 
pas de dialectes d'une même langue, mais de deux langues distinctes, 
bien qu'ayant des affinités entre elles. Le Bulgare est de stature 
courte et trapue, différant d'aspect du Serbe (ce qui est une conséquence 
de la fusion entre les Bulgares qui sont d'origine finno-tatare et les 
anciens habitants slaves). Les Bulgares sont très laborieux, assidus 
et sobres, ils évitent le luxe uniquement pour accroître leur bien. 
Ils gardent jalousement leur nationalité et ne se marient avec les 
Serbes que de très mauvaise grâce. Il y a en Serbie environ 100,000 
Bulgares (souligné par l'auteur). La loi, en Serbie, ne reconnaissant 
pas d'autre nationalité que la serbe, les Bulgares n'ont pas d'écoles 
et n'osent pas se servir de leur langue dans les rapports officiels. 

Page 146. 

En rendant compte de cette étude, Bogoliub Iovanovitch écrit 
à la page suivante de Y Otatchbina: 



1 Cet extrait et les trois suivants sont tirés d'un article d'Andritch accusé par le 
journal bulgare Vek d'être un agent du gouvernement serbe. Voir le Vostok, II e année, 
n° 9, p. 4. 



— 222 — 

« En ce qui concerne les Bulgares, nous ne reconnaissons point 
qu'il y en ait en Serbie et nous protestons que le professeur hon- 
grois les signale. Il y en avait peut-être dans les districts de Kniajé- 
vatz et d'Alexinatz avant la cession de ces pays par la Turquie à la 
Serbie, mais c'était en 1833; mais il n'est pas vrai qu'ils y existent 
toujours; nous pouvons l'affirmer d'autant plus que nous en avons 
des preuves dans les livres de recensement; le recensement de la 
population en Serbie, effectué en 1866, a noté la nationalité aussi 
et à cette occasion la présence de Bulgares n'a pas été constatée. » 

L'opinion d'un professeur hongrois sur la Serbie par Bogoliub 
Iovanovitch. Otatchbina, livraison de mai 1875. 

1876 

« De tous les Slaves du sud, les Bulgares sont les plus répandus. 
Ils comptent 5 millions et habitent toute V ancienne Macédoine, la 
majeur partie de la Thrace et l'ancienne province danubienne de 
Mésie qui porte maintenant exclusivement le nom de Bulgarie. 

Et plus bas: 

« L'Etat bulgare, qui a mené pendant quatre cents ans des 
luttes sanglantes avec l'empire de Byzance, comprenait aux époques 
de sa plus grande extension non seulement lesdites provinces au sud 
du Danube, mais aussi l'ancienne Dacie et une grande partie de la 
Hongrie que les Bulgares ont perdue plus tard dans la lutte contre 
les Magyars ; et de même que la Transylvanie fut annexée à la Hongrie, 
de même les provinces méridionales de la Macédoine et de la Thrace 
revenaient quelquefois à l'empire de Byzance. » 

Les Bulgares. Traduit par Luca Popovitch. Dans la revue pério- 
dique Iavor, n° 23 du 6 juin 1876, p. 722. 

1877 

Extrait du rapport de M. S. Drinoff adressé au prince Tcher- 
kasky (Bibliothèque Nationale, cahier n° 5). 

« La longue et détaillée étude des rapports serbo-bulgares m'a 
amené à conclure que la plus pratique et la plus juste délimitation 
entre les Serbes et les Bulgares serait la suivante: la frontière actuelle 
de l'est de la principauté serbe à partir de l'embouchure du Timok 
jusqu'au long de Soupovetz, plus loin la rivière de la Morava bulgare 
à peu près jusqu'à la frontière du nord de l'arrondissement de Vrania, 



— 223 — 

ensuite la ligne tracée de cet endroit jusqu'à Kara-Dag et enfin 
Kara-Dag et le sommet du Char-Dag. 

N'ayant pas à ma portée, à Bogot, les matériaux sur lesquels 
je me suis basé pour arriver à la conclusion susmentionnée relative 
à la frontière politique entre la Serbie et la Bulgarie je ne peux donner 
pour l'appuyer, à l'heure qu'il est, que des considérations d'ordre 
général. 

Les objections possibles de la part des parties intéressées contre 
la frontière proposée ne peuvent porter que sur les sandjaks de 
Prizren, de Pristina, de Skopié et de Nisch dont les deux premiers, 
d'après la délimitation, appartiendraient aux Serbes, le troisième 
aux Bulgares et le quatrième serait partagé entre eux. 

Les objections bulgares contre la cession aux Serbes des pro- 
vinces de Prizren et de Pristina consistent en ceci: à partir du 9 e 
siècle jusqu'à la moitié du 13 e , c'est-à-dire avant la conquête de ces 
provinces par les rois serbes de la dynastie de Néman, celles-ci étaient 
considérées comme provinces bulgares vivant de la même vie his- 
torique que le reste des pays bulgares. La conscience bulgare y était 
si forte qu'elle n'a pas pu être effacée ni par la domination, pendant 
un siècle et demi, des rois serbes qui avaient transféré leur capitale 
à Prizren vers la fin du 13 e siècle, ni par leur soumission, pendant 
cinq siècles, au patriarcat serbe d'Ipek, patriarcat qui survécut à 
la bataille de Kossovo et qui subsista jusqu'à la moitié du siècle 
dernier. Et actuellement encore les Slaves de Pristina et de Prizren 
se disent Bulgares et l'on voit encore dans leur langage les traits 
caractéristiques de la langue bulgare .... C'est dans le sandjak 
de Skopié (Uskub), situé au sud de Prizren et de Pristina et séparé 
d'eux par le Schar et le Kara-Dag, qu'on trouve les sources et les 
hauts affluents du Vardar, qui est le plus grand fleuve de la Macé- 
doine, dont le sandjak fait partie intégrante. Les prétentions des 
Serbes sur ce sandjak sont dénuées de tout fondement légitime et 
proviennent uniquement de ce qu'ils appellent l'idée d'une grande 
Serbie dont les défenseurs acharnés émettent des revendications sur 
toute la Macédoine. Sous cette influence les Serbes ont depuis quel- 
ques années ouvert des écoles serbes dans les différentes parties de 
la Macédoine (Krouchévo, Galechnik, Debra etc.) dont quelques-unes 
se trouvent dans la contrée de Skopié (à Tétovo). Il est possible 
que les Serbes aient pu convertir quelques-uns des habitants de la 
contrée de Skopié, mais ceux-ci ne doivent pas être nombreux; 



- 224 — 

actuellement encore la masse se reconnaît bulgare, ce qu'elle a toujours 
cru être. Je ne trouve pas superflu de rappeler ici que la contrée 
de Skopié a donné un des premiers agents de la renaissance bulgare. 
Déjà au commencement du siècle actuel, par conséquent longtemps 
avant l'apparition de l'idée de la grande Serbie, Cyrille Péitchino- 
vitch, originaire de Tétovo, supérieur du couvent de Krali Marco, 
à Skopié, a composé et publié à Buda-Pest en 1816 un des premiers 
livres imprimés en bulgare « Oglédalo, », écrit comme il est marqué 
sous le titre, « en très simple et populaire langue bulgare. » Péitchino- 
vitch appelle ainsi la langue des Slaves de Skopié qu'il voulait princi- 
palement instruire par son livre, livre qu'on considère comme un des 
meilleurs monuments pour l'étude de l'idiome bulgare de la Haute 
Macédoine. 

Le sandjak de Nisch se compose de cinq arrondissements: de 
Nisch, de Prokouplé, de Kourchoumli, de Leskovetz et de Vrania. 
L'arrondissement de Nisch proprement dit se trouve à l'est de la 
Morava bulgare. Il est peuplé surtout de Slaves dont la statistique 
de l'église compte 12,569 familles ou (en multipliant ce nombre par 5) 
62,834 habitants des deux sexes. 

A Leskovetz et dans 195 villages la statistique de l'église compte 
13,072 familles ou 65,360 habitants des deux sexes, presque autant 
que dans l'arrondissement de Nisch. Les Slaves de Leskovetz se 
disent Bulgares, sous le même nom on les rencontre dans toutes les 
relations de voyages ethnographiques. Dernièrement les Serbes, 
profitant de l'état d'abandon de cette contrée bulgare, ont tenté de 
la serbiser, c'est pourquoi ils ont fondé à Leskovetz une école serbe. 
Mais il est peu probable que ces tentatives aient porté quelque fruit; 
du moins il est certain que, il y a trois ans, quelques patriotes de 
Leskovetz ont attiré l'attention de l'Exarchat bulgare sur la propa- 
gande serbe parmi eux et ont sollicité son concurs pour l'ouverture 
d'une école bulgare à Leskovetz. L'arrondissement de Vrania se 
trouve presque au cours supérieur de la Morava bulgare et appar- 
tient au sandjak de Skopié; au point de vue de l'église il appartient 
au diocèse de Skopié. D'après les renseignements que j'ai recueillis 
il y a trois ans à Constantinople, sur 350 villes et villages dans l'ar- 
rondissement de Vrania une centaine appartient aux Albanais et le 
reste est peuplé de Bulgares. Il faut remarquer que les localités de 
l'arrondissement de Vrania, notamment dans ses parties supérieures, 
se composaient, en 1874, année à laquelle se rapportent mes ren- 



— 241 - ■ 

Les Serbes, lorsqu'ils veulent démontrer le caractère serbe 
d'une contrée bulgare, aiment à exploiter le fait que le journal serbo- 
turc « Prizren », comptait des abonnés parmi la population de Bi- 
tolia, Ochrid, Prilep, Kustendil, etc. 1 Mais c'est une grande question 
que de savoir jusqu'à quel point ce fait renferme des conclusions 
pareilles, puisque le « Prizren » était un organe officiel de l'adminis- 
tration du vilayet et que, par conséquent, tous les établissements 
publics et les personnalités marquantes étaient tenus de le recevoir. 
La circonstance que le dit journal paraissait en turc et en serbe ne 
prouve rien non plus. L'histoire de sa fondation atteste qu'il était 
convenu, au début, de le faire paraître en turc et en bulgare. Le 
bulgare ne fut remplacé par le serbe que par suite de l'intervention 
du gouvernement serbe. Nous en trouvons la preuve dans quelques 
uns des auteurs serbes précédemment cités. 

Mais si l'on peut tirer des abonnements d'un journal — et surtout 
lorsqu'ils sont obligatoires — des conclusions concernant le carac- 
tère national d'une localité, d'autant plus ce procédé devait-il être 
considéré comme plus juste dans les achats des livres dont la propa- 
gation était due non à l'influence de l'autorité, mais aux besoins 
intellectuels et à la conscience nationale des individus isolés. Cela 
nous a amené à fouiller presque tous les livres anciens serbes et 
bulgares pour voir de quel côté la population du pays de la Morava 
portait ses préférences. Il se trouve que les livres serbes n'y avaient 
pas un abonné, tandis que les livres bulgares en avaient un assez 
grand nombre. On pourrait nous objecter que ce pays n'était pas 
accessible aux livres serbes, parce qu'il se trouvait en Turquie, 
c'est-à-dire hors des frontières serbes. Mais l'objection tombe d'elle- 
même si l'on prend en considération le fait, que ces mêmes livres 
possédaient des abonnés par exemple à Prizren et à Prichtina, 2 bien 
que ces deux localités fussent également comprises dans les limites 
de l'Empire ottoman. 

Voici une liste de quelques livres bulgares qui avaient des 
abonnés dans le pays de la Morava: 

1. Renaissance des lettres ou sciences bulgares modernes. Ouvrage 
de l'historien russe Venelin. Moscou 1838. Traduit par le 



1 Notes sur la Vieille Serbie et la Macédoine, par Théodore P. Stancovitch, Nisch, 
1915, p. 33. 

2 Voir « Les Pleurs de la Vieille Serbie », par l'archimandrite supérieur du monastère 
de Decan Hadji Serafin Ristitch, 1864. 

16 



- 242 - 

secrétaire de gouvernement M. Kifaloff de Tétéven. Bucarest, 
1842. 
A Nisch — pour l'école — 5 exemplaires. 
2° Histoire d'Alexandre le Grand de Macédoine, sa naissance, 
sa vie, sa vaillance et sa mort. Traduit du grec par Christo 
P. Vassilieff Protopopovitch de Karlovo, instituteur slavo- 
bulgare dans cette ville. Belgrade, 1844. 
A Nisch: 21 abonnés. 
A Leskovetz: 8 abonnés 
A Prokouplé: 5 abonnés. 
3° Heures de recueillement. Traduit de l'allemand en serbe par 
A. Gabriel Popovitch, archimandrite, et du serbe en bulgare 
par Ghéorghi S. Iocheff de Séslavtzi, Belgrade, 1850. 
A Négotin: un abonné à trente exemplaires. 
4° Petit dictionnaire turco-bulgare avec un livre de conversations, 
rédigé et édité par Pentcho Radoff de Karlovo au profit et 
à l'usage de ses compatriotes. Belgrade, 1851. 
A Pirot: un abonné à 25 exemplaires. 
5° Petite histoire générale, par Smaragdoff, traduite par I. Groueff . 
Gonstantinople Galata, 1858. 
A Nisch: 5 abonnés à un exemplaire et 1 à deux. 
6° Premier aliment de la saine intelligence humaine, traduit par 
Iv. P. Tchitchi, imprimé aux frais de M. Kara-Nicolas An- 
gheloff de Tatar-Pazardjik. Constantinople Galata, 1858. 
A Pirot: 17 abonnés. 
7° Complainte sépulcrale ou pèlerinage du samedi saint. Imprimé 
aux frais de M. Dimitre Anghéloff le libraire. A l'usage de 
l'Eglise orientale orthodoxe et de tous ceux qui désirent la 
chanter. Constantinople, 1858. 
A Vrania: 1 abonné à un exemplaire et 1 à deux. P. 258. 
8° Vie de Saint Grégoire, archevêque d'Omirit et discussion avec 
un certain Juif du nom d'Ervan recueillie et composée en 
langue slavo-bulgare par Averquie P. S., moine de Rilo. Avec 
un annexe contenant d'autres récits admirables sur l'Anté- 
christ et certains devoirs chrétiens. Publié avec la bénédiction 
du métropolite Mgr. Pierre, archevêque de Belgrade et de 
toute la Serbie. Belgrade, 1858. 
A Vrania: 2 abonnés à deux exemplaires et 29 à un seul. 



— 243 — 

A Nisch: 24 abonnés à un exemplaire. 

A Leskovetz: 11 abonnés à un exemplaire. 

A Prokouplé; 10 abonnés à un exemplaire. 

A S. Kopanik: 1 abonné. 

A Pirot: 2 abonnés à deux exemplaires et 14 à un seul. 
9° Couronne abécédaire ou Moralités arrangées suivant Tordre 
abécédaire, tirées des œuvres de Sv. D. Rostovsky et tra- 
duites de l'original en bulgare moderne par Iordan H. Volkoff 
de Schoumen. Première édition. Bucarest, 1863, 

A Vrania: 1 abonné à un exemplaire et 1 à deux. 
10° Poésies et histoires morales par Kr. St. Pischourka. Première 
édition. 1871. 

A Leskovetz: 3 abonnés. 

A Nisch: 1 abonné à deux exemplaires. 

A Pirot: 11 abonnés. 
11° Recueil national bulgare. Composé et édité par Vassili Tcho- 
lakoff. Première partie. Bolgrade, 1872. 

A Pirot: 1 abonné à trois exemplaires; 6 à deux, 60 dont 25 
écoliers à un seul. 
12° La conversation du prêtre Issidin ou le principe du chris- 
tianisme. Composé par I. Eliade et ajouté au sermon pro- 
noncé à la réunion chrétienne par le vieillard, fils de la Veuve 
que le Christ fit ressuciter des morts (Lucas, chapitre 7, 
verset 12). Traduit en bulgare par Vassili Stancovitch de 
Svichtow et imprimé en guise de don aux frais de son fils 
Dimitre. Bucarest, 1875. 

A Nisch: 10 abonnés. 

A Bêla Palanka: 10 abonnés. 

A Pirot et les villages environnants: 50 abonnés. 

A Vrania: 15 abonnés. 

A Leskovetz: 10 abonnés. 
13° Les luttes, les souffrances et les succès des Bulgares (de 679 
à 1882), description historique. Par T. H. Stantcheff. Roust- 
chouk, 1881. 

A Pirot: 2 abonnés. 



Annexes 



1° Un certificat bulgare de baptême. 

2° Une carte du pays de la Morava en lange serbe de 1879, 
éditée par la «Section opérative de la commande supérieure». 



(Traduction littérale) 



COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE BULGARE DE NISCH 

CERTIFICAT DE BAPTÊME 

Il est certifié par le présent que le 10 février de l'année cou- 
rante 1874 un enfant du sexe masculin est né des parents ortho- 
doxes M. Manoil et Mme. Anastasie, paroisse de .... et a été baptisé 
du nom de Théodore suivant les rites orthodoxes dans l'église de 
Saint Gobor par le pope Théodore. Il a été tenu sur les fonts baptis- 
maux par le parrain Anasthase Tzakin. 

En foi de quoi le présent certificat a été délivré pour servir 
là où on en aura besoin. 

jST |32 Leskovatz. 



SOMÔfÂlSl 

tojimma Cpruxe eojace y pamy ca TypuuMa 1877-8 tod.", km» KBHrara .Pat Cp6oje ca Type»» «a ouo6ot>ne b nsanaocT 1877-78 ro*™ 
* HSiaBae aa .OaepaTBBHO ojiejbeH>e bpxobbb KOMaaae". Beorpaj l»7»). 



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DR Chilingirov, Stiliian 

381 Le pays de la Morava, 

M7C5 suivant des temeignages serbes